Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

La défaite idéologique

C’est une évidence depuis longtemps : la « Gauche » a perdu la bataille idéologique.

En renonçant à des valeurs inhérentes à ce que la gauche a toujours présenté, en refusant d’accepter la part de son histoire, en se perdant dans le jeu du « pragmatisme« , fabuleux qualificatif à tiroirs qui permet de dire tout et son contraire. Et souvent son contraire.

Fin !

Fin !

 

La Gauche a perdu la bataille idéologique en ayant accepté non seulement le vocabulaire mais aussi et surtout les connotations attribuées à ce dernier par la « Droite ». Notons les guillemets, car évidemment toute la gauche française n’est pas le PS, déjà parcouru de différentes sensibilités, et toute la droite française n’est pas représentée par l’UMP, elle-même motivée de nombreux courants. En ce qui concerne la gauche plus radicale, l’on retiendra ceci : si l’idéologie est encore très présente, cette faction politique est justement (et malheureusement) fortement inaudible. (lire ce qui suit pour avoir une idée) De manière intéressante, cela semble aussi être le cas dans des pays voisins (pensons UK, pensons Allemagne, pensons Espagne, pensons Italie, pensons…)

L’on peut se demander d’où cela vient. Pourquoi avoir accepté ce qui, au final, était des idéologèmes propres à un discours assez brutal, violent et surtout fortement déconnecté de la réalité des idéaux de gauche ? La réponse la plus immédiate, peut-être, peut se trouver dans une confrontation simple, sinon simpliste, des forces conservatrices et progressistes, chacune prise dans un sens somme toute assez large. L’on ne saurait que penser à Alynski qui préconisait en son temps de combattre l’ennemi avec ses propres armes (règle 4, un peu modifiée, j’en conviens). Ainsi, afin de contrer un discours simpliste et agressif [1] l’on a eu recours, nous aussi, à ces mêmes termes. Ainsi, afin de mieux répondre aux attaques de la Droite, qui, il faut l’avouer, excelle en agression(s) de tous genres, l’on ne prend plus le temps de démonter l’argumentaire. [2] Il faut répondre par une réaction, à chaud. Exemple concret : Vous me traitez d’idéologue ? Non, je suis « pragmatique« , « réaliste », « plein de bon sens« , comme si le bon sens signifiait quelque chose de tangible [3]. Vous me traitez d’angélisme ? Que nenni, je suis « sévère« , « strict » mais toujours « emprunt de justice« .

Je vous entends, charmantes lectrices et fervents lecteurs, il serait plus constructif de pointer que toute faction politique est idéologue, le pragmatisme ne venant que de la façon d’appliquer son idéologie en fonction de la conjoncture à un moment donné. L’idéologie fixe un cap. Le pragmatisme (philosophiquement, mais cela ne change rien à l’acception actuelle) n’est rien de plus qu’une pensée à tendance empirique. En cela, on ébauche une hypothèse, on vérifie selon les données factuelles et on corrige le tir. De manière amusante, ceux qui se disent « pragmatiques » (à savoir les ultra-libéraux – pour ne pas dire capitalistes, ce mot étant tombé en désuétude en même temps que le Mur) ont démontré une flagrante inadéquation entre la réalité, l’application de leurs propositions et leurs ébauches de théorie. Je vous invite à relire quelques-uns des exemples donnés plus haut.

Cela provient de choses assez évidentes. D’un côté, le temps actuel est beaucoup plus court, il faut réagir dans l’instant : ère télévisuelle, mais aussi et surtout informatique, notamment avec les instantanés tels Twitter. De fait, il faut être marquant, utiliser des expressions violentes (« psychose« , « kärcher« , « peur« ) pour se faire entendre. Cela, déjà, est vieux. Bref, nous reculons sur le terrain idéologique simplement par paresse intellectuelle, par facilité envers des médias trop gourmands de scoops mais aussi et surtout par clientélisme envers une population avide de divertissement (même politique !) plutôt que de réflexion calme, posée et raisonnée. Ourobouros, le serpent qui se mord la queue.
De manière très intéressante, l’on peut ainsi remonter plus loin et se rendre compte que la Gauche ne pouvait que perdre, car les dés sont pipés dès le départ. Le monde actuel étant malheureusement fondé sur un besoin de vendre continuellement (voire de se vendre) il était évident que le divertissement prendrait le pas sur le débat et la raison. (pour un développement plus exhaustif, se référer à Neil Postman sur le sujet) Ainsi, la Gauche se voit obligée d’entrer dans un jeu dont elle dénonçait les règles, pour espérer elle-même survivre. Et de faire continuellement des changements symptomatiques – changement de « style », changement de vocabulaire – entraînant un véritable changement systémique, détruisant peu à peu les fondements d’une idéologie. A croire que, finalement, l’hypothèse de Sapir-Whorf se soit véritablement révélée exacte. Ainsi, à trop parler comme nos opposants, nous sommes devenus nos opposants. L’influence s’est révélée.

