Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

Laïcité AAA

A trop écouter les échos actuels du monde politique, l’on finit par se demander ce que la loi de 1905 prônant la séparation de l’Eglise et de l’Etat  devait contenir. Devenue le bastion des conservateurs les plus farouches, la notion même de laïcité a été dénaturée et est utilisée à tout-va comme un rempart, visant de manière préférentielle les « autres ». Présentée comme la véritable défense républicaine à toute atteinte religieuse, force est de constater qu’en plus d’être très sélective, elle porte des armes qu’elle n’a normalement pas.

 

Tout d’abord, et ce afin de nous mettre d’accord, la loi du 9 décembre 1905 reconnaît à chacun-e le droit de croire en ce qu’il/elle veut : Elohim, Allah, Dieu, Vishnu, Odin, Amaterasu ou Monstre Spaghetti, toute personne est libre de diriger sa croyance vers l’objet (ou le sujet immatériel, afin de plaire aux théistes qui nous liront) de son choix. L’article 2 est le plus violent, en ceci qu’il s’agit de l’article qui enterrine, finalement, le divorce unilatéral entre religion et Etat. L’article le stipule parfaitement : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » L’on pourra parfaitement, ainsi donc, considérer qu’un-e élu-e du peuple brandissant un livre religieux dans l’enceinte du pouvoir est ainsi une violation extrême de ce principe. Cependant, porter un vêtement religieux dans la rue n’est, ainsi que l’avait démontré l’excellent Aristide Briand (page 989), pas à l’encontre de la loi, qui laisse à tout un chacun la liberté de culte, ainsi que celle (« Dieu merci ! ») d’habillage.

Le problème que l’on rencontre alors est un problème profondément culturel. Certaines personnalités politiques, majoritairement conservatrices (notre Premier Ministre actuel en fait partie intégrante), tentent en effet de faire coller le devoir légal – la laïcité – à leurs tropismes d’Ancien Régime, prônant de nouveau une religion d’Etat. Ne rions pas, camarades, la farce est assez mauvaise. A cela s’ajoute la peur, la haine, l’incompréhension – les premières étant issues de la dernière – qui rythment notre société. Les populations immigrées, ou issues de l’immigration, ou encore issues d’issues de… (vous avez compris) sont toujours les premières à être montrées du doigt. Atavisme propre à Sapiens Sapiens ou construction sociale, nous ne trancherons pas, cette habitude a, après avoir discriminé des groupes entiers de populations selon leur couleur de peau, leur langue, leurs simples origines, leurs ethnies, repris un ancien chemin, celui de la discrimination par la religion. Le Moyen-Âge, et cela est vrai à l’échelle des temps géologique, n’est pas loin. Ainsi, afin d’isoler, une fois encore, une minorité que d’aucuns trouvent un peu trop visible, la meilleure parade reste de se cacher derrière la laïcité, en brandissant le mot comme un trophée, mais en ayant pris soin de vider la bête auparavant, de peur que l’on ne s’aperçoive du subterfuge. L’épisode immonde des interdictions au burkini cet été en sont un exemple flagrant. Nous ne nous étendrons pas sur cette polémique inutile et imbécile, amplifiée par des médias tout aussi incompétents et scatophages. Nous ne ferons que saluer l’intelligence de l’ONU et du Conseil d’Etat sur le sujet.

Cette laïcité telle que brandie est d’ailleurs toute relative, car les personnes la brandissant comme une excuse, selon précédemment, ne réclament jamais sont application face au paradoxal cas du concordat d’Alsace-Moselle. Je laisse cela ici.

 

La réflexion qui se pose à présent est celle de la nature même de la laïcité. Souvent, trop souvent, nous entendons dire que le combat se joue en France entre « laïcards » et « croyants ». Rien ne serait plus faux. L’Etat se trouve être laïcard. Le combat n’existe donc que pour quiconque n’a toujours pas digéré la séparation nette d’avec la Religion [1]. Cela permet aussi de faire un amalgame entre laïcité, athéisme, et anticléricalisme. Si les deux premiers sont intimement liés (nous l’allons voir, c’est le sujet de cet article) le dernier est une technique de déshonneur par association assez aisée – et fallacieuse.

