Foll-ie ambiante

L’image est bien choisie. L’homme remet sa veste, le regard porte sur la droite, les lèvres serrées, l’air sérieux, fort et déterminé. Le bouton de manchette ouvert témoigne d’un homme qui n’a pas peur de retrousser ses manches, de se mettre au turbin avant d’enfiler de nouveau son habit de scène, celui de l’homme d’expérience, qui a obtenu, lui, un costard en travaillant, comme pour faire écho a d’anciens propos de notre très (trop) surestime président. Le tout servi joliment par Libération, qui nous avait habitué à mieux.

Libé, version Le Foll

La couleur est annoncée fort rapidement, Stéphane le Foll n’est pas du genre à perdre son temps en tergiversations oiseuses. « Je suis là pour agir, » déclare-t-il. On imagine bien le ton, rauque et grondant, de l’ancien ministre de l’agriculture. L’action, pour Stéphane le Foll, passe par des « assises du socialisme », un concept flou, plus proche de la masturbation intellectuelle avec pince à épiler que de la Seconde Internationale. Voyez-vous, cher-e-s camarades, nous préparons le congrès d’Aubervilliers, pas celui de Paris. A chacun sa version cheap. Entre deux phrases crasseuses bourrées de lieux aussi communs que Chatelet un samedi midi, Stéphane le Foll, dont le nom ne laisse rien présager sur ses métabolismes neuronaux intrinsèques, nous enseigne que « le PS doit reprendre confiance en lui. » Il est vrai qu’avec a peine plus de 6% aux dernières élections, avec un parti désorganisé et désolidarisé du candidat Benoit Hamon, il semble parfaitement logique et rationnel que le parti ait plus de problèmes d’ego que Poil de Carotte devant sa mère.
Peu enclin a la langue de bois, notre cher ancien porte-parole ose dire la vérité vraie, véritable, et avérée (mais aussi véridique et exacte !) : « nos mots sont uses ». A force de les employer, nos sophismes aussi, et les couleuvres que les militant-e-s ont ingurgite de force ces dernières années commencent à être surannées. Sa sincérité et sa modestie sont tout a son honneur, lui qui estime que sa notoriété et son expérience permettront au parti de se redresser. Passons rapidement sur ces paroles élégantes, et tentons de ne pas nous perdre en interprétations freudiennes trop hâtives.

« La loyauté fait partie de nos valeurs socialistes. On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons. La loyauté, c’est une condition sine qua non de la réussite collective. »
Il est vrai que notre ancien ministre brille par son exemplarité et sa loyauté légendaires. Entendons, par cet adjectif, ce « qui n’existe que dans les légendes ou dans la fiction. »
Oublié, son soutien conditionnel à Benoit Hamon lors de la campagne de 2017, malgré la légitimité obtenue par le résultat des primaires. Oublié, son tropisme macroniste, pour ce parangon de la loyauté socialiste. Mais passons, cela n’est que petitesses et mesquineries. L’ancien ministre, qui, dès mai dernier affirmait vouloir « participer à la réussite [du] quinquennat [de Macron] » est loyal. Non pas la réussite pour le peuple, mais celle du gouvernement. Lorsqu’un ventre mou parle d’être « constructif », il entend vraiment « ne pas s’opposer ». L’opposition, la critique argumentée, tout cela n’est pas constructif. Piketty et ses 1000 pages ? Un vilain provocateur. La loyauté de le Foll est avant tout dans les personnes, et non dans les idées. Accordons sur un point. « On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons, » déclare-t-il, après n’avoir pas fait campagne comme son adhésion au parti l’y obligeait pourtant, après avoir défendu bec et ongles un gouvernement dont le penchant libéral a mené directement le parti a perdre sa « confiance en lui » et qui est allé jusqu’à trahir les idéaux d’écologie dont lui-même, alors ministre de l’agriculture, se prétendait le chantre.

L’écologie est d’ailleurs au cœur de son programme. Un aéroport, qu’est-ce donc face au sujet global ? lâche-t-il finalement. Il est vrai que notre brillant camarade s’y connait en écologie. Ministre de l’agriculture, il fit s’empressa d’exhorter les député-e-de ne pas voter en faveur d’une interdiction des pesticides aux néonicotinoïdes, de belles saloperies écologiques (et je pèse mes mots). Il serait un peu inélégant de ne pas rappeler les autres faits d’armes de notre inénarrable camarade. D’ailleurs, il reconnait lui-même son expérience dans le domaine. Mentionnons ainsi, en passant, la rupture de sa promesse d’interdire les dérogations accordées aux agriculteurs pour l’épandage aérien, si ce dernier présente un avantage économique pour l’agriculteur-trice. Et puis merde si les abeilles meurent, avec la montée du végétalisme, qui mange encore du miel ? Bourreau d’insectes !
Enfin, nous pourrions citer son appui fort auprès des instances européennes, avec l’Italie en tête, de reprendre les subventions à la culture du tabac. Et ceci, camarades, malgré la réticence de Dacian Cioloș, commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural, et des efforts du l’UE pour combattre le tabagisme. Mais ne nous arrêtons pas sur ces considérations vulgaires. Après tout, qui se soucie de l’écologie ? C’est un sujet global, vous dit-on.

