Indé-science publique

La science, nous le savons un peu, hélas, depuis la fin de l’excellente émission « C’est pas sorcier » ne fait pas bon ménage avec la télévision. Trop compliquée, pas assez glamour, trop froide, pas assez passionnelle, les raisons d’occulter la source de savoir la plus exacte (ceci est un comparatif, nullement un superlatif) du petit écran sont légion. Le seul moment où nous autres, scientifiques, avons la joie et l’indicible honneur de voir notre terrain de jeu mis en avant est lorsque qu’un célèbre couple de jumeaux au physique altéré prend d’assaut l’antenne. Cela résulte dans d’abondantes dépressions et crises d’angoisses.

 

Francis Bacon (1561-1626) was an English philosopher who defended the Scientific Revolution. In his most important work, Novum Organum, he proposed a rational method for scientific inquiry, one based on observation and experimentation. Colored Version of

Francis Bacon (1561-1626) était un philosophe britannique qui défendait l’idée de Révolution Scientifique. Dans osn grand-oeuvre, Novum Organum, il proposa une méthode rationnelle pour l’investigation scientifique, basée sur l’observation et l’expérimentation. (source: GettyImages)

 

Samedi 19 mars 2016, il y a donc fort longtemps, dans son émission à buzz « On n’est pas Couché », Laurent Ruquier recevait les tristement célèbres frères Bogdanoff (ou Bogdanov, marque déposée depuis, me semble-t-il 1991) qui étaient venus parler de leur prochain spectacle sur scène. Jusqu’ici, m’expliquera-t-on, rien de bien transcendant, toute émission actuelle parle d’actualité, vendant un peu plus du temps de cerveau humain.

 

Un spectacle affligeant

Déjà, un mauvais départ aurait dû mettre la puce à l’oreille de tout spectateur aux aguets, car Ruquier présenta pour commencer le dernier livre des jumeaux « sinon l’éditeur Albin Michel ne va pas être très très content » (source : https://www.youtube.com/watch?v=p6Y7on7aBP4 ). Ce n’est qu’ensuite que l’ouvrage servant de socle à leur spectacle (3 minutes pour comprendre le Big Bang) ne fut présenté.

Après une introduction aussi ridicule et boursoufflée que les visages des invités, nous eûmes l’extrême honneur de voir d’autres invités se prêter au jeu et faire leur publicité, avant que de les laisser chanter dans une mise en scène qui aurait fait hurler Artaud et Jouvet. Ne les blâmons pas, il s’agit là de la magie de la télévision, dans laquelle l’immédiateté est tue et où tout est préparé à l’avance. Si les longs palabres des deux frères sur la découverte du Big Bang sont globalement corrects – l’on ne peut leur enlever leur impressionnante faconde – la mise en scène, pachydermique, étouffe l’intérêt du message que l’on aurait pu espérer obtenir.

Ainsi les frères invités feignent la surprise, clamant qu’ils n’imaginaient pas avoir à jouer, avant que « le magicien » ne change de t-shirt pour faire apparaître l’affiche du spectacle ainsi présenté. Seul Yann Moix, pour une fois juste, lancera un faible « on sent que c’est totalement improvisé » ironique mais maladivement timide.

Couplé aux sentiments d’Albin Michel présentés plus tôt, l’on sent l’énorme coup marketing, faisant plonger la science – le Big Bang, en l’occurrence – dans une bouffonnerie crasse. L’on n’ira pas au spectacle pour apprendre, mais pour rire, l’on n’ira pas s’enrichir de connaissances scientifiques mais l’on se rendra au Freak Show cher à Tod Browning. Malgré les invités, l’on espérait un début de science, mais rien n’y est. Les interminables digressions des Bogdanov n’y font rien, on restera, comme toujours, à la surface des choses, qu’un article Wikipédia aurait tout aussi bien expliqué. Bref, Ruquier nous a menti en prétendant parler de science, le tout n’est qu’une opération marketing destinée à vendre des billets pour le remake français de Scary Movie, sur scène, avec deux acteurs parlant anglais comme Daffy Duck. Moins de panem mais plus de circensem.

Les questions suivantes des deux  chroniqueurs ne sont là que pour prolonger cet étalage d’éloges pour nos deux présentateurs (trop connus). Nous sommes ainsi ravis d’apprendre que les deux frères sont à l’origine de nombreuses vocations scientifiques, Newton, Darwin, Curie, Franklin ou plus récemment Dawkins et Hawking n’ont qu’à aller se rhabiller fissa. Le reste n’est rien de plus qu’une répétition de Wik… de l’historique de la découverte, déjà présentée dans leur livre « 3 minutes… »

 

 

