Merci Patron!, quand les petits gagnent contre les grands

[Attention, cet article comporte des spoilers et de nombreux mots « archaïques » pouvant faire penser que son auteur est un poil gauchiste sur les bords.]

Vous votez à gauche?

Vous en avez marre de la politique du gouvernement, trop libérale à votre goût?

Vous passez votre temps à raler contre ceux « qui s’en foutent pleins les poches »?

Et, qu’entends-je, vous n’avez pas vu le film « Merci Patron! »?

Mais, bon sang! Que faites-vous encore devant votre ordinateur au lieu de courir dans le cinéma le plus proche?

Hop hop hop, on se motive, on met son plus beau tee-shirt de la fête de l’Huma et on court au ciné retrouver nos camarades aux yeux cernés par des nuits entières à refaire le monde autour d’une bière bon marché.

Ensuite, tu profites (au bon sens du terme =) ), tu apprends, tu ris, tu t’indignes et tu LUTTES BORDAYL!

Tu l’auras compris, chez Sakharoz, on surkiffe Merci Patron! 

Pourquoi?

Au delà du fait que nous sommes de bons gauchistes, ce film est un appel à la mobilisation, à la réaction, à l’indignation.

Nous suivons l’histoire d’une famille modeste, trèèèèèès modeste, de Picardie. Accablée de dettes et d’emmerdes en tout genre, assommée par le chômage, la famille picarde se trouve à deux doigts de perdre sa maison. Comment en est-elle arrivée là? Suite au licenciement du couple de l’usine locale, dû à un changement de politique du président: Bernard Arnault, le plus belge de nos compatriotes, patron de LVMH.

Fakir entre alors en scène. Fakir, c’est un groupe de mecs et meufs bénévoles de gauche qui tiennent un journal indépendant et alternatif, « faché avec tout le monde. Ou presque ». Fakir, c’est la lutte contre le capitalisme, la misère, les inégalités et les injustices. Fakir, c’est la voix de ceux qui n’en ont pas forcément. Fakir, « pauvre » en arabe (فقير), c’est lutter comme on peut. Et Fakir agit et va tenter de récupérer un maximum de fric directement dans les poches de Bernard Arnault pour indemniser la famille picarde, en l’aidant à s’organiser (rédaction de lettres, expression orale, etc).

La Bande-Annonce ici ==>Merci Patron

Ce film révèle la violence des riches: violence du désintérêt de ceux-ci pour ceux qu’ils licencient, violence du jugement qu’ils ont sur les pauvres, violence de leurs stratégies élaborées pour eux, uniquement eux, et leurs poches bien pleines.

Une violence qui, pour un fois, ne reste pas sans réaction. Et c’est ça qu’on adore: Fakir, avec un Ruffin plein de malice, pousse Bernard Arnault à la faute. On se délecte, on se marre de voir la paranoïa du patron, de voir des puissants se faire avoir comme des débutants.

Fakir nous rappelle le pouvoir du collectif. Un porte flingue de Bernard Arnault, venu négocier avec la famille picarde pour qu’elle ferme sa gueule, dit que surtout il ne faudra pas parler de leur petit arrangement à l’extérieur. Car « il n’y a rien de pire que les minorités agissantes », comme Fakir.

On ressort du cinéma en se bidonnant de voir, pour une fois, les petits gagner contre les grands. On est un peu triste aussi de voir qu’il est si difficile de lutter contre ces grands et que la famille picarde restera une exception. Puis on se réveille enfin, on se mobilise et on agit, on s’encarte, on milite, on lutte. Et on se prend à rêver que, peut-être, on peut changer les choses.

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Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…

Loi « Quelle Connerie » – exégèse

 

En tant que socialiste, signataire de la Motion B, il est assez surprenant de constater ce que l’on pourrait appeler la plus belle escroquerie que le gouvernement cherche à nous faire passer. Oubliée, la réforme Piketty (qui, pourtant, n’était pas la révolution marxiste que d’aucuns ont voulu nous faire croire), virage à tribord toute pour, au final, tromper notre électorat et donc le peuple tout entier.

Rien de moins, oui, j’assume et vais développer plus avant.

 

Calmons-nous et travaillons dur !

Calmons-nous et travaillons dur !

 

Tout d’abord, il est honteusement faux de penser que le code du travail serait trop complexe et une « simplification » serait donc nécessaire. L’exemple que l’on prend (trop) souvent comme parangon de la force d’emploi et de faible chômage, à savoir l’Allemagne, n’a rien à nous envier. S’il n’y existe en effet pas de texte similaire à notre Code, la compilation de textes réglementaires en Arbeitsrechts-Handbuch : Systematische Darstellung und Nachschlagewerk für die Praxis, qui fait, excusez du peu, quelques 3030 pages – très similaire au nôtre. L’excuse de la simplification n’est donc que poudre aux yeux. Pour Philippe Askenazy, le code est surtout obèse car il est « encombré de centaines d’articles qui n’ont aucune conséquence pour les employeurs et les salariés. » (source : L’insoutenable légèreté du code du travail, Le Monde, 1er Septembre 2015) Il s’agit donc plus d’un problème de forme que de fond. De manière parallèle, Alain Supiot a fait remarquer que le code du commerce est tout aussi volumineux que le code du travail, mais n’est jamais accuser d’entraver la bonne marche des entreprises, de manière surprenante. (source : Non, le code du travail n’est pas le problème ! , Le Monde , 14 octobre 2014)

L’on va alors dire que notre Code est trop strict et empêche l’embauche. Cependant, les politiques menées depuis plus de 30 ans, et en particulier celles qui ont été mises en œuvre ces deux dernières années, d’inspiration ouvertement libérale (notre Premier Ministre, ainsi, ne cache pas être « social-libéral » affirmant ainsi le virage à droite entrepris il y a quelques années déjà par le Parti) n’ont pas eu l’effet escompté, bien au contraire. De manière intéressante, et comme le relevaient très justement Drs Eydoux et Freytel dans un article des Economistes Atterrés (ce lien-ci et plus récemment cet autre article) ces politiques n’ont non seulement pas permis la création d’emploi, mais on de surcroît renforcé la précarité. Comme le notent ces deux chercheuses, les politiques entreprises sont allées à rebours de toutes celles qui ont été implémentées à l’après-guerre, et qui renforçaient protection sociale, droits des travailleurs et avaient assuré l’emploi.

Une marotte des économistes néo-libéraux qui semblent être de bonne compagnie à l’heure actuelle est qu’il existe une relation entre le niveau de législation protectrice et le taux de chômage. Ce que l’on entend encore à présent, jusque dans nos rangs, se résume en effet à cela : « la loi empêche les emplois, détricoter ces protections en créerait de nouveaux. » Le rapport Perspectives de l’Emploi de l’OCDE, publié en 2004, bien que vantant « l’amélioration des indicateurs de protection de l’emploi » (entendez « la diminution de cette protection ») n’a pu conclure quant au caractère bénéfique de ces déréglementations. Il y a, comme nous le rappellent ces deux chercheuses, une somme astronomique d’autres critères à prendre en compte.

 

Cette flexibilité externe (jouer sur les niveaux d’embauche et de licenciement) a prouvé n’avoir que très peu d’impact sur la croissance allemande. La flexibilité interne (formation des salariés, valorisation des savoir-faire, réduction du temps de travail…) est un bien meilleur moyen de relancer l’activité économique. L’Allemagne a, ainsi, évité une forte montée du chômage en 2008 tout en gardant une main-d’œuvre qualifiée pour participer à la relance. (Lehndorff N., ed. (2015), Divisive integration. The triumph of failed ideas in Europe – revisited, ETUI, Bruxelles) Inversement, la politique italienne de liberalisation du marché du travail a poussé les entreprises à réduire leurs investissements, ce qui a résulté à une stagnation de la productivité et une perte de compétitivité. (source)

Nous le voyons donc poindre très justement, déjà, ces prétextes de « simplification » et « modernisation » sont fallacieux : il ne s’agit en effet que de mots à fort impact pour marquer les esprits et faire gober une idéologie vieillissante : celle selon laquelle l’auto-régulation fonctionnerait. Les faits s’opposent aux effets annoncés.

Un certain Albert E., physicien de son état, avait prononcé, il y a de cela quelques décennies, la phrase suivante : « La folie, c’est de répéter la même chose encore et encore et de s’attendre à un résultat différent. » Malheureusement, l’on ne combat pas une croyance irrationnelle par un discours argumenté et factuel.

Le pragmatisme, camarades, ce n’est pas d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule et unique voie, celle qui a toujours échoué. Il y a soixante ans de cela, nous riions (enfin, celles et ceux qui, contrairement à moi-même, étaient nés), de la logique soviétique qui affirmait « si le soviétisme n’a pas fonctionné, c’est que nous ne sommes pas allés assez loin dans son application. » La logique actuelle est la même avec les tenants du capitalisme libéral. Le pragmatisme, selon James et Dewey, mais même pour Peirce, revient simplement à déterminer la « vérité » par l’expérience. (anti-cartésienne, donc) Qu’observons-nous à présent ? Le refus des conclusions de 30 ans d’expérience. Un esprit anti-pragmatique, donc, porté haut et fort par les néo-libéraux.

(Pardon pour la parenthèse épistémologique, elle était nécessaire.)

Ayons donc l’obligeance de ne pas avoir accès à de jolis sophismes en affirmant haut et fort que cette loi est pragmatique et ancrée dans le réel (effet paillasson) car elle n’est qu’idéologique et déconnectée de la réalité, comme démontré plus haut. Je vous renvoie évidemment aux différents textes cités, plus complets que mon court exposé.