Pas de trahisons, non plus, sur l’idéologie : peut-on vraiment reprocher à un homme qui juge que la déchéance de nationalité, « c’était une bonne décision » d’être en désaccord avec les idéaux socialistes ? Christiane Taubira, bien connue pour être une femme de droite, démissionnera en janvier 2016 suite a ce débat ignoble, qui aura fait débuter l’hémorragie militante du parti.
L’on pourrait encore passer des heures à rire sous cape des contre-vérités énoncées, sans rougir, sur le port du voile, non sujet s’il en est, mais tellement démagogique. Nous pourrions continuer à rouler des yeux cinq fois dans nos orbites jusqu’à créer un vortex infernal en voyant ses effets de manche pour tenter de reprendre le revenu universel défendu par Benoit Hamon sans accepter de le reconnaitre – et ainsi de se tromper sur la nature réelle du RU (mais peut-être l’aurait-il mieux su s’il avait fait campagne ?) Nous pourrions enfin soupirer à la seule phrase possiblement honnête de tout l’entretien, celle ou l’ancien porte-parole déclare qu’il n’y a, finalement, que peu de différence entre Olivier Faure et lui-même, sinon « l’expérience et l’incarnation. » Ajoutons a cela de belles chevilles bien enflées.

En définitive, Stéphane le Foll nous a ressorti les parfaits couplets des anciens hollandais et autre ventre mous du parti. Pas de décision cinglante, pas d’axe idéologique majeur, surtout pas de vague, en rester au maximum au statu quo, quitte à être dans un suivisme beat d’Emmanuel Macron. On nous propose, entre le Foll 2.0 et le Foll version débutant (i.e. Olivier Faure, suivez, un peu !) un socialisme de pacotille, qui passera son temps à tenter de colmater d’une main les brèches énormes qu’elle laisse passer de l’autre. Martine Aubry, ancienne figure trop taiseuse durant le dernier quinquennat, et ayant adoube le Foll pitchoune, a d’ailleurs, dans cette parfaite continuité d’inaction criante, affirme que « rose pale, c’était pas mal ». « [Le Parti Socialiste] s’est tue tout seul, et dans le précédent quinquennat, » lâche-t-elle d’ailleurs.

Et l’on voudrait poursuivre avec des héritiers du hollandisme ?

Ite, missa est.

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Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Aftermath

Je n’aime pas réagir à chaud. Notez, je n’aime pas, habituellement, utiliser « je », trop narcissique, dans les articles de ce blog. Aujourd’hui, je m’en fous, j’ose. Parce que nous le savons, les cons… Je ne vais pas revenir sur les attentats du 13 novembre dernier qui ont, à l’heure actuelle, massacré 132 personnes et en ont laissé une centaine blessés, dans un état plus mort que vivant. Le temps est au deuil, ce qui signifie que le temps est, évidemment, à la réflexion.

Ce qui me fait réagir, aujourd’hui, n’est pas l’horreur de cette attaque, du même niveau que le massacre perpétré à Beyrouth, que l’attentat à Ankara, que l’écrasement de l’A321 russe au-dessus du Sinaï. Ce qui est révulsant est une sorte de réaction qui commence, petit à petit, à monter. Nous sommes tous choqués, moi le premier, pourtant isolé dans ma profonde campagne britannique. L’incompréhension, la douleur face à un tel déchaînement de violence nous laisse pantois, hagards et accablés. Cela sont des réactions normales, naturelles, et saines. Ce qui ne l’est pas est la volonté de vengeance qui se dessine peu à peu.

Je passerai outre les réactions immédiates de certaines personnalités politiques, de France comme d’ailleurs, qui ont immédiatement réagi pour tirer à eux la couverture. Ces personnes n’ont eu qu’une envie, utiliser une boucherie pour faire valoir une idéologie aussi vomitive que celles de ceux qui ont commis ces actes inhumains.

Première atrocité, une manifestation de crânes rasés en Bretagne a passé à tabac (oui, tabassé) un homme sous prétexte qu’il était « d’origine maghrébine ». Comme si l’origine faisait de nous ce que nous sommes. « Il est, paraît-il, des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril. » (Jacques Brel) Nous revoilà partis dans une chasse aux sorcières en guise de représailles, le sang appelant le sang, nous voulons à tout prix trouver un coupable pour faire justice nous-mêmes. Ou la définition du lynchage. Dans l’après-guerre, on rasait bien les femmes. [1]

Tout à trac, notre réponse est de bombarder immédiatement un campement de Daesh en Syrie. Bien évidemment, il FAUT une réponse. Il faut montrer qu’un pays ne peut se laisser intimider par une poignée de fous furieux envieux de faire régner la terreur. Ce qui laisse interrogateur est en revanche les moyens, adaptés à une guerre conventionnelle. Que peut-il se passer ? Étonnamment, Dominique de Villepin, interrogé à ce sujet, a eu une réponse claire et argumentée sur le sujet. (voir vidéo ci-après) Une telle réponse ne fait, en réalité, qu’aider les terroristes dans leur volonté de se légitimer. Une violence telle ne risque en effet que de créer une impression de haine venant de nous à l’égard de populations qui sont DEJA les victimes de ces mêmes terroristes, et donc de gonfler leurs rangs. Il n’est ainsi pas surprenant que les attaques perpétrées par les Etats-Unis et alliés après le 11 septembre aient à ce point encouragé la création de cet organe terroriste, l’ayant violemment attisé.

« Il faut être capable d’employer les moyens de l’esprit, » dit-il. Ce genre de réaction est inefficace. L’Histoire récente nous l’a montré, et il devient donc inutile et contre-productif, si l’on souhaite éteindre ce terrorisme. Oublier à quel point la propagande, ou simplement les images, agissent là-bas est se méprendre de combat. Nous deviendrons indubitablement les mauvais, les « méchants », pour reprendre un terme foutrement manichéen qui a été utilisé à qui mieux mieux depuis vendredi soir.

