L’envie de Gauche

La force de notre parti est, à n’en pas douter, la multiplicité de nos courants. Contrairement aux autres grands partis de ce pays, aucun autre ne peut se targuer d’avoir autant de discussions internes aussi fortes. Le PS représente des gauches, mais aucune n’est irréconciliable avec une autre.

 

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Passées ces considérations générales un peu naïves, force nous est de reconnaître une chose : Benoît Hamon a remporté la primaire de la BAP, un peu contre tous les pronostics qui ont été faits – et je m’en réjouis. La déception de certain-e-s d’entre nous de ne pas avoir vu leur-e candidat-e gagner est inhérente à des élections. Pour reprendre un slogan employé par la Française des jeux il fut un temps : « C’est le jeu, ma pauvre Lucette. » Si nous nous reconnaissons socialistes, il nous appartient de soutenir le candidat durant cette campagne. On ne peut pas changer de règles durant la partie, ou du moins pas honnêtement.

Il faudrait, toutefois, tâcher de discuter intelligemment, sans avoir à jouer la carte du pragmatisme, mot à la mode mais qui est devenu dénué de sens. Qu’est-ce que le pragmatisme, sinon s’adapter à la réalité, privilégiant l’observation des faits à aux errements d’idées ? Mais le candidat Hamon, par son programme, est pragmatique, dans la directe lignée de Pierce, suivant une ligne (j’ose !) « scientifique et réaliste ». L’échec des politiques mises en place, notamment par les différents gouvernements sous François Hollande, devraient nous pousser à accepter ces erreurs, à voir que ces politiques nationales comme européennes n’ont été qu’un vaste échec. Le clou est enfoncé par Thomas Piketty qui affirme : « A l’inverse des options fiscales et budgétaires retenues depuis 2012, et en particulier de cette inefficace usine à gaz qu’est le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Sans parler de l’exonération des heures supplémentaires, que même la droite a abandonnée et que Manuel Valls voudrait recycler aujourd’hui. » [1] Voilà, d’une part, qui permet de cocher la case du réalisme du candidat de notre famille politique pour les élections prochaines, tout en mettant en défaut le réalisme affiché de certains. Cet échec doit évidemment être contrebalancé par des propositions variées, d’autres modèles, d’autres hypothèses, pour finalement les tester. Le revenu universel, critiqué par la droite de notre parti et de notre paysage politique, en est la manifestation la plus claire : une proposition nouvelle, une hypothèse valable (et soutenue par un certain nombre d’études – ne prouvant pas son efficacité a priori, mais laissant entendre qu’il est rationnel de la tester).[2] Voilà pour la partie scientifique (méthode scientifique 1.0 – on peut en discuter quand on veut).

En regardant donc de plus près, on peut très facilement arguer du fait que n’est pas pragmatique qui veut, les faits le montrent très aisément. Truisme peut-être évident…

Le débat est donc intéressant, et a eu lieu lors de la primaire. Non qu’il ne faille le taire, mais l’heure est avant toute chose au rassemblement du parti, de nos partis amis et alliés, derrière une candidature qui sera ainsi bénéfique non seulement au peuple français, mais, espérons-le, auprès de nos concitoyens européens (le terme concitoyen est certes inexact à l’heure actuelle, mais c’est un idéal personnel, excusez du peu). L’on ne peut plus se permettre une débâcle similaire à celle de 2007, avec un parti peu enclin à faire campagne et un-e candidat-e laissé-e seul-e au front.

 
 
D’où le second point, découlant du premier de manière assez naturelle.

Les différentes défections récentes de la part de la cour proche de notre ancien Premier Ministre, je pense à Gilles Savary, Alain Calmette, Marc Goua, rejoignant les rangs de Richard Ferrand, Christophe Castaner, Pascal Terrasse, Arnaud Leroy… tous députés, élus via la machine qu’est le PS, ne font pas honneur à leurs engagement, pas plus que Gérard Collomb, Jean-Claude Boulard, sénateurs, qui ont eux aussi apprécié le parti et n’ont pas boudé leur plaisir tant que le parti leur offrait une possibilité d’accéder aux ors de la République.[3] On peut avoir le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière.

Parfois, il semble que défection s’écrit mieux avec un « a ».

