Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

L’envie de Gauche

La force de notre parti est, à n’en pas douter, la multiplicité de nos courants. Contrairement aux autres grands partis de ce pays, aucun autre ne peut se targuer d’avoir autant de discussions internes aussi fortes. Le PS représente des gauches, mais aucune n’est irréconciliable avec une autre.

 

Cliquez pour lire les propositions

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Passées ces considérations générales un peu naïves, force nous est de reconnaître une chose : Benoît Hamon a remporté la primaire de la BAP, un peu contre tous les pronostics qui ont été faits – et je m’en réjouis. La déception de certain-e-s d’entre nous de ne pas avoir vu leur-e candidat-e gagner est inhérente à des élections. Pour reprendre un slogan employé par la Française des jeux il fut un temps : « C’est le jeu, ma pauvre Lucette. » Si nous nous reconnaissons socialistes, il nous appartient de soutenir le candidat durant cette campagne. On ne peut pas changer de règles durant la partie, ou du moins pas honnêtement.

Il faudrait, toutefois, tâcher de discuter intelligemment, sans avoir à jouer la carte du pragmatisme, mot à la mode mais qui est devenu dénué de sens. Qu’est-ce que le pragmatisme, sinon s’adapter à la réalité, privilégiant l’observation des faits à aux errements d’idées ? Mais le candidat Hamon, par son programme, est pragmatique, dans la directe lignée de Pierce, suivant une ligne (j’ose !) « scientifique et réaliste ». L’échec des politiques mises en place, notamment par les différents gouvernements sous François Hollande, devraient nous pousser à accepter ces erreurs, à voir que ces politiques nationales comme européennes n’ont été qu’un vaste échec. Le clou est enfoncé par Thomas Piketty qui affirme : « A l’inverse des options fiscales et budgétaires retenues depuis 2012, et en particulier de cette inefficace usine à gaz qu’est le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Sans parler de l’exonération des heures supplémentaires, que même la droite a abandonnée et que Manuel Valls voudrait recycler aujourd’hui. » [1] Voilà, d’une part, qui permet de cocher la case du réalisme du candidat de notre famille politique pour les élections prochaines, tout en mettant en défaut le réalisme affiché de certains. Cet échec doit évidemment être contrebalancé par des propositions variées, d’autres modèles, d’autres hypothèses, pour finalement les tester. Le revenu universel, critiqué par la droite de notre parti et de notre paysage politique, en est la manifestation la plus claire : une proposition nouvelle, une hypothèse valable (et soutenue par un certain nombre d’études – ne prouvant pas son efficacité a priori, mais laissant entendre qu’il est rationnel de la tester).[2] Voilà pour la partie scientifique (méthode scientifique 1.0 – on peut en discuter quand on veut).

En regardant donc de plus près, on peut très facilement arguer du fait que n’est pas pragmatique qui veut, les faits le montrent très aisément. Truisme peut-être évident…

Le débat est donc intéressant, et a eu lieu lors de la primaire. Non qu’il ne faille le taire, mais l’heure est avant toute chose au rassemblement du parti, de nos partis amis et alliés, derrière une candidature qui sera ainsi bénéfique non seulement au peuple français, mais, espérons-le, auprès de nos concitoyens européens (le terme concitoyen est certes inexact à l’heure actuelle, mais c’est un idéal personnel, excusez du peu). L’on ne peut plus se permettre une débâcle similaire à celle de 2007, avec un parti peu enclin à faire campagne et un-e candidat-e laissé-e seul-e au front.

 
 
D’où le second point, découlant du premier de manière assez naturelle.

Les différentes défections récentes de la part de la cour proche de notre ancien Premier Ministre, je pense à Gilles Savary, Alain Calmette, Marc Goua, rejoignant les rangs de Richard Ferrand, Christophe Castaner, Pascal Terrasse, Arnaud Leroy… tous députés, élus via la machine qu’est le PS, ne font pas honneur à leurs engagement, pas plus que Gérard Collomb, Jean-Claude Boulard, sénateurs, qui ont eux aussi apprécié le parti et n’ont pas boudé leur plaisir tant que le parti leur offrait une possibilité d’accéder aux ors de la République.[3] On peut avoir le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière.

