Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

Brexit – vue militante

Habitant les contrées d’Albion, et actuellement engagé auprès de Britain Stronger in Europe, je me permets de vous polluer un peu pour donner une idée de la campagne de terrain. Après tout, sortons un peu de nos frontières pour voir nos voisins et amis, c’est pour cela que nous construisons, aussi, l’Europe.

Britain Stronger in Europe

Britain Stronger in Europe

L’Europe, justement, dont il est à présent enfin question après une longue (trop longue) campagne pour les élections municipales/locales du pays. Le 23 juin prochain, nos comparses britanniques vont avoir à donner leur avis à la question suivante « Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union? » Cameron, trop apeuré de perdre les élections de 2015, avait en effet cédé aux gémissements des plus conservateurs de son parti (c’est dire !) et de l’UKIP (no comment) et avait promis un référendum, considérant qu’il fallait que le peuple britannique décide, une fois encore après 1975, de son engagement européen.

Je ne commenterais pas le populisme, l’inanité et l’exemplaire stupidité d’une telle proposition (stupide, car dangereuse) car d’autres l’ont fait bien plus brillamment que moi. Je me permets juste de vous donner le point de vue d’un militant, issus des longues séances de démarchage, de tractage et de rencontres dans les rues.

 

Tout d’abord, l’expérience de terrain corrobore, comme on s’en douterait, les sondages d’opinion. Selon ces derniers « remain » et « leave » sont au coude-à-coude, avec un très léger avantage pour « remain ». Les rencontres effectuées lors des marchés et dans les rues du Cambridgeshire font ressortir cette indécision générale. Bien entendu, des différences géographiques sont assez flagrantes, le centre de Cambridge, plutôt cosmopolite, est fortement en faveur de l’UE, là où des villes plus éloignées (ex.: Huntington) penchent violemment de l’autre bord.

On en est donc à 50/50, selon les sondages, et mon expérience de la rue m’effraie quant au vote en lui-même.

 

Je serais incapable de faire une sociologie du vote a priori. YouGov a réalisé un sondage récemment afin d’étudier le profil type de l’électorat, le sondage vaut ce qu’il vaut. Ce qui est flagrant, en revanche, sont les arguments prônés par les anti-européens. En premier lieu, ce qui ressort le plus est l’immigration. Le discours est le même qu’en France (droite décomplexée et extrême droite) à tendance « trop d’étrangers/on n’est plus chez nous » (je cite). Viennent les arguments selon lesquels « on pourrait dépenser plus pour nous/la NHS/etc. si l’on n’avait pas à contribuer à l’UE ». Enfin, la question de la souveraineté apparaît encore fréquemment (l’argumentaire a peu évolué depuis septembre dernier).

 

Ces « arguments » sont très souvent liés à une méconnaissance crasse de l’UE. Aucune des personnes à qui j’ai parlé n’a su quoi répondre lorsque l’on rétorquait qu’en ce qui concernait l’immigration, le RU avait le contrôle de ses frontières et n’était pas dans Schengen. (Nick Clegg l’avait fait remarquer à un Tory lors d’un débat organisé par le Guardian, du reste)

L’excuse de l’argent à redistribuer a bien évidemment été moult fois balayé, mais reste peu entendu : les sommes versées à l’UE par le RU sont ridicules comparées au coût de la NHS. C’est aussi ignorer les contributions de l’UE (infrastructures, éducation, recherche, santé…) qui sont invisibles mais présentes. Un exemple flagrant est l’absence totale de panneau indiquant « cette route a été payée par des fonds européens » comme il y en a en France, en Allemagne, en Irlande (et nombreux !). Il y a de plus un amalgame entre la politique destructrice du gouvernement Cameron (ayant mené à la grève des jeunes médecins) et du rôle de l’UE, notamment concernant « l’excuse » de la NHS. Boris et Nigel se frottent les mains.