 

« Bon appétit, messieurs ! –Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
 » (Victor Hugo, Ruy Blas, Acte III, Scène 2)

Les raisons données par ces déserteurs furent nombreuses, permettant à tous ces élus de résoudre leur dissonance cognitive de la meilleure manière qui soit. « On veut être clairs vis-à-vis de nos électeurs : on a défendu auprès d’eux le CICE, la politique de l’offre, la loi travail… on ne peut pas faire campagne pour le contraire ensuite. » (Savary) C’est tout l’inverse pourtant qu’il faudrait expliquer, le pourquoi, le comment, d’un vote indigent, opposé en tout point aux valeurs qui nous ont mis au pouvoir en 2012, celles qui ont sous-tendu l’élection de François Hollande.

Devrait-on rappeler à ces élus qu’ils n’ont eu de cesse de de tourner le dos au projet socialiste de 2012, eux qui ont soutenu les lois Macron/El-Khomri d’inspiration néo-libérale en 2015 (on ne va pas refaire le débat), et la déchéance de nationalité ? Ces mêmes élus, légitimistes auto-proclamés, n’ont ainsi pas peur de rejeter la pourtant très palpable légitimité du candidat choisi par les urnes à la primaire, incapables de comprendre le rejet systématiques des électeurs et électrices qui ont jugé leurs reculs systématiques, et les ont condamnés sans répit aux élections municipales, européennes, territoriales et régionales. Quelle légitimité clamer, lorsque l’on rejoint un candidat qui, nourri initialement par le parti au sein du gouvernement Valls II, fait cavalier seul, s’abolissant du choix des militant-e-s, soutenu qu’il est par toute un monde financier peu épris de progrès social, et même qualifié de « déserteur » par l’ancien premier ministre Manuel Valls ?

Ces déserteurs se déclarant socialistes se prennent au piège de leur dissonance. Notons-le, Emmanuel Macron n’est pas socialiste, lui qui vantait la chance que les Britanniques avaient eu d’avoir Margaret Thatcher et qui prônait le libéralisme comme valeur de gauche (au sens saint-simonien, potentiellement, ses actions ne corroborent guère).[4]

 

« Monsieur le duc, – au nom de tous les deux, – voici
Notre démission de notre emploi.
 » (ibid.)

La conséquence logique de cet engagement auprès d’un candidat non soutenu par le parti auquel l’on appartient aurait dû faire venir cette réaction de manière immédiate. Nos statuts sont suffisamment clairs sur le sujet (de mémoire, Articles 1.2.3. et 5.1.7. des status et 1.2.3. du règlement intérieur). Rejoindre un parti signifie en accepter les règles.

De manière intéressante, si quelques élus partent, la confiance en notre parti semble s’être requinquée depuis 10 jours, où le candidat socialiste est passé de 8% dans les sondages à 18% d’intention de vote au premier tour en fin de semaine dernière. Peut-être est-ce dix de gagnés pour un de perdu ? (l’on pourra évidemment critiquer ce propos qui s’appuie sur la faible fiabilité de sondages)

 

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos. Être socialiste n’est pas un gage de valeur (au sens : bon ou mauvais) mais d’obédience politique. Il n’y a aucun mal à ne pas l’être, mais le prétendre est au pire erroné, au mieux fallacieux.

Le courant qui décrirait mieux ce nouveau centre qui semble apparaître fortement à présent est certainement le libertarianisme. La politique de Macron, du reste, propose cette vision « hors du clivage gauche-droite » en proposant un modèle où libéralisme économique et libertés individuelles (au sens libéral) sont assurées – à la manière d’un David Nolan (fondateur du parti libertarien américain). La seule différence avec son collègue états-unien étant la substistance d’un Etat assez minimal, vision minarchique du libertarianisme.

Mais le libertarianisme n’est pas un socialisme, pas plus qu’il n’est un libéral-conservatisme (comme LR). Il n’est, de plus, pas la social-démocratie, dont la définition reste pour le moins élastique (Bebel ? Luxemburg ? Brandt ? Rocard ? Schröder ?). Peut-être le blairisme est-il la meilleure définition de ce libertarianisme – « social-libéralisme » – à l’européenne… (question ouverte)

 

Pour finir (enfin, après un si long pâté), il reste à voir la vision de la société que l’on veut. Les électeurs-trices ont décidé de notre ligne après les primaires. L’ancien Premier Ministre dit serrer les rangs, c’est tout à son honneur.

En 2011, malgré des réserves sur le candidat sorti des primaires, nous avons fait bloc et nous avons gagné. Notre ligne propre ne gagne pas nécessairement toujours, mais nous avons tous beaucoup en commun. Bref, débattons bien, débattons vite, mais ne nous débattons pas ! Les droites, traînant leurs casseroles, sont aux abois, à nous de prouver que nous sommes capables de proposer la seule alternative valable.

