Foll-ie ambiante

L’image est bien choisie. L’homme remet sa veste, le regard porte sur la droite, les lèvres serrées, l’air sérieux, fort et déterminé. Le bouton de manchette ouvert témoigne d’un homme qui n’a pas peur de retrousser ses manches, de se mettre au turbin avant d’enfiler de nouveau son habit de scène, celui de l’homme d’expérience, qui a obtenu, lui, un costard en travaillant, comme pour faire écho a d’anciens propos de notre très (trop) surestime président. Le tout servi joliment par Libération, qui nous avait habitué à mieux.

Libé, version Le Foll

La couleur est annoncée fort rapidement, Stéphane le Foll n’est pas du genre à perdre son temps en tergiversations oiseuses. « Je suis là pour agir, » déclare-t-il. On imagine bien le ton, rauque et grondant, de l’ancien ministre de l’agriculture. L’action, pour Stéphane le Foll, passe par des « assises du socialisme », un concept flou, plus proche de la masturbation intellectuelle avec pince à épiler que de la Seconde Internationale. Voyez-vous, cher-e-s camarades, nous préparons le congrès d’Aubervilliers, pas celui de Paris. A chacun sa version cheap. Entre deux phrases crasseuses bourrées de lieux aussi communs que Chatelet un samedi midi, Stéphane le Foll, dont le nom ne laisse rien présager sur ses métabolismes neuronaux intrinsèques, nous enseigne que « le PS doit reprendre confiance en lui. » Il est vrai qu’avec a peine plus de 6% aux dernières élections, avec un parti désorganisé et désolidarisé du candidat Benoit Hamon, il semble parfaitement logique et rationnel que le parti ait plus de problèmes d’ego que Poil de Carotte devant sa mère.
Peu enclin a la langue de bois, notre cher ancien porte-parole ose dire la vérité vraie, véritable, et avérée (mais aussi véridique et exacte !) : « nos mots sont uses ». A force de les employer, nos sophismes aussi, et les couleuvres que les militant-e-s ont ingurgite de force ces dernières années commencent à être surannées. Sa sincérité et sa modestie sont tout a son honneur, lui qui estime que sa notoriété et son expérience permettront au parti de se redresser. Passons rapidement sur ces paroles élégantes, et tentons de ne pas nous perdre en interprétations freudiennes trop hâtives.

« La loyauté fait partie de nos valeurs socialistes. On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons. La loyauté, c’est une condition sine qua non de la réussite collective. »
Il est vrai que notre ancien ministre brille par son exemplarité et sa loyauté légendaires. Entendons, par cet adjectif, ce « qui n’existe que dans les légendes ou dans la fiction. »
Oublié, son soutien conditionnel à Benoit Hamon lors de la campagne de 2017, malgré la légitimité obtenue par le résultat des primaires. Oublié, son tropisme macroniste, pour ce parangon de la loyauté socialiste. Mais passons, cela n’est que petitesses et mesquineries. L’ancien ministre, qui, dès mai dernier affirmait vouloir « participer à la réussite [du] quinquennat [de Macron] » est loyal. Non pas la réussite pour le peuple, mais celle du gouvernement. Lorsqu’un ventre mou parle d’être « constructif », il entend vraiment « ne pas s’opposer ». L’opposition, la critique argumentée, tout cela n’est pas constructif. Piketty et ses 1000 pages ? Un vilain provocateur. La loyauté de le Foll est avant tout dans les personnes, et non dans les idées. Accordons sur un point. « On ne peut pas tout le temps accepter les trahisons, » déclare-t-il, après n’avoir pas fait campagne comme son adhésion au parti l’y obligeait pourtant, après avoir défendu bec et ongles un gouvernement dont le penchant libéral a mené directement le parti a perdre sa « confiance en lui » et qui est allé jusqu’à trahir les idéaux d’écologie dont lui-même, alors ministre de l’agriculture, se prétendait le chantre.