L’appel à la souveraineté montre aussi, comme dans tout autre pays d’Europe, une méconnaissance (incompréhension) de ce qu’est l’UE. Un couple, pas plus tard que la semaine dernière, a été surpris quand je leur ai annoncé que le Parlement européen était élu par nous, les citoyens. L’homme, se retournant vers sa femme, lui a demandé : « Ah bon, nous votons ? » Oui, monsieur. Le RU est d’ailleurs la 2e force au parlement européen en nombre d’élus.

 

Ces critiques effectuées par les « outers » sont intéressantes, car elles font échos à celles de nos eurosceptiques nationaux. Des arguments sans fond, mais faciles, jouant énormément des peurs et haines de tout un chacun.

L’on voit ainsi mieux les défauts dont nous-mêmes sommes perclus en observasse ces réactions ici. Les mémés discours populistes percent en Europe, il est urgent de les combattre.

 

Cependant, les soutiens sont nombreux. Il y a, à mon sens, une incompréhension du continent vis-à-vis du RU. L’Ecosse, le Pays de Galle et l’Irlande du Nord sont majoritairement pro-européens. L’Angleterre certes moins, mais les supporters de l’Europe sont – je ne parle que de mon expérience personnelle – profondément entichés de l’idée européenne. Oui, le RU aime aussi l’Europe, peut-être plus que nous ne pouvons l’observer sous nos contrées. Peut-être, au final, plus polarisé ? C’est ce qui ressort de nos porte-à-porte et tractages : les personnes ayant déjà une opinion ont une forte opinion. Il reste, malheureusement, une population fortement apathique et désintéressée de la chose publique.

 

Pour finir sur une note amusante (qui, du moins, m’a fait rire), les meilleurs arguments « contre » auxquels j’ai eu droit :

3/ « On ne peut pas faire l’Europe avec les Français, on ne peut pas leur faire confiance : en 1940, ils ont déserté la ligne Maginot. »

2/ « L’Europe est voué à sa perte, c’est Nostradamus qui l’a prédit, on ne peut rien faire ! »

1/ « Faire l’Europe avec les Français (décidément !) c’est impossible : en 1066, ils sont venus pour piller et violer. » (oui, Guillaume le Conquérant 🙂 )

 

Cela n’est rien, en revanche, contre ce couple qui vient vous serrer la main pour vous remercier de faire campagne pour « remain » et demande des posters pour (je cite !) « faire chier le voisin qui a un panneau Leave ».

Ca, ça fait chaud au cœur. Il en faut peu.

 

 

En croisant les doigts (et battant le pavé) jusqu’au 23 juin.

Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…

Madame la Marquise

Tout va très bien !

 

Et tout le monde de respirer un grand coup !
Ouf, la vague brune (aussi brune que les résidus de fermentations intestinales, s’il vous plaît) n’est pas passée. Tout le monde respire un grand coup, l’on imagine bien le générique de fin s’achever sur un éclat de rire, alors que le soleil se couche au loin, laissant entrevoir une nuit d’amour, d’ivresse et de petits fours. Les noms défilent lentement, laissant entendre une musique envolée laissant penser un bal estival. Ajoutons lampions et accordéons, histoire de se les réapproprier, eux aussi.
Au retour des dardant rayons de Phébus, nous auront droit à un discours engagé, responsable, scandant haut et fort que « l’on a compris, il nous faut réfléchir à… tout en n’oubliant pas que… l’on a entendu le peuple » d’une part et « le peuple nous a choisi, véritable rejet de la politique… plébiscite… » d’autre part. Ce soir, nous, socialistes et autres « gens de gauche », comme on dit, nous frottons les mains, trop heureux d’être passés à côté de la catastrophe annoncée. De l’autre, tentant de tirer la couverture à eux, le FN-light, auto-proclamé « Les Républicains », sans nul doute pour faire écho au parti outre-Atlantique qui compte en son sein une somme incalculable de racistes, sexistes et xénophobes, ainsi qu’une pléthore de créationnistes sans âme, scande à qui veut l’entendre qu’il s’agit d’une déculottée pour le pouvoir en place.