 

Pour ce qui est de la « simplification » attendue du Code du Travail que promet cette loi, nous voyons là encore qu’il s’agit d’un mensonge éhonté (quoiqu’assurément très amusant !) : le GR-PACT (Groupe de recherche Pour un autre code du travail), composé d’une dizaine de chercheurs universitaires, affirme : « C’est l’un des champs les plus complexes et volumineux du droit du travail. La législation actuelle en la matière pèse environ 151 000 caractères soit une centaine de pages et le projet El Khomri n’y change rien puisqu’il a enflé de 27 % » (source) Il est donc amusant de parler de simplification lorsque l’on rend un texte qualifié de dense encore plus complexe. Douce ironie…

Il est de surcroît intéressant de constater les contre-vérités que l’on nous assène systématiquement. Pour justifier cette loi, l’on prétexte ainsi qu’il est difficile de créer de l’emploi en temps que patron de TPE et PME. Si cette dernière proposition est possiblement vraie (là n’est pas le débat à l’heure actuelle), le texte proposé ne vient en aucun cas en aide à ces derniers. Une étude commandée par les fédérations patronales UPA et UNAPL a ainsi montré, le 13 mars dernier, que 85% des personnes sondées (artisans, commerçant et professions libérales) ne se sentaient pas concernées par cette loi. (source) Le président de l’UNAPL a de surcroît considéré que « c’est une loi MEDEF. » Son jugement est, me semble-t-il, sans appel…

Sous couvert, donc, de pragmatisme et modernité, mots marquant mais creux et mensongers, (comme explicité ci-dessus, il faut suivre, un peu !), l’idée est de détricoter la loi au profit de la négociation collective, dont on nous dit le plus grand bien. Jean-Denis Combrexelle, président de la section sociale du Conseil d’Etat, a donc été chargé par le Premier Ministre de conduire une réflexion sur « la place des accords collectifs en droit du travail et la construction des normes sociales. » Il remit son rapport le 9 septembre 2015 dans lequel l’on peut trouver la perle suivante : « La négociation collective n’est plus adaptée aux exigences d’une économie moderne et mondialisée, les acteurs sont fatigués et dépassés, les résultats sont décevants, bref la négociation collective ne permet pas d’obtenir des résultats conformes à l’intérêt général. » (source : J.-D. Combrexelle, La Négociation collective, le travail et l’emploi, rapport au Premier ministre, France Stratégie, septembre 2015, p. 49) Ainsi donc, une fois de plus, la volonté de pragmatisme et de réalité est contredite par les faits ainsi présentés. Pis, encore, cette méthode est analysée comme allant à l’encontre de l’intérêt général. La politique, cependant, me semble d’être de favoriser ce qui abonde dans le sens de cet intérêt général. Je dois me fourvoyer, très certainement.

Enfin, et cela est, à mon sens, flagrant, mettre en opposition la flexibilité interne (présentée plus haut, comme réduction du temps de travail, formation des employés, etc.) et reconquête industrielle est somme toute assez malhonnête. Cette flexibilité interne a pour but, très justement, la reconquête industrielle. Pas uniquement, d’ailleurs, c’est ce qui en fait sa force. Aider les travailleurs permettra d’aider le travail, voilà un peu le slogan que l’on pourrait utiliser. Cependant, mettre en apposée, ainsi ces deux concepts – qui ne sont pas comparables car pas sur le même plan – est dangereux, car il force à faire croire qu’il n’existe qu’une seule voie valable, ce qui est faux.

 

C’est au contraire un renforcement des droits des salariés, car des entreprises innovantes et compétitives ne sont pas envisageables sans des salariés traités comme de véritables humains responsables et autonomes. C’est pourquoi le CDI doit être valorisé et renforcé, car il témoigne de l’investissement des entreprises dans ses salariés, comme celle des salariés dans leur entreprise. Il permet d’élaborer une véritable temporalité du travail, étendue et pérenne. Les emplois dits atypiques doivent être limités à des situations exceptionnelles et fermement encadrés, car seuls des emplois sécurisés permettront à des entreprises d’être innovantes et compétitives.

 

Les solutions existent, et elles sont légions. Pour cela, cependant, il faudrait accepter d’écouter les faits et de renoncer à ses marottes. Cela semble bien difficile.

 

Lecture, niveau maternelle

Un an après les attentats de Charlie Hebdo, lorsque toute la population clamait à la liberté de la presse, au droit à la caricature, et que tous ces autres tartuffes s’esclaffaient devant un journal qu’ils n’avaient jamais lu, qu’ils méprisaient, dont l’humour leur échappait mais qu’il achetèrent alors en masse, un an après, donc, Charlie Hebdo refait parler de lui, pour un dessin qui – on ne s’en étonne plus – ferait « polémique ».

CharlieHebdo

Il faut avouer que l’on aime bien la polémique, à notre époque, cela permet de mettre en avant les sentiments de tout un chacun et ainsi d’interdire un tant soit peu le débat. De plus, les sentiments aidant, l’on obtient ainsi un produit plus facilement diffusable qu’un débat entre, mettons, Richard Dawkins et feu Christopher Hitchens. Non seulement l’on aurait pu mettre fin à des propos assourdissants de part et d’autre de la part de religieux de toute espèce, mais l’on aurait permis à un minimum d’esprit critique de s’imposer. L’on préfère donc le sensationnalisme. Soit.

Ainsi donc, de nombreux articles [1] ont été pondus, permettant déjà à leurs auteurs respectifs de justifier leur salaire ; ils ont donc un but somme toute honorable. Cependant, à grands renforts de tweets, nouvelle marotte du monde de l’écriture en quête d’improbables lecteurs, somme toute moins fatigante que le véritable micro-trottoir (car on peut effectuer le micro-tweetoir directement depuis son lit) les articles, l’on s’en doute, ont souvent manqué d’expliquer le fond du dessin. Comme toujours, les deux points de vue opposés étaient présentés [2] et non discutés ou analysés. Le journalisme se veut « objectif », c’est-à-dire, présentement, se désengager violemment de tout.

Finalement, Daniel Schneidermann l’explique très bien : il faut prendre en compte le locuteur, l’origine du dessin. Il faut comprendre cet humour que d’aucuns n’ont pas (non que ce soit un mal – il n’y a là aucun jugement de valeur) et donc ne peuvent comprendre ce que le dessin signifie.

 

Parce qu’au final, que dit-il, ce dessin ?

Ah, oui. « Après avoir été retournés par l’image d’un enfant mort et nous être pris de pitié pour les migrants, nous autres Européens jetons brutalement l’opprobre sur ces mêmes personnes, allant jusqu’à souhaiter le plus affreux. » Un second message est aussi une critique médiatique : « voyeurisme et amalgame d’une société de média, utilisant l’émotion pour retourner les foules« . Comme quoi, le plus choquant, c’est peut-être de n’avoir rien compris à un message pourtant simple.

Il suffisait de connecter deux neurones.
Encore une fois, tempête dans un verre d’eau…

 

[1] Le Washington Post, par exemple, mais aussi Al-Akhbar, CNN, tout comme Le Point chez nous. Je vous renvoie à Google pour chercher les autres, encore.

[2] Absolument, Ô délectable lectorat ! Cela est tout comme les débat sur le changement climatique ou même les vaccins, on présente les « pour » et les « contre » comme s’ils avaient la même valeur, et on demande à autrui de faire son choix, sans autre explication. Formidable, non ?

Madame la Marquise

Tout va très bien !

 

Et tout le monde de respirer un grand coup !
Ouf, la vague brune (aussi brune que les résidus de fermentations intestinales, s’il vous plaît) n’est pas passée. Tout le monde respire un grand coup, l’on imagine bien le générique de fin s’achever sur un éclat de rire, alors que le soleil se couche au loin, laissant entrevoir une nuit d’amour, d’ivresse et de petits fours. Les noms défilent lentement, laissant entendre une musique envolée laissant penser un bal estival. Ajoutons lampions et accordéons, histoire de se les réapproprier, eux aussi.
Au retour des dardant rayons de Phébus, nous auront droit à un discours engagé, responsable, scandant haut et fort que « l’on a compris, il nous faut réfléchir à… tout en n’oubliant pas que… l’on a entendu le peuple » d’une part et « le peuple nous a choisi, véritable rejet de la politique… plébiscite… » d’autre part. Ce soir, nous, socialistes et autres « gens de gauche », comme on dit, nous frottons les mains, trop heureux d’être passés à côté de la catastrophe annoncée. De l’autre, tentant de tirer la couverture à eux, le FN-light, auto-proclamé « Les Républicains », sans nul doute pour faire écho au parti outre-Atlantique qui compte en son sein une somme incalculable de racistes, sexistes et xénophobes, ainsi qu’une pléthore de créationnistes sans âme, scande à qui veut l’entendre qu’il s’agit d’une déculottée pour le pouvoir en place.

Les deux ont, hélas, raison. Nous avons évité le pire, l’on peut souffler. Pas se satisfaire de ne pas avoir été éliminé aussi violemment que craint. L’on peut aussi voir ce soufflet comme une critique, c’en est évidemment une, de la politique gouvernementale, cacophonique, instable, néo-libérale et, depuis les attentats du mois dernier, franchement dangereuse. (et c’est un socialiste qui vous parle) A présent que les échéances sont passées, l’on va se rendormir sur ses lauriers, chacun continuant à tirer sur le gros parti opposé, comme si de rien n’était, oubliant la puanteur des vomissures morbides du parti héréditaire des anciens de l’OAS. Comme tout enfant faisant le ménage alors que ses parents n’observe pas, les déchets seront cachés sous le tapis pour ressortir plus tard. On oublie, on oubliera. On oublie toujours. Et surtout, on s’en fout.
Au milieu, entre les auto-congratulations des uns et des autres, resteront là les citoyens abstentionnistes qui, déjà blasés, s’apercevront que les excitations et affolements sont purement passagers. Qu’on ne s’intéresse à eux que lorsque les échéances sont proches.

Ne nous méprenons pas, l’excuse habituelle du « je refuse de justifier un système politique que je récuse » ne fonctionne pas, et ce surtout dans la mesure où nous avons le choix de voter pour des personnes pouvant proposer un changement, où nos pouvons enclencher le changement (par le biais de pétitions) et même nous présenter pour proposer ce changement. L’excuse ne cache qu’une paresse bien souvent intellectuelle liée à l’incapacité de bien trop nombreux citoyens de ne pas accepter l’idée que le vote politique ne s’agit en rien de désigner la personne qui nous convient intégralement, mais qu’il nous faut, aussi, accepter certaines concessions. Cela s’appelle faire des compromis. Dans un monde ultra-égocentrique, il est évident que ce modèle échoue.

