L’envie de Gauche

La force de notre parti est, à n’en pas douter, la multiplicité de nos courants. Contrairement aux autres grands partis de ce pays, aucun autre ne peut se targuer d’avoir autant de discussions internes aussi fortes. Le PS représente des gauches, mais aucune n’est irréconciliable avec une autre.

 

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Passées ces considérations générales un peu naïves, force nous est de reconnaître une chose : Benoît Hamon a remporté la primaire de la BAP, un peu contre tous les pronostics qui ont été faits – et je m’en réjouis. La déception de certain-e-s d’entre nous de ne pas avoir vu leur-e candidat-e gagner est inhérente à des élections. Pour reprendre un slogan employé par la Française des jeux il fut un temps : « C’est le jeu, ma pauvre Lucette. » Si nous nous reconnaissons socialistes, il nous appartient de soutenir le candidat durant cette campagne. On ne peut pas changer de règles durant la partie, ou du moins pas honnêtement.

Il faudrait, toutefois, tâcher de discuter intelligemment, sans avoir à jouer la carte du pragmatisme, mot à la mode mais qui est devenu dénué de sens. Qu’est-ce que le pragmatisme, sinon s’adapter à la réalité, privilégiant l’observation des faits à aux errements d’idées ? Mais le candidat Hamon, par son programme, est pragmatique, dans la directe lignée de Pierce, suivant une ligne (j’ose !) « scientifique et réaliste ». L’échec des politiques mises en place, notamment par les différents gouvernements sous François Hollande, devraient nous pousser à accepter ces erreurs, à voir que ces politiques nationales comme européennes n’ont été qu’un vaste échec. Le clou est enfoncé par Thomas Piketty qui affirme : « A l’inverse des options fiscales et budgétaires retenues depuis 2012, et en particulier de cette inefficace usine à gaz qu’est le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Sans parler de l’exonération des heures supplémentaires, que même la droite a abandonnée et que Manuel Valls voudrait recycler aujourd’hui. » [1] Voilà, d’une part, qui permet de cocher la case du réalisme du candidat de notre famille politique pour les élections prochaines, tout en mettant en défaut le réalisme affiché de certains. Cet échec doit évidemment être contrebalancé par des propositions variées, d’autres modèles, d’autres hypothèses, pour finalement les tester. Le revenu universel, critiqué par la droite de notre parti et de notre paysage politique, en est la manifestation la plus claire : une proposition nouvelle, une hypothèse valable (et soutenue par un certain nombre d’études – ne prouvant pas son efficacité a priori, mais laissant entendre qu’il est rationnel de la tester).[2] Voilà pour la partie scientifique (méthode scientifique 1.0 – on peut en discuter quand on veut).

En regardant donc de plus près, on peut très facilement arguer du fait que n’est pas pragmatique qui veut, les faits le montrent très aisément. Truisme peut-être évident…

Le débat est donc intéressant, et a eu lieu lors de la primaire. Non qu’il ne faille le taire, mais l’heure est avant toute chose au rassemblement du parti, de nos partis amis et alliés, derrière une candidature qui sera ainsi bénéfique non seulement au peuple français, mais, espérons-le, auprès de nos concitoyens européens (le terme concitoyen est certes inexact à l’heure actuelle, mais c’est un idéal personnel, excusez du peu). L’on ne peut plus se permettre une débâcle similaire à celle de 2007, avec un parti peu enclin à faire campagne et un-e candidat-e laissé-e seul-e au front.

 
 
D’où le second point, découlant du premier de manière assez naturelle.

Les différentes défections récentes de la part de la cour proche de notre ancien Premier Ministre, je pense à Gilles Savary, Alain Calmette, Marc Goua, rejoignant les rangs de Richard Ferrand, Christophe Castaner, Pascal Terrasse, Arnaud Leroy… tous députés, élus via la machine qu’est le PS, ne font pas honneur à leurs engagement, pas plus que Gérard Collomb, Jean-Claude Boulard, sénateurs, qui ont eux aussi apprécié le parti et n’ont pas boudé leur plaisir tant que le parti leur offrait une possibilité d’accéder aux ors de la République.[3] On peut avoir le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière.