L’écologie est d’ailleurs au cœur de son programme. Un aéroport, qu’est-ce donc face au sujet global ? lâche-t-il finalement. Il est vrai que notre brillant camarade s’y connait en écologie. Ministre de l’agriculture, il fit s’empressa d’exhorter les député-e-de ne pas voter en faveur d’une interdiction des pesticides aux néonicotinoïdes, de belles saloperies écologiques (et je pèse mes mots). Il serait un peu inélégant de ne pas rappeler les autres faits d’armes de notre inénarrable camarade. D’ailleurs, il reconnait lui-même son expérience dans le domaine. Mentionnons ainsi, en passant, la rupture de sa promesse d’interdire les dérogations accordées aux agriculteurs pour l’épandage aérien, si ce dernier présente un avantage économique pour l’agriculteur-trice. Et puis merde si les abeilles meurent, avec la montée du végétalisme, qui mange encore du miel ? Bourreau d’insectes !
Enfin, nous pourrions citer son appui fort auprès des instances européennes, avec l’Italie en tête, de reprendre les subventions à la culture du tabac. Et ceci, camarades, malgré la réticence de Dacian Cioloș, commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural, et des efforts du l’UE pour combattre le tabagisme. Mais ne nous arrêtons pas sur ces considérations vulgaires. Après tout, qui se soucie de l’écologie ? C’est un sujet global, vous dit-on.

Pas de trahisons, non plus, sur l’idéologie : peut-on vraiment reprocher à un homme qui juge que la déchéance de nationalité, « c’était une bonne décision » d’être en désaccord avec les idéaux socialistes ? Christiane Taubira, bien connue pour être une femme de droite, démissionnera en janvier 2016 suite a ce débat ignoble, qui aura fait débuter l’hémorragie militante du parti.
L’on pourrait encore passer des heures à rire sous cape des contre-vérités énoncées, sans rougir, sur le port du voile, non sujet s’il en est, mais tellement démagogique. Nous pourrions continuer à rouler des yeux cinq fois dans nos orbites jusqu’à créer un vortex infernal en voyant ses effets de manche pour tenter de reprendre le revenu universel défendu par Benoit Hamon sans accepter de le reconnaitre – et ainsi de se tromper sur la nature réelle du RU (mais peut-être l’aurait-il mieux su s’il avait fait campagne ?) Nous pourrions enfin soupirer à la seule phrase possiblement honnête de tout l’entretien, celle ou l’ancien porte-parole déclare qu’il n’y a, finalement, que peu de différence entre Olivier Faure et lui-même, sinon « l’expérience et l’incarnation. » Ajoutons a cela de belles chevilles bien enflées.

En définitive, Stéphane le Foll nous a ressorti les parfaits couplets des anciens hollandais et autre ventre mous du parti. Pas de décision cinglante, pas d’axe idéologique majeur, surtout pas de vague, en rester au maximum au statu quo, quitte à être dans un suivisme beat d’Emmanuel Macron. On nous propose, entre le Foll 2.0 et le Foll version débutant (i.e. Olivier Faure, suivez, un peu !) un socialisme de pacotille, qui passera son temps à tenter de colmater d’une main les brèches énormes qu’elle laisse passer de l’autre. Martine Aubry, ancienne figure trop taiseuse durant le dernier quinquennat, et ayant adoube le Foll pitchoune, a d’ailleurs, dans cette parfaite continuité d’inaction criante, affirme que « rose pale, c’était pas mal ». « [Le Parti Socialiste] s’est tue tout seul, et dans le précédent quinquennat, » lâche-t-elle d’ailleurs.

Et l’on voudrait poursuivre avec des héritiers du hollandisme ?

Ite, missa est.

Motion B : une idiosyncrasie

Une fois n’est pas coutume, je vais parler de ma petite personne et de certaines expériences – historique palpitant, à n’en pas douter – afin d’expliciter plus avant les différents choix moraux et éthiques, idéologiques et intellectuels qui peuvent expliquer ma position actuelle.

 

Ayant eu l’extrême privilège, que je sais, de vivre dans 5 pays différents, dont un à l’autre extrémité antipodale de ce petit globe terrestre, ma vision des choses environnantes n’a pas uniquement été le fait d’un passé familial, bien que ce dernier y eut contribué, mais fut aussi le fruit d’expériences et ouvertures culturelles que j’ai, respectivement, effectuées et vécues. Il est inutile de préciser que, enfant de l’Europe, je vois en la construction de cette Union une véritable révolution, au sens où cela constitue, dans notre histoire, une nouveauté brusque, brutale et inattendue. Qui, en effet, aurait pu penser construire un tel édifice, peuplé par des peuples aussi variés, tous regroupés autour d’un idéal ? Si nous sommes loin de l’aboutissement logique de cette révolution, à savoir une véritable fédération, le chemin est tracé, et il nous est donné de le dessiner pour mieux le confirmer.