Les deux ont, hélas, raison. Nous avons évité le pire, l’on peut souffler. Pas se satisfaire de ne pas avoir été éliminé aussi violemment que craint. L’on peut aussi voir ce soufflet comme une critique, c’en est évidemment une, de la politique gouvernementale, cacophonique, instable, néo-libérale et, depuis les attentats du mois dernier, franchement dangereuse. (et c’est un socialiste qui vous parle) A présent que les échéances sont passées, l’on va se rendormir sur ses lauriers, chacun continuant à tirer sur le gros parti opposé, comme si de rien n’était, oubliant la puanteur des vomissures morbides du parti héréditaire des anciens de l’OAS. Comme tout enfant faisant le ménage alors que ses parents n’observe pas, les déchets seront cachés sous le tapis pour ressortir plus tard. On oublie, on oubliera. On oublie toujours. Et surtout, on s’en fout.
Au milieu, entre les auto-congratulations des uns et des autres, resteront là les citoyens abstentionnistes qui, déjà blasés, s’apercevront que les excitations et affolements sont purement passagers. Qu’on ne s’intéresse à eux que lorsque les échéances sont proches.

Ne nous méprenons pas, l’excuse habituelle du « je refuse de justifier un système politique que je récuse » ne fonctionne pas, et ce surtout dans la mesure où nous avons le choix de voter pour des personnes pouvant proposer un changement, où nos pouvons enclencher le changement (par le biais de pétitions) et même nous présenter pour proposer ce changement. L’excuse ne cache qu’une paresse bien souvent intellectuelle liée à l’incapacité de bien trop nombreux citoyens de ne pas accepter l’idée que le vote politique ne s’agit en rien de désigner la personne qui nous convient intégralement, mais qu’il nous faut, aussi, accepter certaines concessions. Cela s’appelle faire des compromis. Dans un monde ultra-égocentrique, il est évident que ce modèle échoue.

Quand bien même. Si le citoyen se désintéresse du politique, c’est au politique, c’est même à LA politique d’aller au citoyen. (non, pas comme la vache va au taureau, tout de même, quoi que cela puisse être fécond, de la même manière) Mais non, l’on reste chacun entre soi, en refusant de discuter. Alors ces déçus s’entêteront dans la légitimation et la justification égocentrique de leur refus de participation à la vie citoyenne, usant de ce spectacle affligeant pour s’embourber un peu plus dans une passivité néfaste. Et laisseront le champ libre à l’extrême droite la plus nauséabonde qui soit. Et ils s’en laveront les mains comme nous nous en lavons à présent les mains, par simple effet miroir. Quoi de plus évident que des citoyens mimant leurs politiques et un monde politique à l’image de ses citoyens ?
Alors l’on se réveillera à nouveau en avril 2017, nous pousserons de nouveau des cris d’orfraie, courant çà et là comme des poules sans tête, à glapir à qui veut l’entendre que nous ignorions tout et que nous ne comprenons pas, mais comprendrons certainement une fois que les citoyens auront voté pour nous.

Mais avec un peu de chance, nous aurons changé le nom de notre parti.

Tout va très bien.

Motion B : une idiosyncrasie

Une fois n’est pas coutume, je vais parler de ma petite personne et de certaines expériences – historique palpitant, à n’en pas douter – afin d’expliciter plus avant les différents choix moraux et éthiques, idéologiques et intellectuels qui peuvent expliquer ma position actuelle.

 

Ayant eu l’extrême privilège, que je sais, de vivre dans 5 pays différents, dont un à l’autre extrémité antipodale de ce petit globe terrestre, ma vision des choses environnantes n’a pas uniquement été le fait d’un passé familial, bien que ce dernier y eut contribué, mais fut aussi le fruit d’expériences et ouvertures culturelles que j’ai, respectivement, effectuées et vécues. Il est inutile de préciser que, enfant de l’Europe, je vois en la construction de cette Union une véritable révolution, au sens où cela constitue, dans notre histoire, une nouveauté brusque, brutale et inattendue. Qui, en effet, aurait pu penser construire un tel édifice, peuplé par des peuples aussi variés, tous regroupés autour d’un idéal ? Si nous sommes loin de l’aboutissement logique de cette révolution, à savoir une véritable fédération, le chemin est tracé, et il nous est donné de le dessiner pour mieux le confirmer.