La laïcité, nous l’avons vu plus haut, est un programme politique permettant à l’Etat de faire abstraction de toute religion, ou principe religieux. L’Etat ne reconnaît ainsi aucune entité supra-, para-normale ou surnaturelle, immanente et transcendante, qui régirait le monde, l’univers, et bien évidemment, 42. Ce même programme politique prévient aussi l’Etat de s’immiscer dans les questions d’ordre religieux : ce n’est en effet pas là le rôle de nos institutions.

L’athéisme est une posture intellectuelle des plus intéressantes, et des plus incomprises. Très souvent confondu avec l’antithéisme, qui est le rejet de tout théisme (étymologie niveau maternelle), l’athéisme refuse d’accepter l’existence d’une entité supra-, para-normale ou surnaturelle, immanente et transcendante, qui régirait le monde, l’univers, et bien évidemment, 42. Nous nous répétons quelque peu, parfois. L’athéisme, refusant ainsi la fondation religieuse (je fais rapide), repose sur un principe simple : celui de l’humanisme. Il n’est pas surprenant, ainsi, que les sceptiques et autres rationalistes fussent athées.

La superposition des deux concepts nous montre des convergences énormes. L’athéisme rejette l’idée de transcendance divine dans son monde, et plus particulièrement dans son éthique, ou ses règles de conduite. La laïcité élimine de la même manière toute intrusion de cette même transcendance dans le fonctionnement interne de l’Etat. Les personnes croyantes sont ainsi invitées à ne pas faire de prosélytisme dans le cadre de leurs fonctions, fort logiquement. La réflexion se fonde alors sur des éléments concrets plutôt que sur « Dieu a dit que ».

Ainsi, il est évident que la laïcité, fût-elle « à la française » ou non, est forcément un athéisme profond, car elle se trouve dégagée de tout théisme, de toute religion. Voilà déjà le premier A.

 

Partant de là, la question de la religion se doit d’être résolue. J’entends déjà les hordes de néo-cons(ervateurs, voyons, je suis un garçon poli) se précipiter et hurler au stalinisme en me voyant brandir un athéisme politique, que j’appellerai bien volontiers « nouvel athéisme d’Etat ». Pour pouvoir ne pas tomber dans l’extrême que fut la doctrine de déchristianisation après la Révolution Française, ou bien mêmes ceux qui furent implémentés en URSS et en Chine, il convient de bien affirmer la différence essentielle qu’a l’athéisme reconnu dans la laïcité : la non-reconnaissance de théisme(s), et non l’antithéisme (que furent ces politiques passées). Pour cela, la réflexion se porte forcément sur le fonctionnement de l’Etat. Nous l’avons dit plus haut, les institutions doivent (dans le meilleur des mondes possibles) fonctionner selon des faits, des arguments concrets. En raison de la nature immatérielle et très volatile des différentes divinités que l’Histoire a eu le délice de coller au postérieur, cette question ne peut obtenir de réponse claire. La laïcité est donc un athéisme, certes, mais un athéisme agnostique. La juxtaposition des termes peut prêter à rire, mais l’excellent Richard Dawkins [2].

 

 

Là, nous ne parlons de rien d’autre que du scepticisme précédemment évoqué.

 

 

[1] Avec un grand « R », cela rend le concept plus général et plus formel. De plus, cela donne l’impression de dire des choses intelligentes.

[2] Qu’il faut à tout prix lire, les gens ! Non seulement son Selfish Gene est si bien écrit que le lire est un régal, mais l’on apprend énormément sur la biologie génétique. Et je ne parle même pas de The God Delusion, qui présente de manière carrée, construite et argumentée le cas de l’athéisme.