 

Le point central de mon expérience, chères lectrices, chers lecteurs, n’est pas tant le fait d’avoir déménagé aussi souvent que cette idée centrale, véritable pilier, d’avoir pu découvrir, à travers chaque culture, aussi bien française, finnoise, qu’allemande, anglaise et, finalement, japonaise, que chaque individu est une partie d’un ensemble plus grand, d’un intérêt souvent supérieur.

Comprenons-nous, avant que de recevoir un quelconque jugement en stalinisme (à tort ou à raison, on décidera plus tard). Il ne s’agit pas de n’être qu’un visage perdu dans une foule et devant se confiner à un anonymat quelconque en refusant les personnalités individuelles. Le chimiste que je suis peut facilement faire un parallèle avec la matière. Les molécules sont composées d’atomes (nous nous arrêterons là et considérerons ces derniers comme particules élémentaires afin de ne pas troubler l’esprit, certes vaillant, mais potentiellement fatigué, de notre délectable lectorat). Que chaque atome ne soit qu’une subdivision de cet assemblage moléculaire – ou macromoléculaire, ou supramoléculaire ou ionique, ou… – est une évidence pour tout scientifique. En revanche, chaque atome, perdu dans cette nasse de liaisons, covalentes ou ioniques, est d’une importance capitale. Changer un carbone pour un oxygène nous fera passer un hydrocarbure en alcool, ester, aldéhyde ou cétone, remplacer un hydrogène dans une molécule d’eau par un atome de sodium résultera en soude caustique. Ce qui est un peu différent, convenons-en.

Chaque élément interne à la structure est donc primordial. Mais si l’on ne peut limiter la structure moléculaire à un seul de ses atomes, l’on ne peut simplifier la particule élémentaire à la structure supérieure. Ainsi donc, il existe une interdépendance inhérente à tout assemblement particulaire.

L’oxygène dans l’éthanol n’agit pas en tant qu’oxygène (singulet, doublet ou ce que l’on veut) mais en tant qu’alcool, son hydrogène voisin apportant sa (petite) contribution. Ainsi, cet atome n’agit plus tant en tant que lui-même, mais ajoute à la structure une qualité – qui lui est propre – pour contribuer à un effet qui affectera toute la molécule. L’éthanol n’est pas important en tant qu’assemblage atomique – il suffirait s’injecter le même ratio de carbone, oxygène et hydrogène pour voir que l’effet ne serait malheureusement pas équivalent – mais en tant que formation supra-élémentaire (pardonnons ce langage fort peu scientifique).

 

 

Et pourtant, il n’y a vraiment pas beaucoup de changement entre chaque molécule, à première vue, si ? (chimie version maternelle)

Et pourtant, il n’y a vraiment pas beaucoup de changement entre chaque molécule, à première vue, si ? (chimie version maternelle)

 

 

Le lectorat le plus vif aura déjà compris la convergence de mon propos. Il semble donc fortement naturel, et j’aimerais insister sur la signification intrinsèque de ce terme, à savoir « qui est le propre du monde physique », que tout assemblage soit le fait de ses composants, et que chaque composant, quoique régissant les propriétés supérieures de cette construction, n’est plus tel en tant que tel.

Léon Blum l’avait parfaitement résumé, en écrivant que « La mission principale du socialisme (…) [était] de réveiller chez l’homme le sens du désintéressement, d’exalter dans chaque action individuelle des mobiles supérieurs à l’intérêt personnel ». Ainsi donc, le socialisme a pour but de faire des humains des atomes reliés entre eux, maillage solide d’une plus grande assemblée, d’une structure supérieure, en vue de lui donner les caractéristiques souhaitées. Il s’agissait donc d’une démarche à proprement parler naturaliste, au sens littéraire : « reproduire la réalité avec une objectivité parfaite et dans tous ses aspects, même les plus vulgaires. » (définition zolaesque)

