Farewell, my friends

Il m’a fallu du temps pour retrouver ma plume. Torpillé par les résultats du référendum, abattu par une nuit de comptage au Guidhall de Cambridge, estomaqué, groggy, par la violence du résultat du référendum britannique, il aurait été impossible de ne pas mitrailler à tout-va.

Les propos qui suivent sont épars. Ils peuvent aussi être de mauvais ton. Peu me chaut.

On aurait pu garder tout cela...

On aurait pu garder tout cela…

 

Après quatre mois de campagne à arpenter le Cambridgeshire – région « facile » pour Remain – à aller à la rencontre de la population locale, des heures de discussion enflammées, d’argumentation, d’emportement, de chansons et de vélo (il ne faut pas oublier l’essentiel) le résultat est tombé. Le Royaume-Uni quitte donc l’Union Européenne sous les applaudissement des réactionnaires de tout bord.

Fatigué. Fatigué d’avoir eu à démonter les mensonges du Leave, à combattre l’ignorance et l’imbécillité de personnes haineuses et effrayées. Fatigué d’avoir eu à réexpliquer sans cesse le fonctionnement de nos institutions européennes, fatigué de se faire insulter, fatigué de se faire houspiller, prendre à parti, cracher dessus, fatigué de voir le visage bouffi d’orgueil de ces clowns racistes du Leave. Fatigué, enfin, d’entendre nos exégètes nationaux se regarder le nombril sans prendre la peine de comprendre le pays qui vient de s’amputer des deux jambes à coup de chevrotine.

Fatigué, enfin, par une nuit de comptage au guidhall de Cambridge, à avoir à souffrir l’attitude arrogante de Leavers agressifs. Fatigué d’avoir à entendre l’histoire de ma camarade du Labour me raconter qu’un Leaver lui a lancé, pendant le comptage : « Crickey, tell me when your cunt unfreezes » alors qu’elle lui avait signifié ne pas avoir besoin de leçons pour le comptage – leçons qu’il aurait certainement données, bouffi de condescendance et de machisme ordinaire. Fatigué de voir que les arguments racistes développés ici se propagent dans le monde entier. Fatigué de voir que la violence s’est banalisée, que le meurtre d’une MP, Jo Cox, n’a pas permis de faire réfléchir la population.

Accablé par la tristesse, de pleurer en groupe, de soutenir amis et collègues qui s’effondrent parce qu’ils se sentent avant tout européens, d’avoir à les réconforter lorsqu’ils annulent leurs vacances en Espagne par crainte d’être traité de connards, même de une directrice de publication, en charge d’une quarantaine de journaux académiques mondiaux, s’effondrer et sanglotter près de la machine à café. Fatigué de se sentir impuissant face à l’avenir qui a été volé à une frange entière de la population par de vieux conservateurs craintifs, aigris et mous du bulbe.

 

Exaspéré, de voir, au petit matin du 24, l’immonde Farage dire que l’une des plus grandes promesses faites par Leave, à savoir reverser à la NHS l’argent versé à l’UE, était une chose qui ne pourrait être faite. Enervé d’entendre l’odieux Hannan, Conservateur pour Leave, rétropédaler sur l’immigration, corroborant tous nos arguments. Irrité de voir l’idiotie de nombre de Leavers qui se sont aperçus de leur erreur, incapables de comprendre les conséquences de leur acte et de voir, lee même jour, Google UK se fare prendre d’assaut pour une simple requête : qu’est-ce que l’UE – après avoir voté pour en sortir.

Pendant ce temps, la livre dégringole, le marché s’affale. Boris Johnson ne sait plus quoi faire, le clown pensait que sa comédie prendrait fin vendredi, le voilà dans la même galère que son ancien ami Cameron (qui restera dans l’Histoire comme le pire premier ministre du Royaume-Uni). Pendant ce temps-là, nos politiciens font de la récupération. (Sauf le formidable Dany le Rouge) Pendant ce temps-là, nos exégètes se masturbent intellectuellement en croyant avoir compris le monde.

Peut-être Jean Quatremer a-t-il raison de dire que le Brexit est une chance pour renforcer l’Union Européenne et pouvoir mener, enfin, un véritable projet fédéral. Mais à quel prix ?

