Loi Macron : piège à cons

Suite aux déblatérations de nos ministres, notamment de notre cher Premier Manu et de notre aimé Economiste Manu (notons la répétition… quitte à vite virer manuphobe !) il semblerait que la « Loi Macron » fortement présentée récemment soit issue de ce qu’il convient d’appeler un fait divers, monté en épingle et affiché comme vérité absolue. Maintenant, l’on saisit l’arme – l’ultimatum – de l’article 49-3 pour engager la responsabilité du gouvernement et court-circuiter le vote.

Il est très intéressant de voir cette idée de liberté colportée à toutes les sauces. « Liberté d’expression » pour pouvoir tenir des propos à la limite de la légalité, « Liberté de travailler » pour justifier l’exploitation des personnes.

On peut effectivement tout légitimer par « liberté », et on arrive dans un système comme aux Etats-Unis où, pendant longtemps, il n’y avait pas de protection sociale parce que « il était de la liberté de tout un chacun de choisir d’avoir une assurance santé ». (oui, oui, ce sont les propos que tiennent ceux qui sot opposés à l’Obamacare)

Un point très intéressant, qui a d’ailleurs montré ses limites durant les années Sarkozy, pour ne pas dire son incapacité à faire des employés (cadres ou non) les grands gagnants, le fameux « travailler plus pour gagner plus » dont on nous ressort à présent les remous. La population en pâtit. (source ici, et parfaitement développé dans Les Echos, pourtant peu réputé pour être de gauche)

Bref, « travailler plus pour gagner plus » est un leurre, une aberration, et il est pour le moins honteux de prétendre améliorer quoi que ce soit par ce biais. A guise de comparaison, on peut voir que, par exemple, les pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’OCDE – ou même de l’UE (puisque ceux-ci sont dans l’UE) sont les pays nordiques (encore !) et que… le travail le dimanche est assez limité. Viennent ensuite les problèmes sociétaux. Travailler le dimanche signifie devenir marginal (stricto sensu) et donc se priver d’un repos possiblement familial, brisant ainsi le développement et bien-être de tout un chacun. Même s’il existe un autre jour de congé, il n’en restera pas moins que les interactions sociales hors travail seront beaucoup plus limitées. Qui dit moins d’interactions sociales dit augmentation du mal-être (ça, c’est la psychologie sociale qui nous l’enseigne) pouvant finir sur dépression et autres joyeusetés. Sans pour autant être économiquement viable.

Ce mal-être se répercute inévitablement sur le travail, et les travailleurs sont d’ailleurs moins productifs. On peut prouver cela de deux façons. Tout d’abord, la diminution du temps de travail a permis une hausse de la productivité (il y eut, il est vrai, des baisses avec Aubry I – application trop rapide, nous sommes d’accord – corrigées par les Aubry II, dont les résultats sont restés supérieurs aux 39h). Plus de temps pour soi (moins de temps au travail) égale non seulement productivité en hausse mais aussi création d’emplois (je renvoie à l’étude de l’INSEE susnommée). Donc travailler moins égale gagner plus. Travailler plus, en revanche, n’entraîne pas une hausse de la productivité, comme le montre l’exemple japonais. D’ailleurs, de manière intéressante, on y voit que la France et l’Allemagne – où l’on travaille de manière effective MOINS qu’en France, sont plus productives que les E-U. A cela s’ajoute les énormes problèmes sociaux : vous avez dit karoshi ?

Au contraire, cette loi, c’est une régression humaine, sociale ET économique. En gros, l’on retournerait au XIXe siècle.
Parler de « liberté » est en fait exact si l’on considère la liberté des employeurs qui peuvent ainsi avoir à leur disposition une main-d’œuvre exploitable ET docile (pour cause de pauvreté). Et ce sans être l’éperon qui relancera l’économie, comme l’on semble nous le bavasser sans cesse.

Je suis outré que l’on propose encore, à l’heure actuelle, de telle propositions. C’est d’un dogmatisme idéologique !

