Foll-ie ambiante

L’image est bien choisie. L’homme remet sa veste, le regard porte sur la droite, les lèvres serrées, l’air sérieux, fort et déterminé. Le bouton de manchette ouvert témoigne d’un homme qui n’a pas peur de retrousser ses manches, de se mettre au turbin avant d’enfiler de nouveau son habit de scène, celui de l’homme d’expérience, qui a obtenu, lui, un costard en travaillant, comme pour faire écho a d’anciens propos de notre très (trop) surestime président. Le tout servi joliment par Libération, qui nous avait habitué à mieux.

Libé, version Le Foll

La couleur est annoncée fort rapidement, Stéphane le Foll n’est pas du genre à perdre son temps en tergiversations oiseuses. « Je suis là pour agir, » déclare-t-il. On imagine bien le ton, rauque et grondant, de l’ancien ministre de l’agriculture. L’action, pour Stéphane le Foll, passe par des « assises du socialisme », un concept flou, plus proche de la masturbation intellectuelle avec pince à épiler que de la Seconde Internationale. Voyez-vous, cher-e-s camarades, nous préparons le congrès d’Aubervilliers, pas celui de Paris. A chacun sa version cheap. Entre deux phrases crasseuses bourrées de lieux aussi communs que Chatelet un samedi midi, Stéphane le Foll, dont le nom ne laisse rien présager sur ses métabolismes neuronaux intrinsèques, nous enseigne que « le PS doit reprendre confiance en lui. » Il est vrai qu’avec a peine plus de 6% aux dernières élections, avec un parti désorganisé et désolidarisé du candidat Benoit Hamon, il semble parfaitement logique et rationnel que le parti ait plus de problèmes d’ego que Poil de Carotte devant sa mère.
Peu enclin a la langue de bois, notre cher ancien porte-parole ose dire la vérité vraie, véritable, et avérée (mais aussi véridique et exacte !) : « nos mots sont uses ». A force de les employer, nos sophismes aussi, et les couleuvres que les militant-e-s ont ingurgite de force ces dernières années commencent à être surannées. Sa sincérité et sa modestie sont tout a son honneur, lui qui estime que sa notoriété et son expérience permettront au parti de se redresser. Passons rapidement sur ces paroles élégantes, et tentons de ne pas nous perdre en interprétations freudiennes trop hâtives.

« La loyauté fait partie de nos valeurs socialistes. On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons. La loyauté, c’est une condition sine qua non de la réussite collective. »
Il est vrai que notre ancien ministre brille par son exemplarité et sa loyauté légendaires. Entendons, par cet adjectif, ce « qui n’existe que dans les légendes ou dans la fiction. »
Oublié, son soutien conditionnel à Benoit Hamon lors de la campagne de 2017, malgré la légitimité obtenue par le résultat des primaires. Oublié, son tropisme macroniste, pour ce parangon de la loyauté socialiste. Mais passons, cela n’est que petitesses et mesquineries. L’ancien ministre, qui, dès mai dernier affirmait vouloir « participer à la réussite [du] quinquennat [de Macron] » est loyal. Non pas la réussite pour le peuple, mais celle du gouvernement. Lorsqu’un ventre mou parle d’être « constructif », il entend vraiment « ne pas s’opposer ». L’opposition, la critique argumentée, tout cela n’est pas constructif. Piketty et ses 1000 pages ? Un vilain provocateur. La loyauté de le Foll est avant tout dans les personnes, et non dans les idées. Accordons sur un point. « On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons, » déclare-t-il, après n’avoir pas fait campagne comme son adhésion au parti l’y obligeait pourtant, après avoir défendu bec et ongles un gouvernement dont le penchant libéral a mené directement le parti a perdre sa « confiance en lui » et qui est allé jusqu’à trahir les idéaux d’écologie dont lui-même, alors ministre de l’agriculture, se prétendait le chantre.

L’écologie est d’ailleurs au cœur de son programme. Un aéroport, qu’est-ce donc face au sujet global ? lâche-t-il finalement. Il est vrai que notre brillant camarade s’y connait en écologie. Ministre de l’agriculture, il fit s’empressa d’exhorter les député-e-de ne pas voter en faveur d’une interdiction des pesticides aux néonicotinoïdes, de belles saloperies écologiques (et je pèse mes mots). Il serait un peu inélégant de ne pas rappeler les autres faits d’armes de notre inénarrable camarade. D’ailleurs, il reconnait lui-même son expérience dans le domaine. Mentionnons ainsi, en passant, la rupture de sa promesse d’interdire les dérogations accordées aux agriculteurs pour l’épandage aérien, si ce dernier présente un avantage économique pour l’agriculteur-trice. Et puis merde si les abeilles meurent, avec la montée du végétalisme, qui mange encore du miel ? Bourreau d’insectes !
Enfin, nous pourrions citer son appui fort auprès des instances européennes, avec l’Italie en tête, de reprendre les subventions à la culture du tabac. Et ceci, camarades, malgré la réticence de Dacian Cioloș, commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural, et des efforts du l’UE pour combattre le tabagisme. Mais ne nous arrêtons pas sur ces considérations vulgaires. Après tout, qui se soucie de l’écologie ? C’est un sujet global, vous dit-on.