 

 

Blogue LPA no 21 : Laïcité et athéisme

https://blogs.mediapart.fr/yvon-quiniou/blog/190516/la-laicite-arme-de-latheisme

http://www.lemondedesreligions.fr/entretiens/la-laicite-en-france-un-atheisme-d-etat-30-01-2012-2207_111.php

Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Aftermath

Je n’aime pas réagir à chaud. Notez, je n’aime pas, habituellement, utiliser « je », trop narcissique, dans les articles de ce blog. Aujourd’hui, je m’en fous, j’ose. Parce que nous le savons, les cons… Je ne vais pas revenir sur les attentats du 13 novembre dernier qui ont, à l’heure actuelle, massacré 132 personnes et en ont laissé une centaine blessés, dans un état plus mort que vivant. Le temps est au deuil, ce qui signifie que le temps est, évidemment, à la réflexion.

Ce qui me fait réagir, aujourd’hui, n’est pas l’horreur de cette attaque, du même niveau que le massacre perpétré à Beyrouth, que l’attentat à Ankara, que l’écrasement de l’A321 russe au-dessus du Sinaï. Ce qui est révulsant est une sorte de réaction qui commence, petit à petit, à monter. Nous sommes tous choqués, moi le premier, pourtant isolé dans ma profonde campagne britannique. L’incompréhension, la douleur face à un tel déchaînement de violence nous laisse pantois, hagards et accablés. Cela sont des réactions normales, naturelles, et saines. Ce qui ne l’est pas est la volonté de vengeance qui se dessine peu à peu.

Je passerai outre les réactions immédiates de certaines personnalités politiques, de France comme d’ailleurs, qui ont immédiatement réagi pour tirer à eux la couverture. Ces personnes n’ont eu qu’une envie, utiliser une boucherie pour faire valoir une idéologie aussi vomitive que celles de ceux qui ont commis ces actes inhumains.

Première atrocité, une manifestation de crânes rasés en Bretagne a passé à tabac (oui, tabassé) un homme sous prétexte qu’il était « d’origine maghrébine ». Comme si l’origine faisait de nous ce que nous sommes. « Il est, paraît-il, des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril. » (Jacques Brel) Nous revoilà partis dans une chasse aux sorcières en guise de représailles, le sang appelant le sang, nous voulons à tout prix trouver un coupable pour faire justice nous-mêmes. Ou la définition du lynchage. Dans l’après-guerre, on rasait bien les femmes. [1]

Tout à trac, notre réponse est de bombarder immédiatement un campement de Daesh en Syrie. Bien évidemment, il FAUT une réponse. Il faut montrer qu’un pays ne peut se laisser intimider par une poignée de fous furieux envieux de faire régner la terreur. Ce qui laisse interrogateur est en revanche les moyens, adaptés à une guerre conventionnelle. Que peut-il se passer ? Étonnamment, Dominique de Villepin, interrogé à ce sujet, a eu une réponse claire et argumentée sur le sujet. (voir vidéo ci-après) Une telle réponse ne fait, en réalité, qu’aider les terroristes dans leur volonté de se légitimer. Une violence telle ne risque en effet que de créer une impression de haine venant de nous à l’égard de populations qui sont DEJA les victimes de ces mêmes terroristes, et donc de gonfler leurs rangs. Il n’est ainsi pas surprenant que les attaques perpétrées par les Etats-Unis et alliés après le 11 septembre aient à ce point encouragé la création de cet organe terroriste, l’ayant violemment attisé.

« Il faut être capable d’employer les moyens de l’esprit, » dit-il. Ce genre de réaction est inefficace. L’Histoire récente nous l’a montré, et il devient donc inutile et contre-productif, si l’on souhaite éteindre ce terrorisme. Oublier à quel point la propagande, ou simplement les images, agissent là-bas est se méprendre de combat. Nous deviendrons indubitablement les mauvais, les « méchants », pour reprendre un terme foutrement manichéen qui a été utilisé à qui mieux mieux depuis vendredi soir.