 

 

 

[1] A lire sur son blog

[2] Soutenu par nombre d’économistes – qui s’y connaissent mieux dans leur domaine que votre dévoué

[3] En anglais, on dit « Name and shame » . A chacun-e ses responsabilités et engagements.

[4] Florilège : http://www.regards.fr/web/article/emmanuel-macron-en-flagrant-delithttp://www.lemonde.fr/festival/article/2015/09/27/emmanuel-macron-le-liberalisme-est-une-valeur-de-la-gauche_4774133_4415198.html

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Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Pourquoi ce sera la B

En ces temps de déchirement interne au Parti Socialiste, au moment même où notre Grand, Cher et Bien-Aimé Premier s’amuse, une fois de plus, à tenter d’écraser ceux qui s’opposent à lui en leur faisant un procès d’intention, prétendant ainsi que quiconque ose critiquer l’orientation du gouvernement est incapable d’accepter la démocratie interne du Parti (vous voyez bien le subtile sophisme ?), en ces temps, donc, où tout militant relit les traités de Nostradamus afin de savoir quels astres suivre pour être élu à sa Fédé, être en 30e position sur les listes des futures régionales ou avoir sa photo avec le/la candidat-e de 2017, en ces temps de désordre interne et de lutte fratricide s’annonce, lointain, le but ultime de ces mesquines manœuvres : le Congrès de Poitiers.

Plusieurs motions ont été présentées, une seule sera mise en branle (clin d’œil aux strauss-kahniens, classe comme le Carlton), cela s’appelle la démocratie interne. Jusqu’ici, rien de bien palpitant, lecteur intrépide et lectrice téméraire. Dans cette lutte fratricide (on ne dit hélas pas « camaradicide ») qui se joue, il faut donc arriver à faire le tri entre ce qui a du sens et ce qui n’en a guère.

congres-de-poitiers

Vos chers et dévoués (quoique peu rapides et, ces derniers temps, peu productifs) auteurs de Sakharoz soutiennent de tout leur coeur – mais aussi et surtout de tout leur esprit, la Motion B.

 

Pourquoi ?

 

  • Parce que nous sommes fortement épris de notre héritage culturel et idéologique, que nos références sont de Gouges, Proudhon, Blum et Jaurès, et considérons que nous devons nous appuyer sur ces dernières pour pouvoir progresser. Parce que nous avons remarqué un revirement violent depuis 2012, des compromissions inadmissibles pour un gouvernement socialiste et que nous considérons que la seule voie encore non employée passe par un socialisme pugnace et fier de ses couleurs. Nous refusons le sordide « Il n’y a pas d’alternative à gauche » scandé depuis près d’un an par notre Premier Ministre, dont on est en droit de questionner l’engagement au PS, faisant écho à l’odieux TINA de Margareth Thatcher. Si les mots on un sens, le dérapage sémantique a entraîné un virage idéologique inquiétant.
  • Plus encore, outre des questions idéologiques, nous considérons que les déclarations d’amour aux entreprises, sorties aussi nulles qu’imbéciles en politique – depuis quand la politique est-elle affaire de sentiments ? – ne peuvent se faire sans un contrepoids efficace. C’est pourquoi le CICE et le CIR (critiqué récemment, mais reprenant d’anciens articles et analyses) doivent être recentrés, qu’il faut arrêter de dépenser de l’argent dans ce qui est – appelons un chat un chat – une niche fiscale.
  • Parce que, aussi, nous pensons que la finance n’a pas à être centrale ni omnipotente et que nous avons un devoir citoyen à l’encadrer et à la réguler. Parce que, en réalité, nous avons été déçus, choqués et bafoués lorsque nous avons compris que la réforme fiscale du candidat Hollande de 2012 ne verrait jamais le jour, au grand dam d’un Piketty.
  • Parce que nous aimons l’Europe et voulons la renforcer. Parce que nous n’avons pas apprécié la signature du traité de stabilité, parce que nous vouloons une Europe sociale, parce que nous voulons cesser avec le racket que l’on impose aux pays du Sud de l’Europe à travers le bel euphémisme « d’austérité ».
  • Parce que l’écologie n’est pas qu’un mot qui doit ponctuer les phrases mais un véritable choix de société, et qu’écologie, nous le savons depuis un certain Karl, est inhérente au socialisme, quoique depuis trop longtemps oubliée.
  • Parce que l’égalité entre citoyen-ne-s passe par l’éducation, une éducation qui permette à tout un chacun d’avoir les mêmes chances, par un accès égal à la protection sociale, bien mise à mal. Par une meilleure redistribution des richesses, et plus uniquement prêter aux mieux pourvus. Une société pérenne est une société solidaire.