Parfois, il semble que défection s’écrit mieux avec un « a ».

 

« Bon appétit, messieurs ! –Ô ministres intègres !
Conseillers vertueux ! Voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que remplir votre poche et vous enfuir après !
 » (Victor Hugo, Ruy Blas, Acte III, Scène 2)

Les raisons données par ces déserteurs furent nombreuses, permettant à tous ces élus de résoudre leur dissonance cognitive de la meilleure manière qui soit. « On veut être clairs vis-à-vis de nos électeurs : on a défendu auprès d’eux le CICE, la politique de l’offre, la loi travail… on ne peut pas faire campagne pour le contraire ensuite. » (Savary) C’est tout l’inverse pourtant qu’il faudrait expliquer, le pourquoi, le comment, d’un vote indigent, opposé en tout point aux valeurs qui nous ont mis au pouvoir en 2012, celles qui ont sous-tendu l’élection de François Hollande.

Devrait-on rappeler à ces élus qu’ils n’ont eu de cesse de de tourner le dos au projet socialiste de 2012, eux qui ont soutenu les lois Macron/El-Khomri d’inspiration néo-libérale en 2015 (on ne va pas refaire le débat), et la déchéance de nationalité ? Ces mêmes élus, légitimistes auto-proclamés, n’ont ainsi pas peur de rejeter la pourtant très palpable légitimité du candidat choisi par les urnes à la primaire, incapables de comprendre le rejet systématiques des électeurs et électrices qui ont jugé leurs reculs systématiques, et les ont condamnés sans répit aux élections municipales, européennes, territoriales et régionales. Quelle légitimité clamer, lorsque l’on rejoint un candidat qui, nourri initialement par le parti au sein du gouvernement Valls II, fait cavalier seul, s’abolissant du choix des militant-e-s, soutenu qu’il est par toute un monde financier peu épris de progrès social, et même qualifié de « déserteur » par l’ancien premier ministre Manuel Valls ?

Ces déserteurs se déclarant socialistes se prennent au piège de leur dissonance. Notons-le, Emmanuel Macron n’est pas socialiste, lui qui vantait la chance que les Britanniques avaient eu d’avoir Margaret Thatcher et qui prônait le libéralisme comme valeur de gauche (au sens saint-simonien, potentiellement, ses actions ne corroborent guère).[4]

 

« Monsieur le duc, – au nom de tous les deux, – voici
Notre démission de notre emploi.
 » (ibid.)

La conséquence logique de cet engagement auprès d’un candidat non soutenu par le parti auquel l’on appartient aurait dû faire venir cette réaction de manière immédiate. Nos statuts sont suffisamment clairs sur le sujet (de mémoire, Articles 1.2.3. et 5.1.7. des status et 1.2.3. du règlement intérieur). Rejoindre un parti signifie en accepter les règles.

De manière intéressante, si quelques élus partent, la confiance en notre parti semble s’être requinquée depuis 10 jours, où le candidat socialiste est passé de 8% dans les sondages à 18% d’intention de vote au premier tour en fin de semaine dernière. Peut-être est-ce dix de gagnés pour un de perdu ? (l’on pourra évidemment critiquer ce propos qui s’appuie sur la faible fiabilité de sondages)

 

Que l’on ne se méprenne pas sur mon propos. Être socialiste n’est pas un gage de valeur (au sens : bon ou mauvais) mais d’obédience politique. Il n’y a aucun mal à ne pas l’être, mais le prétendre est au pire erroné, au mieux fallacieux.

Le courant qui décrirait mieux ce nouveau centre qui semble apparaître fortement à présent est certainement le libertarianisme. La politique de Macron, du reste, propose cette vision « hors du clivage gauche-droite » en proposant un modèle où libéralisme économique et libertés individuelles (au sens libéral) sont assurées – à la manière d’un David Nolan (fondateur du parti libertarien américain). La seule différence avec son collègue états-unien étant la substistance d’un Etat assez minimal, vision minarchique du libertarianisme.

