Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…

Madame la Marquise

Tout va très bien !

 

Et tout le monde de respirer un grand coup !
Ouf, la vague brune (aussi brune que les résidus de fermentations intestinales, s’il vous plaît) n’est pas passée. Tout le monde respire un grand coup, l’on imagine bien le générique de fin s’achever sur un éclat de rire, alors que le soleil se couche au loin, laissant entrevoir une nuit d’amour, d’ivresse et de petits fours. Les noms défilent lentement, laissant entendre une musique envolée laissant penser un bal estival. Ajoutons lampions et accordéons, histoire de se les réapproprier, eux aussi.
Au retour des dardant rayons de Phébus, nous auront droit à un discours engagé, responsable, scandant haut et fort que « l’on a compris, il nous faut réfléchir à… tout en n’oubliant pas que… l’on a entendu le peuple » d’une part et « le peuple nous a choisi, véritable rejet de la politique… plébiscite… » d’autre part. Ce soir, nous, socialistes et autres « gens de gauche », comme on dit, nous frottons les mains, trop heureux d’être passés à côté de la catastrophe annoncée. De l’autre, tentant de tirer la couverture à eux, le FN-light, auto-proclamé « Les Républicains », sans nul doute pour faire écho au parti outre-Atlantique qui compte en son sein une somme incalculable de racistes, sexistes et xénophobes, ainsi qu’une pléthore de créationnistes sans âme, scande à qui veut l’entendre qu’il s’agit d’une déculottée pour le pouvoir en place.

Les deux ont, hélas, raison. Nous avons évité le pire, l’on peut souffler. Pas se satisfaire de ne pas avoir été éliminé aussi violemment que craint. L’on peut aussi voir ce soufflet comme une critique, c’en est évidemment une, de la politique gouvernementale, cacophonique, instable, néo-libérale et, depuis les attentats du mois dernier, franchement dangereuse. (et c’est un socialiste qui vous parle) A présent que les échéances sont passées, l’on va se rendormir sur ses lauriers, chacun continuant à tirer sur le gros parti opposé, comme si de rien n’était, oubliant la puanteur des vomissures morbides du parti héréditaire des anciens de l’OAS. Comme tout enfant faisant le ménage alors que ses parents n’observe pas, les déchets seront cachés sous le tapis pour ressortir plus tard. On oublie, on oubliera. On oublie toujours. Et surtout, on s’en fout.
Au milieu, entre les auto-congratulations des uns et des autres, resteront là les citoyens abstentionnistes qui, déjà blasés, s’apercevront que les excitations et affolements sont purement passagers. Qu’on ne s’intéresse à eux que lorsque les échéances sont proches.

Ne nous méprenons pas, l’excuse habituelle du « je refuse de justifier un système politique que je récuse » ne fonctionne pas, et ce surtout dans la mesure où nous avons le choix de voter pour des personnes pouvant proposer un changement, où nos pouvons enclencher le changement (par le biais de pétitions) et même nous présenter pour proposer ce changement. L’excuse ne cache qu’une paresse bien souvent intellectuelle liée à l’incapacité de bien trop nombreux citoyens de ne pas accepter l’idée que le vote politique ne s’agit en rien de désigner la personne qui nous convient intégralement, mais qu’il nous faut, aussi, accepter certaines concessions. Cela s’appelle faire des compromis. Dans un monde ultra-égocentrique, il est évident que ce modèle échoue.

Quand bien même. Si le citoyen se désintéresse du politique, c’est au politique, c’est même à LA politique d’aller au citoyen. (non, pas comme la vache va au taureau, tout de même, quoi que cela puisse être fécond, de la même manière) Mais non, l’on reste chacun entre soi, en refusant de discuter. Alors ces déçus s’entêteront dans la légitimation et la justification égocentrique de leur refus de participation à la vie citoyenne, usant de ce spectacle affligeant pour s’embourber un peu plus dans une passivité néfaste. Et laisseront le champ libre à l’extrême droite la plus nauséabonde qui soit. Et ils s’en laveront les mains comme nous nous en lavons à présent les mains, par simple effet miroir. Quoi de plus évident que des citoyens mimant leurs politiques et un monde politique à l’image de ses citoyens ?
Alors l’on se réveillera à nouveau en avril 2017, nous pousserons de nouveau des cris d’orfraie, courant çà et là comme des poules sans tête, à glapir à qui veut l’entendre que nous ignorions tout et que nous ne comprenons pas, mais comprendrons certainement une fois que les citoyens auront voté pour nous.

Mais avec un peu de chance, nous aurons changé le nom de notre parti.

Tout va très bien.