 

Quelle n’est donc pas la surprise d’entendre notre Cher Premier employer toute la violence du discours que tient, depuis un temps, l’aréopage de l’UMP (pour ne citer qu’eux, je ne ferais pas plaisir aux cracheurs de feu de parler de leur flammèche) à propos, au hasard, des Rroms, reprenant le cliché de la non-compréhension du monde actuel, de l’ancrage bête et forcené dans son idéologie, du refu, en fait, de voir le monde tel qu’il est. Avilissez vos opposants en les montrant comme puérils et immatures et la victoire est vôtre. Manuel Valls vient de révéler son vrai visage, celui de l’échec. Refusant ce dont il vient, niant sa famille politique même (complexe œdipien tardif, sait-on jamais !) le voilà tendant les bras à une faction politique, le Modem, qui, quoiqu’honorable, ne défend pas les idéaux socialo-communistes. Symbolisant cette défaite, il semble ainsi l’incarner et vouloir la porter au pinacle. Une sorte de Gaius Cassius Longinus des temps modernes, quoique, osons-le le noter, ce dernier avait beaucoup plus de panache. Voyons-le plutôt comme Anténor, qui fait entrer le cheval chez Priam.[4]

Domenico Tiepolo - Procession du cheval de Troie

Domenico Tiepolo – Procession du cheval de Troie

Notons uns chose simple. Cette idée de pragmatisme présentée comme « moderne » est une stupidité sans nom. La Critique du Programme de Gotha précisait, déjà, que l’idéologie socialo-communiste ne vivait que de temps présent et par conséquent devait sans cesse évaluer les mesures à prendre pour mieux coller à l’idéologie, à savoir la direction dans laquelle l’on désirait aller, l’avenir que l’on souhaiterait créer.

Mais notre Premier semble l’ignorer.

 

Fermons la parenthèse. Comment combattre cette défaite ? Comment la repousser, la refuser alors qu’elle est, en ce jour, institutionnalisée ?
La solution est simple. Refuser en bloc d’entrer dans le jeu. Quitte à perdre des élections en ayant refusé d’entrer dans la désormais incontournable campagne « de personnalité » (« vous voyez, je suis trop sympa et j’aime les caramels » et autres conneries débonnaires) pour se concentrer sur le fond. Lorsque, étant systématiquement sur le banc de touche, les électeurs s’apercevront que les joueurs qu’ils ont nommés sont incapables, alors, seulement, l’on pourra reconstruire. Certes, l’on sera certainement passé en 2e division entre temps.
Un pire pour un mieux, l’on ne construit pas un édifice durable en deux coups de cuiller à pot.

 

Il y a du boulot !

 

[1] Notons par exemple des tournures comme « privilégiés » pour parler de personnes démunies, de « profiteurs » pour une population entière de personnes bénéficiant d’aides, de « bouclier fiscal » qui laisse entendre une défense légitime, « identité nationale » dont le caractère oxymorique est presque amusant, « pragmatique » employé à contre-sens et dépecé de son aspect philosophique, etc. etc. Il y a de quoi faire ! Un dernier exemple qui hérisse toutes les fibres capillaires de mon petit corps reste tout de même « Realpolitik » qui ferait se retourner dans sa tombe le grand Bismarck !

[2] Exemple récent de la « Théorie du genre » qui est une connerie idéelle. On pourra revenir dans un autre article sur cette formulation, très critiquable.

[3] Parce que là, en effet, l’on se fourvoie violemment dans l’argumentum ad populum !!

[4] Si vous n’aimez pas la mythologie, tant pis pour vous. Dans tous les cas, MV précédemment nommé s’est installé comme une gangrène et tente désespérément de détruire l’édifice socialiste de l’intérieur…