Parfois, il semble que défection s’écrit mieux avec un « a ».

 

« Bon appétit, messieurs ! –Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
 » (Victor Hugo, Ruy Blas, Acte III, Scène 2)

Les raisons données par ces déserteurs furent nombreuses, permettant à tous ces élus de résoudre leur dissonance cognitive de la meilleure manière qui soit. « On veut être clairs vis-à-vis de nos électeurs : on a défendu auprès d’eux le CICE, la politique de l’offre, la loi travail… on ne peut pas faire campagne pour le contraire ensuite. » (Savary) C’est tout l’inverse pourtant qu’il faudrait expliquer, le pourquoi, le comment, d’un vote indigent, opposé en tout point aux valeurs qui nous ont mis au pouvoir en 2012, celles qui ont sous-tendu l’élection de François Hollande.

Devrait-on rappeler à ces élus qu’ils n’ont eu de cesse de de tourner le dos au projet socialiste de 2012, eux qui ont soutenu les lois Macron/El-Khomri d’inspiration néo-libérale en 2015 (on ne va pas refaire le débat), et la déchéance de nationalité ? Ces mêmes élus, légitimistes auto-proclamés, n’ont ainsi pas peur de rejeter la pourtant très palpable légitimité du candidat choisi par les urnes à la primaire, incapables de comprendre le rejet systématiques des électeurs et électrices qui ont jugé leurs reculs systématiques, et les ont condamnés sans répit aux élections municipales, européennes, territoriales et régionales. Quelle légitimité clamer, lorsque l’on rejoint un candidat qui, nourri initialement par le parti au sein du gouvernement Valls II, fait cavalier seul, s’abolissant du choix des militant-e-s, soutenu qu’il est par toute un monde financier peu épris de progrès social, et même qualifié de « déserteur » par l’ancien premier ministre Manuel Valls ?

Ces déserteurs se déclarant socialistes se prennent au piège de leur dissonance. Notons-le, Emmanuel Macron n’est pas socialiste, lui qui vantait la chance que les Britanniques avaient eu d’avoir Margaret Thatcher et qui prônait le libéralisme comme valeur de gauche (au sens saint-simonien, potentiellement, ses actions ne corroborent guère).[4]

 

« Monsieur le duc, – au nom de tous les deux, – voici
Notre démission de notre emploi.
 » (ibid.)

La conséquence logique de cet engagement auprès d’un candidat non soutenu par le parti auquel l’on appartient aurait dû faire venir cette réaction de manière immédiate. Nos statuts sont suffisamment clairs sur le sujet (de mémoire, Articles 1.2.3. et 5.1.7. des status et 1.2.3. du règlement intérieur). Rejoindre un parti signifie en accepter les règles.

De manière intéressante, si quelques élus partent, la confiance en notre parti semble s’être requinquée depuis 10 jours, où le candidat socialiste est passé de 8% dans les sondages à 18% d’intention de vote au premier tour en fin de semaine dernière. Peut-être est-ce dix de gagnés pour un de perdu ? (l’on pourra évidemment critiquer ce propos qui s’appuie sur la faible fiabilité de sondages)

 

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos. Être socialiste n’est pas un gage de valeur (au sens : bon ou mauvais) mais d’obédience politique. Il n’y a aucun mal à ne pas l’être, mais le prétendre est au pire erroné, au mieux fallacieux.

Le courant qui décrirait mieux ce nouveau centre qui semble apparaître fortement à présent est certainement le libertarianisme. La politique de Macron, du reste, propose cette vision « hors du clivage gauche-droite » en proposant un modèle où libéralisme économique et libertés individuelles (au sens libéral) sont assurées – à la manière d’un David Nolan (fondateur du parti libertarien américain). La seule différence avec son collègue états-unien étant la substistance d’un Etat assez minimal, vision minarchique du libertarianisme.

Mais le libertarianisme n’est pas un socialisme, pas plus qu’il n’est un libéral-conservatisme (comme LR). Il n’est, de plus, pas la social-démocratie, dont la définition reste pour le moins élastique (Bebel ? Luxemburg ? Brandt ? Rocard ? Schröder ?). Peut-être le blairisme est-il la meilleure définition de ce libertarianisme – « social-libéralisme » – à l’européenne… (question ouverte)

 

Pour finir (enfin, après un si long pâté), il reste à voir la vision de la société que l’on veut. Les électeurs-trices ont décidé de notre ligne après les primaires. L’ancien Premier Ministre dit serrer les rangs, c’est tout à son honneur.

