Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

Laïcité AAA

A trop écouter les échos actuels du monde politique, l’on finit par se demander ce que la loi de 1905 prônant la séparation de l’Eglise et de l’Etat  devait contenir. Devenue le bastion des conservateurs les plus farouches, la notion même de laïcité a été dénaturée et est utilisée à tout-va comme un rempart, visant de manière préférentielle les « autres ». Présentée comme la véritable défense républicaine à toute atteinte religieuse, force est de constater qu’en plus d’être très sélective, elle porte des armes qu’elle n’a normalement pas.

 

Tout d’abord, et ce afin de nous mettre d’accord, la loi du 9 décembre 1905 reconnaît à chacun-e le droit de croire en ce qu’il/elle veut : Elohim, Allah, Dieu, Vishnu, Odin, Amaterasu ou Monstre Spaghetti, toute personne est libre de diriger sa croyance vers l’objet (ou le sujet immatériel, afin de plaire aux théistes qui nous liront) de son choix. L’article 2 est le plus violent, en ceci qu’il s’agit de l’article qui enterrine, finalement, le divorce unilatéral entre religion et Etat. L’article le stipule parfaitement : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » L’on pourra parfaitement, ainsi donc, considérer qu’un-e élu-e du peuple brandissant un livre religieux dans l’enceinte du pouvoir est ainsi une violation extrême de ce principe. Cependant, porter un vêtement religieux dans la rue n’est, ainsi que l’avait démontré l’excellent Aristide Briand (page 989), pas à l’encontre de la loi, qui laisse à tout un chacun la liberté de culte, ainsi que celle (« Dieu merci ! ») d’habillage.

Le problème que l’on rencontre alors est un problème profondément culturel. Certaines personnalités politiques, majoritairement conservatrices (notre Premier Ministre actuel en fait partie intégrante), tentent en effet de faire coller le devoir légal – la laïcité – à leurs tropismes d’Ancien Régime, prônant de nouveau une religion d’Etat. Ne rions pas, camarades, la farce est assez mauvaise. A cela s’ajoute la peur, la haine, l’incompréhension – les premières étant issues de la dernière – qui rythment notre société. Les populations immigrées, ou issues de l’immigration, ou encore issues d’issues de… (vous avez compris) sont toujours les premières à être montrées du doigt. Atavisme propre à Sapiens Sapiens ou construction sociale, nous ne trancherons pas, cette habitude a, après avoir discriminé des groupes entiers de populations selon leur couleur de peau, leur langue, leurs simples origines, leurs ethnies, repris un ancien chemin, celui de la discrimination par la religion. Le Moyen-Âge, et cela est vrai à l’échelle des temps géologique, n’est pas loin. Ainsi, afin d’isoler, une fois encore, une minorité que d’aucuns trouvent un peu trop visible, la meilleure parade reste de se cacher derrière la laïcité, en brandissant le mot comme un trophée, mais en ayant pris soin de vider la bête auparavant, de peur que l’on ne s’aperçoive du subterfuge. L’épisode immonde des interdictions au burkini cet été en sont un exemple flagrant. Nous ne nous étendrons pas sur cette polémique inutile et imbécile, amplifiée par des médias tout aussi incompétents et scatophages. Nous ne ferons que saluer l’intelligence de l’ONU et du Conseil d’Etat sur le sujet.

Cette laïcité telle que brandie est d’ailleurs toute relative, car les personnes la brandissant comme une excuse, selon précédemment, ne réclament jamais sont application face au paradoxal cas du concordat d’Alsace-Moselle. Je laisse cela ici.

 

La réflexion qui se pose à présent est celle de la nature même de la laïcité. Souvent, trop souvent, nous entendons dire que le combat se joue en France entre « laïcards » et « croyants ». Rien ne serait plus faux. L’Etat se trouve être laïcard. Le combat n’existe donc que pour quiconque n’a toujours pas digéré la séparation nette d’avec la Religion [1]. Cela permet aussi de faire un amalgame entre laïcité, athéisme, et anticléricalisme. Si les deux premiers sont intimement liés (nous l’allons voir, c’est le sujet de cet article) le dernier est une technique de déshonneur par association assez aisée – et fallacieuse.