Pas de trahisons, non plus, sur l’idéologie : peut-on vraiment reprocher à un homme qui juge que la déchéance de nationalité, « c’était une bonne décision » d’être en désaccord avec les idéaux socialistes ? Christiane Taubira, bien connue pour être une femme de droite, démissionnera en janvier 2016 suite a ce débat ignoble, qui aura fait débuter l’hémorragie militante du parti.
L’on pourrait encore passer des heures à rire sous cape des contre-vérités énoncées, sans rougir, sur le port du voile, non sujet s’il en est, mais tellement démagogique. Nous pourrions continuer à rouler des yeux cinq fois dans nos orbites jusqu’à créer un vortex infernal en voyant ses effets de manche pour tenter de reprendre le revenu universel défendu par Benoit Hamon sans accepter de le reconnaitre – et ainsi de se tromper sur la nature réelle du RU (mais peut-être l’aurait-il mieux su s’il avait fait campagne ?) Nous pourrions enfin soupirer à la seule phrase possiblement honnête de tout l’entretien, celle ou l’ancien porte-parole déclare qu’il n’y a, finalement, que peu de différence entre Olivier Faure et lui-même, sinon « l’expérience et l’incarnation. » Ajoutons a cela de belles chevilles bien enflées.

En définitive, Stéphane le Foll nous a ressorti les parfaits couplets des anciens hollandais et autre ventre mous du parti. Pas de décision cinglante, pas d’axe idéologique majeur, surtout pas de vague, en rester au maximum au statu quo, quitte à être dans un suivisme beat d’Emmanuel Macron. On nous propose, entre le Foll 2.0 et le Foll version débutant (i.e. Olivier Faure, suivez, un peu !) un socialisme de pacotille, qui passera son temps à tenter de colmater d’une main les brèches énormes qu’elle laisse passer de l’autre. Martine Aubry, ancienne figure trop taiseuse durant le dernier quinquennat, et ayant adoube le Foll pitchoune, a d’ailleurs, dans cette parfaite continuité d’inaction criante, affirme que « rose pale, c’était pas mal ». « [Le Parti Socialiste] s’est tue tout seul, et dans le précédent quinquennat, » lâche-t-elle d’ailleurs.

Et l’on voudrait poursuivre avec des héritiers du hollandisme ?

Ite, missa est.

L’UMP dans le déni-ni

Les résultats du premier tour des législatives dans le Doubs avaient été fortement attendus, tant l’on imaginait, à juste titre, un second tour avec le parti d’extrême-droite poujadiste Front National. (il paraît que l’actuelle présidente n’aime pas que l’on décrive son parti de ce qu’il est, profitons-en pour nous éclater !) Comme plus ou moins attendu, l’UMP s’est fait balayer d’un revers de la main (droite, pendant qu’elle se dressait dans le ciel, comme à l’habitude du parti bleu sombre cité plus haut) et le second tour prévu en cette fin de semaine se déroulera, donc, entre le PS et le FN.

 

Mais c'est où, le Doubs ? (c) Wikipedia Commons

Mais c’est où, le Doubs ? (c) Wikipedia Commons

 

Comme d’habitude, l’on en attendait beaucoup de l’UMP – ou pas, tant nous sommes habitués aux bassesses et perfidies de leurs dirigeants, mais sachons être optimistes et espérons une possibilité de changement chez ces derniers – dont nous aurions pu imaginer un changement de stratégie. Il fallait être vraiment naïf après la dure ligne Buisson… (le même qui prit flamme chez Moïse, comme quoi les arbustes semblent avoir un tropisme pour toute flammèche – no metaphor intended) Comme de bien entendu, donc, le bureau national de l’UMP décida de poursuivre sur la ligne « ni FN, ni PS », pensant montrer ainsi une liberté qu’ils sont nombreux à scander, et bien peu à espérer. Notre cher et mésestimé ancien Président avait choisi le ni « ni-ni » ni Front Républicain. (je récupère l’excellente formule de Libé) En clair, pour lui, il fallait lutter contre le FN tout en laissant les électeurs s’exprimer. Ce qui semble être une évidence dans notre système démocratique – les électeurs sont libres de leur vote – et n’engage à rien. Peut-être influencé par notre Président actuel, l’Ancien avait choisi la voie du consensus mou, verbeux et, finalement, vide de tout sens. Sa posture fut désavouée et le texte prônant l’abstention ou le vote blanc a été préféré. Voilà pour un petit rappel des faits.

