Au temps de la Recherche perdue

En période de crise, il faut, nous serine-t-on de manière un poil trop prononcée, faire des économies. Cela, bien évidemment, se traduit par des dépenses publiques moindres, puisqu’il est bien connu qu’en dépensant moins, l’on aura un système plus efficace. De manière similaire, il suffit d’arrêter de manger pour perdre du poids. Quiconque vous dira que votre corps risque de ne plus fonctionner correctement aura cependant raison de le faire.

Présent à la Rochelle en 2011, j’avais pu, petit militant motivé que j’étais alors, la tête emplie de rêves, d’idéaux et d’erlenmeyers colorés, participer à une classe consacrée à la Recherche, présentée par notre actuelle ministre Geneviève Fioraso elle-même. Emu, emporté par autant de volontarisme, surtout après la loi inapte et inepte de Valérie Pécresse (dite loi LRU, loi relative aux libertés et responsabilités des universités) l’on ne pouvait qu’espérer un renouveau de la Recherche en France, avec de véritables réformes de fond. Bien mal m’en prit.

 

En observant le nouveau logo du CNRS dans un miroir, on voit un "culs" qui se prend un bâton. Prémonitoire de la politique à venir ?

En observant le nouveau logo du CNRS dans un miroir, on voit des « culs » qui se prennent un bâton. Prémonitoire de la politique à venir ?

 

Petit récapitulatif, si vous le voulez bien ! En effet, si le CNRS se doit d’être remodelé intégralement, ou bien véritablement dissout en répartissant les chercheurs dans les universités (une possibilité comme une autre), le modèle actuel accusant une certaine vétusté, la ministre sarkozyste nommée plus haut s’arrangea, en 2008, pour laisser pourrir un peu plus la situation, en étouffant le CNRS de la plus belle manière qui soit, afin d’éviter d’avoir à résoudre un problème pourtant majeur. L’ANR, l’Agence Nationale de la Recherche, fut créée pour favoriser ainsi des projets courts, de 2 à 4 ans en moyenne, sur des thématiques bien identifiables. Ainsi, politique de l’époque oblige, cela a pour risque, comme il fut grandement critiqué, de ne mettre l’accent que sur des thématiques fashionables, à la mode, bien en vue et dont on peut facilement parler pour se faire mousser.

En clair, en mettre plein les mirettes aux yeux d’un public ignorant la réalité de la Recherche dans notre beau monde. Pour anecdote, un projet présenté à l’ANR se doit d’être finalisé, ce qui signifie simplement que les résultats attendus doivent être expliqués et donnés a priori. Oui, vous avez bien lu, attentives lectrices et pointilleux lecteurs. Ce modèle, calqué sur celui des programmes-cadres de la commission européenne, renforce ainsi, par son formatage en « jalons » et autres « délivrables » (« Mais ouate ze feuque ? » peut-on entendre mugir dans les bureaux des chercheurs de plus en plus désabusés à ce propos, d’ailleurs) les projets de R&D, beaucoup plus appliqués. Non que cela soit néfaste, il en faut, mais une recherche plus fondamentale se voit rongée, car présentant peu d’intérêt immédiat et de retombées économiques rapides. Cela, de plus, favorise, comme l’a très bien souligné Sauvons la Recherche, une recherche uniquement basée sur les CDD, d’où précarisation d’une grande partie du personnel. De surcroît, seuls des projets – dont seulement 8,5% sont retenus – ayant un potentiel que nous pouvons allègrement qualifier de bankables ont une possible chance de voir le jour.

Bien entendu, ce système, malheureusement, favorise ainsi violemment les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie et dérivées) au détriment des sciences humaines ou exactes. (oui, par souci de simplification, je range les sciences économiques, sociales, historiques… dans les sciences humaines, que d’aucuns qualifient à tort de « molles » – terme condescendant et stupide, car sans fondement aucun)

 

La loi LRU, comme la loi ESR, pique un peu

La loi ESR, comme la loi LRU, pique un peu

 

En définitive, une gabegie sans nom, visant à détruire ce qui, pourtant, permet de penser demain. Oui, la Recherche Scientifique est la conditio sine qua non du progrès, car permettant un élargissement des connaissances et de la compréhension du Monde. Et pourtant, elle fut mise sur le chevalet par la droite, et la gauche se réjouit encore du spectacle, continuant de souffler sur les braises. si les motivations de l’ancien gouvernement peuvent être claires comme de l’eau de roche – incapacité à comprendre une dynamique intellectuelle et non lucrative (oui, j’ose) – celles de l’actuel sont obscures, surtout après force discours volontaristes.

Misons sur l’incompétence.

Ce système mis en place par Valérie Pécresse a aussi eu pour conséquence de repousser l’embauche (repoussé à 33 ans en moyenne pour les maîtres de conférences et chargés de recherche), ainsi que de diminuer, grâce à l’excellentissime RGPP (ironie), le nombre de chercheurs recrutés au CNRS de 400 par an en 2010 à 300 en 2014, avec seulement 1430 postes de maîtres de conférence contre… 2000 il y a trois ans ! (source) Cela, sans compter le fait que l’on ne donne plus aux chercheurs les moyens de travailler. En effet, 80% de la subvention d’état au CNRS en 2013 finançait la masse salariale, uniquement. Quid du reste ? L’on peut y ajouter le temps perdu lié aux projets soumis à l’ANR. Le mouvement Sciences en Marche estime le coût, en terme de travail, à 200 ans (cumulés). Soit une perte de temps sans nom.

Puis il y eut la loi ESR, loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche, en 2013, espérée par les chercheurs de la France entière et qui accoucha d’une souris. Contre l’avis de tous, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) fut maintenue, sous un sigle différent. L’ANR itou, sans pour autant ajouter un quelconque financement de base des laboratoires, Sciences en Marche estimait devoir tripler, ce qui restait peu coûteux et donc abordable, notamment via le Crédit-Impôt-Recherche, qui aurait pu, via une évaluation plus minutieuse des projets des entreprises en vue de son attribution, favoriser le travail des jeunes chercheurs. Malgré un discours prônant l’excellence, les actes pris par la Ministre n’ont su que témoigner d’une médiocrité effarante, sonnant ainsi le glas de la Recherche publique.

Si l’on ajoute à cela les problèmes internationaux, notamment liés aux journaux scientifiques (Elsevier, dites-vous ?) qui extorquent des sommes incommensurables aux universités, et le CNRS lui-même qui pille ses propres chercheurs, l’on peut peut être sûr de ne pas s’en sortir.

Mais on va ouvrir plus souvent le dimanche, car c’est là qu’est l’avenir

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