Cette analyse a été très intelligemment reprise par Jean-Luc Mélenchon qui, interrogé chez Laurent Ruquier, a mis le doigt sur ce qui été dit plus haut : cette méthode est inefficace et ne fait qu’aider, au final, ce force invisible qu’est le terrorisme. A cela s’ajoute le fait que le but des terroristes est de diviser la société que nous avons. Si nous arrivons à trouver notre bouc émissaire, ce qui a commencé, nous les laissons gagner. Si nous arrivons à écraser une communauté, en raison de sa religion, en faisant passer cela un quelconque « principe de précaution » (nous allons certainement entendre des choses similaires de la part de nos crânes rasés et de ceux qui les soutiennent sans le dire dans les jours prochains, je suis prêt, hélas, à le parier), nous réussirons à isoler une minorité déjà défavorisée et la laisserons tomber aux mains des meurtriers qui y trouveront un terreau fertile. Hélas, l’on a trop tendance à oublier les causes sociales qui mènent à la violence.


Ce qui est effarant est que cette analyse avait été formulée, plus d’un an déjà, par Jean-Pierre Filiu, professeur en histoire du Moyen-Orient à Sicences Po, qui a été répété récemment. « Ce qu’ils veulent, ce sont des représailles. Ce qu’ils veulent c’est qu’aujourd’hui à Paris et en France on tue des musulmans en représailles. Ils veulent la guerre civile en France, » analyse-t-il. L’écrivain David Van Reybrouck a eu raison, ainsi, de critiquer la réaction du président François hollande qui a parlé de « guerre ». Nous sommes tombé dans le même piège de la volonté de représailles que pour laquelle nous avions critiqué le gouvernement américain il y a 14 ans.

Il faut, à présent, un discours de paix. Un discours de paix qui n’oublie évidemment pas l’attaque, et qui sache pour autant tout mettre en oeuvre pour se prémunir d’éventuelles futures attaques. Cela est une évidence.

Mais la réaction est la même : nos charognards commencent à hurler, que dis-je, gueuler contre l’ouverture de nos frontières, allant jusqu’à proposer un retour à l’avant Schengen, sous prétexte qu’un des suspects serait entré par la Grèce il y a quelques semaines de cela. N’y a-t-il donc aucune autre alternative ? Si, celle de l’unité. Celle qui nous fait défaut, celle qui va à l’encontre de notre réaction habituelle de nous recroqueviller en position fœtale, celle de travailler, plus fortement encore, avec nos alliés, avec nos partenaires, avec nos amis. Nous avons à présent l’insigne opportunité d’avoir une Europe plus unie, d’obtenir une Europe politique qui puisse être une véritable réponse à ce type d’attaque. L’union de la défense est un point, un seul parmi d’autres, sur lequel nous devrions jouer. Plus de collaboration entre nous-mêmes. Plutôt que de nous refermer, ouvrons-nous et travaillons ensemble. Va-t-on me taxer d’utopiste ? Bah, l’utopie n’est rien d’autre qu’un concept non encore réalisé.

Cette réalité qui devrait être avait pourtant été exprimée par François Hollande dans son annonce initiale, en refusant tout pathos et appelant à ne pas céder à la peur. Restons-en à cela. Continuons d’être ce que nous sommes, des peuples variés, vivant et aimant.

Cela signifie donc ne pas demander des représailles, mais la justice. Ne pas se féliciter du fait que des bombes américaines portent « From Paris with love », faisant, dans ma petite tête de scientifique inculte, une méchante référence à un ancien Necessary Evil qui fit partie du trio qui lâcha en 1945 une triste bombe. [2] Ne pas se laisser aller au lynchage, conséquence néfaste du populisme et la stupidité humaine.

Sur une note plus personnelle, « Pray for Paris » montre une empathie que l’on ne peut qu’apprécier. En revanche, vu les circonstances, je pense que la réflexion peut, une fois encore, se passer de tout commentaire religieux. « Und ich dank’ es dem lieben Gott tausendmal, dass er mich zum Atheisten hat werden lassen. » (Georg Christoph Lichtenberg)

 

En cette période, sachons faire le deuil, avec la pudeur et le respect qui sont de mise pour toute les victimes. Et cela passe par le respect de leur intelligence, de ce qu’ils représentent, en majorité des jeunes, « branchés » (ou non), ayant envie de vivre plutôt que de survivre. Cela seulement pourra nous aider à vivre en paix, et à respecter leurs mémoires.

 

toujours pas peur

Toujours pas peur. Vivons, sortons, buvons et forniquons. La paix arrivera seulement ainsi.

 

[1] Oui, je sais, la comparaison est exagérée, car, à cette époque, il s’agissait AUSSI de redorer son blason après un retournement de veste, ou lorsque le débarquement avait donné du courage aux plus audacieux. La démarche intellectuelle est la même.
[2] « Oh mon Dieu, il ose ! » Oui, je l’ai dit, déjà, on ose tout. Même logique que précédemment.