Quand bien même. Si le citoyen se désintéresse du politique, c’est au politique, c’est même à LA politique d’aller au citoyen. (non, pas comme la vache va au taureau, tout de même, quoi que cela puisse être fécond, de la même manière) Mais non, l’on reste chacun entre soi, en refusant de discuter. Alors ces déçus s’entêteront dans la légitimation et la justification égocentrique de leur refus de participation à la vie citoyenne, usant de ce spectacle affligeant pour s’embourber un peu plus dans une passivité néfaste. Et laisseront le champ libre à l’extrême droite la plus nauséabonde qui soit. Et ils s’en laveront les mains comme nous nous en lavons à présent les mains, par simple effet miroir. Quoi de plus évident que des citoyens mimant leurs politiques et un monde politique à l’image de ses citoyens ?
Alors l’on se réveillera à nouveau en avril 2017, nous pousserons de nouveau des cris d’orfraie, courant çà et là comme des poules sans tête, à glapir à qui veut l’entendre que nous ignorions tout et que nous ne comprenons pas, mais comprendrons certainement une fois que les citoyens auront voté pour nous.

Mais avec un peu de chance, nous aurons changé le nom de notre parti.

Tout va très bien.

Aftermath

Je n’aime pas réagir à chaud. Notez, je n’aime pas, habituellement, utiliser « je », trop narcissique, dans les articles de ce blog. Aujourd’hui, je m’en fous, j’ose. Parce que nous le savons, les cons… Je ne vais pas revenir sur les attentats du 13 novembre dernier qui ont, à l’heure actuelle, massacré 132 personnes et en ont laissé une centaine blessés, dans un état plus mort que vivant. Le temps est au deuil, ce qui signifie que le temps est, évidemment, à la réflexion.

Ce qui me fait réagir, aujourd’hui, n’est pas l’horreur de cette attaque, du même niveau que le massacre perpétré à Beyrouth, que l’attentat à Ankara, que l’écrasement de l’A321 russe au-dessus du Sinaï. Ce qui est révulsant est une sorte de réaction qui commence, petit à petit, à monter. Nous sommes tous choqués, moi le premier, pourtant isolé dans ma profonde campagne britannique. L’incompréhension, la douleur face à un tel déchaînement de violence nous laisse pantois, hagards et accablés. Cela sont des réactions normales, naturelles, et saines. Ce qui ne l’est pas est la volonté de vengeance qui se dessine peu à peu.

Je passerai outre les réactions immédiates de certaines personnalités politiques, de France comme d’ailleurs, qui ont immédiatement réagi pour tirer à eux la couverture. Ces personnes n’ont eu qu’une envie, utiliser une boucherie pour faire valoir une idéologie aussi vomitive que celles de ceux qui ont commis ces actes inhumains.

Première atrocité, une manifestation de crânes rasés en Bretagne a passé à tabac (oui, tabassé) un homme sous prétexte qu’il était « d’origine maghrébine ». Comme si l’origine faisait de nous ce que nous sommes. « Il est, paraît-il, des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril. » (Jacques Brel) Nous revoilà partis dans une chasse aux sorcières en guise de représailles, le sang appelant le sang, nous voulons à tout prix trouver un coupable pour faire justice nous-mêmes. Ou la définition du lynchage. Dans l’après-guerre, on rasait bien les femmes. [1]

Tout à trac, notre réponse est de bombarder immédiatement un campement de Daesh en Syrie. Bien évidemment, il FAUT une réponse. Il faut montrer qu’un pays ne peut se laisser intimider par une poignée de fous furieux envieux de faire régner la terreur. Ce qui laisse interrogateur est en revanche les moyens, adaptés à une guerre conventionnelle. Que peut-il se passer ? Étonnamment, Dominique de Villepin, interrogé à ce sujet, a eu une réponse claire et argumentée sur le sujet. (voir vidéo ci-après) Une telle réponse ne fait, en réalité, qu’aider les terroristes dans leur volonté de se légitimer. Une violence telle ne risque en effet que de créer une impression de haine venant de nous à l’égard de populations qui sont DEJA les victimes de ces mêmes terroristes, et donc de gonfler leurs rangs. Il n’est ainsi pas surprenant que les attaques perpétrées par les Etats-Unis et alliés après le 11 septembre aient à ce point encouragé la création de cet organe terroriste, l’ayant violemment attisé.

« Il faut être capable d’employer les moyens de l’esprit, » dit-il. Ce genre de réaction est inefficace. L’Histoire récente nous l’a montré, et il devient donc inutile et contre-productif, si l’on souhaite éteindre ce terrorisme. Oublier à quel point la propagande, ou simplement les images, agissent là-bas est se méprendre de combat. Nous deviendrons indubitablement les mauvais, les « méchants », pour reprendre un terme foutrement manichéen qui a été utilisé à qui mieux mieux depuis vendredi soir.

Cette analyse a été très intelligemment reprise par Jean-Luc Mélenchon qui, interrogé chez Laurent Ruquier, a mis le doigt sur ce qui été dit plus haut : cette méthode est inefficace et ne fait qu’aider, au final, ce force invisible qu’est le terrorisme. A cela s’ajoute le fait que le but des terroristes est de diviser la société que nous avons. Si nous arrivons à trouver notre bouc émissaire, ce qui a commencé, nous les laissons gagner. Si nous arrivons à écraser une communauté, en raison de sa religion, en faisant passer cela un quelconque « principe de précaution » (nous allons certainement entendre des choses similaires de la part de nos crânes rasés et de ceux qui les soutiennent sans le dire dans les jours prochains, je suis prêt, hélas, à le parier), nous réussirons à isoler une minorité déjà défavorisée et la laisserons tomber aux mains des meurtriers qui y trouveront un terreau fertile. Hélas, l’on a trop tendance à oublier les causes sociales qui mènent à la violence.


Ce qui est effarant est que cette analyse avait été formulée, plus d’un an déjà, par Jean-Pierre Filiu, professeur en histoire du Moyen-Orient à Sicences Po, qui a été répété récemment. « Ce qu’ils veulent, ce sont des représailles. Ce qu’ils veulent c’est qu’aujourd’hui à Paris et en France on tue des musulmans en représailles. Ils veulent la guerre civile en France, » analyse-t-il. L’écrivain David Van Reybrouck a eu raison, ainsi, de critiquer la réaction du président François hollande qui a parlé de « guerre ». Nous sommes tombé dans le même piège de la volonté de représailles que pour laquelle nous avions critiqué le gouvernement américain il y a 14 ans.

Il faut, à présent, un discours de paix. Un discours de paix qui n’oublie évidemment pas l’attaque, et qui sache pour autant tout mettre en oeuvre pour se prémunir d’éventuelles futures attaques. Cela est une évidence.

Mais la réaction est la même : nos charognards commencent à hurler, que dis-je, gueuler contre l’ouverture de nos frontières, allant jusqu’à proposer un retour à l’avant Schengen, sous prétexte qu’un des suspects serait entré par la Grèce il y a quelques semaines de cela. N’y a-t-il donc aucune autre alternative ? Si, celle de l’unité. Celle qui nous fait défaut, celle qui va à l’encontre de notre réaction habituelle de nous recroqueviller en position fœtale, celle de travailler, plus fortement encore, avec nos alliés, avec nos partenaires, avec nos amis. Nous avons à présent l’insigne opportunité d’avoir une Europe plus unie, d’obtenir une Europe politique qui puisse être une véritable réponse à ce type d’attaque. L’union de la défense est un point, un seul parmi d’autres, sur lequel nous devrions jouer. Plus de collaboration entre nous-mêmes. Plutôt que de nous refermer, ouvrons-nous et travaillons ensemble. Va-t-on me taxer d’utopiste ? Bah, l’utopie n’est rien d’autre qu’un concept non encore réalisé.

Cette réalité qui devrait être avait pourtant été exprimée par François Hollande dans son annonce initiale, en refusant tout pathos et appelant à ne pas céder à la peur. Restons-en à cela. Continuons d’être ce que nous sommes, des peuples variés, vivant et aimant.

Cela signifie donc ne pas demander des représailles, mais la justice. Ne pas se féliciter du fait que des bombes américaines portent « From Paris with love », faisant, dans ma petite tête de scientifique inculte, une méchante référence à un ancien Necessary Evil qui fit partie du trio qui lâcha en 1945 une triste bombe. [2] Ne pas se laisser aller au lynchage, conséquence néfaste du populisme et la stupidité humaine.

Sur une note plus personnelle, « Pray for Paris » montre une empathie que l’on ne peut qu’apprécier. En revanche, vu les circonstances, je pense que la réflexion peut, une fois encore, se passer de tout commentaire religieux. « Und ich dank’ es dem lieben Gott tausendmal, dass er mich zum Atheisten hat werden lassen. » (Georg Christoph Lichtenberg)

 

En cette période, sachons faire le deuil, avec la pudeur et le respect qui sont de mise pour toute les victimes. Et cela passe par le respect de leur intelligence, de ce qu’ils représentent, en majorité des jeunes, « branchés » (ou non), ayant envie de vivre plutôt que de survivre. Cela seulement pourra nous aider à vivre en paix, et à respecter leurs mémoires.

 

toujours pas peur

Toujours pas peur. Vivons, sortons, buvons et forniquons. La paix arrivera seulement ainsi.

 

[1] Oui, je sais, la comparaison est exagérée, car, à cette époque, il s’agissait AUSSI de redorer son blason après un retournement de veste, ou lorsque le débarquement avait donné du courage aux plus audacieux. La démarche intellectuelle est la même.
[2] « Oh mon Dieu, il ose ! » Oui, je l’ai dit, déjà, on ose tout. Même logique que précédemment.