Ainsi donc, la défense du socialisme, selon les mots de l’ancien président du Conseil des Ministres de la IIIe République, passe par un appel à la recherche de l’intérêt général. Il n’est donc pas étonnant de retrouver cette illustre référence en tête de la Motion B, redéfinissant le socialisme comme la continuité d’un combat historique, ancré dans son époque, et donc en lien avec icelle, et tourné vers l’avenir. Histoire de conclure notre parallèle avec la Science de la Matière citée précédemment, « Plus empirique, tu meurs ! »

 

Cette vision de la recherche de l’intérêt général n’a pas été nécessairement immédiate. Je ne vous ferai pas, cher auditoire insigne, l’exécrable cadeau que de vous expliquer mon cheminement intellectuel par le menu, mais, par le biais d’expériences et anecdotes, d’en « rompre l’os et sucer la substantifique moelle. » (que voulez-vous, j’ai toujours été rabelaisien dans l’âme)

De manière intéressante, l’une des premières discussions que j’ai pu avoir en arrivant au pays du Soleil Levant concernait la cohésion sociale d’icelui. Le professeur avec qui je commençais alors de travailler me présenta son pays comme, je cite : « Le pays le plus communiste au monde. » Outre la plaisanterie, issue d’une légère exagération de la réalité, le constat avait quelque chose d’assez vrai. Evidemment, il ne s’agit nullement d’une coloration gouvernementale, quiconque a regardé de près les discours de ce très cher Shinzo Abe aura apprécié (ou non) son penchant nationaliste et ultralibéral, doux euphémisme. Là est un autre débat.

Je ne vais pas m’appesantir sur la situation économique actuelle du Japon. Il s’agit, nous le savons, d’un pays caractérisé par un très faible taux de chômage, 3,5% en 2014 après un taux historique de 5,7% en 2009, soit environ 4 millions de personnes. Il faut constater que cette hausse a été majoritairement due à la crise des années 2008-2010. Ce faible chômage est souvent décrit comme issu de trois facteurs : faible niveau d’emploi des femmes, population vieillissante et abaissement des salaires en cas de crise. (fortement bien résumé par Noah Smith)

Si l’on veut comprendre la boutade de ce professeur, il faut tenter d’assimiler « le fond de la culture » pourrait-on dire pour parodier Figaro. Les concepts de Honne (本音) et Tatemae (建前), ainsi que ce qui semble être la dichotomie inhérente à cette dualité peuvent expliquer cette volonté d’unisson, de cohésion. Je vous renvoie à un article plus détaillé sur ce passionnant aspect culturel. Loin d’être un refus de soi, une abnégation de toute sa personnalité, la contribution de l’individu au groupe est ainsi favorisée. Ainsi, anecdote personnelle trépidante, l’on a pu, petits 外国人 que nous étions, observer ce que d’aucuns auraient décrits à tort comme des « métiers inutiles », par exemple la personne présente à l’entrée du magasin pour saluer les clients, ou l’officier de circulation s’excusant avant et après les détours dus à des travaux routiers. Cependant, il serait ridicule de mépriser de telles fonctions. En effet, celles-ci sont créatrices de lien social. Et fait primordiales. Plutôt que de bougonner en voyant un camion entouré de trois marteaux-piqueurs, une personne nous explique poliment qu’ils sont désolés des troubles que cela créé. Magique. Si quelque chose empêche un bon écoulement, s’il y a un obstacle quelque part, plutôt que de laisser ce dernier déchirer la liaison qui venait de s’établir entre deux membres – a minima – de cette structure, cette dernière s’en voit ainsi consolidée. C’est exactement ce lien social qu’il nous manque, en France. Ce lien social fort qui fait que, comme le disait, un peu ironiquement, ce professeur d’université, le Japon est communiste. (toute proportion gardée)

Cela est à des lieues de ce qu’a pu prôner un ministre de l’économie récent, exhortant toute une classe d’âge à l’enrichissement personnel, plutôt que d’appuyer le besoin de construire un édifice commun. Le futur, n’en déplaise à certains autoproclamés pragmatiques et réalistes, se construit en groupe et non sur des pilotis dorés branlants et instables.