Ce que les personnes se réjouissant du Brexit feignent de pas voir est la rupture profonde que ce choix a marqué avec les idéaux fondateurs de l’UE, notamment avec le fait d’être « unis dans la diversité ». Oui, le Royaume-Uni s’est trop souvent comporté comme l’enfant gâté mal élevé qui en demande toujours plus et que l’on cajole. Fallait-il pour autant le sacrifier, en faire un exemple, voir sa chute prochaine pour la porter en étendard et montrer aux europhobes la conséquence logique de leurs idéaux putrides ? Je ne le crois guère. Cette posture montre une défaite due essentiellement à nous-mêmes. Nous n’avons pas su nous sentir Européen-ne-s. Regardons nos divisions, regardons nos mesquineries qui nous ravagent, nos enfermements sur nos petites nations pitoyables, à nous gargariser de « notre culture » dont nous ignorons tout, à nous diviser plutôt qu’à nous rassembler. Certes, le projet européen semble un peu flou à l’heure actuelle, notamment avec les crises successives qui demandent une réactivité ne permettant pas de prendre le temps pour l’élaboration d’un projet unificateur.

Nous, citoyen-ne-s n’avons pas su exprimer cet amour de l’Europe. La faute à nos politques locaux ? (ici, nationaux) Très certainement. La faute aux institutions européennes ? Vraisemblablement, la communication n’est pas le fort de Bruxelles. Mais c’est avant tout notre faute. Nous n’avons jamais réussi à transmettre notre attachement à un projet qui dépasse le concept éculé de nation. Où est le projet qui permet de se retrouver ensembles selon un choix que nous, peuple, aurions fait de nous retrouver dans un espace que nous aurions décidé, que nous fabriquerions à notre manière, de manière inclusive – et non plus exclusive comme nos pays fonctionnent – en travaillant unis plutôt que de s’opposer ? Où est cette envie qui devrait nous habiter de mettre la main à la pâte et de transformer l’UE actuelle en cet édifice ? Où est ce sentiment d’appartenance à quelque chose de nouveau, de plus grand, de plus unificateur ?

La seule chose que nous puissions faire, c’est de nous unir, pour de bon.

Brexit – vue militante

Habitant les contrées d’Albion, et actuellement engagé auprès de Britain Stronger in Europe, je me permets de vous polluer un peu pour donner une idée de la campagne de terrain. Après tout, sortons un peu de nos frontières pour voir nos voisins et amis, c’est pour cela que nous construisons, aussi, l’Europe.

Britain Stronger in Europe

Britain Stronger in Europe

L’Europe, justement, dont il est à présent enfin question après une longue (trop longue) campagne pour les élections municipales/locales du pays. Le 23 juin prochain, nos comparses britanniques vont avoir à donner leur avis à la question suivante « Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union? » Cameron, trop apeuré de perdre les élections de 2015, avait en effet cédé aux gémissements des plus conservateurs de son parti (c’est dire !) et de l’UKIP (no comment) et avait promis un référendum, considérant qu’il fallait que le peuple britannique décide, une fois encore après 1975, de son engagement européen.

Je ne commenterais pas le populisme, l’inanité et l’exemplaire stupidité d’une telle proposition (stupide, car dangereuse) car d’autres l’ont fait bien plus brillamment que moi. Je me permets juste de vous donner le point de vue d’un militant, issus des longues séances de démarchage, de tractage et de rencontres dans les rues.

 

Tout d’abord, l’expérience de terrain corrobore, comme on s’en douterait, les sondages d’opinion. Selon ces derniers « remain » et « leave » sont au coude-à-coude, avec un très léger avantage pour « remain ». Les rencontres effectuées lors des marchés et dans les rues du Cambridgeshire font ressortir cette indécision générale. Bien entendu, des différences géographiques sont assez flagrantes, le centre de Cambridge, plutôt cosmopolite, est fortement en faveur de l’UE, là où des villes plus éloignées (ex.: Huntington) penchent violemment de l’autre bord.

On en est donc à 50/50, selon les sondages, et mon expérience de la rue m’effraie quant au vote en lui-même.