La laïcité, nous l’avons vu plus haut, est un programme politique permettant à l’Etat de faire abstraction de toute religion, ou principe religieux. L’Etat ne reconnaît ainsi aucune entité supra-, para-normale ou surnaturelle, immanente et transcendante, qui régirait le monde, l’univers, et bien évidemment, 42. Ce même programme politique prévient aussi l’Etat de s’immiscer dans les questions d’ordre religieux : ce n’est en effet pas là le rôle de nos institutions.

L’athéisme est une posture intellectuelle des plus intéressantes, et des plus incomprises. Très souvent confondu avec l’antithéisme, qui est le rejet de tout théisme (étymologie niveau maternelle), l’athéisme refuse d’accepter l’existence d’une entité supra-, para-normale ou surnaturelle, immanente et transcendante, qui régirait le monde, l’univers, et bien évidemment, 42. Nous nous répétons quelque peu, parfois. L’athéisme, refusant ainsi la fondation religieuse (je fais rapide), repose sur un principe simple : celui de l’humanisme. Il n’est pas surprenant, ainsi, que les sceptiques et autres rationalistes fussent athées.

La superposition des deux concepts nous montre des convergences énormes. L’athéisme rejette l’idée de transcendance divine dans son monde, et plus particulièrement dans son éthique, ou ses règles de conduite. La laïcité élimine de la même manière toute intrusion de cette même transcendance dans le fonctionnement interne de l’Etat. Les personnes croyantes sont ainsi invitées à ne pas faire de prosélytisme dans le cadre de leurs fonctions, fort logiquement. La réflexion se fonde alors sur des éléments concrets plutôt que sur « Dieu a dit que ».

Ainsi, il est évident que la laïcité, fût-elle « à la française » ou non, est forcément un athéisme profond, car elle se trouve dégagée de tout théisme, de toute religion. Voilà déjà le premier A.

 

Partant de là, la question de la religion se doit d’être résolue. J’entends déjà les hordes de néo-cons(ervateurs, voyons, je suis un garçon poli) se précipiter et hurler au stalinisme en me voyant brandir un athéisme politique, que j’appellerai bien volontiers « nouvel athéisme d’Etat ». Pour pouvoir ne pas tomber dans l’extrême que fut la doctrine de déchristianisation après la Révolution Française, ou bien mêmes ceux qui furent implémentés en URSS et en Chine, il convient de bien affirmer la différence essentielle qu’a l’athéisme reconnu dans la laïcité : la non-reconnaissance de théisme(s), et non l’antithéisme (que furent ces politiques passées). Pour cela, la réflexion se porte forcément sur le fonctionnement de l’Etat. Nous l’avons dit plus haut, les institutions doivent (dans le meilleur des mondes possibles) fonctionner selon des faits, des arguments concrets. En raison de la nature immatérielle et très volatile des différentes divinités que l’Histoire a eu le délice de coller au postérieur, cette question ne peut obtenir de réponse claire. La laïcité est donc un athéisme, certes, mais un athéisme agnostique. La juxtaposition des termes peut prêter à rire, mais l’excellent Richard Dawkins [2].

 

 

Là, nous ne parlons de rien d’autre que du scepticisme précédemment évoqué.

 

 

[1] Avec un grand « R », cela rend le concept plus général et plus formel. De plus, cela donne l’impression de dire des choses intelligentes.

[2] Qu’il faut à tout prix lire, les gens ! Non seulement son Selfish Gene est si bien écrit que le lire est un régal, mais l’on apprend énormément sur la biologie génétique. Et je ne parle même pas de The God Delusion, qui présente de manière carrée, construite et argumentée le cas de l’athéisme.

 

 

Blogue LPA no 21 : Laïcité et athéisme

https://blogs.mediapart.fr/yvon-quiniou/blog/190516/la-laicite-arme-de-latheisme

http://www.lemondedesreligions.fr/entretiens/la-laicite-en-france-un-atheisme-d-etat-30-01-2012-2207_111.php

Madame la Marquise

Tout va très bien !