 

Le point central de mon expérience, chères lectrices, chers lecteurs, n’est pas tant le fait d’avoir déménagé aussi souvent que cette idée centrale, véritable pilier, d’avoir pu découvrir, à travers chaque culture, aussi bien française, finnoise, qu’allemande, anglaise et, finalement, japonaise, que chaque individu est une partie d’un ensemble plus grand, d’un intérêt souvent supérieur.

Comprenons-nous, avant que de recevoir un quelconque jugement en stalinisme (à tort ou à raison, on décidera plus tard). Il ne s’agit pas de n’être qu’un visage perdu dans une foule et devant se confiner à un anonymat quelconque en refusant les personnalités individuelles. Le chimiste que je suis peut facilement faire un parallèle avec la matière. Les molécules sont composées d’atomes (nous nous arrêterons là et considérerons ces derniers comme particules élémentaires afin de ne pas troubler l’esprit, certes vaillant, mais potentiellement fatigué, de notre délectable lectorat). Que chaque atome ne soit qu’une subdivision de cet assemblage moléculaire – ou macromoléculaire, ou supramoléculaire ou ionique, ou… – est une évidence pour tout scientifique. En revanche, chaque atome, perdu dans cette nasse de liaisons, covalentes ou ioniques, est d’une importance capitale. Changer un carbone pour un oxygène nous fera passer un hydrocarbure en alcool, ester, aldéhyde ou cétone, remplacer un hydrogène dans une molécule d’eau par un atome de sodium résultera en soude caustique. Ce qui est un peu différent, convenons-en.

Chaque élément interne à la structure est donc primordial. Mais si l’on ne peut limiter la structure moléculaire à un seul de ses atomes, l’on ne peut simplifier la particule élémentaire à la structure supérieure. Ainsi donc, il existe une interdépendance inhérente à tout assemblement particulaire.

L’oxygène dans l’éthanol n’agit pas en tant qu’oxygène (singulet, doublet ou ce que l’on veut) mais en tant qu’alcool, son hydrogène voisin apportant sa (petite) contribution. Ainsi, cet atome n’agit plus tant en tant que lui-même, mais ajoute à la structure une qualité – qui lui est propre – pour contribuer à un effet qui affectera toute la molécule. L’éthanol n’est pas important en tant qu’assemblage atomique – il suffirait s’injecter le même ratio de carbone, oxygène et hydrogène pour voir que l’effet ne serait malheureusement pas équivalent – mais en tant que formation supra-élémentaire (pardonnons ce langage fort peu scientifique).

 

 

Et pourtant, il n’y a vraiment pas beaucoup de changement entre chaque molécule, à première vue, si ? (chimie version maternelle)

Et pourtant, il n’y a vraiment pas beaucoup de changement entre chaque molécule, à première vue, si ? (chimie version maternelle)

 

 

Le lectorat le plus vif aura déjà compris la convergence de mon propos. Il semble donc fortement naturel, et j’aimerais insister sur la signification intrinsèque de ce terme, à savoir « qui est le propre du monde physique », que tout assemblage soit le fait de ses composants, et que chaque composant, quoique régissant les propriétés supérieures de cette construction, n’est plus tel en tant que tel.

Léon Blum l’avait parfaitement résumé, en écrivant que « La mission principale du socialisme (…) [était] de réveiller chez l’homme le sens du désintéressement, d’exalter dans chaque action individuelle des mobiles supérieurs à l’intérêt personnel ». Ainsi donc, le socialisme a pour but de faire des humains des atomes reliés entre eux, maillage solide d’une plus grande assemblée, d’une structure supérieure, en vue de lui donner les caractéristiques souhaitées. Il s’agissait donc d’une démarche à proprement parler naturaliste, au sens littéraire : « reproduire la réalité avec une objectivité parfaite et dans tous ses aspects, même les plus vulgaires. » (définition zolaesque)