 

Je serais incapable de faire une sociologie du vote a priori. YouGov a réalisé un sondage récemment afin d’étudier le profil type de l’électorat, le sondage vaut ce qu’il vaut. Ce qui est flagrant, en revanche, sont les arguments prônés par les anti-européens. En premier lieu, ce qui ressort le plus est l’immigration. Le discours est le même qu’en France (droite décomplexée et extrême droite) à tendance « trop d’étrangers/on n’est plus chez nous » (je cite). Viennent les arguments selon lesquels « on pourrait dépenser plus pour nous/la NHS/etc. si l’on n’avait pas à contribuer à l’UE ». Enfin, la question de la souveraineté apparaît encore fréquemment (l’argumentaire a peu évolué depuis septembre dernier).

 

Ces « arguments » sont très souvent liés à une méconnaissance crasse de l’UE. Aucune des personnes à qui j’ai parlé n’a su quoi répondre lorsque l’on rétorquait qu’en ce qui concernait l’immigration, le RU avait le contrôle de ses frontières et n’était pas dans Schengen. (Nick Clegg l’avait fait remarquer à un Tory lors d’un débat organisé par le Guardian, du reste)

L’excuse de l’argent à redistribuer a bien évidemment été moult fois balayé, mais reste peu entendu : les sommes versées à l’UE par le RU sont ridicules comparées au coût de la NHS. C’est aussi ignorer les contributions de l’UE (infrastructures, éducation, recherche, santé…) qui sont invisibles mais présentes. Un exemple flagrant est l’absence totale de panneau indiquant « cette route a été payée par des fonds européens » comme il y en a en France, en Allemagne, en Irlande (et nombreux !). Il y a de plus un amalgame entre la politique destructrice du gouvernement Cameron (ayant mené à la grève des jeunes médecins) et du rôle de l’UE, notamment concernant « l’excuse » de la NHS. Boris et Nigel se frottent les mains.

L’appel à la souveraineté montre aussi, comme dans tout autre pays d’Europe, une méconnaissance (incompréhension) de ce qu’est l’UE. Un couple, pas plus tard que la semaine dernière, a été surpris quand je leur ai annoncé que le Parlement européen était élu par nous, les citoyens. L’homme, se retournant vers sa femme, lui a demandé : « Ah bon, nous votons ? » Oui, monsieur. Le RU est d’ailleurs la 2e force au parlement européen en nombre d’élus.

 

Ces critiques effectuées par les « outers » sont intéressantes, car elles font échos à celles de nos eurosceptiques nationaux. Des arguments sans fond, mais faciles, jouant énormément des peurs et haines de tout un chacun.

L’on voit ainsi mieux les défauts dont nous-mêmes sommes perclus en observasse ces réactions ici. Les mémés discours populistes percent en Europe, il est urgent de les combattre.

 

Cependant, les soutiens sont nombreux. Il y a, à mon sens, une incompréhension du continent vis-à-vis du RU. L’Ecosse, le Pays de Galle et l’Irlande du Nord sont majoritairement pro-européens. L’Angleterre certes moins, mais les supporters de l’Europe sont – je ne parle que de mon expérience personnelle – profondément entichés de l’idée européenne. Oui, le RU aime aussi l’Europe, peut-être plus que nous ne pouvons l’observer sous nos contrées. Peut-être, au final, plus polarisé ? C’est ce qui ressort de nos porte-à-porte et tractages : les personnes ayant déjà une opinion ont une forte opinion. Il reste, malheureusement, une population fortement apathique et désintéressée de la chose publique.

 

Pour finir sur une note amusante (qui, du moins, m’a fait rire), les meilleurs arguments « contre » auxquels j’ai eu droit :

3/ « On ne peut pas faire l’Europe avec les Français, on ne peut pas leur faire confiance : en 1940, ils ont déserté la ligne Maginot. »

2/ « L’Europe est voué à sa perte, c’est Nostradamus qui l’a prédit, on ne peut rien faire ! »

1/ « Faire l’Europe avec les Français (décidément !) c’est impossible : en 1066, ils sont venus pour piller et violer. » (oui, Guillaume le Conquérant 🙂 )

 

Cela n’est rien, en revanche, contre ce couple qui vient vous serrer la main pour vous remercier de faire campagne pour « remain » et demande des posters pour (je cite !) « faire chier le voisin qui a un panneau Leave ».