En 2011, malgré des réserves sur le candidat sorti des primaires, nous avons fait bloc et nous avons gagné. Notre ligne propre ne gagne pas nécessairement toujours, mais nous avons tous beaucoup en commun. Bref, débattons bien, débattons vite, mais ne nous débattons pas ! Les droites, traînant leurs casseroles, sont aux abois, à nous de prouver que nous sommes capables de proposer la seule alternative valable.

 

 

 

[1] A lire sur son blog

[2] Soutenu par nombre d’économistes – qui s’y connaissent mieux dans leur domaine que votre dévoué

[3] En anglais, on dit « Name and shame » . A chacun-e ses responsabilités et engagements.

[4] Florilège : http://www.regards.fr/web/article/emmanuel-macron-en-flagrant-delithttp://www.lemonde.fr/festival/article/2015/09/27/emmanuel-macron-le-liberalisme-est-une-valeur-de-la-gauche_4774133_4415198.html

Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Sans chemise, sans pantalon

Octobre revient, avec son lot de tristitude automnale, de rentrées scolaires, de guerres, de lois qui ne viendront jamais, ses feuilles rouille et feu, ses nouvelles émissions télévisées et son lot d’immondices.

 

A poil !

Let’s get naked, babe

 

Après avoir traversé un mois de septembre pourtant agréable, nonobstant les éructations vulgaires, crasseuses et nauséabondes de certaines personnalités politiques – pas de lien pour cela, nous parlons déjà de caca, nous n’allons pas non plus vous permettre d’assouvir votre voyeurisme dégoulinant. Si vous avez manqué l’épisode, ne vous en faites pas, vous n’avez, en réalité, rien manqué du tout, bien au contraire.

 

Topless

 

Un an après la grosse grève des pilotes de l’an dernier, quasiment jour pour jour, voici que, me levant de petit matin, chanceux que je suis de ne pas avoir la télévision dans mon petit pied-à-terre en Albion, que ne m’aperçois-je pas de la récurrence, répétition, redondance quasi pléonastique (je m’emporte) des Unes de ce jour. tournant autour d’une sombre affaire de vêtement déchiré. Peu à jour en termes de mode, excusez du peu, que ne m’empressais-je donc de lire ces nouvelles, pensant avoir vu là un renouveau de l’excellent Full Monty. Après tout, outre la presse française, nos amis du Telegraph, du Financial Times, de Bloomberg… s’empressent de reprendre en chœur le refrain de la condamnation de la violence faite à un cadre d’Air France qui s’est vu houspillé, alpagué, et malmené. Xavier Broseta, DRH de la société, et Pierre Plissonier, directeur d’Air France Orly, ont été « violemment pris à partie par des salariés », nous raconte le HuffPost.

Fort bien.

L’image tourne en boucle, nous montrant, ainsi, un homme seul – deux, excusez du peu – poursuivi par une foule en délire. L’on imagine, rêveurs que nous sommes, la créature de Frankenstein chassée par ces villageois en raison de sa laideur, pourtant n’ayant qu’une envie, se lier avec les Hommes. L’on revoit Peter Lorre hoquetant face à la pègre assemblée face à lui, vomissant ses démons et près d’être déchiqueté par les mafieux. L’on entraperçoit peut-être, encore, Ratchett (possiblement ?) poignardé par tous les voyageurs du train somptueux reliant Istanbul à Londres. Pourrait-on, encore, imaginer Tannhäuser entouré des chevaliers de la Wartburg, à un souffle de la mise à mort, sauvé uniquement par Elisabeth ?