Sans chemise, sans pantalon

Octobre revient, avec son lot de tristitude automnale, de rentrées scolaires, de guerres, de lois qui ne viendront jamais, ses feuilles rouille et feu, ses nouvelles émissions télévisées et son lot d’immondices.

 

A poil !

Let’s get naked, babe

 

Après avoir traversé un mois de septembre pourtant agréable, nonobstant les éructations vulgaires, crasseuses et nauséabondes de certaines personnalités politiques – pas de lien pour cela, nous parlons déjà de caca, nous n’allons pas non plus vous permettre d’assouvir votre voyeurisme dégoulinant. Si vous avez manqué l’épisode, ne vous en faites pas, vous n’avez, en réalité, rien manqué du tout, bien au contraire.

 

Topless

 

Un an après la grosse grève des pilotes de l’an dernier, quasiment jour pour jour, voici que, me levant de petit matin, chanceux que je suis de ne pas avoir la télévision dans mon petit pied-à-terre en Albion, que ne m’aperçois-je pas de la récurrence, répétition, redondance quasi pléonastique (je m’emporte) des Unes de ce jour. tournant autour d’une sombre affaire de vêtement déchiré. Peu à jour en termes de mode, excusez du peu, que ne m’empressais-je donc de lire ces nouvelles, pensant avoir vu là un renouveau de l’excellent Full Monty. Après tout, outre la presse française, nos amis du Telegraph, du Financial Times, de Bloomberg… s’empressent de reprendre en chœur le refrain de la condamnation de la violence faite à un cadre d’Air France qui s’est vu houspillé, alpagué, et malmené. Xavier Broseta, DRH de la société, et Pierre Plissonier, directeur d’Air France Orly, ont été « violemment pris à partie par des salariés », nous raconte le HuffPost.

Fort bien.

L’image tourne en boucle, nous montrant, ainsi, un homme seul – deux, excusez du peu – poursuivi par une foule en délire. L’on imagine, rêveurs que nous sommes, la créature de Frankenstein chassée par ces villageois en raison de sa laideur, pourtant n’ayant qu’une envie, se lier avec les Hommes. L’on revoit Peter Lorre hoquetant face à la pègre assemblée face à lui, vomissant ses démons et près d’être déchiqueté par les mafieux. L’on entraperçoit peut-être, encore, Ratchett (possiblement ?) poignardé par tous les voyageurs du train somptueux reliant Istanbul à Londres. Pourrait-on, encore, imaginer Tannhäuser entouré des chevaliers de la Wartburg, à un souffle de la mise à mort, sauvé uniquement par Elisabeth ?

On le peut, tant le parallèle est proche. Il ne s’agit pas, ici, comprenons-nous bien, de légitimer une action de violence, quelle qu’elle soit. Sachons en revanche, entre personnes douées du strict minimum de raison critique, faire la part des choses. Si la prise à partie de deux personnes par un groupe plus nombreux, et donc plus fort, est critiquable, il n’en demeure pas moins un fait parfaitement rationnellement explicable. Lors de la journée du 5 octobre 2015, la direction d’Air France a annoncé la suppression de 2900 postes, 300 de pilotes, 900 de PNC (hôtesses et stewards) et 1700 de personnels au sol, comme il avait déjà été expliqué. Une violence faite à ces 2900 personnes dont les métiers vont être supprimés et donc les vies chamboulées. Certes, j’ose imaginer que celles et ceux, pilotes surtout (ceux qui avaient fait grève l’an dernier pour refuser de travailler autant que leurs collègues non pilotes, soit dit en passant), qui gagnent bien leur vie auront moins de difficultés que les autres à se relever. Il n’empêche. La défense de l’emploi doit se faire, il me semble, sans discrimination basée sur le salaire. S’il est plus urgent de veiller à ce que les personnes aux salaires plus faibles ne soient pas renvoyées (car la situation serait immédiatement intenable, comparée à celle que subiraient celles et ceux ayant plus d’argent) il s’agit d’une différenciation assez inique, car il existerait de bons et mauvais salariés, certains qu’il serait juste d’aider et d’autres non.

Oublions un peu l’égoïsme passé des pilotes qui ont, somme toute, précipité un peu plus leur entreprise à prendre cette décision, passons outre sur leur violence à eux, individualistes, faite à  leurs collègues, par un mépris de classe hors du commun. Tentons de dépasser cela. Ou du moins, un fois que nous avons fait ce constat, d’en faire un second.

Que dire de la violence insigne faite à ces près de 3000 salariés ? Que dire de cette massue, de cette masse d’arme, de cette étoile du matin qui s’écrase ainsi sur les têtes de ces milliers de personnes et, par extension, de leur famille ? Oublions-les, les pauvres ne sont pas télégéniques, nos médias veulent des victimes, des vraies, et les victimes ne peuvent être plurielles, elle doivent être individuelles, bien habillées, et sentir bon le thym et le romarin. Et de préférence être en haut de l’échelle ou de la chaîne alimentaire.

L’on se souvient de cette scène de l’excellent Fin de Concession de Pierre Carles, dans laquelle le journaliste montrait à Jean-Luc Mélenchon un extrait d’un journal télévisé, opposant David Pujadas au délégué syndical Xavier Mathieu, le premier exhortant, somme toute, le second, de faire taire les « violences » qui avaient eu lieu en 2009 lors du plan social de Continental. Le parallèle est une évidence, car l’on voit le message que l’on tente de nous faire avaler à l’aide d’un entonnoir idéologique: « L’alguazil, dur au pauvre, au riche s’attendrit. » (Victor Hugo, Ruy Blas).

Les temps n’ont guère changé, l’on préfère légitimer un limogeage massif sous couvert de « réalisme », « pragmatisme » et autre phrases condescendantes comme « c’est ainsi que le monde est fait, il ne faut pas être naïf » tout en s’affolant de voir le juste retour de flamme nous brûler le visage. La physique nous le dit, toute explosion a un double effet kiss cool, un coup ça part, un coup ça revient. Mais dans tous les cas, l’on préférera taper sur les plus démunis, les plus faibles, celles et ceux qui sont déjà à terre, car c’est plus facile, plutôt que de s’en prendre aux élites ultra-protégées. Après tout, étripons-nous, nous les laisserons tranquilles. C’est là que l’on voit où sont les chiens de garde.

Comme toujours, c’est encore Arrêt sur Images qui nous donne la meilleure explication.

 

 

Cul-nu

 

Aujourd’hui, encore, 6 octobre 2015, on a eu le droit à une autre violence, plus « normale » celle-ci, en ceci qu’elle montre la tolérance que l’on a à l’égard du sexisme. (normal ici signifie « dans la norme », bref, la définition, et non « acceptable ». Apprenez à parler, bordel de merde)

France 3, histoire de montrer que la chaîne n’est pas l’apanage des hommes (blancs, hétéros, cis-genres) a décidé de faire un clip publicitaire – qu’il est inutile de montrer tant il est médiocre – afin de montrer à quel point ils sont trop kikoo-lol au service public télévisuel. Las, la vidéo nous montre une enfilade de tâches ménagères non faites, allant de la vaisselle, à la chambre d’un enfant, au repassage, à la sortie du chien, pour finir sur un placard à chaussures (féminines – on le sait car elles sont à talon, les femmes ne pouvant pas, selon France 3, porter autre chose). Puis le message, sur fond de Patrick Juvet, « Elles [les femmes, en référence à la chanson interstellaire de Patoche] sont sur France 3« . Vient ensuite l’autogratification – aussi appelée onanisme autocentré – « La majorité de nos présentateurs sont des présentatrices. » Chose épatante, cependant, avoir une majorité de femmes dans les locaux de France 3 n’empêche pas les responsables communication de pondre autre chose qu’un vulgaire clip dégoulinant de sexisme.

Là encore, une image violente, montrant que, si l’on est une femme, la place est forcément à la maison – ce qui est rappelé par le montage illustrant toutes les tâches ménagères, renforçant un peu plus l’effet culpabilisateur imposé aux femmes. Ainsi, si la femme travaille, elle ne peut entretenir la maison, le linge brûle, menant à Dieu sait quelle catastrophe, le chien va certainement faire sous lui, je n’ose imaginer la flore qui va se développer dans la vaisselle non faite… parce que, comprenons-nous, un homme ne peut pas faire cela. (à croire que nous sommes trop cons… mais comment donc font tous ces célibataires masculins ? Une enquête est à prévoir)

Soyons honnêtes, utiliser des clichés peut – et je dit bien peut – être intelligent quand il s’agit de les déconstruire. Utiliser un cliché par métonymie est une horreur, car il renforce et réaffirme le carcan patriarcal actuel de la société. Une femme ne peut être vue comme un être humain à part entière, il faut toujours qu’elle soit associée à la construction sociale qui fait d’elle une esclave domestique, car c’est exactement la conception que le patriarcat impose, et qui est réaffirmée par cette publicité. On se dit que le féminisme a encore du chemin à accomplir dans les têtes visiblement trop petites de certains avant d’espérer avoir une société vraiment égalitaire.

Bref, des communicants imbéciles, ne pensant que par réflexe conditionné, comme des animaux, des singes dépenaillés sautant çà et là dans leur cage, ont produit l’un des clips les plus humiliants qui soient, en faisant passer un message ouvertement sexistes sous couvert d’une apparente « parité ».

Petit coin de bonheur : le clip a été retiré. Victoire amère, car elle ne change rien, le mal est fait. Espérons que cette claque, cette déculottée que s’est prise France 3 face à l’ampleur des critiques les fera réfléchir à l’avenir.

Jez they could

Labour - Time for change

Ca y est !

Il a fallu attendre une double décennie que les affres du blairisme s’effacent et que le parti travailliste sache reconnaître ses erreurs pour qu’un bon vent ne balaye les derniers survivants du virage libéral de ce parti. Soyons honnêtes, la victoire, écrasante, avec près de 60% des voix, de Jeremy Corbyn à la tête du Labour n’est pas, malheureusement, une remise en question qu’ont faite les élites du parti lui-même. Serait-ce donc un sursaut militant ? Une reconnaissance de la part de ces derniers que, après des crises répétées de ces vingt dernières années, mais surtout après cet été odieux, bringuebalé entre la menace d’amputation européenne de son membre grec et de la réaction quasi-allergique qu’ont eu nos populations face à l’arrivée de migrants venu des Moyen et Proche-Orient, en partie à cause de nos politiques, une réflexion critique d’un parti droitisé était-elle enfin apparue ?

