L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

Madame la Marquise

Tout va très bien !

 

Et tout le monde de respirer un grand coup !
Ouf, la vague brune (aussi brune que les résidus de fermentations intestinales, s’il vous plaît) n’est pas passée. Tout le monde respire un grand coup, l’on imagine bien le générique de fin s’achever sur un éclat de rire, alors que le soleil se couche au loin, laissant entrevoir une nuit d’amour, d’ivresse et de petits fours. Les noms défilent lentement, laissant entendre une musique envolée laissant penser un bal estival. Ajoutons lampions et accordéons, histoire de se les réapproprier, eux aussi.
Au retour des dardant rayons de Phébus, nous auront droit à un discours engagé, responsable, scandant haut et fort que « l’on a compris, il nous faut réfléchir à… tout en n’oubliant pas que… l’on a entendu le peuple » d’une part et « le peuple nous a choisi, véritable rejet de la politique… plébiscite… » d’autre part. Ce soir, nous, socialistes et autres « gens de gauche », comme on dit, nous frottons les mains, trop heureux d’être passés à côté de la catastrophe annoncée. De l’autre, tentant de tirer la couverture à eux, le FN-light, auto-proclamé « Les Républicains », sans nul doute pour faire écho au parti outre-Atlantique qui compte en son sein une somme incalculable de racistes, sexistes et xénophobes, ainsi qu’une pléthore de créationnistes sans âme, scande à qui veut l’entendre qu’il s’agit d’une déculottée pour le pouvoir en place.

Les deux ont, hélas, raison. Nous avons évité le pire, l’on peut souffler. Pas se satisfaire de ne pas avoir été éliminé aussi violemment que craint. L’on peut aussi voir ce soufflet comme une critique, c’en est évidemment une, de la politique gouvernementale, cacophonique, instable, néo-libérale et, depuis les attentats du mois dernier, franchement dangereuse. (et c’est un socialiste qui vous parle) A présent que les échéances sont passées, l’on va se rendormir sur ses lauriers, chacun continuant à tirer sur le gros parti opposé, comme si de rien n’était, oubliant la puanteur des vomissures morbides du parti héréditaire des anciens de l’OAS. Comme tout enfant faisant le ménage alors que ses parents n’observe pas, les déchets seront cachés sous le tapis pour ressortir plus tard. On oublie, on oubliera. On oublie toujours. Et surtout, on s’en fout.
Au milieu, entre les auto-congratulations des uns et des autres, resteront là les citoyens abstentionnistes qui, déjà blasés, s’apercevront que les excitations et affolements sont purement passagers. Qu’on ne s’intéresse à eux que lorsque les échéances sont proches.

Ne nous méprenons pas, l’excuse habituelle du « je refuse de justifier un système politique que je récuse » ne fonctionne pas, et ce surtout dans la mesure où nous avons le choix de voter pour des personnes pouvant proposer un changement, où nos pouvons enclencher le changement (par le biais de pétitions) et même nous présenter pour proposer ce changement. L’excuse ne cache qu’une paresse bien souvent intellectuelle liée à l’incapacité de bien trop nombreux citoyens de ne pas accepter l’idée que le vote politique ne s’agit en rien de désigner la personne qui nous convient intégralement, mais qu’il nous faut, aussi, accepter certaines concessions. Cela s’appelle faire des compromis. Dans un monde ultra-égocentrique, il est évident que ce modèle échoue.

Quand bien même. Si le citoyen se désintéresse du politique, c’est au politique, c’est même à LA politique d’aller au citoyen. (non, pas comme la vache va au taureau, tout de même, quoi que cela puisse être fécond, de la même manière) Mais non, l’on reste chacun entre soi, en refusant de discuter. Alors ces déçus s’entêteront dans la légitimation et la justification égocentrique de leur refus de participation à la vie citoyenne, usant de ce spectacle affligeant pour s’embourber un peu plus dans une passivité néfaste. Et laisseront le champ libre à l’extrême droite la plus nauséabonde qui soit. Et ils s’en laveront les mains comme nous nous en lavons à présent les mains, par simple effet miroir. Quoi de plus évident que des citoyens mimant leurs politiques et un monde politique à l’image de ses citoyens ?
Alors l’on se réveillera à nouveau en avril 2017, nous pousserons de nouveau des cris d’orfraie, courant çà et là comme des poules sans tête, à glapir à qui veut l’entendre que nous ignorions tout et que nous ne comprenons pas, mais comprendrons certainement une fois que les citoyens auront voté pour nous.

Mais avec un peu de chance, nous aurons changé le nom de notre parti.

Tout va très bien.