Ca, ça fait chaud au cœur. Il en faut peu.

 

 

En croisant les doigts (et battant le pavé) jusqu’au 23 juin.

Yes we Khan – étude de médias français

Le jeudi 5 mai 2016 ont eu lieu en l’île d’Albion une élection locale, marquante pour nous petits européens continentaux. Ces élections comptaient deux votes, un vote pour (ré)élire un-e des conseiller-e-s municipaux-ales, et un pour l’élection du police commissioner. De manière intéressante, les exégèses furent nombreuses et très souvent à côté de la plaque.

 

Polling station

 

L’élection du conseil municipal, en Angleterre et au Pays de Galle, ne se fait pas comme en France où l’on élit notre aristocratie citadine une seule fois, mais s’effectue par tiers. Mettons pour l’instant Londres à part. Les villes sont divisées en circonscriptions (wards) dans lesquels un, deux ou trois conseiller-es (councillor) sont élus, selon la taille de la circonscription. Les élections ont lieu tous les quatre ans, les conseillers sont renouvelés tous d’un coup, par moitié ou par tiers, selon les villes. Exemple concret : dans la petite mais néanmoins charmante ville de Cambridge où votre dévoué habite, les circonscriptions comptent chacune trois conseiller-e-s, avec des élections tous les ans pour renouveler les conseillers par tiers – la quatrième année d’élection est l’élection locale au niveau du « départment » (county). Le ou la maire est ensuite nommé par le conseil et n’a, contrairement à la France, que peu de pouvoir.

Londres diffère cependant.

Eût état à son caractère très particulier (on n’entrera pas dans les détails), les élections se divisent en deux votes : un vote (rose) pour le maire, sur lequel les citoyen-ne-s inscrivent leurs deux premiers choix, et deux bulletins pour l’assemblée de Londres. Le bulletin jaune sur lequel un seul choix peut être inscrit servira à choisir la personne qui représentera le quartier de la ville ; le second, orange, sert à choisir un-e des onze membres de l’assemblée qui représenteront la ville entière. Dans ce cas, l’on choisit un parti ou le nom de candidats indépendants.

 

Suite à ces élections, le parti travailliste a gagné 1326 conseillers, contre 842 pour les Conservateurs et 378 pour les LibDem. Comme nous le montre très judicieusement the Telegraph, le Labour perd 18 conseillers, les Tories 48 (et un conseil), alors que les LibDem gagnent 45 conseillers et un conseil) et que l’UKIP gagne 58 conseillers. L’Ecosse a été la plus grande tache au tableau du Labour, avec une victoire nette du SNP, qui a pourtant perdu sa majorité.

Malgré cela, la presse s’est enflammée en France, surtout, pour dire que le Labour avait subi une défaite mémorable, version répétée bien évidemment par les médias de droite (Les Echos, Atlantico…) mais aussi par « la référence« . Premier point à prendre en compte.

 

Second point, l’élection de Sadiq Khan à la mairie de Londres, après une odieuse campagne (raciste) menée par son opposant Zac Goldsmith. L’on peut suspecter sa campagne de l’être quand des membres du parti conservateur eux-mêmes ont fini par critiquer leur candidat, l’affublant de ces qualificatifs. L’une des premières choses mises en avant sont la religion du nouveau maire de Londres (ici et , même Libé s’y met…) – rien, en revanche, ou peu, sur ses qualifications. Soyons honnêtes, que Sadiq Khan soit musulman, juif, bouddhiste ou même pastafariste, cela ne change rien à ce qu’il a promit de faire pour la ville. La vieille garde réactionnaire décomplexée se réveille – volonté d’effrayer par « l’autre » (on se souvient de l’excellent poème We and They de Kipling), et tout le monde suit, même pour. Oui, il est bien de voir que Londres, l’une des plus grandes villes d’Europe, ait élu une personne issue de la minorité, qui vient d’un milieu ouvrier. Mais ne vaudrait-il mieux pas mettre son parcours exceptionnel en avant ? Quoique l’on pense de Dieu et de ses facilités à multiplier les pains et les poissons, il est à parier que la réussite de M. Khan est plus due à lui-même qu’à une intervention divine. L’on n’a donc nullement à se soucier de sa religion ; le nouveau maire est londonien, ce qui lui donne une connaissance de la ville dont on peut espérer qu’elle sera positive. Le reste ne sert qu’à séparer et diviser – surtout des choses privées. Surtout, ne pas dire qu’un travailliste puisse être compétent.

