Macron et Fake News : Urbi et Orbán

Comme un air de famille néo-libéral à tendance « mainmise sur les médias »

 

En 1988, le 30 mars, Viktor Orbán, alors âgé de 24 ans, participe au groupe Fiatal Demokraták Szövetsége (« Alliance des jeunes démocrates »), dont l’acronyme est le bien connu Fidesz. Ce mouvement de jeunesse s’opposait alors au parti unique et se définissait comme « libéral, radical et alternatif ». Jeune radical de son époque, Viktor Orbán gagnera une reconnaissance étendue lors de son discours de Juin 1989 lors du réenterrement de l’ancien Président du Conseil des ministres de Hongrie Imre Nagy, dirigeant de la révolution hongroise de 1956, lors duquel il appellera à des élections libres et au retrait des troupes soviétiques hors de Hongrie.

Suite à cela, Viktor Orbán participera aux négociations avec le pouvoir communiste en place, jusqu’à leur retrait effectif au milieu de l’année 1991. Il sera ensuite élu à l’Assemblée Nationale de Hongrie aux élections de 1990, avant de prendre la tête du parti Fidesz en 1993. Cependant, en raison du faible nombre de sièges obtenus à l’Assemblée, ainsi que le déclin progressif du parti aux élections de 1994, Viktor Orbán élargira son électorat du centre droit à la droite du centre. Suite à cette extension de son électorat, Orbán raflera les élections de 1998 en obtenant la majorité des sièges, et formera un gouvernement de coalition avec deux autres partis conservateurs dont il sera le Premier Ministre.

 

Après son remplacement en tant que Premier Ministre en 2002 au profit du MSzP (Parti Socialiste Hongrois), il deviendra vice-président du PPE (Parti Populaire Européen) et reviendra à la tête du Fidesz en 2003. Après plusieurs revers aux élections suivantes en 2006, il fut finalement réélu Premier Ministre en Avril 2010 suite a la victoire éclatante du Fidesz aux élections parlementaires. Fort de sa supermajorité au Parlement, il fera passer, en 2010, une loi sur les médias fortement controversée, stipulant que des médias qui produiraient des contenus non « équilibrés politiquement » ou « entravant la dignité humaine » seraient soumis a de fortes amendes. [1] Peu surprenant, les 5 membres de l’autorité chargée de faire veiller au respect de cette loi étaient tous issus du Fidesz, parti du Premier Ministre. Suite à la pression européenne et onusienne, [2] le gouvernement amende de manière un peu laconique la loi pour faire disparaitre la notion d’outrage. [3] Par la suite, une série de mesures législatives furent votées et finirent par déboucher, le 1er janvier 2012, sur une nouvelle constitution aux forts relents de moralité conservatrice et empreinte de religiosité. [4] La Constitution fut la cible de protestation profondes de l’étranger, notamment en provenance du Conseil de l’Europe qui interrogeait alors les réformes judiciaires qui entravaient l’indépendance des cours de justice, provoquant une fois de plus l’inquiétude des partenaires européens.

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Effectuons, si vous le désirez, un saut dans le temps et l’espace de quelques années et milliers de kilomètres, pour nous intéresser aux années 2016-2017, dans un autre pays, la France.

Encore quasiment inconnu en 2014, le gain de notoriété d’Emmanuel Macron, entre 2014 et 2015, est jugé exceptionnel par Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l’IFOP. [5] Ce n’est véritablement qu’a partir du 6 avril 2016 où, suite au lancement du mouvement politique autocentré En Marche, qu’il prend d’assaut les médias, télévisuels, radiophoniques et écrits, et devient véritablement omniprésent. [6] Ce regain de visibilité et d’omniprésence est alors suivi d’un contrecoup de perte de popularité graduel, allant jusqu’à son plus bas en juin 2016 [7] suite à une altercation suintante de mépris face à des syndicalistes à Lunel.
Peu importe ! Le monde médiatique – la presse, de prime abord – lui apportera son soutien indéfectible, jusqu’à exprimer clairement leur soutien au Ministre, alors en mauvaise passe populaire.
[8] Bien que candidat non encore confirmé – secret de polichinelle après la création du mouvement narcissique à ses initiales – la presse ne tarit pas d’éloges pour le candidat qu’elle a déjà choisi : la campagne a commencé, un an par avance. [9] Porté par des médias en proie à l’adulation forcenée, et un peu maladive, [10] Macron deviendra le candidat des médias [11] présente comme seul véritable vainqueur possible face à une possible vague brune. [12]