L’on peut prétexter, à raison, que la position du « il faut pouvoir aller au musée » et autres propositions sont assez « parisiennes », ou du moins urbaines. Mais la France EST un pays majoritairement urbain ! (on peut même s’en convaincre derechef) Plutôt que d’avancer des arguments fallacieux, étudions au cas par cas les spécificités minoritaires ! Mais non. L’on s’entête dans une idéologie que l’on sait stérile. « Si le Soviétisme ne fonctionne pas, c’est qu’il faut aller plus loin, encore » entendions-nous il y a encore 40 ans. Le même écho se fait entendre vis-à-vis de la déréglementation, de la libéralisation outrancière. Et l’on va nous traiter de stalinien pour tenter d’être plus précis… Quelle ironie…

Le dimanche est, historiquement (Eglise oblige) et de fait culturellement, le jour de congé « par excellence », celui où tout un pays cesse de travailler. Quelles qu’en soient les raisons (on s’en fout un peu), cela permet à toute la population de cesser son activité laborieuse (stricto sensu) en même temps, pour se retrouver. Bref, il s’agit véritablement d’une journée renforçant le lien social, au cours de laquelle les individus de la société, les citoyen-ne-s – nous !! – peut interagir et se reposer. Ce repos est nécessaire, mais ces interactions sociales aussi. (eh oui, tout cela peut très facilement mener à des dépressions)

Bref, si l’on veut que le jour de congé pour tout un chacun soit le mercredi, pourquoi pas. Il est juste plus simple de garder le dimanche. Mais un jour commun est nécessaire.
J’habite au Japon, les gens roulent à gauche. Je voudrais aussi pouvoir rouler à gauche, en France. Pourquoi m’oblige-t-on à rouler à droite alors que je n’en ai pas envie ? Pour des raisons de cohérence sociale et sociétale. Il en est de même avec le jour de congé. L’excuse du « j’en ai envie donc on ne peut me l’interdire » est très hypocrite. D’une, ce ne sont jamais les personnes qui se retrouveraient dans ce cas de figure qui auraient à faire ce choix. Pour le travail du dimanche (je passe outre les « urgences » comme santé, sécurité… et les dérogations culturelles et gastronomiques, on pourra y revenir) les personnes qui vont s’y ruer sont celles et ceux qui veulent gagner plus, par nécessité. Bref, les plus démunis qui n’ont d’autre moyen que celui-ci. En réalité, l’on institutionnalise l’exploitation de la misère. Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un besoin « primaire ». En effet, quand on est dans la mouise, avoir 200 ou 300€ de plus par mois aide… beaucoup moins quand on touche déjà le décuple. Cet argument est donc un argument de riche (oui, oui, j’ose !). De même que celui, repris par Colette Capdevielle (qui a changé de point de vue depuis 2012…), du « j’en ai assez de me dire quand je dois consommer ». Traduction : j’ai envie de consommer à tout instant, je veux donc d’autres personnes pour subvenir à mes envies. Caprice de nanti.
La même logique convient au travail de nuit. Pardon, « de soirée » puisque l’on va, à présent, « faciliter » ce dernier… avec, comme pour le dimanche,  la compensation salariale fixée par accord d’établissement, de branche, d’entreprise ou territorial…donc ne répondant à aucune règle stricte, laissée au bon vouloir de l’employeur. Si ce dernier peut être juste, il peut tout autant être injuste. Là est le problème. C’est à nous, socialistes, gens de gauche, de fixer des règles d’équité entre tous.
Pour le reste, la loi est assez claire, nous faisons ce dont l’UMP rêvait. Du bel ouvrage, vraiment.
Le reste de la loi est similaire. Sous prétexte que 34% de personnes votent aux prud’hommales, pensons à les supprimer ? Autant ne plus voter pour le Parlement Européen… (ce qui serait une erreur !) Quid de la suppression du droit pénal du travail ? De la réforme des licenciements collectifs qui met en berne les droits des salariés ? On aura quoi, après ? La suppression du salaire minimum ou le droit de travail des enfants ?
Le meilleur qui en parle encore est Gérard Filoche, dont je vous laisse déguster les propos.

 

 

Tout cela, hélas, n’est qu’un apport de plus au moulin du FN qui va se régaler de voir un gouvernement DE GAUCHE faire une politique DE DROITE. (schématisons) Et donc nous allons nous faire exploser aux départementales. Là n’est pas le pire. Ce faisant, nous légitimons le discours habituel de l’extrême droite qui est dire « UMP, PS, même combat ». Et ce sera la fin. Et vous savez le pire ? Nous l’aurons mérité, par notre abandon du peuple. Ou plutôt par la trahison flagrante de ces élus que nous, militants, mais aussi citoyens, avons mis au pouvoir.
Navrant, vraiment navrant. La présidence Hollande avait cette opportunité historique de retourner la situation, de faire un vraie réforme fiscale, et nous l’avons balayée, submergés que nous sommes par l’idéologie néo-libérale.

L’avenir s’annonce malsain…

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2 réflexions sur “Loi Macron : piège à cons

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