Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

*******************************************************

 

Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.
Publicités

Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…

Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Loi Macron : piège à cons

Suite aux déblatérations de nos ministres, notamment de notre cher Premier Manu et de notre aimé Economiste Manu (notons la répétition… quitte à vite virer manuphobe !) il semblerait que la « Loi Macron » fortement présentée récemment soit issue de ce qu’il convient d’appeler un fait divers, monté en épingle et affiché comme vérité absolue. Maintenant, l’on saisit l’arme – l’ultimatum – de l’article 49-3 pour engager la responsabilité du gouvernement et court-circuiter le vote.

Il est très intéressant de voir cette idée de liberté colportée à toutes les sauces. « Liberté d’expression » pour pouvoir tenir des propos à la limite de la légalité, « Liberté de travailler » pour justifier l’exploitation des personnes.

On peut effectivement tout légitimer par « liberté », et on arrive dans un système comme aux Etats-Unis où, pendant longtemps, il n’y avait pas de protection sociale parce que « il était de la liberté de tout un chacun de choisir d’avoir une assurance santé ». (oui, oui, ce sont les propos que tiennent ceux qui sot opposés à l’Obamacare)

Un point très intéressant, qui a d’ailleurs montré ses limites durant les années Sarkozy, pour ne pas dire son incapacité à faire des employés (cadres ou non) les grands gagnants, le fameux « travailler plus pour gagner plus » dont on nous ressort à présent les remous. La population en pâtit. (source ici, et parfaitement développé dans Les Echos, pourtant peu réputé pour être de gauche)

Bref, « travailler plus pour gagner plus » est un leurre, une aberration, et il est pour le moins honteux de prétendre améliorer quoi que ce soit par ce biais. A guise de comparaison, on peut voir que, par exemple, les pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’OCDE – ou même de l’UE (puisque ceux-ci sont dans l’UE) sont les pays nordiques (encore !) et que… le travail le dimanche est assez limité. Viennent ensuite les problèmes sociétaux. Travailler le dimanche signifie devenir marginal (stricto sensu) et donc se priver d’un repos possiblement familial, brisant ainsi le développement et bien-être de tout un chacun. Même s’il existe un autre jour de congé, il n’en restera pas moins que les interactions sociales hors travail seront beaucoup plus limitées. Qui dit moins d’interactions sociales dit augmentation du mal-être (ça, c’est la psychologie sociale qui nous l’enseigne) pouvant finir sur dépression et autres joyeusetés. Sans pour autant être économiquement viable.

Ce mal-être se répercute inévitablement sur le travail, et les travailleurs sont d’ailleurs moins productifs. On peut prouver cela de deux façons. Tout d’abord, la diminution du temps de travail a permis une hausse de la productivité (il y eut, il est vrai, des baisses avec Aubry I – application trop rapide, nous sommes d’accord – corrigées par les Aubry II, dont les résultats sont restés supérieurs aux 39h). Plus de temps pour soi (moins de temps au travail) égale non seulement productivité en hausse mais aussi création d’emplois (je renvoie à l’étude de l’INSEE susnommée). Donc travailler moins égale gagner plus. Travailler plus, en revanche, n’entraîne pas une hausse de la productivité, comme le montre l’exemple japonais. D’ailleurs, de manière intéressante, on y voit que la France et l’Allemagne – où l’on travaille de manière effective MOINS qu’en France, sont plus productives que les E-U. A cela s’ajoute les énormes problèmes sociaux : vous avez dit karoshi ?

Au contraire, cette loi, c’est une régression humaine, sociale ET économique. En gros, l’on retournerait au XIXe siècle.
Parler de « liberté » est en fait exact si l’on considère la liberté des employeurs qui peuvent ainsi avoir à leur disposition une main-d’œuvre exploitable ET docile (pour cause de pauvreté). Et ce sans être l’éperon qui relancera l’économie, comme l’on semble nous le bavasser sans cesse.

Je suis outré que l’on propose encore, à l’heure actuelle, de telle propositions. C’est d’un dogmatisme idéologique !