Ainsi donc, la défense du socialisme, selon les mots de l’ancien président du Conseil des Ministres de la IIIe République, passe par un appel à la recherche de l’intérêt général. Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette illustre référence en tête de la Motion B, redéfinissant le socialisme comme la continuité d’un combat historique, ancré dans son époque, et donc en lien avec icelle, et tourné vers l’avenir. Histoire de conclure notre parallèle avec la Science de la Matière citée précédemment, « Plus empirique, tu meurs ! »

 

Cette vision de la recherche de l’intérêt général n’a pas été nécessairement immédiate. Je ne vous ferai pas, cher auditoire insigne, l’exécrable cadeau que de vous expliquer mon cheminement intellectuel par le menu, mais, par le biais d’expériences et anecdotes, d’en « rompre l’os et sucer la substantifique moelle. » (que voulez-vous, j’ai toujours été rabelaisien dans l’âme)

De manière intéressante, l’une des premières discussions que j’ai pu avoir en arrivant au pays du Soleil Levant concernait la cohésion sociale d’icelui. Le professeur avec qui je commençais alors de travailler me présenta son pays comme, je cite : « Le pays le plus communiste au monde. » Outre la plaisanterie, issue d’une légère exagération de la réalité, le constat avait quelque chose d’assez vrai. Evidemment, il ne s’agit nullement d’une coloration gouvernementale, quiconque a regardé de près les discours de ce très cher Shinzo Abe aura apprécié (ou non) son penchant nationaliste et ultralibéral, doux euphémisme. Là est un autre débat.

Je ne vais pas m’appesantir sur la situation économique actuelle du Japon. Il s’agit, nous le savons, d’un pays caractérisé par un très faible taux de chômage, 3,5% en 2014 après un taux historique de 5,7% en 2009, soit environ 4 millions de personnes. Il faut constater que cette hausse a été majoritairement due à la crise des années 2008-2010. Ce faible chômage est souvent décrit comme issu de trois facteurs : faible niveau d’emploi des femmes, population vieillissante et abaissement des salaires en cas de crise. (fortement bien résumé par Noah Smith)

Si l’on veut comprendre la boutade de ce professeur, il faut tenter d’assimiler « le fond de la culture » pourrait-on dire pour parodier Figaro. Les concepts de Honne (本音) et Tatemae (建前), ainsi que ce qui semble être la dichotomie inhérente à cette dualité peuvent expliquer cette volonté d’unisson, de cohésion. Je vous renvoie à un article plus détaillé sur ce passionnant aspect culturel. Loin d’être un refus de soi, une abnégation de toute sa personnalité, la contribution de l’individu au groupe est ainsi favorisée. Ainsi, anecdote personnelle trépidante, l’on a pu, petits 外国人 que nous étions, observer ce que d’aucuns auraient décrits à tort comme des « métiers inutiles », par exemple la personne présente à l’entrée du magasin pour saluer les clients, ou l’officier de circulation s’excusant avant et après les détours dus à des travaux routiers. Cependant, il serait ridicule de mépriser de telles fonctions. En effet, celles-ci sont créatrices de lien social. Et fait primordiales. Plutôt que de bougonner en voyant un camion entouré de trois marteaux-piqueurs, une personne nous explique poliment qu’ils sont désolés des troubles que cela créé. Magique. Si quelque chose empêche un bon écoulement, s’il y a un obstacle quelque part, plutôt que de laisser ce dernier déchirer la liaison qui venait de s’établir entre deux membres – a minima – de cette structure, cette dernière s’en voit ainsi consolidée. C’est exactement ce lien social qu’il nous manque, en France. Ce lien social fort qui fait que, comme le disait, un peu ironiquement, ce professeur d’université, le Japon est communiste. (toute proportion gardée)

Cela est à des lieues de ce qu’a pu prôner un ministre de l’économie récent, exhortant toute une classe d’âge à l’enrichissement personnel, plutôt que d’appuyer le besoin de construire un édifice commun. Le futur, n’en déplaise à certains autoproclamés pragmatiques et réalistes, se construit en groupe et non sur des pilotis dorés branlants et instables.