Vous trouvez peut-être que j’exagère ? Ces deux points sont donc très révélateurs de nos médias. Présentation du paradigme.

Quoiqu’il arrive, un parti socialiste (travailliste) européen ne peut légitimement gagner une élection, car la gauche ancrée dans ses valeurs (et non sociale-libérale) a forcément tout faux et ne peut que perdre. D’où le traitement systématiquement négatif de la victoire du Labour.

De surcroît, un élu, issu ou non d’une minorité, ne sera ramené qu’à un trait de sa personne (on ne parle même pas de personnalité !) qui ne témoigne en rien de ses compétences. Oublions la personne qui a réussi à se hisser le haut de l’échelle sociale, mettons l’accent sur quelque chose de plus visible, et moins à même de remettre en cause l’establishment. (tout en jouant sur l’intolérance profonde de nos concitoyens…)

Difficile d’être progressite dans un monde médiatique profondément conservateur.

Merci Patron!, quand les petits gagnent contre les grands

[Attention, cet article comporte des spoilers et de nombreux mots « archaïques » pouvant faire penser que son auteur est un poil gauchiste sur les bords.]

Vous votez à gauche?

Vous en avez marre de la politique du gouvernement, trop libérale à votre goût?

Vous passez votre temps à raler contre ceux « qui s’en foutent pleins les poches »?

Et, qu’entends-je, vous n’avez pas vu le film « Merci Patron! »?

Mais, bon sang! Que faites-vous encore devant votre ordinateur au lieu de courir dans le cinéma le plus proche?

Hop hop hop, on se motive, on met son plus beau tee-shirt de la fête de l’Huma et on court au ciné retrouver nos camarades aux yeux cernés par des nuits entières à refaire le monde autour d’une bière bon marché.

Ensuite, tu profites (au bon sens du terme =) ), tu apprends, tu ris, tu t’indignes et tu LUTTES BORDAYL!

Tu l’auras compris, chez Sakharoz, on surkiffe Merci Patron! 

Pourquoi?

Au delà du fait que nous sommes de bons gauchistes, ce film est un appel à la mobilisation, à la réaction, à l’indignation.

Nous suivons l’histoire d’une famille modeste, trèèèèèès modeste, de Picardie. Accablée de dettes et d’emmerdes en tout genre, assommée par le chômage, la famille picarde se trouve à deux doigts de perdre sa maison. Comment en est-elle arrivée là? Suite au licenciement du couple de l’usine locale, dû à un changement de politique du président: Bernard Arnault, le plus belge de nos compatriotes, patron de LVMH.

Fakir entre alors en scène. Fakir, c’est un groupe de mecs et meufs bénévoles de gauche qui tiennent un journal indépendant et alternatif, « faché avec tout le monde. Ou presque ». Fakir, c’est la lutte contre le capitalisme, la misère, les inégalités et les injustices. Fakir, c’est la voix de ceux qui n’en ont pas forcément. Fakir, « pauvre » en arabe (فقير), c’est lutter comme on peut. Et Fakir agit et va tenter de récupérer un maximum de fric directement dans les poches de Bernard Arnault pour indemniser la famille picarde, en l’aidant à s’organiser (rédaction de lettres, expression orale, etc).

La Bande-Annonce ici ==>Merci Patron

Ce film révèle la violence des riches: violence du désintérêt de ceux-ci pour ceux qu’ils licencient, violence du jugement qu’ils ont sur les pauvres, violence de leurs stratégies élaborées pour eux, uniquement eux, et leurs poches bien pleines.