On le peut, tant le parallèle est proche. Il ne s’agit pas, ici, comprenons-nous bien, de légitimer une action de violence, quelle qu’elle soit. Sachons en revanche, entre personnes douées du strict minimum de raison critique, faire la part des choses. Si la prise à partie de deux personnes par un groupe plus nombreux, et donc plus fort, est critiquable, il n’en demeure pas moins un fait parfaitement rationnellement explicable. Lors de la journée du 5 octobre 2015, la direction d’Air France a annoncé la suppression de 2900 postes, 300 de pilotes, 900 de PNC (hôtesses et stewards) et 1700 de personnels au sol, comme il avait déjà été expliqué. Une violence faite à ces 2900 personnes dont les métiers vont être supprimés et donc les vies chamboulées. Certes, j’ose imaginer que celles et ceux, pilotes surtout (ceux qui avaient fait grève l’an dernier pour refuser de travailler autant que leurs collègues non pilotes, soit dit en passant), qui gagnent bien leur vie auront moins de difficultés que les autres à se relever. Il n’empêche. La défense de l’emploi doit se faire, il me semble, sans discrimination basée sur le salaire. S’il est plus urgent de veiller à ce que les personnes aux salaires plus faibles ne soient pas renvoyées (car la situation serait immédiatement intenable, comparée à celle que subiraient celles et ceux ayant plus d’argent) il s’agit d’une différenciation assez inique, car il existerait de bons et mauvais salariés, certains qu’il serait juste d’aider et d’autres non.

Oublions un peu l’égoïsme passé des pilotes qui ont, somme toute, précipité un peu plus leur entreprise à prendre cette décision, passons outre sur leur violence à eux, individualistes, faite à  leurs collègues, par un mépris de classe hors du commun. Tentons de dépasser cela. Ou du moins, un fois que nous avons fait ce constat, d’en faire un second.

Que dire de la violence insigne faite à ces près de 3000 salariés ? Que dire de cette massue, de cette masse d’arme, de cette étoile du matin qui s’écrase ainsi sur les têtes de ces milliers de personnes et, par extension, de leur famille ? Oublions-les, les pauvres ne sont pas télégéniques, nos médias veulent des victimes, des vraies, et les victimes ne peuvent être plurielles, elle doivent être individuelles, bien habillées, et sentir bon le thym et le romarin. Et de préférence être en haut de l’échelle ou de la chaîne alimentaire.

L’on se souvient de cette scène de l’excellent Fin de Concession de Pierre Carles, dans laquelle le journaliste montrait à Jean-Luc Mélenchon un extrait d’un journal télévisé, opposant David Pujadas au délégué syndical Xavier Mathieu, le premier exhortant, somme toute, le second, de faire taire les « violences » qui avaient eu lieu en 2009 lors du plan social de Continental. Le parallèle est une évidence, car l’on voit le message que l’on tente de nous faire avaler à l’aide d’un entonnoir idéologique: « L’alguazil, dur au pauvre, au riche s’attendrit. » (Victor Hugo, Ruy Blas).

Les temps n’ont guère changé, l’on préfère légitimer un limogeage massif sous couvert de « réalisme », « pragmatisme » et autre phrases condescendantes comme « c’est ainsi que le monde est fait, il ne faut pas être naïf » tout en s’affolant de voir le juste retour de flamme nous brûler le visage. La physique nous le dit, toute explosion a un double effet kiss cool, un coup ça part, un coup ça revient. Mais dans tous les cas, l’on préférera taper sur les plus démunis, les plus faibles, celles et ceux qui sont déjà à terre, car c’est plus facile, plutôt que de s’en prendre aux élites ultra-protégées. Après tout, étripons-nous, nous les laisserons tranquilles. C’est là que l’on voit où sont les chiens de garde.

Comme toujours, c’est encore Arrêt sur Images qui nous donne la meilleure explication.

 

 

Cul-nu

 

Aujourd’hui, encore, 6 octobre 2015, on a eu le droit à une autre violence, plus « normale » celle-ci, en ceci qu’elle montre la tolérance que l’on a à l’égard du sexisme. (normal ici signifie « dans la norme », bref, la définition, et non « acceptable ». Apprenez à parler, bordel de merde)

France 3, histoire de montrer que la chaîne n’est pas l’apanage des hommes (blancs, hétéros, cis-genres) a décidé de faire un clip publicitaire – qu’il est inutile de montrer tant il est médiocre – afin de montrer à quel point ils sont trop kikoo-lol au service public télévisuel. Las, la vidéo nous montre une enfilade de tâches ménagères non faites, allant de la vaisselle, à la chambre d’un enfant, au repassage, à la sortie du chien, pour finir sur un placard à chaussures (féminines – on le sait car elles sont à talon, les femmes ne pouvant pas, selon France 3, porter autre chose). Puis le message, sur fond de Patrick Juvet, « Elles [les femmes, en référence à la chanson interstellaire de Patoche] sont sur France 3« . Vient ensuite l’autogratification – aussi appelée onanisme autocentré – « La majorité de nos présentateurs sont des présentatrices. » Chose épatante, cependant, avoir une majorité de femmes dans les locaux de France 3 n’empêche pas les responsables communication de pondre autre chose qu’un vulgaire clip dégoulinant de sexisme.