 

 

Nous ne choisissons pas la Motion D car trop fourre-tout et trop « boîte à outils », et nous préférons des engagements clairs afin d’avoir un objectif précis. De même, la Motion C, quoique présentant des idées intéressantes envers l’écologie, ne nous semble qu’un ensemble de rustines à appliquer sur un vieux pneu éclaté. Soyons honnêtes.

 

Qu’en est-il de la Motion A ? Quiconque l’a lue aura pu remarquer que, suite à l’incompréhensible adhésion de Martine Aubry à celle-ci, le ton est similaire à la motion B. Ce serait une erreur que le croire. La Motion A est la motion de l’hypocrisie et du mensonge, affirmant un texte ouvertement progressiste signé par un gouvernement ayant prouvé sa capacité à se contredire. Un concentré de tartuferie et de fourberie.

 

  • Comment croire une Motion qui prétend « Nous sommes opposés à une nouvelle extension du travail du dimanche » tout en étant signée par un gouvernement ayant oeuvré en ce sens ? Christian Eckert a ainsi été incapable de justifier ce grand écart, dû à la loi Macron.
  • Comment croire une Motion qui annonce « L’encadrement des loyers doit être mis en place pleinement » alors que cette disposition présente dans la loi ALUR de Cécile Duflot a été supprimée par le gouvernement Valls, signataire de la Motion A ?
  •  Comment croire une Motion qui veut « Accroître le pouvoir d’achat et œuvrer pour la justice sociale » alors que la valeur du point dans la fonction publique est resté gelé ? Qu’à part les 6,45 € de « coup de pouce » au SMIC en 2012, aucune augmentation n’a été faite ? Que, malgré la campagne des Présidentielles, la durée de cotisation pour la retraite a été allongée de 6 semestres ?
  • Comment croire une Motion qui a le toupet d’affirmer vouloir remettre « La fiscalité au service de la croissance et de la justice : nous croyons à l’impôt progressif et redistributif » alors que ses signataires, notamment ministres, ont fait partie de ceux qui ont voté l’augmentation de la TVA, pourtant qualifiée par notre Parti comme injuste ? Comment croire cela lorsque, de plus, la demi-part pour veuvage a été supprimée ? En augmentant les impôts des classes moyennes, tout en développant un nombre épatant de niches fiscales à travers « pacte de responsabilités » et « pacte de compétitivité », cadeau de plus de 40 milliards d’euros aux grands groupes, déjà choyés ?
  • Comment croire un Motion qui affirme « Remettre la finance à sa place ! » alors que la loi bancaire n’a pas touché à la banque universelle, qui continue de faire courir les mêmes risques qu’en 2007 ? Et que la très vantée réforme fiscale n’a pas eu lieu ?
  • Comment croire une Motion qui assure que « La réindustrialisation de la France est un objectif fondamental pour les socialistes » alors qu’aucune nationalisation provisoire, comme annoncée un temps par Arnaud Montebourg, n’a été effectuée ? Ajoutons que le gouvernement, qui soutient cette motion, compte un certain ministre de l’économie ayant déclaré que « [son] job n'[était] pas de préserver les emplois existants ».
  • Comment croire une Motion qui présente que « Dans l’entreprise, les salariés, pour être respectés, doivent avoir des droits » alors que, parallèlement, elle s’inscrit dans une démarche de pilier du gouvernement, dont une loi en cours fragilise le Code du Travail ?
  • Enfin, comment croire une Motion qui déclare vouloir « Renforcer le droit d’initiative et de contrôle du Parlement » tout en défendant l’usage du 49.3 ?

 

La Motion A, dans son texte, est impeccable, soyons d’accord. Hélas, il nous faut parodier Rabelais et expliciter que texte sans contexte n’est que ruine de l’âme. Or nous l’avons vu, le grand écart effectué entre les actions passées et en cours des signataires de cette motion dite « de rassemblement » – ignorant superbement le fait que TOUTE motion cherche à rassembler après elle, avec un dédain et un mépris grossier envers toute idée différente – ainsi que les actes du gouvernement qu’elle déclare soutenir, est aussi épatant que le grand écart réputé d’un certain acteur belge.