 

Et tout le monde de respirer un grand coup !
Ouf, la vague brune (aussi brune que les résidus de fermentations intestinales, s’il vous plaît) n’est pas passée. Tout le monde respire un grand coup, l’on imagine bien le générique de fin s’achever sur un éclat de rire, alors que le soleil se couche au loin, laissant entrevoir une nuit d’amour, d’ivresse et de petits fours. Les noms défilent lentement, laissant entendre une musique envolée laissant penser un bal estival. Ajoutons lampions et accordéons, histoire de se les réapproprier, eux aussi.
Au retour des dardant rayons de Phébus, nous auront droit à un discours engagé, responsable, scandant haut et fort que « l’on a compris, il nous faut réfléchir à… tout en n’oubliant pas que… l’on a entendu le peuple » d’une part et « le peuple nous a choisi, véritable rejet de la politique… plébiscite… » d’autre part. Ce soir, nous, socialistes et autres « gens de gauche », comme on dit, nous frottons les mains, trop heureux d’être passés à côté de la catastrophe annoncée. De l’autre, tentant de tirer la couverture à eux, le FN-light, auto-proclamé « Les Républicains », sans nul doute pour faire écho au parti outre-Atlantique qui compte en son sein une somme incalculable de racistes, sexistes et xénophobes, ainsi qu’une pléthore de créationnistes sans âme, scande à qui veut l’entendre qu’il s’agit d’une déculottée pour le pouvoir en place.

Les deux ont, hélas, raison. Nous avons évité le pire, l’on peut souffler. Pas se satisfaire de ne pas avoir été éliminé aussi violemment que craint. L’on peut aussi voir ce soufflet comme une critique, c’en est évidemment une, de la politique gouvernementale, cacophonique, instable, néo-libérale et, depuis les attentats du mois dernier, franchement dangereuse. (et c’est un socialiste qui vous parle) A présent que les échéances sont passées, l’on va se rendormir sur ses lauriers, chacun continuant à tirer sur le gros parti opposé, comme si de rien n’était, oubliant la puanteur des vomissures morbides du parti héréditaire des anciens de l’OAS. Comme tout enfant faisant le ménage alors que ses parents n’observe pas, les déchets seront cachés sous le tapis pour ressortir plus tard. On oublie, on oubliera. On oublie toujours. Et surtout, on s’en fout.
Au milieu, entre les auto-congratulations des uns et des autres, resteront là les citoyens abstentionnistes qui, déjà blasés, s’apercevront que les excitations et affolements sont purement passagers. Qu’on ne s’intéresse à eux que lorsque les échéances sont proches.

Ne nous méprenons pas, l’excuse habituelle du « je refuse de justifier un système politique que je récuse » ne fonctionne pas, et ce surtout dans la mesure où nous avons le choix de voter pour des personnes pouvant proposer un changement, où nos pouvons enclencher le changement (par le biais de pétitions) et même nous présenter pour proposer ce changement. L’excuse ne cache qu’une paresse bien souvent intellectuelle liée à l’incapacité de bien trop nombreux citoyens de ne pas accepter l’idée que le vote politique ne s’agit en rien de désigner la personne qui nous convient intégralement, mais qu’il nous faut, aussi, accepter certaines concessions. Cela s’appelle faire des compromis. Dans un monde ultra-égocentrique, il est évident que ce modèle échoue.

Quand bien même. Si le citoyen se désintéresse du politique, c’est au politique, c’est même à LA politique d’aller au citoyen. (non, pas comme la vache va au taureau, tout de même, quoi que cela puisse être fécond, de la même manière) Mais non, l’on reste chacun entre soi, en refusant de discuter. Alors ces déçus s’entêteront dans la légitimation et la justification égocentrique de leur refus de participation à la vie citoyenne, usant de ce spectacle affligeant pour s’embourber un peu plus dans une passivité néfaste. Et laisseront le champ libre à l’extrême droite la plus nauséabonde qui soit. Et ils s’en laveront les mains comme nous nous en lavons à présent les mains, par simple effet miroir. Quoi de plus évident que des citoyens mimant leurs politiques et un monde politique à l’image de ses citoyens ?
Alors l’on se réveillera à nouveau en avril 2017, nous pousserons de nouveau des cris d’orfraie, courant çà et là comme des poules sans tête, à glapir à qui veut l’entendre que nous ignorions tout et que nous ne comprenons pas, mais comprendrons certainement une fois que les citoyens auront voté pour nous.

Mais avec un peu de chance, nous aurons changé le nom de notre parti.

Tout va très bien.