Boule de Grèce

Depuis l’annonce d’un référendum par Tsipras la semaine dernière, les nouveaux chiens de garde se sont jetés sur l’annonce pour, chacun, y aller de son coup de poignard dans l’un des seuls personnages politiques européens encore de gauche.
Parmi eux, des camarades.
Socialistes.
Donc, a priori, de gauche.
Greece is Europe

La Grèce est l’Europe

On a la chance d’être confrontés à un nombre de faussetés incommensurables sur le système de retraites grec, notamment comme quoi l’âge serait de 50 ans. En cherchant un peu, l’on voit qu’il n’en est rien, et que cet âge est d’ailleurs même plus élevé qu’en France… (on peut le voir ici pour les hommes et là pour les femmes)
Ce n’est qu’un exemple.
De même, il est surprenant de constater que Tsipras est responsable de toutes les calamités qui touchent la Grèce. C’est oublier 40 ans de partis conservateurs qui ont su truquer leurs comptes en suivant les conseils de Goldman-Sachs et ce avec la bénédiction du FMI.
Tsipras – cet inconscient ! – avait requis trois petits points auprès de ses créanciers :
  • préserver les retraites et les salaires des plus démunis,
  • effectuer une réforme de la fiscalité permettant de concentrer l’effort sur les plus riches – Eglises et multinationales qui n’avaient jamais été inquiétés,
  • enfin revoir le poids de la dette à la baisse, histoire de pouvoir repartir.
Tout cela a été refusé par nos néo-conservateurs qui nous gouvernent. (ils viennent de le prouver – le document de Tsipras est trouvalbe sur le site de l’UE, il date du 22 juin 2015) Bref, cette « imposture » qu’est Tsipras – pour citer un texte imbécile signé Jean-Marie Colombani que, par respect pour nos quelques lecteurs, nous ne lieront pas ici – voulait renforcer les mesures contre l’évasion fiscale et la corruption… et nos élites ont refusé.
Il est sidérant de voir Juncker pleurer de chaudes larmes de crocodile, lui qui fut Premier Ministre d’un paradis fiscal, à l’annonce d’un référendum. Pour mémoire, un référendum sur le remboursement de la dette à ses créanciers a au moins un antécédent : l’Islande (oui, oui, les conditions étaient légèrement différentes, notamment en terme de « dissimulation de comptes publics » qui est le gros du problème grec, mais la conséquence est identique – on peut en discuter plus longuement, c’est un parallèle).
Le problème, là-dedans, est que non seulement la population grecque va perdre, quelle que soit l’issue du scrutin (dans un cas moins qu’un autre) mais toute la population européenne va souffrir de la stupidité avide des conservateurs. L’on pouvait s’en faire une idée il y a quelques années déjà lorsque l’on apprenait que les politiques menées dans des pays voisins étaient une forme d’inanité profonde.
A l’international, que se passe-t-il ?

Il est amusant de voir comment StiglitzKrugman et aussi Piketty ont des conclusions qui diffèrent de la doxa tonitruante que l’on entend et lit à chaque détour de page ou commentaire médiatique. Il est effarant de voir que notre gouvernement, pourtant « inspiré », l’on s’en souvient, en 2012, par ces mêmes maîtres à penser, n’a su, par l’intermédiaire de notre cher (très cher) ministre Michel Sapin reconnaître la position historique qu’il aurait pu prendre. Blague à part, notre cher Michel a même menti, incapable de prendre ses responsabilités, en arguant que « c’est pas not’faute, c’est celle de ces salopiauds d’Argentins, ohlàlà » (la citation a été quelque peu adaptée). Manque de chance, il s’agissait d’enfantillages mensongers.

Serait-ce le signe que, petit à petit, nous acceptons notre propre défaite et acceptons que la construction Européenne puisse être détruite par les néo-conservateurs ?

Refuser de voir que nous ne cessons de nous tirer des balles dans les pieds en suivant bêtement une ligne néo-libérale n’est pas uniquement destructeur pour nous – cela serait une juste punition – mais aussi pour nos voisins.
C’est effarant d’être à ce point aveugle.

 

Pourquoi ce sera la B

En ces temps de déchirement interne au Parti Socialiste, au moment même où notre Grand, Cher et Bien-Aimé Premier s’amuse, une fois de plus, à tenter d’écraser ceux qui s’opposent à lui en leur faisant un procès d’intention, prétendant ainsi que quiconque ose critiquer l’orientation du gouvernement est incapable d’accepter la démocratie interne du Parti (vous voyez bien le subtile sophisme ?), en ces temps, donc, où tout militant relit les traités de Nostradamus afin de savoir quels astres suivre pour être élu à sa Fédé, être en 30e position sur les listes des futures régionales ou avoir sa photo avec le/la candidat-e de 2017, en ces temps de désordre interne et de lutte fratricide s’annonce, lointain, le but ultime de ces mesquines manœuvres : le Congrès de Poitiers.

Plusieurs motions ont été présentées, une seule sera mise en branle (clin d’œil aux strauss-kahniens, classe comme le Carlton), cela s’appelle la démocratie interne. Jusqu’ici, rien de bien palpitant, lecteur intrépide et lectrice téméraire. Dans cette lutte fratricide (on ne dit hélas pas « camaradicide ») qui se joue, il faut donc arriver à faire le tri entre ce qui a du sens et ce qui n’en a guère.

congres-de-poitiers

Vos chers et dévoués (quoique peu rapides et, ces derniers temps, peu productifs) auteurs de Sakharoz soutiennent de tout leur coeur – mais aussi et surtout de tout leur esprit, la Motion B.

 

Pourquoi ?