 

Camarades, le congrès est clair. Pour nous, afin de faire avancer le socialisme et de permettre non seulement à notre pays mais aussi et surtout à l’Europe de progresser, seule la Motion B est viable.

Loi Macron : piège à cons

Suite aux déblatérations de nos ministres, notamment de notre cher Premier Manu et de notre aimé Economiste Manu (notons la répétition… quitte à vite virer manuphobe !) il semblerait que la « Loi Macron » fortement présentée récemment soit issue de ce qu’il convient d’appeler un fait divers, monté en épingle et affiché comme vérité absolue. Maintenant, l’on saisit l’arme – l’ultimatum – de l’article 49-3 pour engager la responsabilité du gouvernement et court-circuiter le vote.

Il est très intéressant de voir cette idée de liberté colportée à toutes les sauces. « Liberté d’expression » pour pouvoir tenir des propos à la limite de la légalité, « Liberté de travailler » pour justifier l’exploitation des personnes.

On peut effectivement tout légitimer par « liberté », et on arrive dans un système comme aux Etats-Unis où, pendant longtemps, il n’y avait pas de protection sociale parce que « il était de la liberté de tout un chacun de choisir d’avoir une assurance santé ». (oui, oui, ce sont les propos que tiennent ceux qui sot opposés à l’Obamacare)

Un point très intéressant, qui a d’ailleurs montré ses limites durant les années Sarkozy, pour ne pas dire son incapacité à faire des employés (cadres ou non) les grands gagnants, le fameux « travailler plus pour gagner plus » dont on nous ressort à présent les remous. La population en pâtit. (source ici, et parfaitement développé dans Les Echos, pourtant peu réputé pour être de gauche)

Bref, « travailler plus pour gagner plus » est un leurre, une aberration, et il est pour le moins honteux de prétendre améliorer quoi que ce soit par ce biais. A guise de comparaison, on peut voir que, par exemple, les pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’OCDE – ou même de l’UE (puisque ceux-ci sont dans l’UE) sont les pays nordiques (encore !) et que… le travail le dimanche est assez limité. Viennent ensuite les problèmes sociétaux. Travailler le dimanche signifie devenir marginal (stricto sensu) et donc se priver d’un repos possiblement familial, brisant ainsi le développement et bien-être de tout un chacun. Même s’il existe un autre jour de congé, il n’en restera pas moins que les interactions sociales hors travail seront beaucoup plus limitées. Qui dit moins d’interactions sociales dit augmentation du mal-être (ça, c’est la psychologie sociale qui nous l’enseigne) pouvant finir sur dépression et autres joyeusetés. Sans pour autant être économiquement viable.

Ce mal-être se répercute inévitablement sur le travail, et les travailleurs sont d’ailleurs moins productifs. On peut prouver cela de deux façons. Tout d’abord, la diminution du temps de travail a permis une hausse de la productivité (il y eut, il est vrai, des baisses avec Aubry I – application trop rapide, nous sommes d’accord – corrigées par les Aubry II, dont les résultats sont restés supérieurs aux 39h). Plus de temps pour soi (moins de temps au travail) égale non seulement productivité en hausse mais aussi création d’emplois (je renvoie à l’étude de l’INSEE susnommée). Donc travailler moins égale gagner plus. Travailler plus, en revanche, n’entraîne pas une hausse de la productivité, comme le montre l’exemple japonais. D’ailleurs, de manière intéressante, on y voit que la France et l’Allemagne – où l’on travaille de manière effective MOINS qu’en France, sont plus productives que les E-U. A cela s’ajoute les énormes problèmes sociaux : vous avez dit karoshi ?

Au contraire, cette loi, c’est une régression humaine, sociale ET économique. En gros, l’on retournerait au XIXe siècle.
Parler de « liberté » est en fait exact si l’on considère la liberté des employeurs qui peuvent ainsi avoir à leur disposition une main-d’œuvre exploitable ET docile (pour cause de pauvreté). Et ce sans être l’éperon qui relancera l’économie, comme l’on semble nous le bavasser sans cesse.

Je suis outré que l’on propose encore, à l’heure actuelle, de telle propositions. C’est d’un dogmatisme idéologique !