Mais le libertarianisme n’est pas un socialisme, pas plus qu’il n’est un libéral-conservatisme (comme LR). Il n’est, de plus, pas la social-démocratie, dont la définition reste pour le moins élastique (Bebel ? Luxemburg ? Brandt ? Rocard ? Schröder ?). Peut-être le blairisme est-il la meilleure définition de ce libertarianisme – « social-libéralisme » – à l’européenne… (question ouverte)

 

Pour finir (enfin, après un si long pâté), il reste à voir la vision de la société que l’on veut. Les électeurs-trices ont décidé de notre ligne après les primaires. L’ancien Premier Ministre dit serrer les rangs, c’est tout à son honneur.

En 2011, malgré des réserves sur le candidat sorti des primaires, nous avons fait bloc et nous avons gagné. Notre ligne propre ne gagne pas nécessairement toujours, mais nous avons tous beaucoup en commun. Bref, débattons bien, débattons vite, mais ne nous débattons pas ! Les droites, traînant leurs casseroles, sont aux abois, à nous de prouver que nous sommes capables de proposer la seule alternative valable.

 

 

 

[1] A lire sur son blog

[2] Soutenu par nombre d’économistes – qui s’y connaissent mieux dans leur domaine que votre dévoué

[3] En anglais, on dit « Name and shame » . A chacun-e ses responsabilités et engagements.

[4] Florilège : http://www.regards.fr/web/article/emmanuel-macron-en-flagrant-delithttp://www.lemonde.fr/festival/article/2015/09/27/emmanuel-macron-le-liberalisme-est-une-valeur-de-la-gauche_4774133_4415198.html

Sans chemise, sans pantalon

Octobre revient, avec son lot de tristitude automnale, de rentrées scolaires, de guerres, de lois qui ne viendront jamais, ses feuilles rouille et feu, ses nouvelles émissions télévisées et son lot d’immondices.

 

A poil !

Let’s get naked, babe

 

Après avoir traversé un mois de septembre pourtant agréable, nonobstant les éructations vulgaires, crasseuses et nauséabondes de certaines personnalités politiques – pas de lien pour cela, nous parlons déjà de caca, nous n’allons pas non plus vous permettre d’assouvir votre voyeurisme dégoulinant. Si vous avez manqué l’épisode, ne vous en faites pas, vous n’avez, en réalité, rien manqué du tout, bien au contraire.

 

Topless

 

Un an après la grosse grève des pilotes de l’an dernier, quasiment jour pour jour, voici que, me levant de petit matin, chanceux que je suis de ne pas avoir la télévision dans mon petit pied-à-terre en Albion, que ne m’aperçois-je pas de la récurrence, répétition, redondance quasi pléonastique (je m’emporte) des Unes de ce jour. tournant autour d’une sombre affaire de vêtement déchiré. Peu à jour en termes de mode, excusez du peu, que ne m’empressais-je donc de lire ces nouvelles, pensant avoir vu là un renouveau de l’excellent Full Monty. Après tout, outre la presse française, nos amis du Telegraph, du Financial Times, de Bloomberg… s’empressent de reprendre en chœur le refrain de la condamnation de la violence faite à un cadre d’Air France qui s’est vu houspillé, alpagué, et malmené. Xavier Broseta, DRH de la société, et Pierre Plissonier, directeur d’Air France Orly, ont été « violemment pris à partie par des salariés », nous raconte le HuffPost.

Fort bien.

L’image tourne en boucle, nous montrant, ainsi, un homme seul – deux, excusez du peu – poursuivi par une foule en délire. L’on imagine, rêveurs que nous sommes, la créature de Frankenstein chassée par ces villageois en raison de sa laideur, pourtant n’ayant qu’une envie, se lier avec les Hommes. L’on revoit Peter Lorre hoquetant face à la pègre assemblée face à lui, vomissant ses démons et près d’être déchiqueté par les mafieux. L’on entraperçoit peut-être, encore, Ratchett (possiblement ?) poignardé par tous les voyageurs du train somptueux reliant Istanbul à Londres. Pourrait-on, encore, imaginer Tannhäuser entouré des chevaliers de la Wartburg, à un souffle de la mise à mort, sauvé uniquement par Elisabeth ?