 

  • Parce que nous sommes fortement épris de notre héritage culturel et idéologique, que nos références sont de Gouges, Proudhon, Blum et Jaurès, et considérons que nous devons nous appuyer sur ces dernières pour pouvoir progresser. Parce que nous avons remarqué un revirement violent depuis 2012, des compromissions inadmissibles pour un gouvernement socialiste et que nous considérons que la seule voie encore non employée passe par un socialisme pugnace et fier de ses couleurs. Nous refusons le sordide « Il n’y a pas d’alternative à gauche » scandé depuis près d’un an par notre Premier Ministre, dont on est en droit de questionner l’engagement au PS, faisant écho à l’odieux TINA de Margareth Thatcher. Si les mots on un sens, le dérapage sémantique a entraîné un virage idéologique inquiétant.
  • Plus encore, outre des questions idéologiques, nous considérons que les déclarations d’amour aux entreprises, sorties aussi nulles qu’imbéciles en politique – depuis quand la politique est-elle affaire de sentiments ? – ne peuvent se faire sans un contrepoids efficace. C’est pourquoi le CICE et le CIR (critiqué récemment, mais reprenant d’anciens articles et analyses) doivent être recentrés, qu’il faut arrêter de dépenser de l’argent dans ce qui est – appelons un chat un chat – une niche fiscale.
  • Parce que, aussi, nous pensons que la finance n’a pas à être centrale ni omnipotente et que nous avons un devoir citoyen à l’encadrer et à la réguler. Parce que, en réalité, nous avons été déçus, choqués et bafoués lorsque nous avons compris que la réforme fiscale du candidat Hollande de 2012 ne verrait jamais le jour, au grand dam d’un Piketty.
  • Parce que nous aimons l’Europe et voulons la renforcer. Parce que nous n’avons pas apprécié la signature du traité de stabilité, parce que nous vouloons une Europe sociale, parce que nous voulons cesser avec le racket que l’on impose aux pays du Sud de l’Europe à travers le bel euphémisme « d’austérité ».
  • Parce que l’écologie n’est pas qu’un mot qui doit ponctuer les phrases mais un véritable choix de société, et qu’écologie, nous le savons depuis un certain Karl, est inhérente au socialisme, quoique depuis trop longtemps oubliée.
  • Parce que l’égalité entre citoyen-ne-s passe par l’éducation, une éducation qui permette à tout un chacun d’avoir les mêmes chances, par un accès égal à la protection sociale, bien mise à mal. Par une meilleure redistribution des richesses, et plus uniquement prêter aux mieux pourvus. Une société pérenne est une société solidaire.

 

 

Nous ne choisissons pas la Motion D car trop fourre-tout et trop « boîte à outils », et nous préférons des engagements clairs afin d’avoir un objectif précis. De même, la Motion C, quoique présentant des idées intéressantes envers l’écologie, ne nous semble qu’un ensemble de rustines à appliquer sur un vieux pneu éclaté. Soyons honnêtes.

 

Qu’en est-il de la Motion A ? Quiconque l’a lue aura pu remarquer que, suite à l’incompréhensible adhésion de Martine Aubry à celle-ci, le ton est similaire à la motion B. Ce serait une erreur que le croire. La Motion A est la motion de l’hypocrisie et du mensonge, affirmant un texte ouvertement progressiste signé par un gouvernement ayant prouvé sa capacité à se contredire. Un concentré de tartuferie et de fourberie.

 

  • Comment croire une Motion qui prétend « Nous sommes opposés à une nouvelle extension du travail du dimanche » tout en étant signée par un gouvernement ayant oeuvré en ce sens ? Christian Eckert a ainsi été incapable de justifier ce grand écart, dû à la loi Macron.
  • Comment croire une Motion qui annonce « L’encadrement des loyers doit être mis en place pleinement » alors que cette disposition présente dans la loi ALUR de Cécile Duflot a été supprimée par le gouvernement Valls, signataire de la Motion A ?
  •  Comment croire une Motion qui veut « Accroître le pouvoir d’achat et œuvrer pour la justice sociale » alors que la valeur du point dans la fonction publique est resté gelé ? Qu’à part les 6,45 € de « coup de pouce » au SMIC en 2012, aucune augmentation n’a été faite ? Que, malgré la campagne des Présidentielles, la durée de cotisation pour la retraite a été allongée de 6 semestres ?
  • Comment croire une Motion qui a le toupet d’affirmer vouloir remettre « La fiscalité au service de la croissance et de la justice : nous croyons à l’impôt progressif et redistributif » alors que ses signataires, notamment ministres, ont fait partie de ceux qui ont voté l’augmentation de la TVA, pourtant qualifiée par notre Parti comme injuste ? Comment croire cela lorsque, de plus, la demi-part pour veuvage a été supprimée ? En augmentant les impôts des classes moyennes, tout en développant un nombre épatant de niches fiscales à travers « pacte de responsabilités » et « pacte de compétitivité », cadeau de plus de 40 milliards d’euros aux grands groupes, déjà choyés ?
  • Comment croire un Motion qui affirme « Remettre la finance à sa place ! » alors que la loi bancaire n’a pas touché à la banque universelle, qui continue de faire courir les mêmes risques qu’en 2007 ? Et que la très vantée réforme fiscale n’a pas eu lieu ?
  • Comment croire une Motion qui assure que « La réindustrialisation de la France est un objectif fondamental pour les socialistes » alors qu’aucune nationalisation provisoire, comme annoncée un temps par Arnaud Montebourg, n’a été effectuée ? Ajoutons que le gouvernement, qui soutient cette motion, compte un certain ministre de l’économie ayant déclaré que « [son] job n'[était] pas de préserver les emplois existants ».
  • Comment croire une Motion qui présente que « Dans l’entreprise, les salariés, pour être respectés, doivent avoir des droits » alors que, parallèlement, elle s’inscrit dans une démarche de pilier du gouvernement, dont une loi en cours fragilise le Code du Travail ?
  • Enfin, comment croire une Motion qui déclare vouloir « Renforcer le droit d’initiative et de contrôle du Parlement » tout en défendant l’usage du 49.3 ?