C’est pourquoi l’on ne peut, non plus, s’exclamer, devant un parterre du MEDEF, « j’aime l’entreprise ». Outre la stupidité d’une telle déclaration – qu’a donc à faire l’amour en politique sinon être un bien vilain sophisme ? – les mesures préconisées par le MEDEF n’ont jusqu’ici eu aucun contribution positive à l’intérêt général. Radotons s’il le faut, il faudra savoir donner tort à la vieille maxime « on ne prête qu’aux riches. » Et cela, soyons honnêtes, est clair pour les tenants de la Motion B.

 

Je ne vais pas non plus revenir outre mesure sur l’inanité des Abenomics, l’effet d’aubaine n’aura fonctionné qu’un temps, paupérisant plus encore une partie de la population. Et c’est là, véritablement, que se déroule toute l’affaire. Nous le savons depuis Krugman, nous l’avons revu avec Piketty, et nous pouvons nous en resservir une tasse avec Lordon, la politique libérale, fût-elle « sociale-libérale » (aussi appelée « Capitalisme Light », autant de finance, zéro calorie) ne fonctionne pas et ne saurait fonctionner. Avoir vu la réélection de Abe en décembre dernier fut assez désagréable, surtout avec à peine plus de 54% de participation. Avoir subi à présent de plein fouet la réélection de Cameron, avec ce que cela signifie en termes de régressions sociales, n’est guère plus enchanteur.

 

 

Rafraîchissant, non ?

Rafraîchissant, non ?

 

 

Le vieux modèle est périmé, plutôt que nous y entêter, il serait peut-être intéressant de penser à une alternative. Ce n’est pourtant pas faute d’exister, ni même d’avoir fait ses preuves.

C’est pourquoi, montebourgeois lors de la dernière primaire de 2011, il m’est apparu comme naturel de défendre nos idéaux socialistes historiques, de les affirmer et les réactualiser, en refusant tout glissement dangereux dans les eaux néolibérales, fussent-elles tempérées de « social » en guise de préfixe.

 

Petit chimiste vindicatif, mon engagement auprès de la recherche a aussi aidé à renforcer cette adhésion. Militant auprès de Sauvons la Recherche, le CIR me fait évidemment bondir, non seulement en raison de son inanité mais aussi à cause de la niche fiscale que cela constitue. Le fusionner avec le CICE est donc une évidence, afin de réorienter les deniers publics vers les entreprises les plus nécessiteuses, en particulier les PME. Ce qui semblait être une évidence lors de l’élection de 2012 est à présent devenu un gros mot pour ces mêmes « pragmatiques » susnommés. De manière similaire, les beaux discours tenus lors d’une certaine université d’été en 2012 par notre chère Ministre de la Recherche ont finalement accouché d’une souris, appelée loi ESR.

Encore une contradiction gouvernementale.

Comme la non-renégociation du traité de stabilité européen enfonçant un peu plus l’Europe dans la mouise, (forgive my French) comme nous l’avait écrit brillamment Marie-Noëlle Lienemann en 2012. L’Europe est aux mains des libéraux – après tout, c’est la loi des élections – mais que nous aurions pu infléchir. Nous pouvons toujours l’infléchir. L’Europe oui, mais l’Europe libérale, c’est « нет товарищ ». Le poids des conservateurs est tel que l’idéal d’Europe sociale est encore loin de voir le jour. Lorsque l’on voit ce que les politiques imposées à Athènes ont entraîné, l’on est en droit de douter que cela arrive un jour.

Je vous arrête. Argument d’autorité ou non, l’on pourra difficilement me faire un procès en euroscepticisme, non seulement pour avoir vécu dans 4 pays européens, mais surtout pour avoir appartenu à une fabuleuse association de découverte européenne, tout en étant toujours membre de Sauvons l’Europe.

L’Europe, oui, progressiste.