On pourrait le penser. Mieux encore, l’on pourrait croire à un plébiscite. Pourquoi donc ?

The Guardian proposait une lecture intéressante, faisant écho aux suppliques énervées des militants de gauche dans notre pays. (oui, des militants de gauche, pas des militants en carton allant voter en masse un texte fortifiant un certain premier ministre dans ses retranchements d’apparatchik)

Il faut savoir que la possibilité de ne voter que 3£ pour avoir voix à ce dernier vote avait fait, outre-Manche (mais ci-Manche, pour votre dévoué serviteur) couler beaucoup d’encre. De manière intéressante, le Guardian résumait, à l’époque, que cela pourrait ouvrir la voie à près de 550 000 voteurs de plus, triplant le nombre de celles et ceux qui pouvaient initialement voter. Si l’on a pu craindre que des membres Tories (ou pire, de UKIP, pour ce qu’il en reste) n’aillent voter afin de choisir un candidat qui leur soit favorable – moins charismatique, plus apparemment dangereux, moins ceci, plus cela… – comme cela avait été dit pour les Primaires du PS et du PRG en 2011, l’on peut aussi, plus simplement, constater que cela avait, comme pour les primaires de 2006, attirer une population qui, refusant d’être militante, voulait pouvoir avoir voix au chapitre concernant un parti qui représentait leurs espoirs et attentes. L’on peut facilement refuser la première hypothèse, car elle signifierait un mouvement ordonné des forces opposées qui, par ce truchement, se seraient vues financer directement un parti adverse, en lui conférant ainsi une assise plus importante. La seconde hypothèse, celle du rassemblement plus large des sympathisants, est plus acceptable. Ce serait donc, ainsi, la décision d’un « peuple de gauche », expression un rien surannée, pour choisir une personne que ce même peuple penserait plus en phase avec les circonstances de l’époque. En définitive, il s’agit du meilleur choix plébiscité par ces mêmes personnes ayant déjà souffert de trop nombreuses années de Cameron (Mister Potato) et déçues des dernières élections des Communes voulant effectuer un virage plus radical, plus ancré à gauche. La logique est simple,car elle est efficace et puissante : puisque tout a été tenté (sinon l’extrémisme, mais toute personne bien dans sa tête ne peut prêter oreille à ces inepties) autant opter pour une nouvelle voie, audacieuse, courageuse, qui rompt enfin avec des années de New Labour, socialisme corrompu, et de conservatisme un rien puant. Le résultat des élections est d’ailleurs révélateur, puisqu’il les scores obtenus par les candidat-e-s suivant-e-s les ont alignés de la gauche du Labour jusqu’à sa droite.

Un plébiscite à gauche, donc.

Ce qui fut en revanche intéressant d’observer furent les réactions qui ont fusé non seulement avant les élections mais aussi après. Les Blairites, suite à la défaite de mai dernier, avaient justifié la déviation à droite du parti en arguant du fait que, compte tenu des résultats, les électeurs voulaient un programme plus libéral. Ce même son de cloche sonne encore très fort chez nous, au point de nous assourdir. A cela se sont ajoutées les accusations répétées contre Corbyn lui-même, allant jusqu’à fleureter avec l’invective ad hominem, tentant de le faire passer pour un dangereux sectaire, ce dont l’homme s’est défendu. Ces accusations n’ont, finalement, fait que trahir l’absence totale de débat intelligent, la nullité des propositions adverses et, paradoxalement, le sectarisme idéologique de néo-conservateurs (l’on peut y mettre les Blairites) incapables de s’avancer sur le terrain des propositions. Ces invectives se sont répercutées jusque dans notre petit pays sous la voix, pourtant habituellement plus réfléchie, de certains journalistes. Là encore, il s’agissait d’agiter un chiffon rouge afin de faire peur à un électorat qui, chez nous, aurait pu se sentir grisé par cette montée d’une gauche socialiste, tant les accusations ne savaient tenir vraisemblablement la route.

Pourquoi ces attaques ? La réponse peut être simple : la peur de la gauche. La peur qu’ont certains anciens plébiscités à 5,6% d’imaginer un monde – commençons par un pays, étendons à l’Europe et finissons avec le monde, cela prendra du temps – plus égalitaire. La peur du refus du statu quo. La peur, simplement, de l’audace.

Si l’on peut en effet regretter le manque d’européisme affiché de Corbyn, qui n’est pas eurosceptique pour autant, comme en témoigne sa toute récente déclaration concernant un refus clair et net du Brexit, l’on ne peut qu’espérer qu’une telle victoire saura non seulement porter ses fruits au Royaume-Uni et permettre d’être confirmée à des prochaines élections, mais aussi de montrer à d’autres européens progressistes qu’une politique sociale solide et fière de ses valeurs de partage et d’entraide est tout à fait possible, pour peu que l’on s’en donne les moyens. Il a fallu 20 ans aux britanniques pour se rendre compte des errements libéraux du Labour. En France, l’on commence à peine à commettre les mêmes erreurs ancestrales que nos camarades travaillistes et du SPD (outre-Rhin, suivez, un peu) ont commises des années déjà. Mais l’espoir demeure.

Wait and see.

Lille: Vous ne devinerez jamais ce qu’a trouvé ce cambrioleur!

Bonjour à toi lecteur!

Désolée de te décevoir si vite, mais tu ne suivras point les aventures (certes passionnantes) de « Jojo le voleur au grand cœur » sur cette page. Non, point de tout cela. Tu fais parti malgré toi d’une petite expérience sur laquelle je m’interroge depuis un certain temps maintenant. Combien de personnes vont cliquer sur cette page de blog en voyant le titre de cet article ? Et surtout pourquoi ? Mais POURKOUWA cher lecteur as-tu cliqué sur cet article, au titre à la fois insignifiant, amusant, totalement aberrant et à la photo trouvée dans Google Images ?

Tu m’interroges, lecteur. D’où te vient cet attrait quasi irrésistible pour les faits divers, pour ces « chiens écrasés » qui ont envahi nos journaux écrits et télévisés ? Pourquoi décides-tu volontairement de remplir ton cerveau de ce genre d’informations insignifiantes ? Tu me donnes du fil à retordre, lecteur, en provoquant toutes ces interrogations malgré toi. Alors, interrogeons-nous sur ton comportement et essayons de comprendre ton attrait viscéral pour les faits divers et ses conséquences.

I- Tentative de définition du fait divers:

Il n’est pas aisé de définir le fait divers. Au sens premier, le plus simple, il qualifie un fait inclassable dans les rubriques « classiques » de nos journaux (économie, politique, sciences, culture, etc). Mais c’est surtout sa « non-portée » qui le qualifie comme « divers ». Dans « Structure du fait divers » (in Essais Critiques, 1964), Roland Barthes approfondit cette définition: « Voici un assassinat : s’il est politique, c’est une information, s’il ne l’est pas, c’est un fait divers. » Dès lors, l’assassinat politique renvoie à un contexte implicite, à une échelle qui dépasse l’événement en lui-même :
« (…) dans le premier (l’assassinat politique), l’événement (le meurtre) renvoie nécessairement à une situation extensive qui existe en dehors de lui, avant lui et autour de lui : la « politique »; l’information ne peut ici se comprendre immédiatement, elle ne peut être définie qu’à proportion d’une connaissance extérieure à l’événement, qui est la connaissance politique, si confuse soit-elle; en somme, l’assassinat échappe au fait divers chaque fois qu’il est exogène, venu d’un monde déjà connu; on peut dire alors qu’il n’a pas de structure propre, suffisante, car il n’est jamais que le terme manifeste d’une structure implicite qui lui préexiste (…); littérairement ce sont des fragments de romans, dans la mesure où tout roman est lui-même un long savoir dont l’événement qui s’y produit n’est jamais qu’une simple variable. L’assassinat politique est donc toujours, par définition, une information partielle (…)« 

Ceci n'est pas un fait divers.

Ceci n’est pas un fait divers. (C’est l’Assassinat de Marat… pour les profanes).


Le fait divers, quant à lui, ne renvoie pas à un tout mais constitue lui-même le tout : « (…) 
le fait divers, au contraire, est une information totale, ou plus exactement, immanente ; il contient en soi tout son savoir : point besoin de connaître rien du monde pour consommer un fait divers; il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même; bien sûr, son contenu n’est pas étranger au monde : désastres, meurtres, enlèvements, agressions, accidents, vols, bizarreries, tout cela renvoie à l’homme, à son histoire, à son aliénation, à ses fantasmes, à ses rêves, à ses peurs (…); au niveau de la lecture, tout est donné dans un fait divers ; ses circonstances, ses causes, son passé, son issue; sans durée et sans contexte, il constitue un être immédiat, total, qui ne renvoie, du moins formellement, à rien d’implicite ; c’est en cela qu’il s’apparente à la nouvelle et au conte, et non plus au roman. C’est son immanence qui définit le fait divers. » Le fait divers se consomme donc pour lui-même ou s’inscrit parfois dans une mémoire à court terme. Il n’est pas un épisode, mais un tout, un récit immédiat.