 

La Motion A, dans son texte, est impeccable, soyons d’accord. Hélas, il nous faut parodier Rabelais et expliciter que texte sans contexte n’est que ruine de l’âme. Or nous l’avons vu, le grand écart effectué entre les actions passées et en cours des signataires de cette motion dite « de rassemblement » – ignorant superbement le fait que TOUTE motion cherche à rassembler après elle, avec un dédain et un mépris grossier envers toute idée différente – ainsi que les actes du gouvernement qu’elle déclare soutenir, est aussi épatant que le grand écart réputé d’un certain acteur belge.

 

Camarades, le congrès est clair. Pour nous, afin de faire avancer le socialisme et de permettre non seulement à notre pays mais aussi et surtout à l’Europe de progresser, seule la Motion B est viable.

Loi Macron : piège à cons

Suite aux déblatérations de nos ministres, notamment de notre cher Premier Manu et de notre aimé Economiste Manu (notons la répétition… quitte à vite virer manuphobe !) il semblerait que la « Loi Macron » fortement présentée récemment soit issue de ce qu’il convient d’appeler un fait divers, monté en épingle et affiché comme vérité absolue. Maintenant, l’on saisit l’arme – l’ultimatum – de l’article 49-3 pour engager la responsabilité du gouvernement et court-circuiter le vote.

Il est très intéressant de voir cette idée de liberté colportée à toutes les sauces. « Liberté d’expression » pour pouvoir tenir des propos à la limite de la légalité, « Liberté de travailler » pour justifier l’exploitation des personnes.

On peut effectivement tout légitimer par « liberté », et on arrive dans un système comme aux Etats-Unis où, pendant longtemps, il n’y avait pas de protection sociale parce que « il était de la liberté de tout un chacun de choisir d’avoir une assurance santé ». (oui, oui, ce sont les propos que tiennent ceux qui sot opposés à l’Obamacare)

Un point très intéressant, qui a d’ailleurs montré ses limites durant les années Sarkozy, pour ne pas dire son incapacité à faire des employés (cadres ou non) les grands gagnants, le fameux « travailler plus pour gagner plus » dont on nous ressort à présent les remous. La population en pâtit. (source ici, et parfaitement développé dans Les Echos, pourtant peu réputé pour être de gauche)

Bref, « travailler plus pour gagner plus » est un leurre, une aberration, et il est pour le moins honteux de prétendre améliorer quoi que ce soit par ce biais. A guise de comparaison, on peut voir que, par exemple, les pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’OCDE – ou même de l’UE (puisque ceux-ci sont dans l’UE) sont les pays nordiques (encore !) et que… le travail le dimanche est assez limité. Viennent ensuite les problèmes sociétaux. Travailler le dimanche signifie devenir marginal (stricto sensu) et donc se priver d’un repos possiblement familial, brisant ainsi le développement et bien-être de tout un chacun. Même s’il existe un autre jour de congé, il n’en restera pas moins que les interactions sociales hors travail seront beaucoup plus limitées. Qui dit moins d’interactions sociales dit augmentation du mal-être (ça, c’est la psychologie sociale qui nous l’enseigne) pouvant finir sur dépression et autres joyeusetés. Sans pour autant être économiquement viable.

Ce mal-être se répercute inévitablement sur le travail, et les travailleurs sont d’ailleurs moins productifs. On peut prouver cela de deux façons. Tout d’abord, la diminution du temps de travail a permis une hausse de la productivité (il y eut, il est vrai, des baisses avec Aubry I – application trop rapide, nous sommes d’accord – corrigées par les Aubry II, dont les résultats sont restés supérieurs aux 39h). Plus de temps pour soi (moins de temps au travail) égale non seulement productivité en hausse mais aussi création d’emplois (je renvoie à l’étude de l’INSEE susnommée). Donc travailler moins égale gagner plus. Travailler plus, en revanche, n’entraîne pas une hausse de la productivité, comme le montre l’exemple japonais. D’ailleurs, de manière intéressante, on y voit que la France et l’Allemagne – où l’on travaille de manière effective MOINS qu’en France, sont plus productives que les E-U. A cela s’ajoute les énormes problèmes sociaux : vous avez dit karoshi ?

Au contraire, cette loi, c’est une régression humaine, sociale ET économique. En gros, l’on retournerait au XIXe siècle.
Parler de « liberté » est en fait exact si l’on considère la liberté des employeurs qui peuvent ainsi avoir à leur disposition une main-d’œuvre exploitable ET docile (pour cause de pauvreté). Et ce sans être l’éperon qui relancera l’économie, comme l’on semble nous le bavasser sans cesse.

Je suis outré que l’on propose encore, à l’heure actuelle, de telle propositions. C’est d’un dogmatisme idéologique !

