L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

L’envie de Gauche

La force de notre parti est, à n’en pas douter, la multiplicité de nos courants. Contrairement aux autres grands partis de ce pays, aucun autre ne peut se targuer d’avoir autant de discussions internes aussi fortes. Le PS représente des gauches, mais aucune n’est irréconciliable avec une autre.

 

Cliquez pour lire les propositions

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Passées ces considérations générales un peu naïves, force nous est de reconnaître une chose : Benoît Hamon a remporté la primaire de la BAP, un peu contre tous les pronostics qui ont été faits – et je m’en réjouis. La déception de certain-e-s d’entre nous de ne pas avoir vu leur-e candidat-e gagner est inhérente à des élections. Pour reprendre un slogan employé par la Française des jeux il fut un temps : « C’est le jeu, ma pauvre Lucette. » Si nous nous reconnaissons socialistes, il nous appartient de soutenir le candidat durant cette campagne. On ne peut pas changer de règles durant la partie, ou du moins pas honnêtement.

Il faudrait, toutefois, tâcher de discuter intelligemment, sans avoir à jouer la carte du pragmatisme, mot à la mode mais qui est devenu dénué de sens. Qu’est-ce que le pragmatisme, sinon s’adapter à la réalité, privilégiant l’observation des faits à aux errements d’idées ? Mais le candidat Hamon, par son programme, est pragmatique, dans la directe lignée de Pierce, suivant une ligne (j’ose !) « scientifique et réaliste ». L’échec des politiques mises en place, notamment par les différents gouvernements sous François Hollande, devraient nous pousser à accepter ces erreurs, à voir que ces politiques nationales comme européennes n’ont été qu’un vaste échec. Le clou est enfoncé par Thomas Piketty qui affirme : « A l’inverse des options fiscales et budgétaires retenues depuis 2012, et en particulier de cette inefficace usine à gaz qu’est le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Sans parler de l’exonération des heures supplémentaires, que même la droite a abandonnée et que Manuel Valls voudrait recycler aujourd’hui. » [1] Voilà, d’une part, qui permet de cocher la case du réalisme du candidat de notre famille politique pour les élections prochaines, tout en mettant en défaut le réalisme affiché de certains. Cet échec doit évidemment être contrebalancé par des propositions variées, d’autres modèles, d’autres hypothèses, pour finalement les tester. Le revenu universel, critiqué par la droite de notre parti et de notre paysage politique, en est la manifestation la plus claire : une proposition nouvelle, une hypothèse valable (et soutenue par un certain nombre d’études – ne prouvant pas son efficacité a priori, mais laissant entendre qu’il est rationnel de la tester).[2] Voilà pour la partie scientifique (méthode scientifique 1.0 – on peut en discuter quand on veut).

En regardant donc de plus près, on peut très facilement arguer du fait que n’est pas pragmatique qui veut, les faits le montrent très aisément. Truisme peut-être évident…

Le débat est donc intéressant, et a eu lieu lors de la primaire. Non qu’il ne faille le taire, mais l’heure est avant toute chose au rassemblement du parti, de nos partis amis et alliés, derrière une candidature qui sera ainsi bénéfique non seulement au peuple français, mais, espérons-le, auprès de nos concitoyens européens (le terme concitoyen est certes inexact à l’heure actuelle, mais c’est un idéal personnel, excusez du peu). L’on ne peut plus se permettre une débâcle similaire à celle de 2007, avec un parti peu enclin à faire campagne et un-e candidat-e laissé-e seul-e au front.

 
 
D’où le second point, découlant du premier de manière assez naturelle.

Les différentes défections récentes de la part de la cour proche de notre ancien Premier Ministre, je pense à Gilles Savary, Alain Calmette, Marc Goua, rejoignant les rangs de Richard Ferrand, Christophe Castaner, Pascal Terrasse, Arnaud Leroy… tous députés, élus via la machine qu’est le PS, ne font pas honneur à leurs engagement, pas plus que Gérard Collomb, Jean-Claude Boulard, sénateurs, qui ont eux aussi apprécié le parti et n’ont pas boudé leur plaisir tant que le parti leur offrait une possibilité d’accéder aux ors de la République.[3] On peut avoir le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière.

Parfois, il semble que défection s’écrit mieux avec un « a ».

 

« Bon appétit, messieurs ! –Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
 » (Victor Hugo, Ruy Blas, Acte III, Scène 2)

Les raisons données par ces déserteurs furent nombreuses, permettant à tous ces élus de résoudre leur dissonance cognitive de la meilleure manière qui soit. « On veut être clairs vis-à-vis de nos électeurs : on a défendu auprès d’eux le CICE, la politique de l’offre, la loi travail… on ne peut pas faire campagne pour le contraire ensuite. » (Savary) C’est tout l’inverse pourtant qu’il faudrait expliquer, le pourquoi, le comment, d’un vote indigent, opposé en tout point aux valeurs qui nous ont mis au pouvoir en 2012, celles qui ont sous-tendu l’élection de François Hollande.