On le peut, tant le parallèle est proche. Il ne s’agit pas, ici, comprenons-nous bien, de légitimer une action de violence, quelle qu’elle soit. Sachons en revanche, entre personnes douées du strict minimum de raison critique, faire la part des choses. Si la prise à partie de deux personnes par un groupe plus nombreux, et donc plus fort, est critiquable, il n’en demeure pas moins un fait parfaitement rationnellement explicable. Lors de la journée du 5 octobre 2015, la direction d’Air France a annoncé la suppression de 2900 postes, 300 de pilotes, 900 de PNC (hôtesses et stewards) et 1700 de personnels au sol, comme il avait déjà été expliqué. Une violence faite à ces 2900 personnes dont les métiers vont être supprimés et donc les vies chamboulées. Certes, j’ose imaginer que celles et ceux, pilotes surtout (ceux qui avaient fait grève l’an dernier pour refuser de travailler autant que leurs collègues non pilotes, soit dit en passant), qui gagnent bien leur vie auront moins de difficultés que les autres à se relever. Il n’empêche. La défense de l’emploi doit se faire, il me semble, sans discrimination basée sur le salaire. S’il est plus urgent de veiller à ce que les personnes aux salaires plus faibles ne soient pas renvoyées (car la situation serait immédiatement intenable, comparée à celle que subiraient celles et ceux ayant plus d’argent) il s’agit d’une différenciation assez inique, car il existerait de bons et mauvais salariés, certains qu’il serait juste d’aider et d’autres non.

Oublions un peu l’égoïsme passé des pilotes qui ont, somme toute, précipité un peu plus leur entreprise à prendre cette décision, passons outre sur leur violence à eux, individualistes, faite à  leurs collègues, par un mépris de classe hors du commun. Tentons de dépasser cela. Ou du moins, un fois que nous avons fait ce constat, d’en faire un second.

Que dire de la violence insigne faite à ces près de 3000 salariés ? Que dire de cette massue, de cette masse d’arme, de cette étoile du matin qui s’écrase ainsi sur les têtes de ces milliers de personnes et, par extension, de leur famille ? Oublions-les, les pauvres ne sont pas télégéniques, nos médias veulent des victimes, des vraies, et les victimes ne peuvent être plurielles, elle doivent être individuelles, bien habillées, et sentir bon le thym et le romarin. Et de préférence être en haut de l’échelle ou de la chaîne alimentaire.

L’on se souvient de cette scène de l’excellent Fin de Concession de Pierre Carles, dans laquelle le journaliste montrait à Jean-Luc Mélenchon un extrait d’un journal télévisé, opposant David Pujadas au délégué syndical Xavier Mathieu, le premier exhortant, somme toute, le second, de faire taire les « violences » qui avaient eu lieu en 2009 lors du plan social de Continental. Le parallèle est une évidence, car l’on voit le message que l’on tente de nous faire avaler à l’aide d’un entonnoir idéologique: « L’alguazil, dur au pauvre, au riche s’attendrit. » (Victor Hugo, Ruy Blas).

Les temps n’ont guère changé, l’on préfère légitimer un limogeage massif sous couvert de « réalisme », « pragmatisme » et autre phrases condescendantes comme « c’est ainsi que le monde est fait, il ne faut pas être naïf » tout en s’affolant de voir le juste retour de flamme nous brûler le visage. La physique nous le dit, toute explosion a un double effet kiss cool, un coup ça part, un coup ça revient. Mais dans tous les cas, l’on préférera taper sur les plus démunis, les plus faibles, celles et ceux qui sont déjà à terre, car c’est plus facile, plutôt que de s’en prendre aux élites ultra-protégées. Après tout, étripons-nous, nous les laisserons tranquilles. C’est là que l’on voit où sont les chiens de garde.

Comme toujours, c’est encore Arrêt sur Images qui nous donne la meilleure explication.