L’on peut prétexter, à raison, que la position du « il faut pouvoir aller au musée » et autres propositions sont assez « parisiennes », ou du moins urbaines. Mais la France EST un pays majoritairement urbain ! (on peut même s’en convaincre derechef) Plutôt que d’avancer des arguments fallacieux, étudions au cas par cas les spécificités minoritaires ! Mais non. L’on s’entête dans une idéologie que l’on sait stérile. « Si le Soviétisme ne fonctionne pas, c’est qu’il faut aller plus loin, encore » entendions-nous il y a encore 40 ans. Le même écho se fait entendre vis-à-vis de la déréglementation, de la libéralisation outrancière. Et l’on va nous traiter de stalinien pour tenter d’être plus précis… Quelle ironie…

Le dimanche est, historiquement (Eglise oblige) et de fait culturellement, le jour de congé « par excellence », celui où tout un pays cesse de travailler. Quelles qu’en soient les raisons (on s’en fout un peu), cela permet à toute la population de cesser son activité laborieuse (stricto sensu) en même temps, pour se retrouver. Bref, il s’agit véritablement d’une journée renforçant le lien social, au cours de laquelle les individus de la société, les citoyen-ne-s – nous !! – peut interagir et se reposer. Ce repos est nécessaire, mais ces interactions sociales aussi. (eh oui, tout cela peut très facilement mener à des dépressions)

Bref, si l’on veut que le jour de congé pour tout un chacun soit le mercredi, pourquoi pas. Il est juste plus simple de garder le dimanche. Mais un jour commun est nécessaire.
J’habite au Japon, les gens roulent à gauche. Je voudrais aussi pouvoir rouler à gauche, en France. Pourquoi m’oblige-t-on à rouler à droite alors que je n’en ai pas envie ? Pour des raisons de cohérence sociale et sociétale. Il en est de même avec le jour de congé. L’excuse du « j’en ai envie donc on ne peut me l’interdire » est très hypocrite. D’une, ce ne sont jamais les personnes qui se retrouveraient dans ce cas de figure qui auraient à faire ce choix. Pour le travail du dimanche (je passe outre les « urgences » comme santé, sécurité… et les dérogations culturelles et gastronomiques, on pourra y revenir) les personnes qui vont s’y ruer sont celles et ceux qui veulent gagner plus, par nécessité. Bref, les plus démunis qui n’ont d’autre moyen que celui-ci. En réalité, l’on institutionnalise l’exploitation de la misère. Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un besoin « primaire ». En effet, quand on est dans la mouise, avoir 200 ou 300€ de plus par mois aide… beaucoup moins quand on touche déjà le décuple. Cet argument est donc un argument de riche (oui, oui, j’ose !). De même que celui, repris par Colette Capdevielle (qui a changé de point de vue depuis 2012…), du « j’en ai assez de me dire quand je dois consommer ». Traduction : j’ai envie de consommer à tout instant, je veux donc d’autres personnes pour subvenir à mes envies. Caprice de nanti.
La même logique convient au travail de nuit. Pardon, « de soirée » puisque l’on va, à présent, « faciliter » ce dernier… avec, comme pour le dimanche,  la compensation salariale fixée par accord d’établissement, de branche, d’entreprise ou territorial…donc ne répondant à aucune règle stricte, laissée au bon vouloir de l’employeur. Si ce dernier peut être juste, il peut tout autant être injuste. Là est le problème. C’est à nous, socialistes, gens de gauche, de fixer des règles d’équité entre tous.
Pour le reste, la loi est assez claire, nous faisons ce dont l’UMP rêvait. Du bel ouvrage, vraiment.
Le reste de la loi est similaire. Sous prétexte que 34% de personnes votent aux prud’hommales, pensons à les supprimer ? Autant ne plus voter pour le Parlement Européen… (ce qui serait une erreur !) Quid de la suppression du droit pénal du travail ? De la réforme des licenciements collectifs qui met en berne les droits des salariés ? On aura quoi, après ? La suppression du salaire minimum ou le droit de travail des enfants ?
Le meilleur qui en parle encore est Gérard Filoche, dont je vous laisse déguster les propos.

 

 

Tout cela, hélas, n’est qu’un apport de plus au moulin du FN qui va se régaler de voir un gouvernement DE GAUCHE faire une politique DE DROITE. (schématisons) Et donc nous allons nous faire exploser aux départementales. Là n’est pas le pire. Ce faisant, nous légitimons le discours habituel de l’extrême droite qui est dire « UMP, PS, même combat ». Et ce sera la fin. Et vous savez le pire ? Nous l’aurons mérité, par notre abandon du peuple. Ou plutôt par la trahison flagrante de ces élus que nous, militants, mais aussi citoyens, avons mis au pouvoir.
Navrant, vraiment navrant. La présidence Hollande avait cette opportunité historique de retourner la situation, de faire un vraie réforme fiscale, et nous l’avons balayée, submergés que nous sommes par l’idéologie néo-libérale.

L’avenir s’annonce malsain…

L’UMP dans le déni-ni

Les résultats du premier tour des législatives dans le Doubs avaient été fortement attendus, tant l’on imaginait, à juste titre, un second tour avec le parti d’extrême-droite poujadiste Front National. (il paraît que l’actuelle présidente n’aime pas que l’on décrive son parti de ce qu’il est, profitons-en pour nous éclater !) Comme plus ou moins attendu, l’UMP s’est fait balayer d’un revers de la main (droite, pendant qu’elle se dressait dans le ciel, comme à l’habitude du parti bleu sombre cité plus haut) et le second tour prévu en cette fin de semaine se déroulera, donc, entre le PS et le FN.