C’est pourquoi l’on ne peut, non plus, s’exclamer, devant un parterre du MEDEF, « j’aime l’entreprise ». Outre la stupidité d’une telle déclaration – qu’a donc à faire l’amour en politique sinon être un bien vilain sophisme ? – les mesures préconisées par le MEDEF n’ont jusqu’ici eu aucun contribution positive à l’intérêt général. Radotons s’il le faut, il faudra savoir donner tort à la vieille maxime « on ne prête qu’aux riches. » Et cela, soyons honnêtes, est clair pour les tenants de la Motion B.

 

Je ne vais pas non plus revenir outre mesure sur l’inanité des Abenomics, l’effet d’aubaine n’aura fonctionné qu’un temps, paupérisant plus encore une partie de la population. Et c’est là, véritablement, que se déroule toute l’affaire. Nous le savons depuis Krugman, nous l’avons revu avec Piketty, et nous pouvons nous en resservir une tasse avec Lordon, la politique libérale, fût-elle « sociale-libérale » (aussi appelée « Capitalisme Light », autant de finance, zéro calorie) ne fonctionne pas et ne saurait fonctionner. Avoir vu la réélection de Abe en décembre dernier fut assez désagréable, surtout avec à peine plus de 54% de participation. Avoir subi à présent de plein fouet la réélection de Cameron, avec ce que cela signifie en termes de régressions sociales, n’est guère plus enchanteur.

 

 

Rafraîchissant, non ?

Rafraîchissant, non ?

 

 

Le vieux modèle est périmé, plutôt que nous y entêter, il serait peut-être intéressant de penser à une alternative. Ce n’est pourtant pas faute d’exister, ni même d’avoir fait ses preuves.

C’est pourquoi, montebourgeois lors de la dernière primaire de 2011, il m’est apparu comme naturel de défendre nos idéaux socialistes historiques, de les affirmer et les réactualiser, en refusant tout glissement dangereux dans les eaux néolibérales, fussent-elles tempérées de « social » en guise de préfixe.

 

Petit chimiste vindicatif, mon engagement auprès de la recherche a aussi aidé à renforcer cette adhésion. Militant auprès de Sauvons la Recherche, le CIR me fait évidemment bondir, non seulement en raison de son inanité mais aussi à cause de la niche fiscale que cela constitue. Le fusionner avec le CICE est donc une évidence, afin de réorienter les deniers publics vers les entreprises les plus nécessiteuses, en particulier les PME. Ce qui semblait être une évidence lors de l’élection de 2012 est à présent devenu un gros mot pour ces mêmes « pragmatiques » susnommés. De manière similaire, les beaux discours tenus lors d’une certaine université d’été en 2012 par notre chère Ministre de la Recherche ont finalement accouché d’une souris, appelée loi ESR.

Encore une contradiction gouvernementale.

Comme la non-renégociation du traité de stabilité européen enfonçant un peu plus l’Europe dans la mouise, (forgive my French) comme nous l’avait écrit brillamment Marie-Noëlle Lienemann en 2012. L’Europe est aux mains des libéraux – après tout, c’est la loi des élections – mais que nous aurions pu infléchir. Nous pouvons toujours l’infléchir. L’Europe oui, mais l’Europe libérale, c’est « нет товарищ ». Le poids des conservateurs est tel que l’idéal d’Europe sociale est encore loin de voir le jour. Lorsque l’on voit ce que les politiques imposées à Athènes ont entraîné, l’on est en droit de douter que cela arrive un jour.

Je vous arrête. Argument d’autorité ou non, l’on pourra difficilement me faire un procès en euroscepticisme, non seulement pour avoir vécu dans 4 pays européens, mais surtout pour avoir appartenu à une fabuleuse association de découverte européenne, tout en étant toujours membre de Sauvons l’Europe.

L’Europe, oui, progressiste.

 

Si le terreau idéologique était déjà présent, l’avantage d’avoir été confronté à d’autres cultures a peut-être été le plus décisif, en ce qu’il a été évocateur du besoin de « vivre ensemble » et de recherche de l’intérêt général. Ce n’est pas une surprise si un ancien grand président l’avait déjà prononcé fièrement lors de son discours d’investiture  : « ask not what your country can do for you–ask what you can do for your country. »