Le fait divers, comme nous le décrit Roland Barthes dans le même article, se définit aussi par le lien de causalité qui le compose « (…) un délit et son mobile, un accident et sa circonstance, et il y a bien entendu, de ce point de vue, des stéréotypes puissants : drame passionnel, crime d’argent, etc. » Cette causalité peut être « troublée » par :
-d’un côté les « prodiges » (où la cause est inconnue). Par exemple: le phénomène des OVNI ;
-d’un autre côté les « crimes » (où la cause est différée, connue après la tenue d’une enquête, par exemple).
Cette cause peut être surprenante (c’est le phénomène du « on-ne-s’attendait-pas-à-ça! »). Par exemple: « une femme blesse d’un coup de couteau son amant : crime passionnel? non, ils ne s’entendaient pas en politique ». A cela peut s’ajouter le théorème « petites causes, grands effets ». Vous savez, c’est le TGV qui se prend un cerf entre Lyon et Paris et qui retarde tout le trafic de 3h…. Un grand classique !
La disproportion attire, tout comme le phénomène de hasard (« il retrouve son vélo sur le Bon Coin »), de coïncidence, de répétition (« Une bijouterie cambriolait trois fois en une semaine »). Le curieux attire également (vous savez, l’histoire de Serge le lama qui a pris le métro…) tout comme le comble (« un policier tue sa femme »).

En bref, le fait divers nous dit tout de lui dès sa première lecture. Il est le résultat d’un lien de causalité connue ou mystérieux, surprenant, drôle ou inquiétant.

II-Le fait divers aujourd’hui :

« En juin 2013, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) révélait dans son « baromètre thématique des JT » qu’entre 2003 et 2013 le nombre de sujets consacrés chaque année aux faits divers dans les journaux télévisés des grandes chaînes généralistes avait connu une augmentation de 73 %. Alors qu’ils représentaient 3,6 % de l’offre globale d’information (1191 sujets) en 2003, les faits divers « pèsent » aujourd’hui 6,1 % de cette offre (2062 sujets). Ce qui signifie plus concrètement qu’en moyenne, le nombre de faits divers traités chaque jour dans les JT, toutes chaînes confondues, est passé de 3 à 5. » (« Flambée de faits divers dans les JT depuis dix ans », Blaise MAGNIN et Henri MALER pour Acrimed, 14/10/2013)
Impressionnant constat. Et celui-ci ne parle pas des dizaines d’émissions de télévision exclusivement consacré aux faits divers du genre « Faites entrer l’accusé », « Crimes », « Enquête Exclusive », etc. La presse écrite n’est pas épargnée, tout comme la radio. Les pages consacrées aux faits divers augmentent (je paye une bière à celui qui me trouve une « véritable » information dans le Nord Eclair!) et les JT radios souffrent du même symptôme que celui de la télé. Mais pourquoi regardons/lisons/écoutons – nous ce genre « d’informations » ? Explications.

III-Pourquoi sommes-nous attirés par les faits divers ?

Croyez-le ou non, mais Madmoizelle a consacré un très bon article à ce sujet. Le fait divers attire pour six raisons : la proximité géographique et temporelle, la rareté de l’événement, le fait communautaire, le côté affectif (choquant ou émouvant de l’événement) et le taux de notoriété. (voir graphique, juste là. Oui là, juste dessous).

fait divers

Ces six facteurs constituent la clé de l’attraction du quidam pour le fait divers. Et sont donc des éléments majeurs à connaitre pour tout journaliste en mal d’audimat.

IV La dérive du journalisme :

Et c’est là que surgit le mal. Toujours d’après Acrimed et l’article cité précédemment, « les faits divers demeurent très en retrait par rapport aux sujets de société, à l’information internationale, ou aux rubriques politique et économie. Ce qui est en cause, ce sont donc la place qui leur est donnée, l’importance qui leur est accordée et leur mode de traitement. » Ouvertement, le travail journalistique est (et doit) être remis en cause. Les six facteurs d’attraction ne servent en rien ici la diffusion de l’information mais bien un intérêt: celui de la chaîne télé/radio/presse et plus largement des ressources budgétaires. « Le fait divers est une aubaine pour les fabricants de consensus. Ils fédère les audiences, fait grimper l’audimat, garantit par conséquent l’ampleur des ressources publicitaires. » (Télévision : Exhiber cette émotion qui nous submerge (En direct de TF1) », Acrimed, août 2002).
La recherche du « buzz » est désormais au centre du travail de certains journalistes afin d’accroître leurs audiences.

Non, pas ce buzz là!

Non, pas ce buzz là!

« La recherche du spectaculaire, l’hyper-rapidité du traitement de l’information, l’absence corollaire d’investigations, la concurrence et la compétition acharnées entre médias » abaisse le travail journalistique au niveau du caniveau. « Les journalistes n’ont pas le temps et se précipitent sur ce qui va vite » (Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS, directeur du Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales -CESDIP). Ils ne s’intéressent pas à la banalité mais seulement à ce qui sort de l’ordinaire, aux yeux de notre société à l’instant I. Ils s’accrochent notamment aux tabous dont le premier d’entre eux est la pédophilie.
Face à cela, on assiste à une course médiatique, notamment dans la presse et la télévision. Les chaînes et les JT se font une guerre sans merci pour l’audimat qui passent par une course aux faits divers, aux buzz, parfois au trash ou au morbide. « Ce quasi doublement depuis dix ans du nombre de faits divers traités dans les JT est un révélateur de la féroce concurrence que se livrent les chaînes pour l’audimat. La baisse des recettes publicitaires avec la crise économique, la multiplication des chaînes d’information en continu et des canaux d’information sur internet qui rendent les JT moins incontournables, la floraison des chaînes gratuites sur la TNT qui, tout en morcelant l’audience, en captent une part de moins en moins négligeable : tout concourt à accroître la pression concurrentielle sur les producteurs des journaux télévisés. ». (« Flambée de faits divers dans les JT depuis dix ans »). Nous assistons à une « fait-diversification » de l’information à visée purement économique. Les informations internationales, économiques sont vus comme rébarbatives, repoussantes pour le spectateur (oui, chiantes en un mot) contrairement au fait divers, addictif et captant l’attention. Pour rendre intéressant un fait divers, leur traitement est différent de celui d’une information classique : superficiel ou/et sensationnaliste pour parvenir à créer le buzz tant attendu.

Par quoi cela se manifeste-t-il ? Par des images choquantes (la plupart du temps inutiles) prenant le pas sur le texte ou le fond, par une sur-production de pathos bien dégoulinant et surtout par un remplissage de vide avec du rien (vous savez, c’est le fameux journaliste qui annonce toutes les dix minutes que « nous n’avons pas plus d’informations pour le moment »). Et c’est ici que le vice se révèle : les journalistes et médias, consciemment, remplissent nos cerveaux de rien, de vide, nous faisant perdre du temps et nous détournant d’informations bien plus capitales. C’est ce que Bourdieu expliquait: « (…) en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. » (Sur la télévision, 1996). Là en est fini l’éthique du journalisme. Que ce soit le pauvre pigiste qui galère dans la PQR ou le présentateur de BFM, les journalistes ont une responsabilité immense dans la société. Ils participent à la création d’un cercle vicieux: le spectateur aime le fait divers, on lui en sert à la pelle, il devient de plus en plus accro, alors on en diffuse encore plus, etc. De par le fait qu’ils choisissent de présenter ou de par la hiérarchisation des sujets, ils détournent sciemment l’esprit des pauvres gens que nous sommes vers le futile, l’inutile et le vide. Et l’impact sociétal et politique en est dramatique.

V-De la naissance de la peur

Combien de fois a-t-on entendu tonton dire que « tout par en vrille, c’est de pire en pire », mamie dire « mais regarde à la télévision, ces jeunes, c’est effrayant ! », papi dire que « C’est fou, il y a de plus en plus de pédophiles et de criminels » et j’en passe. Le fait divers, utilisait dans tous les sens par les journalistes, véhiculent un idée de notre époque, de l’homme, d’une société décadente et violente. « Les faits divers criminels expriment les peurs sociales. Ces dernières sont évidemment « les jeunes », victimes d’une sorte de racisme générationnel, et surtout ceux venus plus ou moins d’ailleurs » (Laurent Mucchielli). Le fait divers, s’ils révèlent des inquiétudes, peut aussi les déformer, voire les créer.
Les téléspectateurs/auditeurs/lecteurs, tenus loin des faits importants, se focalisent alors sur ce miroir déformant de notre société. De là, naît la peur. Et de là surgit la récupération politique. Et de là émerge l’extrémisme. L’insécurité, thème favoris des faits divers, est mise au premier plan. Le zapping de Canal + sur 2002 est particulièrement révélateur. A 4’05, nous suivons l’interview d’une femme, apparemment issue de milieu rural et ayant voté FN :

« Ici dans le village, il y a des problèmes ?
– Non, y’a pas de problèmes. Y’a jamais rien eu. Mais c’est pas à Enencourt [en Picardie, ndlr], c’est partout.
– Alors qu’est ce qu’il y a partout, c’est le sentiment de quoi ?
– Bin oui, bin, tout ce qu’on voit à la télé ! Les gens qui sont agressés !« 

Atrocité de cette dernière phrase. Atroce car elle révèle d’un seul coup tout le problème de la fait-diversification de l’information, de son omniprésence, de son traitement, de sa thématique récurrente sur l’insécurité et de la responsabilité du journaliste. En une phrase, tout nous pète au visage.
Et rassurez-vous, rien n’a changé depuis 2002 sur la question du traitement du fait divers lié à l’insécurité. « L’accumulation de faits divers à sens unique sur les actes de délinquance, rassemblés dans la catégorie journalistique d’« insécurité » est plus problématique encore. Les « atteintes aux personnes » d’une part, le « vandalisme » et les « bagarres collectives » (…) d’autre part, représentaient ainsi en 2012 plus de 60 % de l’ensemble des faits divers traités dans les JT ; soit en moyenne près de trois sujets par jour relatant agressions, meurtres, enlèvements, viols, etc. » (Flambée de faits divers dans les JT depuis 10 ans, Acrimed).

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Et la victime est toute trouvée: le jeune, l’étranger, l’inconnu. « La récurrence de ces sujets, leur cadrage a priori sur le sort des victimes et la désignation plus ou moins explicite et systématique de catégories de coupables (les bandes de jeunes des cités HLM) concourent à une construction médiatique du problème de l’insécurité dont les implications sont d’une autre importance que la seule question de la hiérarchie ou de la qualité de l’information… Ces faits divers, loin de « faire diversion », quittent ainsi régulièrement cette rubrique pour s’inviter au cœur de l’actualité et du débat public où ils sont l’objet des pires instrumentalisations politiques. » Le fait divers peut-il avoir alors un rôle sociétal ?