 

 

Cul-nu

 

Aujourd’hui, encore, 6 octobre 2015, on a eu le droit à une autre violence, plus « normale » celle-ci, en ceci qu’elle montre la tolérance que l’on a à l’égard du sexisme. (normal ici signifie « dans la norme », bref, la définition, et non « acceptable ». Apprenez à parler, bordel de merde)

France 3, histoire de montrer que la chaîne n’est pas l’apanage des hommes (blancs, hétéros, cis-genres) a décidé de faire un clip publicitaire – qu’il est inutile de montrer tant il est médiocre – afin de montrer à quel point ils sont trop kikoo-lol au service public télévisuel. Las, la vidéo nous montre une enfilade de tâches ménagères non faites, allant de la vaisselle, à la chambre d’un enfant, au repassage, à la sortie du chien, pour finir sur un placard à chaussures (féminines – on le sait car elles sont à talon, les femmes ne pouvant pas, selon France 3, porter autre chose). Puis le message, sur fond de Patrick Juvet, « Elles [les femmes, en référence à la chanson interstellaire de Patoche] sont sur France 3« . Vient ensuite l’autogratification – aussi appelée onanisme autocentré – « La majorité de nos présentateurs sont des présentatrices. » Chose épatante, cependant, avoir une majorité de femmes dans les locaux de France 3 n’empêche pas les responsables communication de pondre autre chose qu’un vulgaire clip dégoulinant de sexisme.

Là encore, une image violente, montrant que, si l’on est une femme, la place est forcément à la maison – ce qui est rappelé par le montage illustrant toutes les tâches ménagères, renforçant un peu plus l’effet culpabilisateur imposé aux femmes. Ainsi, si la femme travaille, elle ne peut entretenir la maison, le linge brûle, menant à Dieu sait quelle catastrophe, le chien va certainement faire sous lui, je n’ose imaginer la flore qui va se développer dans la vaisselle non faite… parce que, comprenons-nous, un homme ne peut pas faire cela. (à croire que nous sommes trop cons… mais comment donc font tous ces célibataires masculins ? Une enquête est à prévoir)

Soyons honnêtes, utiliser des clichés peut – et je dit bien peut – être intelligent quand il s’agit de les déconstruire. Utiliser un cliché par métonymie est une horreur, car il renforce et réaffirme le carcan patriarcal actuel de la société. Une femme ne peut être vue comme un être humain à part entière, il faut toujours qu’elle soit associée à la construction sociale qui fait d’elle une esclave domestique, car c’est exactement la conception que le patriarcat impose, et qui est réaffirmée par cette publicité. On se dit que le féminisme a encore du chemin à accomplir dans les têtes visiblement trop petites de certains avant d’espérer avoir une société vraiment égalitaire.

Bref, des communicants imbéciles, ne pensant que par réflexe conditionné, comme des animaux, des singes dépenaillés sautant çà et là dans leur cage, ont produit l’un des clips les plus humiliants qui soient, en faisant passer un message ouvertement sexistes sous couvert d’une apparente « parité ».

Petit coin de bonheur : le clip a été retiré. Victoire amère, car elle ne change rien, le mal est fait. Espérons que cette claque, cette déculottée que s’est prise France 3 face à l’ampleur des critiques les fera réfléchir à l’avenir.

Humeurs estivales

Après près d’un mois et demi de silence, dû certainement à la paresse inhérente à ces mois honorant les vieux empereurs Jules et Auguste, voici des remarques éparses, variées, commentant à tout-va les soubresauts de nos mornes sociétés. Comprenant parfaitement les problèmes que notre faible lectorat rencontre après un quinze août, souvent arrosé de vin rosé, de soleil, d’enfants qui braillent ou de chaleur insoutenable dans un 10 m² bétonné, nous allons vous servir des petits mets rapides et affriolants avant de repartir du bon pied à la rentrée.

 

Un peu de rêve

Un peu de rêve et de sable dans votre drink, que demander de plus ? Du sucre ?