 

S’il n’est pas vraiment surprenant de constater la politique du « ni-ni », courante dès le RPR, déjà, dans les années 1990, il ne peut être que déplorable de constater qu’un parti se disant républicain se livre à une telle annonce. Dans un cas comme celui-ci, à savoir, s’exprimer sur la position de son parti dans le cadre d’un vote opposant un parti républicain à un second, extrémiste, qui ne l’est pas – comme démontré brillamment à de nombreuses reprises – seuls deux choix sont acceptables : donner une consigne de vote pour l’un ou l’autre (enfin, pour l’un, à moins que l’on ne se délecte de la montée d’un parti profondément raciste) ou se taire.

Pourquoi donc, me demanderez-vous, fols que vous êtes?

Donner une consigne de vote est un signe clair de la part d’un parti, d’une personnalité politique, d’un groupe associatif – que sais-je encore ? – et donc permet d’identifier les possibles évolutions idéologiques (ou non) de cette entité. Dans un cas comme celui-ci, un parti ne peut pas ne pas choisir, ne pas annoncer la couleur avant de poser ses cartes, par égard envers ses électeurs/trices et sympathisant-e-s. Il s’agit donc de l’action la plus noble que puisse tenir un parti.

Si, comme Nicolas S. le suggérait, l’on veut « laisser les électeurs s’exprimer » et donc éviter de les influencer, l’on ne se prononce pas, ou alors à titre purement personnel. Cela reste ainsi cohérent avec la posture que l’on tient, toute discutable qu’elle puisse être. Il s’agit donc, dans ce cas précis, d’un souci de cohérence plus que de courage politique. Il n’en est pas moins discutable pour l’évidente raison que faire de la politique, c’est choisir. (N’en déplaise à François H.)

En définitive, deux choix, oui, mais un seul valable. Et là encore, seul soutenir un parti républicain est un choix acceptable – à moins évidemment de vouloir en finir rapidement avec ce modèle que nous chérissons, chacun ses pulsions.

 

(c) Gallica

(c) Gallica

 

L’UMP, en choisissant de ne se positionner si pour le FN (ce qui aurait été une faute, le cas échéant) ni pour le PS, et en exhortant ses meutes à voter blanc ou s’abstenir commet une erreur impardonnable. L’appel à l’abstention est un geste violemment anti-civique, en ce sens que la Souveraineté nationale appartient au peuple, qui l’exprime en votant. C’est cette participation qui fonde et légitime la démocratie représentative. Pousser, encourager, inviter, inciter, conseiller, recommander, prêcher l’abstention revient à demander à tout citoyen de refuser d’user de son pouvoir de sélection, de choix, et ainsi de laisser autrui prendre les manettes et, de fait, le pouvoir. Profondément anti-civique, et anti-républicain.

De manière similaire, appeler à voter blanc est l’une des plus grandes énormités qu’il nous soit donné de voir. On peut en référer au point abordé plus haut traitant du devoir de choisir. L’on pourra toujours rétorquer que le vote blanc peut être contestataire, il n’en demeurera jamais que la triste case « ne sais pas » de tout questionnaire vite expédié. En parlant de responsabiliser les citoyens, l’on n’a rien vu de plus grand-guignolesque et absurde que de prôner, justement, le refus de choisir. Ridicule.

 

S’il est inutile de rappeler à quel point les forces de Gauche, incessamment, appellent à faire barrage aux partis anti-républicains – dont le FN (cf liens placés plus haut dans cet article) – quitte à voter pour l’UMP (eh oui) comme ce fut le cas avec un précédent président réélu avec 82% des voix au second tour de l’élection, il semble difficile à certaines droites – UMP, UDI et consorts – de se serrer les coudes face à ce qui est, disons-le clairement, une menace. On pourrait y voir une volonté de draguer les électeurs du FN tout en maintenant une allure honorable – l’emploi tautologique de « Laissons les électeurs choisir », expression plus creuse encore les cavités béantes apparues en Sibérie – montrant ainsi à quel point la déviation idéologique a eu lieu dans cette formation et l’a souillée. L’excuse consistant à ne pas « pouvoir » appeler à voter pour le PS car il serait allié au FdG, supposément extrémiste, alors que les faits sont têtus et prouvent le contraire à plusieurs reprises… Grossière erreur, mais permettant d’excuser de potentielles alliance entre droite et extrême droite (jusqu’ici encore assez conspuées, nous sommes chanceux) en reprenant le credo du « vous le faites, alors nous aussi. »

 

Puéril.

 

En fin de compte, c’est ça, qui caractérise l’attitude de l’UMP. Un parti immature, dirigés par des enfants gâtés bouffis d’orgueil. Cela en dit long sur la déliquescence de nos élites…