Là encore, une image violente, montrant que, si l’on est une femme, la place est forcément à la maison – ce qui est rappelé par le montage illustrant toutes les tâches ménagères, renforçant un peu plus l’effet culpabilisateur imposé aux femmes. Ainsi, si la femme travaille, elle ne peut entretenir la maison, le linge brûle, menant à Dieu sait quelle catastrophe, le chien va certainement faire sous lui, je n’ose imaginer la flore qui va se développer dans la vaisselle non faite… parce que, comprenons-nous, un homme ne peut pas faire cela. (à croire que nous sommes trop cons… mais comment donc font tous ces célibataires masculins ? Une enquête est à prévoir)

Soyons honnêtes, utiliser des clichés peut – et je dit bien peut – être intelligent quand il s’agit de les déconstruire. Utiliser un cliché par métonymie est une horreur, car il renforce et réaffirme le carcan patriarcal actuel de la société. Une femme ne peut être vue comme un être humain à part entière, il faut toujours qu’elle soit associée à la construction sociale qui fait d’elle une esclave domestique, car c’est exactement la conception que le patriarcat impose, et qui est réaffirmée par cette publicité. On se dit que le féminisme a encore du chemin à accomplir dans les têtes visiblement trop petites de certains avant d’espérer avoir une société vraiment égalitaire.

Bref, des communicants imbéciles, ne pensant que par réflexe conditionné, comme des animaux, des singes dépenaillés sautant çà et là dans leur cage, ont produit l’un des clips les plus humiliants qui soient, en faisant passer un message ouvertement sexistes sous couvert d’une apparente « parité ».

Petit coin de bonheur : le clip a été retiré. Victoire amère, car elle ne change rien, le mal est fait. Espérons que cette claque, cette déculottée que s’est prise France 3 face à l’ampleur des critiques les fera réfléchir à l’avenir.

Jez they could

Labour - Time for change

Ca y est !

Il a fallu attendre une double décennie que les affres du blairisme s’effacent et que le parti travailliste sache reconnaître ses erreurs pour qu’un bon vent ne balaye les derniers survivants du virage libéral de ce parti. Soyons honnêtes, la victoire, écrasante, avec près de 60% des voix, de Jeremy Corbyn à la tête du Labour n’est pas, malheureusement, une remise en question qu’ont faite les élites du parti lui-même. Serait-ce donc un sursaut militant ? Une reconnaissance de la part de ces derniers que, après des crises répétées de ces vingt dernières années, mais surtout après cet été odieux, bringuebalé entre la menace d’amputation européenne de son membre grec et de la réaction quasi-allergique qu’ont eu nos populations face à l’arrivée de migrants venu des Moyen et Proche-Orient, en partie à cause de nos politiques, une réflexion critique d’un parti droitisé était-elle enfin apparue ?

On pourrait le penser. Mieux encore, l’on pourrait croire à un plébiscite. Pourquoi donc ?

The Guardian proposait une lecture intéressante, faisant écho aux suppliques énervées des militants de gauche dans notre pays. (oui, des militants de gauche, pas des militants en carton allant voter en masse un texte fortifiant un certain premier ministre dans ses retranchements d’apparatchik)