 

– Vous savez au moins qu’il vous faut tenir compte des médias, et puis, de temps à autre, de ce que disent et pensent effectivement les gens. Enfin, de ce qu’on leur permet de dire sur une grille préétablie de sondage et de penser à partir du vomi culturel que vous servez pour soupe chaude à leur appétit de comprendre.
– Vous forcez le trait.
– Je ne le force pas, je le décoche. Où en est l’éducation du peuple aujourd’hui ? Qu’en avez-vous donc fait ? Y en a-t-il encore en stock ? Je vais vous le dire : vous ne cherchez plus à élever des hommes, mais à former des câbles supraconductifs pour votre réseau informatique – appelez-le ville, appelez-le société ! La formation permanente, voilà votre première et dernière ambition. A l’école, au bureau, sur les trottoirs, devant la télé : former ! Toujours former ! Former les corps ! Former les cervelles comme des noyaux durs ! Pour y graver dessus vos modèles mortuaires et vos mots d’ordre !

Alain Damasio, La Zone du Dehors, La Volte, 2011

 

Ainsi pétri par un ensemble médiatique fort, Emmanuel Macron a, le 3 janvier 2018, annoncé qu’il ferait passer une loi pour contrer les « Fake News » en période de campagne présidentielle. Parlons bien, parlons français : on appelle cela « fausses nouvelles », « informations mensongères » ou encore « gros foutage de gueule ».
Par exemple, annoncer en septembre 2016 que seul Emmanuel Macron serait capable de vaincre Marine Le Pen, alors que l’on a, finalement, avoué deux semaines avant le premier tour des élections de 2017, que tou-te-s les autres candidat-e-s, peu ou prou, auraient eu la même victoire, cela relève-t-il de la fèque niouze ?

Que l’on s’entende. Les Sputnik, RT News, Fox News, Daily Mail et consorts sont colporteurs d’une idéologie rance (conservatisme, nationalisme, racisme, économie de marche sans protection, j’en passe et des meilleures) et visent à influer sur l’opinion publique de manière non masquée, tentant de masquer les mains qui les dirigent (Poutine, Murdoch…) derrière un visage de respectabilité. Ainsi, leurs nouvelles sont, par définition, suspectes et politiquement orientées. Malheureusement, l’ascension d’Emmanuel Macron fut, elle aussi, aidée par des journaux fort complaisants : les copropriétaires du Monde, Xavier Niel et Pierre Bergé, ainsi que l’ancien propriétaire du Nouvel Observateur, Claude Perdriel, lui avaient déclaré leur(s) flamme(s). [13] A cela s’ajoutant la fascination de revues comme l’Obs, l’Express, Marianne… et la macro-compatibilité du libéralisme affirme de l’alors candidat Macron, et l’on comprendra le manque de pugnacité des Dassault, Arnault, Pinault, Lagardère, Bolloré et Drahi face à ce candidat.