L’on peut prétexter, à raison, que la position du « il faut pouvoir aller au musée » et autres propositions sont assez « parisiennes », ou du moins urbaines. Mais la France EST un pays majoritairement urbain ! (on peut même s’en convaincre derechef) Plutôt que d’avancer des arguments fallacieux, étudions au cas par cas les spécificités minoritaires ! Mais non. L’on s’entête dans une idéologie que l’on sait stérile. « Si le Soviétisme ne fonctionne pas, c’est qu’il faut aller plus loin, encore » entendions-nous il y a encore 40 ans. Le même écho se fait entendre vis-à-vis de la déréglementation, de la libéralisation outrancière. Et l’on va nous traiter de stalinien pour tenter d’être plus précis… Quelle ironie…

Le dimanche est, historiquement (Eglise oblige) et de fait culturellement, le jour de congé « par excellence », celui où tout un pays cesse de travailler. Quelles qu’en soient les raisons (on s’en fout un peu), cela permet à toute la population de cesser son activité laborieuse (stricto sensu) en même temps, pour se retrouver. Bref, il s’agit véritablement d’une journée renforçant le lien social, au cours de laquelle les individus de la société, les citoyen-ne-s – nous !! – peut interagir et se reposer. Ce repos est nécessaire, mais ces interactions sociales aussi. (eh oui, tout cela peut très facilement mener à des dépressions)

Bref, si l’on veut que le jour de congé pour tout un chacun soit le mercredi, pourquoi pas. Il est juste plus simple de garder le dimanche. Mais un jour commun est nécessaire.
J’habite au Japon, les gens roulent à gauche. Je voudrais aussi pouvoir rouler à gauche, en France. Pourquoi m’oblige-t-on à rouler à droite alors que je n’en ai pas envie ? Pour des raisons de cohérence sociale et sociétale. Il en est de même avec le jour de congé. L’excuse du « j’en ai envie donc on ne peut me l’interdire » est très hypocrite. D’une, ce ne sont jamais les personnes qui se retrouveraient dans ce cas de figure qui auraient à faire ce choix. Pour le travail du dimanche (je passe outre les « urgences » comme santé, sécurité… et les dérogations culturelles et gastronomiques, on pourra y revenir) les personnes qui vont s’y ruer sont celles et ceux qui veulent gagner plus, par nécessité. Bref, les plus démunis qui n’ont d’autre moyen que celui-ci. En réalité, l’on institutionnalise l’exploitation de la misère. Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un besoin « primaire ». En effet, quand on est dans la mouise, avoir 200 ou 300€ de plus par mois aide… beaucoup moins quand on touche déjà le décuple. Cet argument est donc un argument de riche (oui, oui, j’ose !). De même que celui, repris par Colette Capdevielle (qui a changé de point de vue depuis 2012…), du « j’en ai assez de me dire quand je dois consommer ». Traduction : j’ai envie de consommer à tout instant, je veux donc d’autres personnes pour subvenir à mes envies. Caprice de nanti.
La même logique convient au travail de nuit. Pardon, « de soirée » puisque l’on va, à présent, « faciliter » ce dernier… avec, comme pour le dimanche,  la compensation salariale fixée par accord d’établissement, de branche, d’entreprise ou territorial…donc ne répondant à aucune règle stricte, laissée au bon vouloir de l’employeur. Si ce dernier peut être juste, il peut tout autant être injuste. Là est le problème. C’est à nous, socialistes, gens de gauche, de fixer des règles d’équité entre tous.
Pour le reste, la loi est assez claire, nous faisons ce dont l’UMP rêvait. Du bel ouvrage, vraiment.
Le reste de la loi est similaire. Sous prétexte que 34% de personnes votent aux prud’hommales, pensons à les supprimer ? Autant ne plus voter pour le Parlement Européen… (ce qui serait une erreur !) Quid de la suppression du droit pénal du travail ? De la réforme des licenciements collectifs qui met en berne les droits des salariés ? On aura quoi, après ? La suppression du salaire minimum ou le droit de travail des enfants ?
Le meilleur qui en parle encore est Gérard Filoche, dont je vous laisse déguster les propos.

 

 

Tout cela, hélas, n’est qu’un apport de plus au moulin du FN qui va se régaler de voir un gouvernement DE GAUCHE faire une politique DE DROITE. (schématisons) Et donc nous allons nous faire exploser aux départementales. Là n’est pas le pire. Ce faisant, nous légitimons le discours habituel de l’extrême droite qui est dire « UMP, PS, même combat ». Et ce sera la fin. Et vous savez le pire ? Nous l’aurons mérité, par notre abandon du peuple. Ou plutôt par la trahison flagrante de ces élus que nous, militants, mais aussi citoyens, avons mis au pouvoir.
Navrant, vraiment navrant. La présidence Hollande avait cette opportunité historique de retourner la situation, de faire un vraie réforme fiscale, et nous l’avons balayée, submergés que nous sommes par l’idéologie néo-libérale.