 

Partie 1 : de la division des combats

Petite nouvelle parfaitement people, parlons musique. Plus précisément, parlons de musique pop avec l’écharnage entre deux stars de la pop, j’ai nommé Nicki Minaj et Miley Cyrus.
Si vous n’avez pas suivi les nouvelles à la fin du mois de juillet, Nicki Minaj faisait remarquer ne pas avoir reçu de prix au MTV Music Awards en raison de sa couleur de peau, ce qui, soyons honnête, est très certainement la raison intrinsèque de ce choix, les autres nominations ayant été faites pour des œuvres de qualité équivalente (entendez « bien pourri » – jugement personnel). L’affaire aurait pu mener à une réflexion sur les discriminations entre artistes, et ainsi déboucher sur l’étude du racisme et du sexisme dans nos sociétés modernes. Au lieu de cela, non seulement le tout est resté à l’état de plaisanterie, avec des journaux allant jusqu’à pousser « l’humour » à parler de « catfight » (soit de « combat de nanas » – la traduction fleurie servant à montrer la connotation condescendante accolée à ce terme).
Comme le sexisme ne s’arrête jamais, Libération, dans un article aussi intelligent qu’un chanson pop moyenne, aurait pu étayer le débat mais préféra s’en prendre à Lou Doillon qui, ayant critiqué les clips vidéos de ces artistes dans lesquelles l’image de la femme, quoi que l’on en dise, est celle attendue dans une société centrée sur les désirs des hommes, se voyait renvoyée à son tour à ses origines et au fait d’avoir posé dans Playboy. Et de diviser un peu plus les féministes, parce qu’après tout, ces mouvements remettent en cause (paraît-il) la place de l’homme dans la société (c’est pas des conneries, c’est Zemmour qui l’a dit ! Voyez nos référentiels…).

Bien évidemment, les réponses les plus intelligentes et construites ont été, sans surprise, tout d’abord celle d’Ovidie, qui se demandait qui se frottait les mains en voyant deux féministes s’opposer. L’auteur de l’article de Libération susnommé, par exemple, critiquant les personnes donnant des bons points de féminisme à d’autres qui… agissent de la sorte. Ovidie, encore, est allée plus loin sa réflexion et mérite que l’on s’y arrête un instant. La question posée par Minaj avait un double intérêt : non seulement on ne félicite que des femmes blanches, mais de surcroît des femmes minces, montrant là encore l’empreinte du patriarcat sur la place des femmes dans la société, via le rôle qu’on leur force à prendre (ou l’image « idéale », comme précisé plus haut). En poursuivant : « Montrer son cul si on en a envie, oui. Être obligée de le montrer quand ton métier c’est musicienne parce que sinon plus personne ne s’intéresse à toi, pardon, mais c’est loin d’être une libération. Et je constate que la nudité n’est argument de vente que quand t’es jeune et bonnasse. Ou que tu fais tout pour paraître jeune (Jennifer Lopez) et que tu consacres ta vie entière à avoir un corps de bonnasse. » Ovidie  montre ainsi que les codes sexistes finissent encore et toujours à enfermer les femmes dans une image véhiculée par mass media soucieux de vendre, sans que cela ne soit, au final, un acte véritablement volontaire mais nécessaire. L’opposition de normes liées à la couleur de peau, aux classes sociales a de plus été parfaitement traduit dans un article de TerraFemina.

La seconde réaction, passionnante elle aussi, car elle analysait plus encore la situation est, sans surprise non plus, celle donnée par Osez le Féminisme : « Il n’y a pas une seule forme de féminisme. En revanche, il y a un ennemi commun, qui est le patriarcat et qui prend du temps à déconstruire. Alors, il ne s’agit pas de décerner des médailles de féminisme aux unes ou aux autres. A la place, faisons preuve de bienveillance face à ces icônes de la culture populaire qui s’assument comme féministes. »

En définitive, il y avait matière à avoir un débat de fond fédérateur… mais l’on s’est vite dépêché d’opposer différents féminismes, plutôt que de trouver un axe de discussion commun. « Et qui se frotte les mains pendant ce temps-là ? »

On devra peut-être attendre la rentrée pour avoir une remise en question de soi-même, d’abord (« Pourquoi telle personne serait-elle moins féministe ? Selon quels critères ? Ne me trompais-je pas de cible en attaquant d’autres féministes ?« ), de problèmes raciaux (« Pourquoi n’y a-t-il que des artistes blancs à être récompensés ?« ) et évidemment, par la suite sociaux (« Pourquoi nous écharpons-nous entre nous, alors que nous avons un combat commun, à qui profite nos divisions ?« ).