Les trafiquants de foi

Croire ou ne pas croire, où la tolérance s’arrête pour respecter la liberté. Telles sont les questions qui perturbent mes apéros entre amis ces derniers temps. En effet, se partageant entre des athées pratiquants, de fervents croyants, des déistes bobos et des jementapelecoquillardistes, tout ce petit groupe constitue un joyeux bordel religieux.

Les événements de Charlie Hebdo ont provoqué diverses interrogations sur la limite religion/politique. Des hommes ou femmes, largement minoritaires, tuent au nom de la foi. Soi-disant. Car ils sont en réalité des trafiquants de foi. Ces personnes là ne croient en rien, ni en l’Homme, ni en Dieu, en rien. Ils ne sont pas croyants. Ils font de la politique. Et on les retrouve dans toutes les religions.

Que se soit les intégristes catholiques, les extrémistes juifs ou musulmans, tous ont fait de leur religion une idéologie et ont ainsi quitté le domaine de la foi, de la croyance.
Leur idéologie à tous repose sur des dogmes politiques, se déclinant en quasi programme politique:

– Tous défendent l’impérialisme en prétextant lutter eux-même contre un impérialisme dont il serait les victimes. Les islamistes luttent contre l’influence occidentale, les intégristes catholiques contre une société décadente, les uns contre des « impurs » ou encore d’autres contre des Palestiniens. Chacun veut agrandir un territoire, une aire d’influence, persuadé évidemment de détenir LA vérité.

Tous prônent l’inégalité, l’injustice plutôt que de trahir leur vérité. Ne rien remettre en question, tel est leur slogan. Pour eux, la société est divisée. Pire, elle est hiérarchisée naturellement. Evidemment, les croyants de la religion en question sont au sommet de la pyramide. Les autres (LGBT, athées, femmes ayant avorté, femmes tout court, etc) sont au dernier échelon. Ils critiquent un système qui est selon eux contre nature, issu de la science et de la connaissance.

Tous prônent un autoritarisme certain. Les trafiquants de foi imposent leur opinion. Lorsqu’ils sont majoritaires ou puissants, ils instaurent des dictatures (je pense à Daesh, à l’Iran). S’ils sont minoritaires, ils se placent en victimes d’un système qui veut les éradiquer. Adorateurs d’une tradition, qui n’a pour la plupart du temps jamais existé, ils prônent et veulent imposer – quelque soit les moyens – leur opinion à la société.

Pour être plus influents, ces trafiquants de foi utilisent la propagande, moyen politique d’accession au pouvoir. Car toujours en se planquant derrière leur soi-disante foi, ils utilisent des moyens politiques pour arriver à des fins politiques: réseaux sociaux, tracts, vidéos, sites internet, manifestations ou démonstrations de force, rassemblements voire création de partis bien politiques, etc.

Tout cela dans un seul objectif: le pouvoir politique. Civitas ne manifeste pas pour convertir des profanes à la religion mais pour convaincre des personnes à militer pour une société rétrograde. Les islamistes ne recrutent pas pour amener des jeunes vers la croyance ou la connaissance du Coran mais pour devenir influents, plus nombreux, plus puissants. On ne mène pas de combats religieux lorsqu’on écrase un peuple volontairement, mais on veut accroître son territoire et asseoir son autorité. Les trafiquants luttent pour une puissance qui n’est que politique.

Ces trafiquants de foi ne sont pas des croyants. Et il ne faut pas un Bac+12 pour comprendre cela. Toutes les religions cherchent l’empathie, la compréhension de l’autre, la compassion, la tolérance, le partage. Certainement pas la haine, le pouvoir, la division de la société.

Mais, on me souffle dans l’oreillette, pourquoi prendre la religion comme outil politique? Parce que, simplement, la religion ne repose pas sur des bases rationnelles, ni raisonnables (stricto sensu). Il est donc facile de manipuler une personne, surtout dès le plus jeune âge, par le biais d’une superstition, d’un ordre supérieur établi et pour lequel le recours à la raison est inefficace, car hors d’atteinte. La religion permet de tout justifier, pour peu que l’on passe pour une autorité sérieuse en celle-ci (le sérieux n’étant déterminé que par les groupies qui vous suivront). La religion – la croyance, quelle qu’elle soit – est donc un biais facile pour dominer son prochain,en ayant recours à des forces surnaturelles.
La religion elle-même n’est en soit pas importante dans le raisonnement des trafiquants. Elle n’est qu’un biais, un outil facile à manipuler. Si la religion n’existait pas, ces trafiquants auraient utilisé un autre intermédiaire (le nationalisme pour justifier l’inégalité des cultures, des races, par exemple) pour assouvir leur soif de pouvoir et de domination.