 

Si le terreau idéologique était déjà présent, l’avantage d’avoir été confronté à d’autres cultures a peut-être été le plus décisif, en ce qu’il a été évocateur du besoin de « vivre ensemble » et de recherche de l’intérêt général. Ce n’est pas une surprise si un ancien grand président l’avait déjà prononcé fièrement lors de son discours d’investiture  : « ask not what your country can do for you–ask what you can do for your country. »

Pourquoi ce sera la B

En ces temps de déchirement interne au Parti Socialiste, au moment même où notre Grand, Cher et Bien-Aimé Premier s’amuse, une fois de plus, à tenter d’écraser ceux qui s’opposent à lui en leur faisant un procès d’intention, prétendant ainsi que quiconque ose critiquer l’orientation du gouvernement est incapable d’accepter la démocratie interne du Parti (vous voyez bien le subtile sophisme ?), en ces temps, donc, où tout militant relit les traités de Nostradamus afin de savoir quels astres suivre pour être élu à sa Fédé, être en 30e position sur les listes des futures régionales ou avoir sa photo avec le/la candidat-e de 2017, en ces temps de désordre interne et de lutte fratricide s’annonce, lointain, le but ultime de ces mesquines manœuvres : le Congrès de Poitiers.

Plusieurs motions ont été présentées, une seule sera mise en branle (clin d’œil aux strauss-kahniens, classe comme le Carlton), cela s’appelle la démocratie interne. Jusqu’ici, rien de bien palpitant, lecteur intrépide et lectrice téméraire. Dans cette lutte fratricide (on ne dit hélas pas « camaradicide ») qui se joue, il faut donc arriver à faire le tri entre ce qui a du sens et ce qui n’en a guère.

congres-de-poitiers

Vos chers et dévoués (quoique peu rapides et, ces derniers temps, peu productifs) auteurs de Sakharoz soutiennent de tout leur coeur – mais aussi et surtout de tout leur esprit, la Motion B.

 

Pourquoi ?

 

  • Parce que nous sommes fortement épris de notre héritage culturel et idéologique, que nos références sont de Gouges, Proudhon, Blum et Jaurès, et considérons que nous devons nous appuyer sur ces dernières pour pouvoir progresser. Parce que nous avons remarqué un revirement violent depuis 2012, des compromissions inadmissibles pour un gouvernement socialiste et que nous considérons que la seule voie encore non employée passe par un socialisme pugnace et fier de ses couleurs. Nous refusons le sordide « Il n’y a pas d’alternative à gauche » scandé depuis près d’un an par notre Premier Ministre, dont on est en droit de questionner l’engagement au PS, faisant écho à l’odieux TINA de Margareth Thatcher. Si les mots on un sens, le dérapage sémantique a entraîné un virage idéologique inquiétant.
  • Plus encore, outre des questions idéologiques, nous considérons que les déclarations d’amour aux entreprises, sorties aussi nulles qu’imbéciles en politique – depuis quand la politique est-elle affaire de sentiments ? – ne peuvent se faire sans un contrepoids efficace. C’est pourquoi le CICE et le CIR (critiqué récemment, mais reprenant d’anciens articles et analyses) doivent être recentrés, qu’il faut arrêter de dépenser de l’argent dans ce qui est – appelons un chat un chat – une niche fiscale.
  • Parce que, aussi, nous pensons que la finance n’a pas à être centrale ni omnipotente et que nous avons un devoir citoyen à l’encadrer et à la réguler. Parce que, en réalité, nous avons été déçus, choqués et bafoués lorsque nous avons compris que la réforme fiscale du candidat Hollande de 2012 ne verrait jamais le jour, au grand dam d’un Piketty.
  • Parce que nous aimons l’Europe et voulons la renforcer. Parce que nous n’avons pas apprécié la signature du traité de stabilité, parce que nous vouloons une Europe sociale, parce que nous voulons cesser avec le racket que l’on impose aux pays du Sud de l’Europe à travers le bel euphémisme « d’austérité ».
  • Parce que l’écologie n’est pas qu’un mot qui doit ponctuer les phrases mais un véritable choix de société, et qu’écologie, nous le savons depuis un certain Karl, est inhérente au socialisme, quoique depuis trop longtemps oubliée.
  • Parce que l’égalité entre citoyen-ne-s passe par l’éducation, une éducation qui permette à tout un chacun d’avoir les mêmes chances, par un accès égal à la protection sociale, bien mise à mal. Par une meilleure redistribution des richesses, et plus uniquement prêter aux mieux pourvus. Une société pérenne est une société solidaire.