L’avenir s’annonce malsain…

La défaite idéologique

C’est une évidence depuis longtemps : la « Gauche » a perdu la bataille idéologique.

En renonçant à des valeurs inhérentes à ce que la gauche a toujours présenté, en refusant d’accepter la part de son histoire, en se perdant dans le jeu du « pragmatisme« , fabuleux qualificatif à tiroirs qui permet de dire tout et son contraire. Et souvent son contraire.

Fin !

Fin !

 

La Gauche a perdu la bataille idéologique en ayant accepté non seulement le vocabulaire mais aussi et surtout les connotations attribuées à ce dernier par la « Droite ». Notons les guillemets, car évidemment toute la gauche française n’est pas le PS, déjà parcouru de différentes sensibilités, et toute la droite française n’est pas représentée par l’UMP, elle-même motivée de nombreux courants. En ce qui concerne la gauche plus radicale, l’on retiendra ceci : si l’idéologie est encore très présente, cette faction politique est justement (et malheureusement) fortement inaudible. (lire ce qui suit pour avoir une idée) De manière intéressante, cela semble aussi être le cas dans des pays voisins (pensons UK, pensons Allemagne, pensons Espagne, pensons Italie, pensons…)

L’on peut se demander d’où cela vient. Pourquoi avoir accepté ce qui, au final, était des idéologèmes propres à un discours assez brutal, violent et surtout fortement déconnecté de la réalité des idéaux de gauche ? La réponse la plus immédiate, peut-être, peut se trouver dans une confrontation simple, sinon simpliste, des forces conservatrices et progressistes, chacune prise dans un sens somme toute assez large. L’on ne saurait que penser à Alynski qui préconisait en son temps de combattre l’ennemi avec ses propres armes (règle 4, un peu modifiée, j’en conviens). Ainsi, afin de contrer un discours simpliste et agressif [1] l’on a eu recours, nous aussi, à ces mêmes termes. Ainsi, afin de mieux répondre aux attaques de la Droite, qui, il faut l’avouer, excelle en agression(s) de tous genres, l’on ne prend plus le temps de démonter l’argumentaire. [2] Il faut répondre par une réaction, à chaud. Exemple concret : Vous me traitez d’idéologue ? Non, je suis « pragmatique« , « réaliste », « plein de bon sens« , comme si le bon sens signifiait quelque chose de tangible [3]. Vous me traitez d’angélisme ? Que nenni, je suis « sévère« , « strict » mais toujours « emprunt de justice« .

Je vous entends, charmantes lectrices et fervents lecteurs, il serait plus constructif de pointer que toute faction politique est idéologue, le pragmatisme ne venant que de la façon d’appliquer son idéologie en fonction de la conjoncture à un moment donné. L’idéologie fixe un cap. Le pragmatisme (philosophiquement, mais cela ne change rien à l’acception actuelle) n’est rien de plus qu’une pensée à tendance empirique. En cela, on ébauche une hypothèse, on vérifie selon les données factuelles et on corrige le tir. De manière amusante, ceux qui se disent « pragmatiques » (à savoir les ultra-libéraux – pour ne pas dire capitalistes, ce mot étant tombé en désuétude en même temps que le Mur) ont démontré une flagrante inadéquation entre la réalité, l’application de leurs propositions et leurs ébauches de théorie. Je vous invite à relire quelques-uns des exemples donnés plus haut.

Cela provient de choses assez évidentes. D’un côté, le temps actuel est beaucoup plus court, il faut réagir dans l’instant : ère télévisuelle, mais aussi et surtout informatique, notamment avec les instantanés tels Twitter. De fait, il faut être marquant, utiliser des expressions violentes (« psychose« , « kärcher« , « peur« ) pour se faire entendre. Cela, déjà, est vieux. Bref, nous reculons sur le terrain idéologique simplement par paresse intellectuelle, par facilité envers des médias trop gourmands de scoops mais aussi et surtout par clientélisme envers une population avide de divertissement (même politique !) plutôt que de réflexion calme, posée et raisonnée. Ourobouros, le serpent qui se mord la queue.
De manière très intéressante, l’on peut ainsi remonter plus loin et se rendre compte que la Gauche ne pouvait que perdre, car les dés sont pipés dès le départ. Le monde actuel étant malheureusement fondé sur un besoin de vendre continuellement (voire de se vendre) il était évident que le divertissement prendrait le pas sur le débat et la raison. (pour un développement plus exhaustif, se référer à Neil Postman sur le sujet) Ainsi, la Gauche se voit obligée d’entrer dans un jeu dont elle dénonçait les règles, pour espérer elle-même survivre. Et de faire continuellement des changements symptomatiques – changement de « style », changement de vocabulaire – entraînant un véritable changement systémique, détruisant peu à peu les fondements d’une idéologie. A croire que, finalement, l’hypothèse de Sapir-Whorf se soit véritablement révélée exacte. Ainsi, à trop parler comme nos opposants, nous sommes devenus nos opposants. L’influence s’est révélée.