Ainsi, l’annonce par le président actuel de vouloir légiférer contre ces fayke nihouse ne prête pas ni sourire ni à être pris à la légère. Selon quel(s) critère(s) va-t-on décider de ce qui est vrai ou faux ? En jugeant l’ineffable incapacité de nos médias en termes d’autocritique, ne peut-on pas s’interroger sur la direction que prend une telle décision ?
Glen Greenwald, le journaliste à l’origine des révélations d’Edward Snowden sur la NSA, a très justement critiqué l’annonce, jugeant que l’expression, à l’origine une formule rhétorique, ne répondait à aucune définition, et avait d’ailleurs été reprise par Trump pour attaquer le journalisme qui critiquait alors son action. Employer un terme sans définition est une propagande, d’après Greenwald, à très juste titre.

A vouloir ainsi contrôler certains sites internet, le président actuel ne voudrait-il pas suivre son homologue américain et contourner la législation européenne sur la neutralité du net ?

Revenons aux premiers paragraphes sur le Premier Ministre hongrois. Revoir son origine libérale de centre droit. Revoir les points communs avec Emmanuel Macron. Voir l’état de la Hongrie.
Analyser.
Conclure. [14]

Post-scriptum : Selon le principe des Phayques Nyou Zeux, s’interroger sur le sort des nouvelles et annonces suivantes :

  • Les SDF sont encore dans la rue car ils-elles refusent d’être logé-e-s ;
  • Les chômeur-se-s passent leur temps aux Bahamas ;
  • Les Français-e-s paieront moins d’impôts en 2018 ;
  • « Flexibiliser » le marché du travail permettra de relancer l’économie ;
  • Alléger les impôts des plus aisé-e-s va enrichir le pays ;
  • Le cancer du pays, c’est l’assistanat.

 

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[1] A lire sur le Monde de l’époque
[2] Dans Le Figaro d’alors
[3] Comme on peut le voir ici
[4] Source
[5] Cité par François-Xavier Bourmaud dans Macron : L’invité surprise, L’Archipel, 2017
[7] Chronologiquement : ici, ici aussi, et enfin encore ceci
[8] Regardons un peu ce qu’en disaient déjà Acrimed et Libé
[9] J’entends déjà les critiques pointer que nous sommes violemment anti-macronistes. Que nenni ! Nous observons et recoupons nos observations et analyses, en regardant par exemple les excellents dossiers d’Acrimed
[10] Encore une fois, il suffit de regarder les faits tels qu’ils sont : comme ici ou encore là
[11] Citons à l’écart l’excellent Daniel Schneidermann qui, dans Libération, signa une tribune éclatante : « Pas de programme ? Mais enfin, pourquoi, donc un programme ? Ses discours scintillants de vacuité pourraient avoir été écrits par le maire de Champignac, dans Spirou ? Mais il les prononce si bien. »
[12] Par exemple et cela aussi
[13] Jugeons donc sur pièce : numéro 1 et numéro 2
[14] Peut-être sommes-nous trop pessimistes, mais s’il y a une chose à ne pas sous-estimer est la capacité humaine de renoncement.

Ethique, idéologie et art: les cas Roman Polanski et Lars Von Trier

 

L’affaire Weinstein a fait couler beaucoup d’encre, délier les langues et réveiller les consciences notamment dans le milieu du cinéma. Elle fera finalement couler la mienne, réveillera ma conscience et déliera mes réflexions sur l’art, l’éthique et l’idéologie.

En parallèle, deux cas:

-le cas Roman POLANSKI, réalisateur accusé et condamné pour viol sur mineure.

-le cas Lars VON TRIER, réalisateur admirateur d’art nazi (notamment de l’oeuvre d’Albert SPEER, architecte d’Hitler). Pour cela, il a été accusé d’antisémitisme et de promouvoir le nazisme (il a même été banni du festival de Cannes en 2011).

Dans les deux cas, l’objectif n’est pas de refaire les polémiques ou l’histoire. La question est la suivante: peut-on défendre un pourri car il est un artiste? Ou, autre question: pouvons-nous défendre un génie artistique même s’il est issu d’un pourri?

Peut-on blâmer l’homme pour ses actes?