L’on peut prétexter, à raison, que la position du « il faut pouvoir aller au musée » et autres propositions sont assez « parisiennes », ou du moins urbaines. Mais la France EST un pays majoritairement urbain ! (on peut même s’en convaincre derechef) Plutôt que d’avancer des arguments fallacieux, étudions au cas par cas les spécificités minoritaires ! Mais non. L’on s’entête dans une idéologie que l’on sait stérile. « Si le Soviétisme ne fonctionne pas, c’est qu’il faut aller plus loin, encore » entendions-nous il y a encore 40 ans. Le même écho se fait entendre vis-à-vis de la déréglementation, de la libéralisation outrancière. Et l’on va nous traiter de stalinien pour tenter d’être plus précis… Quelle ironie…

Le dimanche est, historiquement (Eglise oblige) et de fait culturellement, le jour de congé « par excellence », celui où tout un pays cesse de travailler. Quelles qu’en soient les raisons (on s’en fout un peu), cela permet à toute la population de cesser son activité laborieuse (stricto sensu) en même temps, pour se retrouver. Bref, il s’agit véritablement d’une journée renforçant le lien social, au cours de laquelle les individus de la société, les citoyen-ne-s – nous !! – peut interagir et se reposer. Ce repos est nécessaire, mais ces interactions sociales aussi. (eh oui, tout cela peut très facilement mener à des dépressions)

Bref, si l’on veut que le jour de congé pour tout un chacun soit le mercredi, pourquoi pas. Il est juste plus simple de garder le dimanche. Mais un jour commun est nécessaire.
J’habite au Japon, les gens roulent à gauche. Je voudrais aussi pouvoir rouler à gauche, en France. Pourquoi m’oblige-t-on à rouler à droite alors que je n’en ai pas envie ? Pour des raisons de cohérence sociale et sociétale. Il en est de même avec le jour de congé. L’excuse du « j’en ai envie donc on ne peut me l’interdire » est très hypocrite. D’une, ce ne sont jamais les personnes qui se retrouveraient dans ce cas de figure qui auraient à faire ce choix. Pour le travail du dimanche (je passe outre les « urgences » comme santé, sécurité… et les dérogations culturelles et gastronomiques, on pourra y revenir) les personnes qui vont s’y ruer sont celles et ceux qui veulent gagner plus, par nécessité. Bref, les plus démunis qui n’ont d’autre moyen que celui-ci. En réalité, l’on institutionnalise l’exploitation de la misère. Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un besoin « primaire ». En effet, quand on est dans la mouise, avoir 200 ou 300€ de plus par mois aide… beaucoup moins quand on touche déjà le décuple. Cet argument est donc un argument de riche (oui, oui, j’ose !). De même que celui, repris par Colette Capdevielle (qui a changé de point de vue depuis 2012…), du « j’en ai assez de me dire quand je dois consommer ». Traduction : j’ai envie de consommer à tout instant, je veux donc d’autres personnes pour subvenir à mes envies. Caprice de nanti.
La même logique convient au travail de nuit. Pardon, « de soirée » puisque l’on va, à présent, « faciliter » ce dernier… avec, comme pour le dimanche,  la compensation salariale fixée par accord d’établissement, de branche, d’entreprise ou territorial…donc ne répondant à aucune règle stricte, laissée au bon vouloir de l’employeur. Si ce dernier peut être juste, il peut tout autant être injuste. Là est le problème. C’est à nous, socialistes, gens de gauche, de fixer des règles d’équité entre tous.
Pour le reste, la loi est assez claire, nous faisons ce dont l’UMP rêvait. Du bel ouvrage, vraiment.
Le reste de la loi est similaire. Sous prétexte que 34% de personnes votent aux prud’hommales, pensons à les supprimer ? Autant ne plus voter pour le Parlement Européen… (ce qui serait une erreur !) Quid de la suppression du droit pénal du travail ? De la réforme des licenciements collectifs qui met en berne les droits des salariés ? On aura quoi, après ? La suppression du salaire minimum ou le droit de travail des enfants ?
Le meilleur qui en parle encore est Gérard Filoche, dont je vous laisse déguster les propos.

 

 

Tout cela, hélas, n’est qu’un apport de plus au moulin du FN qui va se régaler de voir un gouvernement DE GAUCHE faire une politique DE DROITE. (schématisons) Et donc nous allons nous faire exploser aux départementales. Là n’est pas le pire. Ce faisant, nous légitimons le discours habituel de l’extrême droite qui est dire « UMP, PS, même combat ». Et ce sera la fin. Et vous savez le pire ? Nous l’aurons mérité, par notre abandon du peuple. Ou plutôt par la trahison flagrante de ces élus que nous, militants, mais aussi citoyens, avons mis au pouvoir.
Navrant, vraiment navrant. La présidence Hollande avait cette opportunité historique de retourner la situation, de faire un vraie réforme fiscale, et nous l’avons balayée, submergés que nous sommes par l’idéologie néo-libérale.

L’avenir s’annonce malsain…