Il faut savoir que la possibilité de ne voter que 3£ pour avoir voix à ce dernier vote avait fait, outre-Manche (mais ci-Manche, pour votre dévoué serviteur) couler beaucoup d’encre. De manière intéressante, le Guardian résumait, à l’époque, que cela pourrait ouvrir la voie à près de 550 000 voteurs de plus, triplant le nombre de celles et ceux qui pouvaient initialement voter. Si l’on a pu craindre que des membres Tories (ou pire, de UKIP, pour ce qu’il en reste) n’aillent voter afin de choisir un candidat qui leur soit favorable – moins charismatique, plus apparemment dangereux, moins ceci, plus cela… – comme cela avait été dit pour les Primaires du PS et du PRG en 2011, l’on peut aussi, plus simplement, constater que cela avait, comme pour les primaires de 2006, attirer une population qui, refusant d’être militante, voulait pouvoir avoir voix au chapitre concernant un parti qui représentait leurs espoirs et attentes. L’on peut facilement refuser la première hypothèse, car elle signifierait un mouvement ordonné des forces opposées qui, par ce truchement, se seraient vues financer directement un parti adverse, en lui conférant ainsi une assise plus importante. La seconde hypothèse, celle du rassemblement plus large des sympathisants, est plus acceptable. Ce serait donc, ainsi, la décision d’un « peuple de gauche », expression un rien surannée, pour choisir une personne que ce même peuple penserait plus en phase avec les circonstances de l’époque. En définitive, il s’agit du meilleur choix plébiscité par ces mêmes personnes ayant déjà souffert de trop nombreuses années de Cameron (Mister Potato) et déçues des dernières élections des Communes voulant effectuer un virage plus radical, plus ancré à gauche. La logique est simple,car elle est efficace et puissante : puisque tout a été tenté (sinon l’extrémisme, mais toute personne bien dans sa tête ne peut prêter oreille à ces inepties) autant opter pour une nouvelle voie, audacieuse, courageuse, qui rompt enfin avec des années de New Labour, socialisme corrompu, et de conservatisme un rien puant. Le résultat des élections est d’ailleurs révélateur, puisqu’il les scores obtenus par les candidat-e-s suivant-e-s les ont alignés de la gauche du Labour jusqu’à sa droite.

Un plébiscite à gauche, donc.

Ce qui fut en revanche intéressant d’observer furent les réactions qui ont fusé non seulement avant les élections mais aussi après. Les Blairites, suite à la défaite de mai dernier, avaient justifié la déviation à droite du parti en arguant du fait que, compte tenu des résultats, les électeurs voulaient un programme plus libéral. Ce même son de cloche sonne encore très fort chez nous, au point de nous assourdir. A cela se sont ajoutées les accusations répétées contre Corbyn lui-même, allant jusqu’à fleureter avec l’invective ad hominem, tentant de le faire passer pour un dangereux sectaire, ce dont l’homme s’est défendu. Ces accusations n’ont, finalement, fait que trahir l’absence totale de débat intelligent, la nullité des propositions adverses et, paradoxalement, le sectarisme idéologique de néo-conservateurs (l’on peut y mettre les Blairites) incapables de s’avancer sur le terrain des propositions. Ces invectives se sont répercutées jusque dans notre petit pays sous la voix, pourtant habituellement plus réfléchie, de certains journalistes. Là encore, il s’agissait d’agiter un chiffon rouge afin de faire peur à un électorat qui, chez nous, aurait pu se sentir grisé par cette montée d’une gauche socialiste, tant les accusations ne savaient tenir vraisemblablement la route.

Pourquoi ces attaques ? La réponse peut être simple : la peur de la gauche. La peur qu’ont certains anciens plébiscités à 5,6% d’imaginer un monde – commençons par un pays, étendons à l’Europe et finissons avec le monde, cela prendra du temps – plus égalitaire. La peur du refus du statu quo. La peur, simplement, de l’audace.

Si l’on peut en effet regretter le manque d’européisme affiché de Corbyn, qui n’est pas eurosceptique pour autant, comme en témoigne sa toute récente déclaration concernant un refus clair et net du Brexit, l’on ne peut qu’espérer qu’une telle victoire saura non seulement porter ses fruits au Royaume-Uni et permettre d’être confirmée à des prochaines élections, mais aussi de montrer à d’autres européens progressistes qu’une politique sociale solide et fière de ses valeurs de partage et d’entraide est tout à fait possible, pour peu que l’on s’en donne les moyens. Il a fallu 20 ans aux britanniques pour se rendre compte des errements libéraux du Labour. En France, l’on commence à peine à commettre les mêmes erreurs ancestrales que nos camarades travaillistes et du SPD (outre-Rhin, suivez, un peu) ont commises des années déjà. Mais l’espoir demeure.