Oui. Clairement, oui. Si, et seulement s’il a reconnu ou a été condamné pour ses actes. C’est le cas de Roman POLANSKI. Actes condamnables doublés d’immoralité. Les accusations se multiplient depuis plusieurs années (mais ne sont pas condamnées à ce jour – seule une condamnation pour viol sur mineure en 1977 a été prononcée).

L’exemple VON TRIER est plus complexe. Le réalisateur danois n’a pas été condamné pour apologie du nazisme ou crime de guerre. Il s’est excusé pour ses propos. Le travail des journalistes a été proprement bâclé en 2011. Propos maladroits, déplacés, stupides peut-être. Antisémites et nazis, loin de là. Toutefois, son admiration pour l’esthétique nazie est réelle et réaffirmée. Le cas VON TRIER, c’est en fait une mise en abîme: un pourri qui admirerait un autre pourri, un salop qui admirerait un autre salop. Mais surtout un artiste qui admire un autre artiste.

Dans les deux cas, être artiste, un génie du cinéma, une star ne donne pas le droit à l’impunité, ni dans les actes, ni dans les mots.

 

Doit-on blâmer l’oeuvre d’un pourri ?

Etant militante de gauche, féministe évidemment, cette question me taraude. Est-ce qu’un pourri pourrit forcément son oeuvre, même brillante? Est-ce que l’éthique du créateur est forcément indissociable de son art? Est-ce l’idéologie de création qui sous-tend l’oeuvre qui prime sur l’oeuvre elle-même?

Le cas VON TRIER est particulièrement intéressant dans ce cas précis. Lars VON TRIER est un admirateur d’Albert SPEER, grand architecte du Reich nazi. Cette admiration a été mal interprétée. Elle n’est pas politique, ni idéologique mais bien artistique. VON TRIER déclarait: « Les gens voulaient m’entendre dire qu’Albert Speer n’était pas un grand artiste. Et cela, je ne peux pas. C’était un connard, responsable de la mort de beaucoup de gens, mais c’était aussi un artiste qui a eu une influence énorme sur sa postérité. Il faut tracer une ligne de démarcation –comme entre le sport et la politique »

Différencier art et éthique, art et idéologie comme sport et politique. Au final, différencier art et artiste. Prendre l’art dans ce qu’il a de plus brut, dans son unique esthétique comme Marcel DUCHAMP et son urinoir. Pour nous, c’est un urinoir. Notre déterminisme, notre regard autocentré nous pousse à y voir un simple urinoir, sans intérêt. Montrez-le à une tribu primitive: elle n’y verra qu’esthétique, formes arrondies et blanchâtres.

marcel_duchamp

Ne pas prendre l’art pour ce qu’il sous-tend, pour ce qu’il explique, pour ce qu’il propage. Prendre l’art à bras le corps, franchement, de façon purement esthétique.

On peut donc blâmer l’oeuvre d’un pourri. Mais c’est confondre art et artiste, esthétique et idéologie.

Peut-on admirer l’oeuvre d’un pourri?

Comme VON TRIER admire l’oeuvre de SPEER, pour des raisons purement esthétiques, je crois que l’on peut admirer l’oeuvre d’un pourri. En ayant bien conscience de la séparation permanente et de l’effort de l’esprit qu’il faudra exercer pour différencier l’oeuvre de l’artiste. Admirer l’oeuvre n’est pas acquiescer à l’idéologie.

Il est donc possible d’admirer l’oeuvre de Roman POLANSKI, tout en différenciant les films de l’homme, sans passer pour autant pour un affreux complice du patriarcat. A chaque fois que je regarde un de ses films, je culpabilise après. Parce que c’est certainement un putain de gros pourri. Et pourtant, je recommence, admire son travail, ses choix de musique, son amour pour le malsain, la folie, le complot, etc. J’aime son esthétique, sans valider ses choix personnels. C’est pourquoi empêcher la diffusion de ses films, de rétrospectives est une erreur. L’homme est coupable. Pas ses œuvres. C’est donc à l’homme qu’il faut s’attaquer et non à ses films. Empêcher la diffusion de ses films, c’est s’attaquer à l’art, à l’esthétique. C’est se tromper de combat, combat qui est, par ailleurs, absolument inutile. Camarades féministes, visez juste: visez l’homme!