Dieu et la science: travestissement d’Einstein

Vient enfin la question la plus dérangeante, la plus inepte et la plus dangereuse, selon ce qu’un petit scientifique sceptique peut juger. Ruquier, tel un juge, s’échauffe : « On sait que la science et la religion se sont toujours opposées, ma dernière question, ce sera celle, traditionnelle, que l’on a souvent attribuée à Jacques Chancel, à tort, parait-il : ‘Et Dieu, dans tout ça ?’ alors. »

Marotte habituelle des médias et de l’establishment, Dieu est-il soluble dans la science, ou comment tenter de réconcilier la religion avec la science, comme tente de la faire, si bien, l’UIP (Université Interdisciplinaire de Paris) résultant en une fausse scientificité mais un vrai message créationniste. Et là, s’enchaînent les inexactitudes les plus totales de la part des deux frères, mais aussi des chroniqueur-se-s, citant Albert Einstein à tout-va, sans vraiment comprendre, ni connaître, la pensée du physicien.

« Dieu ne joue pas aux dés, » aurait déclaré Einstein à Niels Bohr, n’aimant pas l’interprétation de Copenhague, considérant que les équations de mécanique quantique étaient déterministes même si elles semblaient être probabilistes. L’énonciation du mot dans la bouche du plus célèbre des physiciens semble ainsi, pour beaucoup, être la preuve de : 1) la croyance infaillible qu’Albert Einstein avait en Dieu et 2) la preuve, par extension, que Dieu existe, si une personne aussi intelligente que lui est croyante.

Tout d’abord, éliminons l’argument #2. La croyance d’une personne, renommée, compétente dans son domaine, ne valide en rien l’existence ou l’inexistence d’un phénomène. Comme le répète à l’envi l’excellent Richard Dawkins « look at the evidence ». Un contre-exemple parlant serait par exemple la découverte des quasi-cristaux. Linus Pauling, éminent chimiste, Prix Nobel de Chimie en 1954, ne croyait nullement à la découverte de Dan Schechtman (Prix Nobel de Chimie 2011), et aurait déclaré devant un parterre de scientifiques : « Danny Shechtman is talking nonsense, there are no quasi-crystals, just quasi-scientists. » (« Danny Schechtman dit des idioties, il n’y a pas de quasi-crystaux, seulement des quasi-scientifiques. »[1]) L’exemplarité et l’éminence de scientifiques n’empêche nullement l’erreur.

Revenons au premier point.

Les Bogdanov, dans cette émission, comme pour justifier la croyance de tonton Albert (permettons-nous cette familiarité), crurent bon d’employer l’exemple de la lettre envoyée à la jeune Phyllis en 1936.[2] Nous passerons les erreurs factuelles concernant l’anecdote (la lettre d’Einstein date du 24 janvier 1936, non pas du mois de mai ; Einstein reçut la lettre de l’écolière, et ne la rencontra pas dans la rue ; il s’agit d’une jeune fille, non d’une jeune enfant ; Einstein travaillait à Princeton depuis 1933 ; Einstein mit seulement 5 jours à répondre, et non 15) pour nous intéresser au fond de l’affaire. Phyllis Wright, le 19 janvier 1936, décida de prendre sa plume et d’écrire au physicien pour poser la question suivante : « Les scientifiques prient-ils, et pour quoi prient-ils ? »[i] La question est déjà absolument différente de celle que présentent les Bogdanov qui serait « Maître, est-ce que vous croyez en Dieu ? » La réponse donnée par Einstein est, là encore, beaucoup plus souple et ambigüe que celle présentée par les deux frères. En effet, il répond premièrement que « les scientifiques croient que toute occurrence, y compris dans les affaires humaines, sont régies par les lois de la Nature, » avant d’affirmer qu’un scientifique ne peut croire dans le pouvoir de la prière ou de quelque manifestation surnaturelle. La critique qu’il introduit ensuite est la preuve de l’humilité avec laquelle tout scientifique, depuis Francis Bacon, se doit d’être face à la découverte : la science n’explique pas tout. Einstein explique donc que les zones d’ombre, les causes que nous ignorons sont encore, pour les humains, soumises au contrôle du surnaturel, et ce malgré les avancées de la science. Enfin, le dernier paragraphe de la lettre du physicien mérite une attention toute particulière.

Ce dernier semble être celui sur lesquels les Bogdanov, ayant judicieusement omis de citer l’intégralité de la lettre, se reposent. « Tous ceux qui sont sérieusement impliqués par la science finiront par comprendre un jour qu’un esprit se manifeste dans les lois de l’univers, un esprit immensément supérieur à celui de l’Homme », nous disent-ils. En lisant la lettre du père de la relativité, l’on s’aperçoit que cette traduction est un tantinet erratique, car elle omet la seconde partie de la réponse : « De cette manière, la poursuite de la science mène à un sentiment religieux particulier, qui est en vérité différent de la religiosité de quelqu’un de plus naïf. » Tout en mettant de côté la religion (qu’il qualifie de naïve), Einstein présente le sens de l’émerveillement que ressent un-e scientifique face au monde. Présenter cette réponse comme une défense de la religiosité est au mieux une preuve d’incompréhension, au pire une volonté mensongère et trompeuse.