VI-Voyeurisme et futilité ou rôle sociétal ?

A mon sens, le rôle sociétal du fait divers n’existe pas. Si un fait détient ce rôle, par définition, ce n’est plus un fait divers mais une information. Une information d’intérêt sociétal. L’insécurité ne devrait pas être traitée qu’à l’aube du fait divers mais à travers des informations: sur la pauvreté, le chômage, l’intégration, l’émancipation, etc. Bref, sur les causes de l’insécurité et pas toujours sur ses conséquences. Replacée dans son contexte, cela mettrait en lumière des vrais problèmes sociaux et permettrait d’éviter toute instrumentalisation politique. Cela éviterait de croire en une quelconque décadence de notre société ou de notre jeunesse comme le dit très bien Laurent Mucchielli : « Certains sujets comme le crime occasionnent beaucoup plus que cela. Loin de passer pour un accident de la vie quotidienne, l’érection du fait divers criminel en priorité de l’information le transforme en un fait de société. Il est promu au rang de symptôme des dérèglements de la vie sociale. Et lorsqu’il rencontre une ambiance générale de morosité et d’inquiétude sur l’avenir, il devient le révélateur d’une décadence. Ainsi le fait divers criminel n’occasionne pas simplement un discours sur la violence qui est insupportable, mais aussi sur la violence qui augmente, qui rajeunit… Ce qui pourtant est tout aussi faux que l’idée selon laquelle les avions risqueraient de plus en plus de s’écraser. »
Par conséquent, le fait divers est forcément trompeur, déformant, secondaire. Il ne renvoie pas à une réalité globale, rationnelle, démontrée. Il n’est qu’un cas, une exception et ne révèle en rien les maux de notre société.

L’addiction grandissante pour le fait divers est, par ailleurs, inquiétante. La multiplication des émissions qui y sont consacrées, avec des sujets plus glauques les uns que les autres, alimentent la peur, le voyeurisme et l’addiction au trash. Car oui, plus c’est trash, plus les gens regardent. Vous savez, c’est ce bon vieux « Faites entrer l’accusé » du dimanche soir qui nous fait bien flipper avant de dormir !

"toudoum toudoum, toudoum toudoum..." (c'est le son du piano qui fait peur!)

« toudoum toudoum, toudoum toudoum… » (c’est le son du piano qui fait peur).

C’est cool, raconté comme un polar, ça fait peur, c’est mis en scène. Et c’est réel.  Mais ce n’est pas parce que ce genre d’émissions augmentent que les faits violents ou trashs augmentent eux aussi. Ces émissions marquent, rendent addicts car elles parlent de faits atroces, horribles et font sans cesse appel à l’émotion dans le domaine de la justice notamment (qui doit en être dépourvu pour rendre un jugement le plus juste possible). Prenons l’exemple de la pédophilie. Comme nous l’explique à nouveau Laurent Mucchielli, « le pédophile est devenu le monstre absolu parce que la violence sexuelle faite aux enfants est devenue le tabou suprême. Nous «sur-réagissons» aux crimes parce qu’ils nous sont de plus en plus odieux, et non pas parce qu’ils seraient plus nombreux. » Idem pour le viol : « (…) des dépêches d’agence signalent des procès pour viols collectifs depuis de nombreuses années. Mais, avant 2001, ces dépêches ne suscitent pas l’intérêt de la presse. Elles ne produisent pas de sens : ce sont des faits divers.« Inversement, à partir de là, les journalistes vont se précipiter dans les cours d’assises pour « couvrir » les procès pour viols collectifs. Désormais, ce sont des faits de société, c’est-à-dire qu’ils deviennent des symboles de quelque chose de plus général : le « mal des banlieues », la « crise de l’intégration », la jeunesse « de plus en plus violente », « qui n’a plus aucune valeur » » (Le viol dans les médias : un fait divers,  par Audrey GUILLER et Nolwenn WEILER, Acrimed, 21/11/2011). Les journalistes transforment en fait de société ce qui n’en est pas. Encore une fois, c’est bien le traitement de l’information qui est coupable: coupable de rendre le spectateur voyeur, coupable de donner de l’importance à ce qui n’en a pas, coupable de faire penser à la population que notre époque est pourrie.

VII-Faits divers et lutte des classes :

YOLO

YOLO

Si remettre en cause l’importance du fait divers dans nos médias remet en cause le journaliste, est-ce que cela ne remet pas aussi en cause le spectateur lui-même ? Loin de penser que tout ceux qui regardent « Faites Entrer l’Accusé » sont des pervers, n’y-t-il pas tout de même une inégalité de classe face au fait divers ?
Pour faire simple, divisons le monde en deux: les élites riches et cultivées et la populace pauvre. Les journalistes, proches des élites politiques et économiques, traitent un fait divers qui se passe chez les pauvres et qui touchent les pauvres (pour et par les pauvres en quelque sorte). « Considérés comme s’appuyant exclusivement sur un registre émotionnel et suspectés de répondre aux pulsions morbides d’une « populace incivilisée », les faits divers sont très souvent dénoncés comme un genre inférieur, illégitime. L’accent mis sur le sang et le sexe, le drame et le crime détournerait en outre l’attention des récepteurs des « informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques » (P. Bourdieu, Sur la télévision, 1996). » Les riches ne se mouillent pas dans l’affaire. Ils tentent de s’en tenir éloignés… Sauf que… sauf que parfois c’est eux qui sont en première page des faits divers. En parlant de l’affaire DSK, par exemple, nombres de sociologues dénoncent le comportement des journalistes : « Cette incrédulité affichée par bon nombre d’éditorialistes ne choque pas les sociologues, qui expliquent comment les journalistes n’ont jamais intégré que des viols se produisaient aussi dans les milieux sociaux favorisés. Habitués à traiter d’affaires d’assises, où sont condamnés, (…) , une majorité de pauvres. « Le monde politique et médiatique parisien est composé de classes supérieures qui n’entendent que ce qui ne vient pas les déranger,énonce Laurent Mucchielli. Souvent, quand ils s’expriment sur le viol, c’est l’élite dirigeante qui s’inquiète de l’état dépravé des mœurs des pauvres. Tout cela pour ne pas voir ce qui se passe dans leur rue. » En plus d’être futile, abrutissant, déformant, le fait divers est, en plus, élitiste. Ils protègent les hautes sphères de toute prise de conscience de par un détournement des cerveaux de la masse. Pierre Bourdieu décrit « des « faits omnibus », c’est-à-dire « des faits pour tout le monde ». Ce sont, du moins pour nombre d’entre eux, des faits « qui ne divisent pas, qui font le consensus ». Comment, en effet, les publics pourraient-ils se partager entre les « pour » et les « contre », face à un grave accident ferroviaire (comme celui de Brétigny en cet été 2013), un braquage de banque (surtout s’il est filmé en vidéo…) ou le meurtre d’une enfant (comme la petite Fiona) ? À ce titre au moins, « les faits divers sont aussi des faits qui font diversion « , ils évitent de les « normaliser » et accentuent la pensée que leur classe est impénétrable.

Mais d’un autre côté, n’est-ce pas un peu bobo de critiquer les faits divers en permanence, ces faits  qui font justement consensus ? N’existerait-il pas un peu de mépris social dans cette critique ? Comme l’écrit très bien Acrimed, « Encore faudrait-il qu’au mépris social latent des fournisseurs en gros de faits divers qui font diversion, ne réponde pas le mépris social dont une prétendue avant-garde cultivée et politisée accable les publics populaires de la télévision. De la part de ces téléspectateurs, les faits divers font l’objet d’interprétations qui excèdent largement le voyeurisme et le divertissement morbide que des commentaires pétris d’ethnocentrisme et d’arrogance de classe dénoncent sans comprendre.« 

Après tout, mes critiques ne sont-elles pas celle d’une gamine qui a une tête qui ne passe plus les portes ? Peut-être. Mais je persiste et signe: les faits divers sont nocifs pour ceux qui en parlent et pour ceux qui les regardent. Ils sont un des enjeux de la lutte des classes entre les élites qui produisent l’information et les pauvres qui la regardent, entre les élites et leurs lobbies qui abrutissent ceux d’en bas (un conseil : voir le documentaire les « Nouveaux Chiens de Garde » si vous avez des doutes sur cette affirmation).
Quoi faire alors ? Redresser vers le haut la formation de journaliste, leur rappeler leurs responsabilités et toujours se battre pour l’émancipation des esprits. C’est bobo, c’est gaucho, et je m’en fous.

Humeurs estivales

Après près d’un mois et demi de silence, dû certainement à la paresse inhérente à ces mois honorant les vieux empereurs Jules et Auguste, voici des remarques éparses, variées, commentant à tout-va les soubresauts de nos mornes sociétés. Comprenant parfaitement les problèmes que notre faible lectorat rencontre après un quinze août, souvent arrosé de vin rosé, de soleil, d’enfants qui braillent ou de chaleur insoutenable dans un 10 m² bétonné, nous allons vous servir des petits mets rapides et affriolants avant de repartir du bon pied à la rentrée.

 

Un peu de rêve

Un peu de rêve et de sable dans votre drink, que demander de plus ? Du sucre ?