Wait and see.

Boule de Grèce

Depuis l’annonce d’un référendum par Tsipras la semaine dernière, les nouveaux chiens de garde se sont jetés sur l’annonce pour, chacun, y aller de son coup de poignard dans l’un des seuls personnages politiques européens encore de gauche.
Parmi eux, des camarades.
Socialistes.
Donc, a priori, de gauche.
Greece is Europe

La Grèce est l’Europe

On a la chance d’être confrontés à un nombre de faussetés incommensurables sur le système de retraites grec, notamment comme quoi l’âge serait de 50 ans. En cherchant un peu, l’on voit qu’il n’en est rien, et que cet âge est d’ailleurs même plus élevé qu’en France… (on peut le voir ici pour les hommes et là pour les femmes)
Ce n’est qu’un exemple.
De même, il est surprenant de constater que Tsipras est responsable de toutes les calamités qui touchent la Grèce. C’est oublier 40 ans de partis conservateurs qui ont su truquer leurs comptes en suivant les conseils de Goldman-Sachs et ce avec la bénédiction du FMI.
Tsipras – cet inconscient ! – avait requis trois petits points auprès de ses créanciers :
  • préserver les retraites et les salaires des plus démunis,
  • effectuer une réforme de la fiscalité permettant de concentrer l’effort sur les plus riches – Eglises et multinationales qui n’avaient jamais été inquiétés,
  • enfin revoir le poids de la dette à la baisse, histoire de pouvoir repartir.
Tout cela a été refusé par nos néo-conservateurs qui nous gouvernent. (ils viennent de le prouver – le document de Tsipras est trouvalbe sur le site de l’UE, il date du 22 juin 2015) Bref, cette « imposture » qu’est Tsipras – pour citer un texte imbécile signé Jean-Marie Colombani que, par respect pour nos quelques lecteurs, nous ne lieront pas ici – voulait renforcer les mesures contre l’évasion fiscale et la corruption… et nos élites ont refusé.
Il est sidérant de voir Juncker pleurer de chaudes larmes de crocodile, lui qui fut Premier Ministre d’un paradis fiscal, à l’annonce d’un référendum. Pour mémoire, un référendum sur le remboursement de la dette à ses créanciers a au moins un antécédent : l’Islande (oui, oui, les conditions étaient légèrement différentes, notamment en terme de « dissimulation de comptes publics » qui est le gros du problème grec, mais la conséquence est identique – on peut en discuter plus longuement, c’est un parallèle).
Le problème, là-dedans, est que non seulement la population grecque va perdre, quelle que soit l’issue du scrutin (dans un cas moins qu’un autre) mais toute la population européenne va souffrir de la stupidité avide des conservateurs. L’on pouvait s’en faire une idée il y a quelques années déjà lorsque l’on apprenait que les politiques menées dans des pays voisins étaient une forme d’inanité profonde.
A l’international, que se passe-t-il ?

Il est amusant de voir comment StiglitzKrugman et aussi Piketty ont des conclusions qui diffèrent de la doxa tonitruante que l’on entend et lit à chaque détour de page ou commentaire médiatique. Il est effarant de voir que notre gouvernement, pourtant « inspiré », l’on s’en souvient, en 2012, par ces mêmes maîtres à penser, n’a su, par l’intermédiaire de notre cher (très cher) ministre Michel Sapin reconnaître la position historique qu’il aurait pu prendre. Blague à part, notre cher Michel a même menti, incapable de prendre ses responsabilités, en arguant que « c’est pas not’faute, c’est celle de ces salopiauds d’Argentins, ohlàlà » (la citation a été quelque peu adaptée). Manque de chance, il s’agissait d’enfantillages mensongers.

Serait-ce le signe que, petit à petit, nous acceptons notre propre défaite et acceptons que la construction Européenne puisse être détruite par les néo-conservateurs ?

Refuser de voir que nous ne cessons de nous tirer des balles dans les pieds en suivant bêtement une ligne néo-libérale n’est pas uniquement destructeur pour nous – cela serait une juste punition – mais aussi pour nos voisins.
C’est effarant d’être à ce point aveugle.