 

Mais c'est où, le Doubs ? (c) Wikipedia Commons

Mais c’est où, le Doubs ? (c) Wikipedia Commons

 

Comme d’habitude, l’on en attendait beaucoup de l’UMP – ou pas, tant nous sommes habitués aux bassesses et perfidies de leurs dirigeants, mais sachons être optimistes et espérons une possibilité de changement chez ces derniers – dont nous aurions pu imaginer un changement de stratégie. Il fallait être vraiment naïf après la dure ligne Buisson… (le même qui prit flamme chez Moïse, comme quoi les arbustes semblent avoir un tropisme pour toute flammèche – no metaphor intended) Comme de bien entendu, donc, le bureau national de l’UMP décida de poursuivre sur la ligne « ni FN, ni PS », pensant montrer ainsi une liberté qu’ils sont nombreux à scander, et bien peu à espérer. Notre cher et mésestimé ancien Président avait choisi le ni « ni-ni » ni Front Républicain. (je récupère l’excellente formule de Libé) En clair, pour lui, il fallait lutter contre le FN tout en laissant les électeurs s’exprimer. Ce qui semble être une évidence dans notre système démocratique – les électeurs sont libres de leur vote – et n’engage à rien. Peut-être influencé par notre Président actuel, l’Ancien avait choisi la voie du consensus mou, verbeux et, finalement, vide de tout sens. Sa posture fut désavouée et le texte prônant l’abstention ou le vote blanc a été préféré. Voilà pour un petit rappel des faits.

 

S’il n’est pas vraiment surprenant de constater la politique du « ni-ni », courante dès le RPR, déjà, dans les années 1990, il ne peut être que déplorable de constater qu’un parti se disant républicain se livre à une telle annonce. Dans un cas comme celui-ci, à savoir, s’exprimer sur la position de son parti dans le cadre d’un vote opposant un parti républicain à un second, extrémiste, qui ne l’est pas – comme démontré brillamment à de nombreuses reprises – seuls deux choix sont acceptables : donner une consigne de vote pour l’un ou l’autre (enfin, pour l’un, à moins que l’on ne se délecte de la montée d’un parti profondément raciste) ou se taire.

Pourquoi donc, me demanderez-vous, fols que vous êtes?

Donner une consigne de vote est un signe clair de la part d’un parti, d’une personnalité politique, d’un groupe associatif – que sais-je encore ? – et donc permet d’identifier les possibles évolutions idéologiques (ou non) de cette entité. Dans un cas comme celui-ci, un parti ne peut pas ne pas choisir, ne pas annoncer la couleur avant de poser ses cartes, par égard envers ses électeurs/trices et sympathisant-e-s. Il s’agit donc de l’action la plus noble que puisse tenir un parti.

Si, comme Nicolas S. le suggérait, l’on veut « laisser les électeurs s’exprimer » et donc éviter de les influencer, l’on ne se prononce pas, ou alors à titre purement personnel. Cela reste ainsi cohérent avec la posture que l’on tient, toute discutable qu’elle puisse être. Il s’agit donc, dans ce cas précis, d’un souci de cohérence plus que de courage politique. Il n’en est pas moins discutable pour l’évidente raison que faire de la politique, c’est choisir. (N’en déplaise à François H.)

En définitive, deux choix, oui, mais un seul valable. Et là encore, seul soutenir un parti républicain est un choix acceptable – à moins évidemment de vouloir en finir rapidement avec ce modèle que nous chérissons, chacun ses pulsions.

 

(c) Gallica

(c) Gallica

 

L’UMP, en choisissant de ne se positionner si pour le FN (ce qui aurait été une faute, le cas échéant) ni pour le PS, et en exhortant ses meutes à voter blanc ou s’abstenir commet une erreur impardonnable. L’appel à l’abstention est un geste violemment anti-civique, en ce sens que la Souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exprime en votant. C’est cette participation qui fonde et légitime la démocratie représentative. Pousser, encourager, inviter, inciter, conseiller, recommander, prêcher l’abstention revient à demander à tout citoyen de refuser d’user de son pouvoir de sélection, de choix, et ainsi de laisser autrui prendre les manettes et, de fait, le pouvoir. Profondément anti-civique, et anti-républicain.

De manière similaire, appeler à voter blanc est l’une des plus grandes énormités qu’il nous soit donné de voir. On peut en référer au point abordé plus haut traitant du devoir de choisir. L’on pourra toujours rétorquer que le vote blanc peut être contestataire, il n’en demeurera jamais que la triste case « ne sais pas » de tout questionnaire vite expédié. En parlant de responsabiliser les citoyens, l’on n’a rien vu de plus grand-guignolesque et absurde que de prôner, justement, le refus de choisir. Ridicule.

 

S’il est inutile de rappeler à quel point les forces de Gauche, incessamment, appellent à faire barrage aux partis anti-républicains – dont le FN (cf liens placés plus haut dans cet article) – quitte à voter pour l’UMP (eh oui) comme ce fut le cas avec un précédent président réélu avec 82% des voix au second tour de l’élection, il semble difficile à certaines droites – UMP, UDI et consorts – de se serrer les coudes face à ce qui est, disons-le clairement, une menace. On pourrait y voir une volonté de draguer les électeurs du FN tout en maintenant une allure honorable – l’emploi tautologique de « Laissons les électeurs choisir », expression plus creuse encore les cavités béantes apparues en Sibérie – montrant ainsi à quel point la déviation idéologique a eu lieu dans cette formation et l’a souillée. L’excuse consistant à ne pas « pouvoir » appeler à voter pour le PS car il serait allié au FdG, supposément extrémiste, alors que les faits sont têtus et prouvent le contraire à plusieurs reprises… Grossière erreur, mais permettant d’excuser de potentielles alliance entre droite et extrême droite (jusqu’ici encore assez conspuées, nous sommes chanceux) en reprenant le credo du « vous le faites, alors nous aussi. »

 

Puéril.

 

En fin de compte, c’est ça, qui caractérise l’attitude de l’UMP. Un parti immature, dirigés par des enfants gâtés bouffis d’orgueil. Cela en dit long sur la déliquescence de nos élites…