Bref, ce n’est pas cet été que la place de l’homme blanc dans les sociétés occidentales sera remise en question.

 

Partie 2 : du combat caché (qui pue)

On peut tout à fait être opposé à la politique d’un pays. Après tout, qui ne critique pas, ou n’a pas critiqué, la politique étrangère américaine, la politique européenne allemande ou même la politique nationaliste japonaise ? Le problème vient lorsque la critique d’une politique nationale n’est qu’un biais malsain pour cacher sa haine d’autrui et attaquer une population plus ou moins distincte sous couvert d’une critique politique, toujours légitime, elle, tant qu’elle est argumentée. Le problème arrive lorsque cette critique n’est plsu qu’une façade pour masquer son esprit ségrégationnisme. Vous le voyez tous les jours sur vos murs Facebook, l’on a tous un oncle un peu raciste qui poste des messages critiquant Boko Haram pour éviter de dire « j’aime pas les arabes », ou cette tante un rien antisémite qui se définit comme anti-sioniste, à grand renfort d’Alain S., pour tenter de cacher son « j’aime pas les Juifs ». Il n’y est nullement question de politique, juste de haine de l’autre, car – OH MON DIEU ! – différent, le tout derrière un masque mensonger de fausse probité proprette.

Ainsi, comme, fort heureusement, dans nos contrées, les discours haineux sont punis par la loi, tonton et tata, un rien d’accord avec « la fille de son père », usent de moyens détournés pour faire passer leur haine de l’autre, cachée dans un torrent d’expectorations gluantes et olfactivement offensantes. Une étape a été franchie très récemment en Espagne où un chanteur américain, Matisyahu, de confession juive, s’est vu privé du concert qu’il devait donner pour avoir refusé de faire une déclaration publique en faveur de la création d’un Etat palestinien. L’exemple de votre tante (oui, pas les miennes, parce que les miennes sont cools) est flagrant : plutôt que d’afficher leur antisémitisme flagrant, les organisateurs du concert, soutenus dans leur démarche par la municipalité (violemment rouges-brunes) ont préféré arguer du fait que le concert, en faveur de la Paix, ne pouvait recevoir quelqu’un qui… qui finalement avait déclaré « n’avoir jamais été un artiste politique et donc ne pas porter son point de vue dans ses chansons ou son spectacle« . (d’après El Pais)

L’artiste est de surcroît américain. L’amalgame est donc le même que celui de votre oncle (oui, pas les miens, parce que les miens… enfin vous avez saisi) qui vous dit ne pas aimer son voisin, musulman (mais français, ou allemand, ou d’une quelqu’autre nationalité parce que, au final, on s’en fout) parce qu’il ne critique pas ouvertement la politique d’Erdogan. Le parallèle n’est là que pour montrer l’absurdité et la – excusez mon langage – connerie indicible d’un tel stratagème, non pour mettre les politiques de la Turquie et d’Israël au même plan. Il est étonnant de voir que personne ne penserait faire un tel amalgame entre l’Islam et la Turquie, mais que celui-ci est systématiquement fait entre le Judaïsme et Israël. Ce dernier est, à l’exception des lois relatives au mariage et au divorce, un état séculier – comme l’est aussi la Turquie, d’ailleurs. Fin de la parenthèse et du parallèle un peu foireux, mais j’espère parlant.

Plus immonde encore, Matisyahu fut le seul a avoir à répondre de ses potentielles convictions politiques – uniquement en raison de sa religion – concernant un autre pays que le sien (la logique des organisateurs m’échappe encore), là où des ressortissants jamaïcains et soudanais n’ont pas eu à répondre des politiques ségrégationnistes de leurs pays respectifs, comme nous l’apprend le Wall Street Journal. Mais l’on aura encore le culot de vous faire croire qu’il ne s’agissait nullement d’antisémitisme. Après tout, comme l’écrit Kenneth Perlman dans le WSJ, le but était de promouvoir la paix, l’égalité, les droits de l’Homme et la justice sociale, sauf si vous êtes juif. (« its organizers also aim to promote a culture of “peace, equality, human rights and social justice.” Unless you’re Jewish, that is.« )

Comme d’aucuns l’ont fait remarquer, en 1936, c’étaient les Jeux Olympiques que l’on interdisait aux Juifs. L’Histoire, pour faire dans le cliché, semble se répéter, et beaucoup plus violemment pour celles et ceux qui s’en souviennent, soumis à l’ignorance et la haine des autres.