En effet, trois ans plus tard, une lettre d’Einstein à W. Plaut, rabbin de Chicago, détaillera cette idée plus en profondeur : « Le sentiment religieux engendré par l’expérience de la compréhension logique de profondes interrelations est quelque chose de différent du sentiment que l’on appelle généralement religieux. C’est plus un sentiment d’admiration pour l’ordre qui se manifeste dans l’univers matériel. »[3]

Ce qu’Einstein qualifiait de religieux correspondait à une vision inspirée de Spinoza, qui repose sur la croyance en la rationalité du monde. Dans une de ses lettres à Maurice Solovine, Einstein écrivit très justement : « Je peux comprendre votre aversion pour le mot “religieux” pour décrire l’attitude émotionnelle et psychologique qui se révèle le plus clairement chez Spinoza. Je n’ai pas trouvé de meilleur mot que “religieux” pour la foi dans la nature rationnelle de la réalité qui est, au moins partiellement accessible à la raison humaine. »[4] Cette vision de la religion « à la Spinoza » a d’ailleurs été présentée par le physicien lui-même en décrivant son panthéisme selon : « Ma compréhension de Dieu provient de la profonde conviction d’une intelligence supérieure qui se révèle elle-même dans le monde connaissable. En termes communs, on peut la décrire comme «panthéiste» (Spinoza). »[5] A noter, pour les deux invités de l’émission, que Spinoza rejetait l’existence d’une entité surnaturelle.[6]

Enfin, pour clore ce petit écart, je ne peux m’empêcher de citer, une fois encore, une lettre du grand savant lui-même, qui décrivait Dieu comme il suit : « Le mot Dieu n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible un recueil de légendes honorables mais profondément primitives. Aucune interprétation (selon moi), aussi subtile soit-elle, ne peut changer cela. »[7]

Einstein, contrairement aux dires des frères aux mentons hypertrophiés, n’était donc nullement croyant. La religion n’a pas sa place en science.

 

Sophismes et principe anthropique

Quand enfin nous crûmes pouvoir arriver à la fin de cet odieux supplice, Léa Salamé crut bon de demander à ses invités s’ils étaient croyants. Poursuivant leur logique, ces deux phénomènes répondirent, évidemment, par l’affirmative, abusant de fausses évidences.

« On ne peut pas aujourd’hui, en observant l’univers, son histoire depuis le Big Bang jusqu’à aujourd’hui, on ne peut pas laisser la place au chaos et au hasard » repris en écho par l’autre frère « L’observation de l’univers primordial nous montre que l’univers n’est pas né par hasard. »

L’on a ici le raisonnement habituel des frères Bogdanov, reposant sur l’idée de finalité et d’ajustement fin (le fameux « fine-tuning »). Il s’agit en réalité d’un raisonnement panglossien dans toute son excellence. Quiconque se souvient de l’inénarrable Candide de Voltaire se remémorera le maître à penser du héros éponyme, Pangloss. Selon ce dernier, « les chosest ne pouvaient être autrement » Il s’agit d’un raisonnement à rebours, ne prenant en compte qu’une cause unique parmi toutes celles possibles, et remontant à un scénario que l’on souhaite prouver.[8] Pangloss annonce ainsi : « Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. »

A cela s’ajoute le principe d’ajustement fin de l’univers, principe selon lequel le chaos n’a pas sa place et que les constantes physiques sont trop précises pour n’être que le fruit du hasard. Cet ‘argument’ est familier aux Bogdanov qui l’emploient à tire-larigot, notamment dans leur livre Dieu, La Science et le Big Bang. Au même titre que le gagnant du Loto croit qu’il doit ses gains à la Chance, notre présence serait due à une volonté initiale. Là où l’on reprendrait et gronderait le gagnant du Loto en lui expliquant les probabilités, l’on se tait habituellement face à cet argument, très certainement dû à son ancestralité (la religion explique le ‘pourquoi’ du monde). Cette lecture téléologique est alors implantée, car elle rassure, elle donne une raison et un but : nous ne sommes pas le fruit du hasard. Il s’agit d’une légitimation du principe anthropique fort, qui stipule que l’univers est créé pour que nous, observateurs, y apparaissions.[9]

Chose amusante, cette lecture est applicable à tout autre univers, fût-il différent. Et l’on comprend ainsi mieux la confusion que l’on fait entre probabilité et déterminisme. De manière intéressante, tout être vivant peut ainsi se placer en finalité de ce dessein intelligent qui a créé l’univers. En appliquant cette réflexion, par itération, l’on s’aperçoit que l’on obtient un univers finalement dépourvu de dessein.

Le danger de cette réflexion panglossienne est qu’il interdit toute discussion, toute critique d’un état actuel : les choses sont telles parce qu’elles devaient l’être, imposées par une main extérieure, une volonté transcendante. Qui s’opposera à la volonté divine ? Fin de la discussion, argument imparable.