 

Quelle n’est donc pas la surprise d’entendre notre Cher Premier employer toute la violence du discours que tient, depuis un temps, l’aréopage de l’UMP (pour ne citer qu’eux, je ne ferais pas plaisir aux cracheurs de feu de parler de leur flammèche) à propos, au hasard, des Rroms, reprenant le cliché de la non-compréhension du monde actuel, de l’ancrage bête et forcené dans son idéologie, du refu, en fait, de voir le monde tel qu’il est. Avilissez vos opposants en les montrant comme puérils et immatures et la victoire est vôtre. Manuel Valls vient de révéler son vrai visage, celui de l’échec. Refusant ce dont il vient, niant sa famille politique même (complexe œdipien tardif, sait-on jamais !) le voilà tendant les bras à une faction politique, le Modem, qui, quoiqu’honorable, ne défend pas les idéaux socialo-communistes. Symbolisant cette défaite, il semble ainsi l’incarner et vouloir la porter au pinacle. Une sorte de Gaius Cassius Longinus des temps modernes, quoique, osons-le le noter, ce dernier avait beaucoup plus de panache. Voyons-le plutôt comme Anténor, qui fait entrer le cheval chez Priam.[4]

Domenico Tiepolo - Procession du cheval de Troie

Domenico Tiepolo – Procession du cheval de Troie

Notons uns chose simple. Cette idée de pragmatisme présentée comme « moderne » est une stupidité sans nom. La Critique du Programme de Gotha précisait, déjà, que l’idéologie socialo-communiste ne vivait que de temps présent et par conséquent devait sans cesse évaluer les mesures à prendre pour mieux coller à l’idéologie, à savoir la direction dans laquelle l’on désirait aller, l’avenir que l’on souhaiterait créer.

Mais notre Premier semble l’ignorer.

 

Fermons la parenthèse. Comment combattre cette défaite ? Comment la repousser, la refuser alors qu’elle est, en ce jour, institutionnalisée ?
La solution est simple. Refuser en bloc d’entrer dans le jeu. Quitte à perdre des élections en ayant refusé d’entrer dans la désormais incontournable campagne « de personnalité » (« vous voyez, je suis trop sympa et j’aime les caramels » et autres conneries débonnaires) pour se concentrer sur le fond. Lorsque, étant systématiquement sur le banc de touche, les électeurs s’apercevront que les joueurs qu’ils ont nommés sont incapables, alors, seulement, l’on pourra reconstruire. Certes, l’on sera certainement passé en 2e division entre temps.
Un pire pour un mieux, l’on ne construit pas un édifice durable en deux coups de cuiller à pot.

 

Il y a du boulot !

 

[1] Notons par exemple des tournures comme « privilégiés » pour parler de personnes démunies, de « profiteurs » pour une population entière de personnes bénéficiant d’aides, de « bouclier fiscal » qui laisse entendre une défense légitime, « identité nationale » dont le caractère oxymorique est presque amusant, « pragmatique » employé à contre-sens et dépecé de son aspect philosophique, etc. etc. Il y a de quoi faire ! Un dernier exemple qui hérisse toutes les fibres capillaires de mon petit corps reste tout de même « Realpolitik » qui ferait se retourner dans sa tombe le grand Bismarck !

[2] Exemple récent de la « Théorie du genre » qui est une connerie idéelle. On pourra revenir dans un autre article sur cette formulation, très critiquable.

[3] Parce que là, en effet, l’on se fourvoie violemment dans l’argumentum ad populum !!

[4] Si vous n’aimez pas la mythologie, tant pis pour vous. Dans tous les cas, MV précédemment nommé s’est installé comme une gangrène et tente désespérément de détruire l’édifice socialiste de l’intérieur…