Que l’on ne se voile pas la face, l’antisémitisme est tout aussi présent dans notre pays et semble connaître un regain de violence, montrant que, depuis des décennies, il n’était pas éliminé (on aurait pu croire en l’intelligence humaine) mais resté à l’état larvaire, peut-être plus caché. Là encore, le combat contre l’obscurantisme est loin d’être fini.

 

Partie 3 : les non-combats

On vient de l’apprendre, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique, est enceinte.

En fait, on s’en fout.

Nous aurait-on dit qu’Emmanuel Macron, l’actuel ministre des Economies et de la Finance, devenait papa ? Nous aura-t-on relaté que Laurent Fabius devenait grand-père ? Non et c’est bien normal, ce sont des hommes. Jusqu’au bout, l’on ramènera une femme à son rôle imposé (par une société sexiste, cf Partie 1) de mère. D’ailleurs, elle ne compte pas quitter son rôle au gouvernement, nous apprend le Huffington Post. Détail sexiste ? Ce doit être moi. J’ignorais que les femmes enceintes démissionnaient de leurs postes avant la naissance de leur enfant…

 

Conclusion :

La lutte contre les discriminations continue, que ce soit contre le racisme latent, le sexisme omniprésent ou l’antisémitisme purulent, toutes ces pourritures idéologiques ont repris le dessus pendant les vacances, pendant que les uns se faisaient griller la couenne à Arcachon et que les autres trimaient, espérant pouvoir suffisamment pour un jour se payer des vacances. (eh oui, société multivitesse) La rentrée va être difficile.

 

Malgré ces pérégrinations estivales, une seule vaut le mérite d’être citée : Rebsamen, ministre du Travail, pourrait quitter le gouvernement.

Comme quoi, on peut aussi trouver un peu de soleil en été.

Le 8 mars ou l’insoutenable légèreté du beauf

Il y a deux jours (soit le 8 mars 2015) – toi lecteur éclairé tu le sais bien – avait lieu la journée internationale DES DROITS des femmes. Pas « la journée de la femme », pas « la fête de la femme » (expression utilisée par mon fleuriste capitaliste pour vendre ses roses au double de leur prix habituel), non. Mais bien la journée DES DROITS des femmes qui vise d’abord à se souvenir des (nombreux) combats menés par les femmes: acquisition du droit de vote, accès à l’emploi, libertés diverses, etc. Et, ensuite, à se rappeler des (nombreux) combats à mener, encore, pour l’égalité: lutte contre le harcèlement de rue, contre les violences sexistes, contre les inégalités salariales, pour la parité partout, etc.

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NB: Ce genre d’image ME PIQUE LES YEUX (fleurs + pathos + « journée de la femme » = aveuglement temporaire) ! MERCI DE NE PAS EN ABUSER SUR LES RESEAUX SOCIAUX le jour du 8 mars.

Mais, pourtant, cette journée reste l’une des pires à vivre en tant que femme, la fête étant gâchée trop souvent par quelques gros beaufs à l’humour suspect. Car cette journée est aussi celle des blagues sexistes – style « Ne rangez pas les filles, vous le ferez demain! Mouarf mouarf mouarf » – parfois vaseuses voire carrément gênantes sous prétexte de « déconnade ».

Je regrette que cette journée perde de son sens et devienne le jour de la libération des propos machistes (oui, même si ça paraît drôle pour quelques uns). Prétextant la « blague », l’insoutenable légèreté du beauf nous fait crouler, nous femmes, sous la pesanteur de propos machistes toute une journée.

Rabat-joie sans humour? Peut-être.
Féministe atterrée. Certainement.