A noter, rien, absolument, dans l’observation de l’univers ne permet de conclure quant à une volonté initiale. Pour reprendre les propos d’Einstein dans sa lettre à Phyllis, « we must concede that our actual knowledge of these forces is imperfect, so that in the end the belief in the existence of a final, ultimate spirit rests on a kind of faith. »

Naïfs, les Bogdanov ?

 

 

Si l’on peut apprécier les émissions de variété, l’on est en droit d’attendre du service public un minimum de sérieux quant à la présentation de la science. Que l’on invite les frères Bogdanov est certainement légitime, dans une logique commerciale. En revanche, la science mérite plus d’exactitude et de précision que ces personnages peuvent démontrer. Manque-t-on vraiment à ce point de physicien-ne-s pour inviter systématiquement des personnes non reconnues par leurs pairs ? France Télévision a du pain sur la planche.

 

 

 

[1] Dan Shechtman: ‘Linus Pauling said I was talking nonsense’, Alok Jha, 6 janvier 2013, The Guardian (https://www.theguardian.com/science/2013/jan/06/dan-shechtman-nobel-prize-chemistry-interview )

[2] Les lettres sont lisibles dans la compilation Letters of Note de Shaun Usher (différents éditeurs), ou bien dans Dear Professor Einstein: Albert Einstein’s Letters to and from Children, de Alice Calaprice, Prometheus Books; 1 edition (September 1, 2002)

[3] Albert Einstein, The Human Side: Glimpses from His Archives, Albert Einstein, édité par Helen Dukas et Banesh Hoffmann, Princeton University Press, 2013

[4] Letters to Solovine, 1906-1955, Albert Einstein, précédé d’une introduction de Maurice Solovine, Ed. Citadel, 1993

[5] Ideas and Opinions, Albert Einstein, Wings Books, New York, 1954

[6] Une excellente lecture est aussi : Einstein and religion, Max Jammer, Princeton University Press, 2002

[7] « Das Wort Gott ist für mich nichts als Ausdruck und Produkt menschlicher Schwächen, die Bibel eine Sammlung ehrwürdiger, aber doch reichlich primitiver Legenden. Keine noch so feinsinnige Auslegung kann (für mich) etwas daran ändern. » Lettre à Eric Gutkind, 1954

[8] Pour une didactique de l’esprit critique, Richard Monvoisin, 2007, p255, 4.3.5.10

[9] « The universe (and hence the fundamental parameters on which it depends) must be such as to admit the creation of observers within it at some stage. To paraphrase Descartes, cogito ergo mundus talis est. », Brandon Carter, Large number coincidences and the anthropic principle in cosmology, In: Confrontation of cosmological theories with observational data; Proceedings of the Symposium, Krakow, Poland, September 10-12, 1973. (A75-21826 08-90) Dordrecht, D. Reidel Publishing Co., 1974, p. 291-298.

[i] The Riverside Church

 

January 19, 1936

 

My dear Dr. Einstein,

 

We have brought up the question: Do scientists pray? in our Sunday school class. It began by asking whether we could believe in both science and religion. We are writing to scientists and other important men, to try and have our own question answered.

 

We will feel greatly honored if you will answer our question: Do scientists pray, and what do they pray for?

 

We are in the sixth grade, Miss Ellis’s class.

 

Respectfully yours,

 

Phyllis

 

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

 

January 24, 1936

 

Dear Phyllis,

 

I will attempt to reply to your question as simply as I can. Here is my answer:

 

Scientists believe that every occurrence, including the affairs of human beings, is due to the laws of nature. Therefore a scientist cannot be inclined to believe that the course of events can be influenced by prayer, that is, by a supernaturally manifested wish.

 

However, we must concede that our actual knowledge of these forces is imperfect, so that in the end the belief in the existence of a final, ultimate spirit rests on a kind of faith. Such belief remains widespread even with the current achievements in science.

 

But also, everyone who is seriously involved in the pursuit of science becomes convinced that some spirit is manifest in the laws of the universe, one that is vastly superior to that of man. In this way the pursuit of science leads to a religious feeling of a special sort, which is surely quite different from the religiosity of someone more naive.

 

With cordial greetings,

 

your A. Einstein

Motion B : une idiosyncrasie

Une fois n’est pas coutume, je vais parler de ma petite personne et de certaines expériences – historique palpitant, à n’en pas douter – afin d’expliciter plus avant les différents choix moraux et éthiques, idéologiques et intellectuels qui peuvent expliquer ma position actuelle.