Une violence qui, pour un fois, ne reste pas sans réaction. Et c’est ça qu’on adore: Fakir, avec un Ruffin plein de malice, pousse Bernard Arnault à la faute. On se délecte, on se marre de voir la paranoïa du patron, de voir des puissants se faire avoir comme des débutants.

Fakir nous rappelle le pouvoir du collectif. Un porte flingue de Bernard Arnault, venu négocier avec la famille picarde pour qu’elle ferme sa gueule, dit que surtout il ne faudra pas parler de leur petit arrangement à l’extérieur. Car « il n’y a rien de pire que les minorités agissantes », comme Fakir.

On ressort du cinéma en se bidonnant de voir, pour une fois, les petits gagner contre les grands. On est un peu triste aussi de voir qu’il est si difficile de lutter contre ces grands et que la famille picarde restera une exception. Puis on se réveille enfin, on se mobilise et on agit, on s’encarte, on milite, on lutte. Et on se prend à rêver que, peut-être, on peut changer les choses.

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Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…

Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Lecture, niveau maternelle

Un an après les attentats de Charlie Hebdo, lorsque toute la population clamait à la liberté de la presse, au droit à la caricature, et que tous ces autres tartuffes s’esclaffaient devant un journal qu’ils n’avaient jamais lu, qu’ils méprisaient, dont l’humour leur échappait mais qu’il achetèrent alors en masse, un an après, donc, Charlie Hebdo refait parler de lui, pour un dessin qui – on ne s’en étonne plus – ferait « polémique ».

CharlieHebdo

Il faut avouer que l’on aime bien la polémique, à notre époque, cela permet de mettre en avant les sentiments de tout un chacun et ainsi d’interdire un tant soit peu le débat. De plus, les sentiments aidant, l’on obtient ainsi un produit plus facilement diffusable qu’un débat entre, mettons, Richard Dawkins et feu Christopher Hitchens. Non seulement l’on aurait pu mettre fin à des propos assourdissants de part et d’autre de la part de religieux de toute espèce, mais l’on aurait permis à un minimum d’esprit critique de s’imposer. L’on préfère donc le sensationnalisme. Soit.

Ainsi donc, de nombreux articles [1] ont été pondus, permettant déjà à leurs auteurs respectifs de justifier leur salaire ; ils ont donc un but somme toute honorable. Cependant, à grands renforts de tweets, nouvelle marotte du monde de l’écriture en quête d’improbables lecteurs, somme toute moins fatigante que le véritable micro-trottoir (car on peut effectuer le micro-tweetoir directement depuis son lit) les articles, l’on s’en doute, ont souvent manqué d’expliquer le fond du dessin. Comme toujours, les deux points de vue opposés étaient présentés [2] et non discutés ou analysés. Le journalisme se veut « objectif », c’est-à-dire, présentement, se désengager violemment de tout.

Finalement, Daniel Schneidermann l’explique très bien : il faut prendre en compte le locuteur, l’origine du dessin. Il faut comprendre cet humour que d’aucuns n’ont pas (non que ce soit un mal – il n’y a là aucun jugement de valeur) et donc ne peuvent comprendre ce que le dessin signifie.

 

Parce qu’au final, que dit-il, ce dessin ?

Ah, oui. « Après avoir été retournés par l’image d’un enfant mort et nous être pris de pitié pour les migrants, nous autres Européens jetons brutalement l’opprobre sur ces mêmes personnes, allant jusqu’à souhaiter le plus affreux. » Un second message est aussi une critique médiatique : « voyeurisme et amalgame d’une société de média, utilisant l’émotion pour retourner les foules« . Comme quoi, le plus choquant, c’est peut-être de n’avoir rien compris à un message pourtant simple.

Il suffisait de connecter deux neurones.
Encore une fois, tempête dans un verre d’eau…

 

[1] Le Washington Post, par exemple, mais aussi Al-Akhbar, CNN, tout comme Le Point chez nous. Je vous renvoie à Google pour chercher les autres, encore.

[2] Absolument, Ô délectable lectorat ! Cela est tout comme les débat sur le changement climatique ou même les vaccins, on présente les « pour » et les « contre » comme s’ils avaient la même valeur, et on demande à autrui de faire son choix, sans autre explication. Formidable, non ?