Devrait-on rappeler à ces élus qu’ils n’ont eu de cesse de de tourner le dos au projet socialiste de 2012, eux qui ont soutenu les lois Macron/El-Khomri d’inspiration néo-libérale en 2015 (on ne va pas refaire le débat), et la déchéance de nationalité ? Ces mêmes élus, légitimistes auto-proclamés, n’ont ainsi pas peur de rejeter la pourtant très palpable légitimité du candidat choisi par les urnes à la primaire, incapables de comprendre le rejet systématiques des électeurs et électrices qui ont jugé leurs reculs systématiques, et les ont condamnés sans répit aux élections municipales, européennes, territoriales et régionales. Quelle légitimité clamer, lorsque l’on rejoint un candidat qui, nourri initialement par le parti au sein du gouvernement Valls II, fait cavalier seul, s’abolissant du choix des militant-e-s, soutenu qu’il est par toute un monde financier peu épris de progrès social, et même qualifié de « déserteur » par l’ancien premier ministre Manuel Valls ?

Ces déserteurs se déclarant socialistes se prennent au piège de leur dissonance. Notons-le, Emmanuel Macron n’est pas socialiste, lui qui vantait la chance que les Britanniques avaient eu d’avoir Margaret Thatcher et qui prônait le libéralisme comme valeur de gauche (au sens saint-simonien, potentiellement, ses actions ne corroborent guère).[4]

 

« Monsieur le duc, – au nom de tous les deux, – voici
Notre démission de notre emploi.
 » (ibid.)

La conséquence logique de cet engagement auprès d’un candidat non soutenu par le parti auquel l’on appartient aurait dû faire venir cette réaction de manière immédiate. Nos statuts sont suffisamment clairs sur le sujet (de mémoire, Articles 1.2.3. et 5.1.7. des status et 1.2.3. du règlement intérieur). Rejoindre un parti signifie en accepter les règles.

De manière intéressante, si quelques élus partent, la confiance en notre parti semble s’être requinquée depuis 10 jours, où le candidat socialiste est passé de 8% dans les sondages à 18% d’intention de vote au premier tour en fin de semaine dernière. Peut-être est-ce dix de gagnés pour un de perdu ? (l’on pourra évidemment critiquer ce propos qui s’appuie sur la faible fiabilité de sondages)

 

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos. Être socialiste n’est pas un gage de valeur (au sens : bon ou mauvais) mais d’obédience politique. Il n’y a aucun mal à ne pas l’être, mais le prétendre est au pire erroné, au mieux fallacieux.

Le courant qui décrirait mieux ce nouveau centre qui semble apparaître fortement à présent est certainement le libertarianisme. La politique de Macron, du reste, propose cette vision « hors du clivage gauche-droite » en proposant un modèle où libéralisme économique et libertés individuelles (au sens libéral) sont assurées – à la manière d’un David Nolan (fondateur du parti libertarien américain). La seule différence avec son collègue états-unien étant la substistance d’un Etat assez minimal, vision minarchique du libertarianisme.

Mais le libertarianisme n’est pas un socialisme, pas plus qu’il n’est un libéral-conservatisme (comme LR). Il n’est, de plus, pas la social-démocratie, dont la définition reste pour le moins élastique (Bebel ? Luxemburg ? Brandt ? Rocard ? Schröder ?). Peut-être le blairisme est-il la meilleure définition de ce libertarianisme – « social-libéralisme » – à l’européenne… (question ouverte)

 

Pour finir (enfin, après un si long pâté), il reste à voir la vision de la société que l’on veut. Les électeurs-trices ont décidé de notre ligne après les primaires. L’ancien Premier Ministre dit serrer les rangs, c’est tout à son honneur.

En 2011, malgré des réserves sur le candidat sorti des primaires, nous avons fait bloc et nous avons gagné. Notre ligne propre ne gagne pas nécessairement toujours, mais nous avons tous beaucoup en commun. Bref, débattons bien, débattons vite, mais ne nous débattons pas ! Les droites, traînant leurs casseroles, sont aux abois, à nous de prouver que nous sommes capables de proposer la seule alternative valable.

 

 

 

[1] A lire sur son blog

[2] Soutenu par nombre d’économistes – qui s’y connaissent mieux dans leur domaine que votre dévoué

[3] En anglais, on dit « Name and shame » . A chacun-e ses responsabilités et engagements.

[4] Florilège : http://www.regards.fr/web/article/emmanuel-macron-en-flagrant-delithttp://www.lemonde.fr/festival/article/2015/09/27/emmanuel-macron-le-liberalisme-est-une-valeur-de-la-gauche_4774133_4415198.html

Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…