 

Ayant eu l’extrême privilège, que je sais, de vivre dans 5 pays différents, dont un à l’autre extrémité antipodale de ce petit globe terrestre, ma vision des choses environnantes n’a pas uniquement été le fait d’un passé familial, bien que ce dernier y eut contribué, mais fut aussi le fruit d’expériences et ouvertures culturelles que j’ai, respectivement, effectuées et vécues. Il est inutile de préciser que, enfant de l’Europe, je vois en la construction de cette Union une véritable révolution, au sens où cela constitue, dans notre histoire, une nouveauté brusque, brutale et inattendue. Qui, en effet, aurait pu penser construire un tel édifice, peuplé par des peuples aussi variés, tous regroupés autour d’un idéal ? Si nous sommes loin de l’aboutissement logique de cette révolution, à savoir une véritable fédération, le chemin est tracé, et il nous est donné de le dessiner pour mieux le confirmer.

 

Le point central de mon expérience, chères lectrices, chers lecteurs, n’est pas tant le fait d’avoir déménagé aussi souvent que cette idée centrale, véritable pilier, d’avoir pu découvrir, à travers chaque culture, aussi bien française, finnoise, qu’allemande, anglaise et, finalement, japonaise, que chaque individu est une partie d’un ensemble plus grand, d’un intérêt souvent supérieur.

Comprenons-nous, avant que de recevoir un quelconque jugement en stalinisme (à tort ou à raison, on décidera plus tard). Il ne s’agit pas de n’être qu’un visage perdu dans une foule et devant se confiner à un anonymat quelconque en refusant les personnalités individuelles. Le chimiste que je suis peut facilement faire un parallèle avec la matière. Les molécules sont composées d’atomes (nous nous arrêterons là et considérerons ces derniers comme particules élémentaires afin de ne pas troubler l’esprit, certes vaillant, mais potentiellement fatigué, de notre délectable lectorat). Que chaque atome ne soit qu’une subdivision de cet assemblage moléculaire – ou macromoléculaire, ou supramoléculaire ou ionique, ou… – est une évidence pour tout scientifique. En revanche, chaque atome, perdu dans cette nasse de liaisons, covalentes ou ioniques, est d’une importance capitale. Changer un carbone pour un oxygène nous fera passer un hydrocarbure en alcool, ester, aldéhyde ou cétone, remplacer un hydrogène dans une molécule d’eau par un atome de sodium résultera en soude caustique. Ce qui est un peu différent, convenons-en.

Chaque élément interne à la structure est donc primordial. Mais si l’on ne peut limiter la structure moléculaire à un seul de ses atomes, l’on ne peut simplifier la particule élémentaire à la structure supérieure. Ainsi donc, il existe une interdépendance inhérente à tout assemblement particulaire.

L’oxygène dans l’éthanol n’agit pas en tant qu’oxygène (singulet, doublet ou ce que l’on veut) mais en tant qu’alcool, son hydrogène voisin apportant sa (petite) contribution. Ainsi, cet atome n’agit plus tant en tant que lui-même, mais ajoute à la structure une qualité – qui lui est propre – pour contribuer à un effet qui affectera toute la molécule. L’éthanol n’est pas important en tant qu’assemblage atomique – il suffirait s’injecter le même ratio de carbone, oxygène et hydrogène pour voir que l’effet ne serait malheureusement pas équivalent – mais en tant que formation supra-élémentaire (pardonnons ce langage fort peu scientifique).

 

 

Et pourtant, il n’y a vraiment pas beaucoup de changement entre chaque molécule, à première vue, si ? (chimie version maternelle)

Et pourtant, il n’y a vraiment pas beaucoup de changement entre chaque molécule, à première vue, si ? (chimie version maternelle)

 

 

Le lectorat le plus vif aura déjà compris la convergence de mon propos. Il semble donc fortement naturel, et j’aimerais insister sur la signification intrinsèque de ce terme, à savoir « qui est le propre du monde physique », que tout assemblage soit le fait de ses composants, et que chaque composant, quoique régissant les propriétés supérieures de cette construction, n’est plus tel en tant que tel.

Léon Blum l’avait parfaitement résumé, en écrivant que « La mission principale du socialisme (…) [était] de réveiller chez l’homme le sens du désintéressement, d’exalter dans chaque action individuelle des mobiles supérieurs à l’intérêt personnel ». Ainsi donc, le socialisme a pour but de faire des humains des atomes reliés entre eux, maillage solide d’une plus grande assemblée, d’une structure supérieure, en vue de lui donner les caractéristiques souhaitées. Il s’agissait donc d’une démarche à proprement parler naturaliste, au sens littéraire : « reproduire la réalité avec une objectivité parfaite et dans tous ses aspects, même les plus vulgaires. » (définition zolaesque)

Ainsi donc, la défense du socialisme, selon les mots de l’ancien président du Conseil des Ministres de la IIIe République, passe par un appel à la recherche de l’intérêt général. Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette illustre référence en tête de la Motion B, redéfinissant le socialisme comme la continuité d’un combat historique, ancré dans son époque, et donc en lien avec icelle, et tourné vers l’avenir. Histoire de conclure notre parallèle avec la Science de la Matière citée précédemment, « Plus empirique, tu meurs ! »