Le véritable drame d’aujourd’hui, c’est que ces trafiquants de foi, ces extrémistes politiques ont gagné. Et leur victoire est éclatante. Leur victoire réside en l’assimilation.
Aujourd’hui, on ne peut plus dire que l’on est juif sans que l’on vous assimile à la politique menée par Israël.
Aujourd’hui, on ne peut plus dire que l’on est catholique sans que l’on vous assimile à des manifestants homophobes.
Aujourd’hui, on ne peut plus dire que l’on est musulman sans que l’on vous demande de vous excuser au nom de la communauté pour les actes commis par Daesh ou Boko Haram.
Une religion est assimilée toute entière à une pensée politique à cause de ces extrémistes.

Les faussaires sont en train de gagner dans la société. Ils nourrissent la haine, une haine politique, qui se transforme et se transformera en bulletin de vote d’extrême droite. Voter ainsi, c’est leur donner raison. C’est un cercle vicieux, très bien décrit par Robert Badinter, qui se met alors en place. Un cercle vicieux de haine, d’intolérance qui nous mènera dans le mur.

Ne laissons pas gagner les trafiquants de foi. Combattons les préjugés religieux. Agissons sur leur terrain: celui de la politique et non de la religion.

 

Merci à Laurent d’avoir élargi mes interrogations sur le lien religion/politique, sur le pourquoi de la religion comme outil. =)

L’UMP dans le déni-ni

Les résultats du premier tour des législatives dans le Doubs avaient été fortement attendus, tant l’on imaginait, à juste titre, un second tour avec le parti d’extrême-droite poujadiste Front National. (il paraît que l’actuelle présidente n’aime pas que l’on décrive son parti de ce qu’il est, profitons-en pour nous éclater !) Comme plus ou moins attendu, l’UMP s’est fait balayer d’un revers de la main (droite, pendant qu’elle se dressait dans le ciel, comme à l’habitude du parti bleu sombre cité plus haut) et le second tour prévu en cette fin de semaine se déroulera, donc, entre le PS et le FN.

 

Mais c'est où, le Doubs ? (c) Wikipedia Commons

Mais c’est où, le Doubs ? (c) Wikipedia Commons

 

Comme d’habitude, l’on en attendait beaucoup de l’UMP – ou pas, tant nous sommes habitués aux bassesses et perfidies de leurs dirigeants, mais sachons être optimistes et espérons une possibilité de changement chez ces derniers – dont nous aurions pu imaginer un changement de stratégie. Il fallait être vraiment naïf après la dure ligne Buisson… (le même qui prit flamme chez Moïse, comme quoi les arbustes semblent avoir un tropisme pour toute flammèche – no metaphor intended) Comme de bien entendu, donc, le bureau national de l’UMP décida de poursuivre sur la ligne « ni FN, ni PS », pensant montrer ainsi une liberté qu’ils sont nombreux à scander, et bien peu à espérer. Notre cher et mésestimé ancien Président avait choisi le ni « ni-ni » ni Front Républicain. (je récupère l’excellente formule de Libé) En clair, pour lui, il fallait lutter contre le FN tout en laissant les électeurs s’exprimer. Ce qui semble être une évidence dans notre système démocratique – les électeurs sont libres de leur vote – et n’engage à rien. Peut-être influencé par notre Président actuel, l’Ancien avait choisi la voie du consensus mou, verbeux et, finalement, vide de tout sens. Sa posture fut désavouée et le texte prônant l’abstention ou le vote blanc a été préféré. Voilà pour un petit rappel des faits.

 

S’il n’est pas vraiment surprenant de constater la politique du « ni-ni », courante dès le RPR, déjà, dans les années 1990, il ne peut être que déplorable de constater qu’un parti se disant républicain se livre à une telle annonce. Dans un cas comme celui-ci, à savoir, s’exprimer sur la position de son parti dans le cadre d’un vote opposant un parti républicain à un second, extrémiste, qui ne l’est pas – comme démontré brillamment à de nombreuses reprises – seuls deux choix sont acceptables : donner une consigne de vote pour l’un ou l’autre (enfin, pour l’un, à moins que l’on ne se délecte de la montée d’un parti profondément raciste) ou se taire.