 

 

Nous ne choisissons pas la Motion D car trop fourre-tout et trop « boîte à outils », et nous préférons des engagements clairs afin d’avoir un objectif précis. De même, la Motion C, quoique présentant des idées intéressantes envers l’écologie, ne nous semble qu’un ensemble de rustines à appliquer sur un vieux pneu éclaté. Soyons honnêtes.

 

Qu’en est-il de la Motion A ? Quiconque l’a lue aura pu remarquer que, suite à l’incompréhensible adhésion de Martine Aubry à celle-ci, le ton est similaire à la motion B. Ce serait une erreur que le croire. La Motion A est la motion de l’hypocrisie et du mensonge, affirmant un texte ouvertement progressiste signé par un gouvernement ayant prouvé sa capacité à se contredire. Un concentré de tartuferie et de fourberie.

 

  • Comment croire une Motion qui prétend « Nous sommes opposés à une nouvelle extension du travail du dimanche » tout en étant signée par un gouvernement ayant oeuvré en ce sens ? Christian Eckert a ainsi été incapable de justifier ce grand écart, dû à la loi Macron.
  • Comment croire une Motion qui annonce « L’encadrement des loyers doit être mis en place pleinement » alors que cette disposition présente dans la loi ALUR de Cécile Duflot a été supprimée par le gouvernement Valls, signataire de la Motion A ?
  •  Comment croire une Motion qui veut « Accroître le pouvoir d’achat et œuvrer pour la justice sociale » alors que la valeur du point dans la fonction publique est resté gelé ? Qu’à part les 6,45 € de « coup de pouce » au SMIC en 2012, aucune augmentation n’a été faite ? Que, malgré la campagne des Présidentielles, la durée de cotisation pour la retraite a été allongée de 6 semestres ?
  • Comment croire une Motion qui a le toupet d’affirmer vouloir remettre « La fiscalité au service de la croissance et de la justice : nous croyons à l’impôt progressif et redistributif » alors que ses signataires, notamment ministres, ont fait partie de ceux qui ont voté l’augmentation de la TVA, pourtant qualifiée par notre Parti comme injuste ? Comment croire cela lorsque, de plus, la demi-part pour veuvage a été supprimée ? En augmentant les impôts des classes moyennes, tout en développant un nombre épatant de niches fiscales à travers « pacte de responsabilités » et « pacte de compétitivité », cadeau de plus de 40 milliards d’euros aux grands groupes, déjà choyés ?
  • Comment croire un Motion qui affirme « Remettre la finance à sa place ! » alors que la loi bancaire n’a pas touché à la banque universelle, qui continue de faire courir les mêmes risques qu’en 2007 ? Et que la très vantée réforme fiscale n’a pas eu lieu ?
  • Comment croire une Motion qui assure que « La réindustrialisation de la France est un objectif fondamental pour les socialistes » alors qu’aucune nationalisation provisoire, comme annoncée un temps par Arnaud Montebourg, n’a été effectuée ? Ajoutons que le gouvernement, qui soutient cette motion, compte un certain ministre de l’économie ayant déclaré que « [son] job n'[était] pas de préserver les emplois existants ».
  • Comment croire une Motion qui présente que « Dans l’entreprise, les salariés, pour être respectés, doivent avoir des droits » alors que, parallèlement, elle s’inscrit dans une démarche de pilier du gouvernement, dont une loi en cours fragilise le Code du Travail ?
  • Enfin, comment croire une Motion qui déclare vouloir « Renforcer le droit d’initiative et de contrôle du Parlement » tout en défendant l’usage du 49.3 ?

 

La Motion A, dans son texte, est impeccable, soyons d’accord. Hélas, il nous faut parodier Rabelais et expliciter que texte sans contexte n’est que ruine de l’âme. Or nous l’avons vu, le grand écart effectué entre les actions passées et en cours des signataires de cette motion dite « de rassemblement » – ignorant superbement le fait que TOUTE motion cherche à rassembler après elle, avec un dédain et un mépris grossier envers toute idée différente – ainsi que les actes du gouvernement qu’elle déclare soutenir, est aussi épatant que le grand écart réputé d’un certain acteur belge.

 

Camarades, le congrès est clair. Pour nous, afin de faire avancer le socialisme et de permettre non seulement à notre pays mais aussi et surtout à l’Europe de progresser, seule la Motion B est viable.