 

Cette vision de la recherche de l’intérêt général n’a pas été nécessairement immédiate. Je ne vous ferai pas, cher auditoire insigne, l’exécrable cadeau que de vous expliquer mon cheminement intellectuel par le menu, mais, par le biais d’expériences et anecdotes, d’en « rompre l’os et sucer la substantifique moelle. » (que voulez-vous, j’ai toujours été rabelaisien dans l’âme)

De manière intéressante, l’une des premières discussions que j’ai pu avoir en arrivant au pays du Soleil Levant concernait la cohésion sociale d’icelui. Le professeur avec qui je commençais alors de travailler me présenta son pays comme, je cite : « Le pays le plus communiste au monde. » Outre la plaisanterie, issue d’une légère exagération de la réalité, le constat avait quelque chose d’assez vrai. Evidemment, il ne s’agit nullement d’une coloration gouvernementale, quiconque a regardé de près les discours de ce très cher Shinzo Abe aura apprécié (ou non) son penchant nationaliste et ultralibéral, doux euphémisme. Là est un autre débat.

Je ne vais pas m’appesantir sur la situation économique actuelle du Japon. Il s’agit, nous le savons, d’un pays caractérisé par un très faible taux de chômage, 3,5% en 2014 après un taux historique de 5,7% en 2009, soit environ 4 millions de personnes. Il faut constater que cette hausse a été majoritairement due à la crise des années 2008-2010. Ce faible chômage est souvent décrit comme issu de trois facteurs : faible niveau d’emploi des femmes, population vieillissante et abaissement des salaires en cas de crise. (fortement bien résumé par Noah Smith)

Si l’on veut comprendre la boutade de ce professeur, il faut tenter d’assimiler « le fond de la culture » pourrait-on dire pour parodier Figaro. Les concepts de Honne (本音) et Tatemae (建前), ainsi que ce qui semble être la dichotomie inhérente à cette dualité peuvent expliquer cette volonté d’unisson, de cohésion. Je vous renvoie à un article plus détaillé sur ce passionnant aspect culturel. Loin d’être un refus de soi, une abnégation de toute sa personnalité, la contribution de l’individu au groupe est ainsi favorisée. Ainsi, anecdote personnelle trépidante, l’on a pu, petits 外国人 que nous étions, observer ce que d’aucuns auraient décrits à tort comme des « métiers inutiles », par exemple la personne présente à l’entrée du magasin pour saluer les clients, ou l’officier de circulation s’excusant avant et après les détours dus à des travaux routiers. Cependant, il serait ridicule de mépriser de telles fonctions. En effet, celles-ci sont créatrices de lien social. Et fait primordiales. Plutôt que de bougonner en voyant un camion entouré de trois marteaux-piqueurs, une personne nous explique poliment qu’ils sont désolés des troubles que cela créé. Magique. Si quelque chose empêche un bon écoulement, s’il y a un obstacle quelque part, plutôt que de laisser ce dernier déchirer la liaison qui venait de s’établir entre deux membres – a minima – de cette structure, cette dernière s’en voit ainsi consolidée. C’est exactement ce lien social qu’il nous manque, en France. Ce lien social fort qui fait que, comme le disait, un peu ironiquement, ce professeur d’université, le Japon est communiste. (toute proportion gardée)

Cela est à des lieues de ce qu’a pu prôner un ministre de l’économie récent, exhortant toute une classe d’âge à l’enrichissement personnel, plutôt que d’appuyer le besoin de construire un édifice commun. Le futur, n’en déplaise à certains autoproclamés pragmatiques et réalistes, se construit en groupe et non sur des pilotis dorés branlants et instables.

C’est pourquoi l’on ne peut, non plus, s’exclamer, devant un parterre du MEDEF, « j’aime l’entreprise ». Outre la stupidité d’une telle déclaration – qu’a donc à faire l’amour en politique sinon être un bien vilain sophisme ? – les mesures préconisées par le MEDEF n’ont jusqu’ici eu aucun contribution positive à l’intérêt général. Radotons s’il le faut, il faudra savoir donner tort à la vieille maxime « on ne prête qu’aux riches. » Et cela, soyons honnêtes, est clair pour les tenants de la Motion B.

 

Je ne vais pas non plus revenir outre mesure sur l’inanité des Abenomics, l’effet d’aubaine n’aura fonctionné qu’un temps, paupérisant plus encore une partie de la population. Et c’est là, véritablement, que se déroule toute l’affaire. Nous le savons depuis Krugman, nous l’avons revu avec Piketty, et nous pouvons nous en resservir une tasse avec Lordon, la politique libérale, fût-elle « sociale-libérale » (aussi appelée « Capitalisme Light », autant de finance, zéro calorie) ne fonctionne pas et ne saurait fonctionner. Avoir vu la réélection de Abe en décembre dernier fut assez désagréable, surtout avec à peine plus de 54% de participation. Avoir subi à présent de plein fouet la réélection de Cameron, avec ce que cela signifie en termes de régressions sociales, n’est guère plus enchanteur.