Cette analyse a été très intelligemment reprise par Jean-Luc Mélenchon qui, interrogé chez Laurent Ruquier, a mis le doigt sur ce qui été dit plus haut : cette méthode est inefficace et ne fait qu’aider, au final, ce force invisible qu’est le terrorisme. A cela s’ajoute le fait que le but des terroristes est de diviser la société que nous avons. Si nous arrivons à trouver notre bouc émissaire, ce qui a commencé, nous les laissons gagner. Si nous arrivons à écraser une communauté, en raison de sa religion, en faisant passer cela un quelconque « principe de précaution » (nous allons certainement entendre des choses similaires de la part de nos crânes rasés et de ceux qui les soutiennent sans le dire dans les jours prochains, je suis prêt, hélas, à le parier), nous réussirons à isoler une minorité déjà défavorisée et la laisserons tomber aux mains des meurtriers qui y trouveront un terreau fertile. Hélas, l’on a trop tendance à oublier les causes sociales qui mènent à la violence.


Ce qui est effarant est que cette analyse avait été formulée, plus d’un an déjà, par Jean-Pierre Filiu, professeur en histoire du Moyen-Orient à Sicences Po, qui a été répété récemment. « Ce qu’ils veulent, ce sont des représailles. Ce qu’ils veulent c’est qu’aujourd’hui à Paris et en France on tue des musulmans en représailles. Ils veulent la guerre civile en France, » analyse-t-il. L’écrivain David Van Reybrouck a eu raison, ainsi, de critiquer la réaction du président François hollande qui a parlé de « guerre ». Nous sommes tombé dans le même piège de la volonté de représailles que pour laquelle nous avions critiqué le gouvernement américain il y a 14 ans.

Il faut, à présent, un discours de paix. Un discours de paix qui n’oublie évidemment pas l’attaque, et qui sache pour autant tout mettre en oeuvre pour se prémunir d’éventuelles futures attaques. Cela est une évidence.

Mais la réaction est la même : nos charognards commencent à hurler, que dis-je, gueuler contre l’ouverture de nos frontières, allant jusqu’à proposer un retour à l’avant Schengen, sous prétexte qu’un des suspects serait entré par la Grèce il y a quelques semaines de cela. N’y a-t-il donc aucune autre alternative ? Si, celle de l’unité. Celle qui nous fait défaut, celle qui va à l’encontre de notre réaction habituelle de nous recroqueviller en position fœtale, celle de travailler, plus fortement encore, avec nos alliés, avec nos partenaires, avec nos amis. Nous avons à présent l’insigne opportunité d’avoir une Europe plus unie, d’obtenir une Europe politique qui puisse être une véritable réponse à ce type d’attaque. L’union de la défense est un point, un seul parmi d’autres, sur lequel nous devrions jouer. Plus de collaboration entre nous-mêmes. Plutôt que de nous refermer, ouvrons-nous et travaillons ensemble. Va-t-on me taxer d’utopiste ? Bah, l’utopie n’est rien d’autre qu’un concept non encore réalisé.

Cette réalité qui devrait être avait pourtant été exprimée par François Hollande dans son annonce initiale, en refusant tout pathos et appelant à ne pas céder à la peur. Restons-en à cela. Continuons d’être ce que nous sommes, des peuples variés, vivant et aimant.

Cela signifie donc ne pas demander des représailles, mais la justice. Ne pas se féliciter du fait que des bombes américaines portent « From Paris with love », faisant, dans ma petite tête de scientifique inculte, une méchante référence à un ancien Necessary Evil qui fit partie du trio qui lâcha en 1945 une triste bombe. [2] Ne pas se laisser aller au lynchage, conséquence néfaste du populisme et la stupidité humaine.

Sur une note plus personnelle, « Pray for Paris » montre une empathie que l’on ne peut qu’apprécier. En revanche, vu les circonstances, je pense que la réflexion peut, une fois encore, se passer de tout commentaire religieux. « Und ich dank’ es dem lieben Gott tausendmal, dass er mich zum Atheisten hat werden lassen. » (Georg Christoph Lichtenberg)

 

En cette période, sachons faire le deuil, avec la pudeur et le respect qui sont de mise pour toute les victimes. Et cela passe par le respect de leur intelligence, de ce qu’ils représentent, en majorité des jeunes, « branchés » (ou non), ayant envie de vivre plutôt que de survivre. Cela seulement pourra nous aider à vivre en paix, et à respecter leurs mémoires.