Pourquoi donc, me demanderez-vous, fols que vous êtes?

Donner une consigne de vote est un signe clair de la part d’un parti, d’une personnalité politique, d’un groupe associatif – que sais-je encore ? – et donc permet d’identifier les possibles évolutions idéologiques (ou non) de cette entité. Dans un cas comme celui-ci, un parti ne peut pas ne pas choisir, ne pas annoncer la couleur avant de poser ses cartes, par égard envers ses électeurs/trices et sympathisant-e-s. Il s’agit donc de l’action la plus noble que puisse tenir un parti.

Si, comme Nicolas S. le suggérait, l’on veut « laisser les électeurs s’exprimer » et donc éviter de les influencer, l’on ne se prononce pas, ou alors à titre purement personnel. Cela reste ainsi cohérent avec la posture que l’on tient, toute discutable qu’elle puisse être. Il s’agit donc, dans ce cas précis, d’un souci de cohérence plus que de courage politique. Il n’en est pas moins discutable pour l’évidente raison que faire de la politique, c’est choisir. (N’en déplaise à François H.)

En définitive, deux choix, oui, mais un seul valable. Et là encore, seul soutenir un parti républicain est un choix acceptable – à moins évidemment de vouloir en finir rapidement avec ce modèle que nous chérissons, chacun ses pulsions.

 

(c) Gallica

(c) Gallica

 

L’UMP, en choisissant de ne se positionner si pour le FN (ce qui aurait été une faute, le cas échéant) ni pour le PS, et en exhortant ses meutes à voter blanc ou s’abstenir commet une erreur impardonnable. L’appel à l’abstention est un geste violemment anti-civique, en ce sens que la Souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exprime en votant. C’est cette participation qui fonde et légitime la démocratie représentative. Pousser, encourager, inviter, inciter, conseiller, recommander, prêcher l’abstention revient à demander à tout citoyen de refuser d’user de son pouvoir de sélection, de choix, et ainsi de laisser autrui prendre les manettes et, de fait, le pouvoir. Profondément anti-civique, et anti-républicain.

De manière similaire, appeler à voter blanc est l’une des plus grandes énormités qu’il nous soit donné de voir. On peut en référer au point abordé plus haut traitant du devoir de choisir. L’on pourra toujours rétorquer que le vote blanc peut être contestataire, il n’en demeurera jamais que la triste case « ne sais pas » de tout questionnaire vite expédié. En parlant de responsabiliser les citoyens, l’on n’a rien vu de plus grand-guignolesque et absurde que de prôner, justement, le refus de choisir. Ridicule.

 

S’il est inutile de rappeler à quel point les forces de Gauche, incessamment, appellent à faire barrage aux partis anti-républicains – dont le FN (cf liens placés plus haut dans cet article) – quitte à voter pour l’UMP (eh oui) comme ce fut le cas avec un précédent président réélu avec 82% des voix au second tour de l’élection, il semble difficile à certaines droites – UMP, UDI et consorts – de se serrer les coudes face à ce qui est, disons-le clairement, une menace. On pourrait y voir une volonté de draguer les électeurs du FN tout en maintenant une allure honorable – l’emploi tautologique de « Laissons les électeurs choisir », expression plus creuse encore les cavités béantes apparues en Sibérie – montrant ainsi à quel point la déviation idéologique a eu lieu dans cette formation et l’a souillée. L’excuse consistant à ne pas « pouvoir » appeler à voter pour le PS car il serait allié au FdG, supposément extrémiste, alors que les faits sont têtus et prouvent le contraire à plusieurs reprises… Grossière erreur, mais permettant d’excuser de potentielles alliance entre droite et extrême droite (jusqu’ici encore assez conspuées, nous sommes chanceux) en reprenant le credo du « vous le faites, alors nous aussi. »

 

Puéril.

 

En fin de compte, c’est ça, qui caractérise l’attitude de l’UMP. Un parti immature, dirigés par des enfants gâtés bouffis d’orgueil. Cela en dit long sur la déliquescence de nos élites…