 

 

Rafraîchissant, non ?

Rafraîchissant, non ?

 

 

Le vieux modèle est périmé, plutôt que nous y entêter, il serait peut-être intéressant de penser à une alternative. Ce n’est pourtant pas faute d’exister, ni même d’avoir fait ses preuves.

C’est pourquoi, montebourgeois lors de la dernière primaire de 2011, il m’est apparu comme naturel de défendre nos idéaux socialistes historiques, de les affirmer et les réactualiser, en refusant tout glissement dangereux dans les eaux néolibérales, fussent-elles tempérées de « social » en guise de préfixe.

 

Petit chimiste vindicatif, mon engagement auprès de la recherche a aussi aidé à renforcer cette adhésion. Militant auprès de Sauvons la Recherche, le CIR me fait évidemment bondir, non seulement en raison de son inanité mais aussi à cause de la niche fiscale que cela constitue. Le fusionner avec le CICE est donc une évidence, afin de réorienter les deniers publics vers les entreprises les plus nécessiteuses, en particulier les PME. Ce qui semblait être une évidence lors de l’élection de 2012 est à présent devenu un gros mot pour ces mêmes « pragmatiques » susnommés. De manière similaire, les beaux discours tenus lors d’une certaine université d’été en 2012 par notre chère Ministre de la Recherche ont finalement accouché d’une souris, appelée loi ESR.

Encore une contradiction gouvernementale.

Comme la non-renégociation du traité de stabilité européen enfonçant un peu plus l’Europe dans la mouise, (forgive my French) comme nous l’avait écrit brillamment Marie-Noëlle Lienemann en 2012. L’Europe est aux mains des libéraux – après tout, c’est la loi des élections – mais que nous aurions pu infléchir. Nous pouvons toujours l’infléchir. L’Europe oui, mais l’Europe libérale, c’est « нет товарищ ». Le poids des conservateurs est tel que l’idéal d’Europe sociale est encore loin de voir le jour. Lorsque l’on voit ce que les politiques imposées à Athènes ont entraîné, l’on est en droit de douter que cela arrive un jour.

Je vous arrête. Argument d’autorité ou non, l’on pourra difficilement me faire un procès en euroscepticisme, non seulement pour avoir vécu dans 4 pays européens, mais surtout pour avoir appartenu à une fabuleuse association de découverte européenne, tout en étant toujours membre de Sauvons l’Europe.

L’Europe, oui, progressiste.

 

Si le terreau idéologique était déjà présent, l’avantage d’avoir été confronté à d’autres cultures a peut-être été le plus décisif, en ce qu’il a été évocateur du besoin de « vivre ensemble » et de recherche de l’intérêt général. Ce n’est pas une surprise si un ancien grand président l’avait déjà prononcé fièrement lors de son discours d’investiture  : « ask not what your country can do for you–ask what you can do for your country. »

Au temps de la Recherche perdue

En période de crise, il faut, nous serine-t-on de manière un poil trop prononcée, faire des économies. Cela, bien évidemment, se traduit par des dépenses publiques moindres, puisqu’il est bien connu qu’en dépensant moins, l’on aura un système plus efficace. De manière similaire, il suffit d’arrêter de manger pour perdre du poids. Quiconque vous dira que votre corps risque de ne plus fonctionner correctement aura cependant raison de le faire.

Présent à la Rochelle en 2011, j’avais pu, petit militant motivé que j’étais alors, la tête emplie de rêves, d’idéaux et d’erlenmeyers colorés, participer à une classe consacrée à la Recherche, présentée par notre actuelle ministre Geneviève Fioraso elle-même. Emu, emporté par autant de volontarisme, surtout après la loi inapte et inepte de Valérie Pécresse (dite loi LRU, loi relative aux libertés et responsabilités des universités) l’on ne pouvait qu’espérer un renouveau de la Recherche en France, avec de véritables réformes de fond. Bien mal m’en prit.

 

En observant le nouveau logo du CNRS dans un miroir, on voit un "culs" qui se prend un bâton. Prémonitoire de la politique à venir ?

En observant le nouveau logo du CNRS dans un miroir, on voit des « culs » qui se prennent un bâton. Prémonitoire de la politique à venir ?