 

Partie 1 : de la division des combats

Petite nouvelle parfaitement people, parlons musique. Plus précisément, parlons de musique pop avec l’écharnage entre deux stars de la pop, j’ai nommé Nicki Minaj et Miley Cyrus.
Si vous n’avez pas suivi les nouvelles à la fin du mois de juillet, Nicki Minaj faisait remarquer ne pas avoir reçu de prix au MTV Music Awards en raison de sa couleur de peau, ce qui, soyons honnête, est très certainement la raison intrinsèque de ce choix, les autres nominations ayant été faites pour des œuvres de qualité équivalente (entendez « bien pourri » – jugement personnel). L’affaire aurait pu mener à une réflexion sur les discriminations entre artistes, et ainsi déboucher sur l’étude du racisme et du sexisme dans nos sociétés modernes. Au lieu de cela, non seulement le tout est resté à l’état de plaisanterie, avec des journaux allant jusqu’à pousser « l’humour » à parler de « catfight » (soit de « combat de nanas » – la traduction fleurie servant à montrer la connotation condescendante accolée à ce terme).
Comme le sexisme ne s’arrête jamais, Libération, dans un article aussi intelligent qu’un chanson pop moyenne, aurait pu étayer le débat mais préféra s’en prendre à Lou Doillon qui, ayant critiqué les clips vidéos de ces artistes dans lesquelles l’image de la femme, quoi que l’on en dise, est celle attendue dans une société centrée sur les désirs des hommes, se voyait renvoyée à son tour à ses origines et au fait d’avoir posé dans Playboy. Et de diviser un peu plus les féministes, parce qu’après tout, ces mouvements remettent en cause (paraît-il) la place de l’homme dans la société (c’est pas des conneries, c’est Zemmour qui l’a dit ! Voyez nos référentiels…).

Bien évidemment, les réponses les plus intelligentes et construites ont été, sans surprise, tout d’abord celle d’Ovidie, qui se demandait qui se frottait les mains en voyant deux féministes s’opposer. L’auteur de l’article de Libération susnommé, par exemple, critiquant les personnes donnant des bons points de féminisme à d’autres qui… agissent de la sorte. Ovidie, encore, est allée plus loin sa réflexion et mérite que l’on s’y arrête un instant. La question posée par Minaj avait un double intérêt : non seulement on ne félicite que des femmes blanches, mais de surcroît des femmes minces, montrant là encore l’empreinte du patriarcat sur la place des femmes dans la société, via le rôle qu’on leur force à prendre (ou l’image « idéale », comme précisé plus haut). En poursuivant : « Montrer son cul si on en a envie, oui. Être obligée de le montrer quand ton métier c’est musicienne parce que sinon plus personne ne s’intéresse à toi, pardon, mais c’est loin d’être une libération. Et je constate que la nudité n’est argument de vente que quand t’es jeune et bonnasse. Ou que tu fais tout pour paraître jeune (Jennifer Lopez) et que tu consacres ta vie entière à avoir un corps de bonnasse. » Ovidie  montre ainsi que les codes sexistes finissent encore et toujours à enfermer les femmes dans une image véhiculée par mass media soucieux de vendre, sans que cela ne soit, au final, un acte véritablement volontaire mais nécessaire. L’opposition de normes liées à la couleur de peau, aux classes sociales a de plus été parfaitement traduit dans un article de TerraFemina.

La seconde réaction, passionnante elle aussi, car elle analysait plus encore la situation est, sans surprise non plus, celle donnée par Osez le Féminisme : « Il n’y a pas une seule forme de féminisme. En revanche, il y a un ennemi commun, qui est le patriarcat et qui prend du temps à déconstruire. Alors, il ne s’agit pas de décerner des médailles de féminisme aux unes ou aux autres. A la place, faisons preuve de bienveillance face à ces icônes de la culture populaire qui s’assument comme féministes. »

En définitive, il y avait matière à avoir un débat de fond fédérateur… mais l’on s’est vite dépêché d’opposer différents féminismes, plutôt que de trouver un axe de discussion commun. « Et qui se frotte les mains pendant ce temps-là ? »

On devra peut-être attendre la rentrée pour avoir une remise en question de soi-même, d’abord (« Pourquoi telle personne serait-elle moins féministe ? Selon quels critères ? Ne me trompais-je pas de cible en attaquant d’autres féministes ?« ), de problèmes raciaux (« Pourquoi n’y a-t-il que des artistes blancs à être récompensés ?« ) et évidemment, par la suite sociaux (« Pourquoi nous écharpons-nous entre nous, alors que nous avons un combat commun, à qui profite nos divisions ?« ).

Bref, ce n’est pas cet été que la place de l’homme blanc dans les sociétés occidentales sera remise en question.

 

Partie 2 : du combat caché (qui pue)

On peut tout à fait être opposé à la politique d’un pays. Après tout, qui ne critique pas, ou n’a pas critiqué, la politique étrangère américaine, la politique européenne allemande ou même la politique nationaliste japonaise ? Le problème vient lorsque la critique d’une politique nationale n’est qu’un biais malsain pour cacher sa haine d’autrui et attaquer une population plus ou moins distincte sous couvert d’une critique politique, toujours légitime, elle, tant qu’elle est argumentée. Le problème arrive lorsque cette critique n’est plsu qu’une façade pour masquer son esprit ségrégationnisme. Vous le voyez tous les jours sur vos murs Facebook, l’on a tous un oncle un peu raciste qui poste des messages critiquant Boko Haram pour éviter de dire « j’aime pas les arabes », ou cette tante un rien antisémite qui se définit comme anti-sioniste, à grand renfort d’Alain S., pour tenter de cacher son « j’aime pas les Juifs ». Il n’y est nullement question de politique, juste de haine de l’autre, car – OH MON DIEU ! – différent, le tout derrière un masque mensonger de fausse probité proprette.

Ainsi, comme, fort heureusement, dans nos contrées, les discours haineux sont punis par la loi, tonton et tata, un rien d’accord avec « la fille de son père », usent de moyens détournés pour faire passer leur haine de l’autre, cachée dans un torrent d’expectorations gluantes et olfactivement offensantes. Une étape a été franchie très récemment en Espagne où un chanteur américain, Matisyahu, de confession juive, s’est vu privé du concert qu’il devait donner pour avoir refusé de faire une déclaration publique en faveur de la création d’un Etat palestinien. L’exemple de votre tante (oui, pas les miennes, parce que les miennes sont cools) est flagrant : plutôt que d’afficher leur antisémitisme flagrant, les organisateurs du concert, soutenus dans leur démarche par la municipalité (violemment rouges-brunes) ont préféré arguer du fait que le concert, en faveur de la Paix, ne pouvait recevoir quelqu’un qui… qui finalement avait déclaré « n’avoir jamais été un artiste politique et donc ne pas porter son point de vue dans ses chansons ou son spectacle« . (d’après El Pais)

L’artiste est de surcroît américain. L’amalgame est donc le même que celui de votre oncle (oui, pas les miens, parce que les miens… enfin vous avez saisi) qui vous dit ne pas aimer son voisin, musulman (mais français, ou allemand, ou d’une quelqu’autre nationalité parce que, au final, on s’en fout) parce qu’il ne critique pas ouvertement la politique d’Erdogan. Le parallèle n’est là que pour montrer l’absurdité et la – excusez mon langage – connerie indicible d’un tel stratagème, non pour mettre les politiques de la Turquie et d’Israël au même plan. Il est étonnant de voir que personne ne penserait faire un tel amalgame entre l’Islam et la Turquie, mais que celui-ci est systématiquement fait entre le Judaïsme et Israël. Ce dernier est, à l’exception des lois relatives au mariage et au divorce, un état séculier – comme l’est aussi la Turquie, d’ailleurs. Fin de la parenthèse et du parallèle un peu foireux, mais j’espère parlant.

Plus immonde encore, Matisyahu fut le seul a avoir à répondre de ses potentielles convictions politiques – uniquement en raison de sa religion – concernant un autre pays que le sien (la logique des organisateurs m’échappe encore), là où des ressortissants jamaïcains et soudanais n’ont pas eu à répondre des politiques ségrégationnistes de leurs pays respectifs, comme nous l’apprend le Wall Street Journal. Mais l’on aura encore le culot de vous faire croire qu’il ne s’agissait nullement d’antisémitisme. Après tout, comme l’écrit Kenneth Perlman dans le WSJ, le but était de promouvoir la paix, l’égalité, les droits de l’Homme et la justice sociale, sauf si vous êtes juif. (« its organizers also aim to promote a culture of “peace, equality, human rights and social justice.” Unless you’re Jewish, that is.« )

Comme d’aucuns l’ont fait remarquer, en 1936, c’étaient les Jeux Olympiques que l’on interdisait aux Juifs. L’Histoire, pour faire dans le cliché, semble se répéter, et beaucoup plus violemment pour celles et ceux qui s’en souviennent, soumis à l’ignorance et la haine des autres.

Que l’on ne se voile pas la face, l’antisémitisme est tout aussi présent dans notre pays et semble connaître un regain de violence, montrant que, depuis des décennies, il n’était pas éliminé (on aurait pu croire en l’intelligence humaine) mais resté à l’état larvaire, peut-être plus caché. Là encore, le combat contre l’obscurantisme est loin d’être fini.

 

Partie 3 : les non-combats

On vient de l’apprendre, Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique, est enceinte.

En fait, on s’en fout.

Nous aurait-on dit qu’Emmanuel Macron, l’actuel ministre des Economies et de la Finance, devenait papa ? Nous aura-t-on relaté que Laurent Fabius devenait grand-père ? Non et c’est bien normal, ce sont des hommes. Jusqu’au bout, l’on ramènera une femme à son rôle imposé (par une société sexiste, cf Partie 1) de mère. D’ailleurs, elle ne compte pas quitter son rôle au gouvernement, nous apprend le Huffington Post. Détail sexiste ? Ce doit être moi. J’ignorais que les femmes enceintes démissionnaient de leurs postes avant la naissance de leur enfant…

 

Conclusion :

La lutte contre les discriminations continue, que ce soit contre le racisme latent, le sexisme omniprésent ou l’antisémitisme purulent, toutes ces pourritures idéologiques ont repris le dessus pendant les vacances, pendant que les uns se faisaient griller la couenne à Arcachon et que les autres trimaient, espérant pouvoir suffisamment pour un jour se payer des vacances. (eh oui, société multivitesse) La rentrée va être difficile.

 

Malgré ces pérégrinations estivales, une seule vaut le mérite d’être citée : Rebsamen, ministre du Travail, pourrait quitter le gouvernement.

Comme quoi, on peut aussi trouver un peu de soleil en été.