 

toujours pas peur

Toujours pas peur. Vivons, sortons, buvons et forniquons. La paix arrivera seulement ainsi.

 

[1] Oui, je sais, la comparaison est exagérée, car, à cette époque, il s’agissait AUSSI de redorer son blason après un retournement de veste, ou lorsque le débarquement avait donné du courage aux plus audacieux. La démarche intellectuelle est la même.
[2] « Oh mon Dieu, il ose ! » Oui, je l’ai dit, déjà, on ose tout. Même logique que précédemment.

Interview mit Hit Radio FFH

Le soir même de l’attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier (2015, pour celles et ceux qui liraient cet article en 2354, si tant est que ce blog existe encore), je me vis proposer l’insigne honneur de me faire interroger par une chaîne de radio allemande, FFH (« Funk und Fernsehen Hessen » – soit « Funk et Télévision Hesse ») le lendemain matin.

 

Je vous mets, dans un élan de narcissisme profond, le passage que les journalistes m’ont gentiment envoyé. Passons sur la voix endormie et malade, ainsi que sur les fautes de grammaire bien existantes, il était 6h30 à mon compteur… (la qualité des réponse va de pair, ce n’est pas du Chateaubriand, et l’on s’en tape un peu le coquillard)

C’est donc 2 minutes en compagnie de Julia et Daniel que j’ai passées à bavasser.[1]

 

 

Transcription

Daniel : Il est 7 heures 37, bonjour. Il peut sembler incroyable, comme idée, que de se trouver à son poste de travail travail et, d’un coup, des hommes viennent soudain nous tirer dessus. C’est pourtant ce qui est arrivé hier à Paris au siège du journal satirique Charlie Hebdo. La France est en état de choc. Douze personnes sont mortes mitraillées.

Julia : Un des premiers suspects s’est rendu le soir même, mais les deux autres sont toujours en fuite. Paris a déclaré l’état d’alerte terroriste maximal pour les grands magasins, les églises, la protection du métro a été renforcée et les voyages scolaires sont interdits jusqu’à nouvel ordre.

Daniel : Néanmoins, hier, ce ne sont quelques dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées à Paris en souriant. LM, doctorant à Paris, tu étais au regroupement le plus important, Place de la République. Comment as-tu vécu cela, ainsi que tes amis ? Quelle expérience cela a-t-il été ?

Lau : C’était incroyable parce que, généralement, ces rassemblements sont très agités, mais hier, tout était très calme. On pouvait voir des pancartes avec écrit « je suis charlie » – « Ich bin charlie » – un peu partout. Il y avait même des petites bougies qui avaient été placées au pied de la statue. Oui, c’était… respectueux.

Julia : Laurent, comment ça se passe pour toi et les autres gens là-dessus ?  Je peux imaginer qu’il y a énormément d’émotions… est-ce la peur, peut-être majoritairement, ou la tristesse, la colère… Peut-être un choc. Qu’en est-il ?

Lau : Alors, je ne dirais pas de la peur. J’ai l’impression que, bien sûr, il a de la tristesse que l’on garde le deuil. Mais ce j’ai vu, ce sont des gens déterminées, des gens qui veulent montrer aux terroristes qu’ils n’ont pas gagné. En fait, la raison pour laquelle on était au rassemblement hier était de montrer que nous n’avions pas peur. Et que nous étions unis.

Julia : Y a-t-il encore ce sentiment était encore là, ce matin à Paris ? … Quelle est la situation actuelle dans la ville?

Lau : Ce matin … Je n’ai lu les nouvelles que sur Le Monde… et quelques autres journaux. Je dirais que la plupart des gens ressentent encore cela.

Julia : OK.

Daniel : Wow. Paris se tient donc unie en cette heure difficile et nous pouvons dire aussi, de l’Allemagne, de Hesse, que ce matin, nous pensons à vous et nos cœurs vous rejoignent chez vous, à Paris.

Lau : Merci beaucoup.

 

Palpitant, donc.

 

 

[1]  A noter qu’ils se sont plantés, je ne suis quand même plus doctorant… (merde quoi !)