 

Petit récapitulatif, si vous le voulez bien ! En effet, si le CNRS se doit d’être remodelé intégralement, ou bien véritablement dissout en répartissant les chercheurs dans les universités (une possibilité comme une autre), le modèle actuel accusant une certaine vétusté, la ministre sarkozyste nommée plus haut s’arrangea, en 2008, pour laisser pourrir un peu plus la situation, en étouffant le CNRS de la plus belle manière qui soit, afin d’éviter d’avoir à résoudre un problème pourtant majeur. L’ANR, l’Agence Nationale de la Recherche, fut créée pour favoriser ainsi des projets courts, de 2 à 4 ans en moyenne, sur des thématiques bien identifiables. Ainsi, politique de l’époque oblige, cela a pour risque, comme il fut grandement critiqué, de ne mettre l’accent que sur des thématiques fashionables, à la mode, bien en vue et dont on peut facilement parler pour se faire mousser.

En clair, en mettre plein les mirettes aux yeux d’un public ignorant la réalité de la Recherche dans notre beau monde. Pour anecdote, un projet présenté à l’ANR se doit d’être finalisé, ce qui signifie simplement que les résultats attendus doivent être expliqués et donnés a priori. Oui, vous avez bien lu, attentives lectrices et pointilleux lecteurs. Ce modèle, calqué sur celui des programmes-cadres de la commission européenne, renforce ainsi, par son formatage en « jalons » et autres « délivrables » (« Mais ouate ze feuque ? » peut-on entendre mugir dans les bureaux des chercheurs de plus en plus désabusés à ce propos, d’ailleurs) les projets de R&D, beaucoup plus appliqués. Non que cela soit néfaste, il en faut, mais une recherche plus fondamentale se voit rongée, car présentant peu d’intérêt immédiat et de retombées économiques rapides. Cela, de plus, favorise, comme l’a très bien souligné Sauvons la Recherche, une recherche uniquement basée sur les CDD, d’où précarisation d’une grande partie du personnel. De surcroît, seuls des projets – dont seulement 8,5% sont retenus – ayant un potentiel que nous pouvons allègrement qualifier de bankables ont une possible chance de voir le jour.

Bien entendu, ce système, malheureusement, favorise ainsi violemment les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie et dérivées) au détriment des sciences humaines ou exactes. (oui, par souci de simplification, je range les sciences économiques, sociales, historiques… dans les sciences humaines, que d’aucuns qualifient à tort de « molles » – terme condescendant et stupide, car sans fondement aucun)

 

La loi LRU, comme la loi ESR, pique un peu

La loi ESR, comme la loi LRU, pique un peu

 

En définitive, une gabegie sans nom, visant à détruire ce qui, pourtant, permet de penser demain. Oui, la Recherche Scientifique est la conditio sine qua non du progrès, car permettant un élargissement des connaissances et de la compréhension du Monde. Et pourtant, elle fut mise sur le chevalet par la droite, et la gauche se réjouit encore du spectacle, continuant de souffler sur les braises. si les motivations de l’ancien gouvernement peuvent être claires comme de l’eau de roche – incapacité à comprendre une dynamique intellectuelle et non lucrative (oui, j’ose) – celles de l’actuel sont obscures, surtout après force discours volontaristes.

Misons sur l’incompétence.

Ce système mis en place par Valérie Pécresse a aussi eu pour conséquence de repousser l’embauche (repoussé à 33 ans en moyenne pour les maîtres de conférences et chargés de recherche), ainsi que de diminuer, grâce à l’excellentissime RGPP (ironie), le nombre de chercheurs recrutés au CNRS de 400 par an en 2010 à 300 en 2014, avec seulement 1430 postes de maîtres de conférence contre… 2000 il y a trois ans ! (source) Cela, sans compter le fait que l’on ne donne plus aux chercheurs les moyens de travailler. En effet, 80% de la subvention d’état au CNRS en 2013 finançait la masse salariale, uniquement. Quid du reste ? L’on peut y ajouter le temps perdu lié aux projets soumis à l’ANR. Le mouvement Sciences en Marche estime le coût, en terme de travail, à 200 ans (cumulés). Soit une perte de temps sans nom.

Puis il y eut la loi ESR, loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche, en 2013, espérée par les chercheurs de la France entière et qui accoucha d’une souris. Contre l’avis de tous, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) fut maintenue, sous un sigle différent. L’ANR itou, sans pour autant ajouter un quelconque financement de base des laboratoires, Sciences en Marche estimait devoir tripler, ce qui restait peu coûteux et donc abordable, notamment via le Crédit-Impôt-Recherche, qui aurait pu, via une évaluation plus minutieuse des projets des entreprises en vue de son attribution, favoriser le travail des jeunes chercheurs. Malgré un discours prônant l’excellence, les actes pris par la Ministre n’ont su que témoigner d’une médiocrité effarante, sonnant ainsi le glas de la Recherche publique.

Si l’on ajoute à cela les problèmes internationaux, notamment liés aux journaux scientifiques (Elsevier, dites-vous ?) qui extorquent des sommes incommensurables aux universités, et le CNRS lui-même qui pille ses propres chercheurs, l’on peut peut être sûr de ne pas s’en sortir.

Mais on va ouvrir plus souvent le dimanche, car c’est là qu’est l’avenir