Indé-science publique

La science, nous le savons un peu, hélas, depuis la fin de l’excellente émission « C’est pas sorcier » ne fait pas bon ménage avec la télévision. Trop compliquée, pas assez glamour, trop froide, pas assez passionnelle, les raisons d’occulter la source de savoir la plus exacte (ceci est un comparatif, nullement un superlatif) du petit écran sont légion. Le seul moment où nous autres, scientifiques, avons la joie et l’indicible honneur de voir notre terrain de jeu mis en avant est lorsque qu’un célèbre couple de jumeaux au physique altéré prend d’assaut l’antenne. Cela résulte dans d’abondantes dépressions et crises d’angoisses.

 

Francis Bacon (1561-1626) was an English philosopher who defended the Scientific Revolution. In his most important work, Novum Organum, he proposed a rational method for scientific inquiry, one based on observation and experimentation. Colored Version of

Francis Bacon (1561-1626) était un philosophe britannique qui défendait l’idée de Révolution Scientifique. Dans osn grand-oeuvre, Novum Organum, il proposa une méthode rationnelle pour l’investigation scientifique, basée sur l’observation et l’expérimentation. (source: GettyImages)

 

Samedi 19 mars 2016, il y a donc fort longtemps, dans son émission à buzz « On n’est pas Couché », Laurent Ruquier recevait les tristement célèbres frères Bogdanoff (ou Bogdanov, marque déposée depuis, me semble-t-il 1991) qui étaient venus parler de leur prochain spectacle sur scène. Jusqu’ici, m’expliquera-t-on, rien de bien transcendant, toute émission actuelle parle d’actualité, vendant un peu plus du temps de cerveau humain.

 

Un spectacle affligeant

Déjà, un mauvais départ aurait dû mettre la puce à l’oreille de tout spectateur aux aguets, car Ruquier présenta pour commencer le dernier livre des jumeaux « sinon l’éditeur Albin Michel ne va pas être très très content » (source : https://www.youtube.com/watch?v=p6Y7on7aBP4 ). Ce n’est qu’ensuite que l’ouvrage servant de socle à leur spectacle (3 minutes pour comprendre le Big Bang) ne fut présenté.

Après une introduction aussi ridicule et boursoufflée que les visages des invités, nous eûmes l’extrême honneur de voir d’autres invités se prêter au jeu et faire leur publicité, avant que de les laisser chanter dans une mise en scène qui aurait fait hurler Artaud et Jouvet. Ne les blâmons pas, il s’agit là de la magie de la télévision, dans laquelle l’immédiateté est tue et où tout est préparé à l’avance. Si les longs palabres des deux frères sur la découverte du Big Bang sont globalement corrects – l’on ne peut leur enlever leur impressionnante faconde – la mise en scène, pachydermique, étouffe l’intérêt du message que l’on aurait pu espérer obtenir.

Ainsi les frères invités feignent la surprise, clamant qu’ils n’imaginaient pas avoir à jouer, avant que « le magicien » ne change de t-shirt pour faire apparaître l’affiche du spectacle ainsi présenté. Seul Yann Moix, pour une fois juste, lancera un faible « on sent que c’est totalement improvisé » ironique mais maladivement timide.

Couplé aux sentiments d’Albin Michel présentés plus tôt, l’on sent l’énorme coup marketing, faisant plonger la science – le Big Bang, en l’occurrence – dans une bouffonnerie crasse. L’on n’ira pas au spectacle pour apprendre, mais pour rire, l’on n’ira pas s’enrichir de connaissances scientifiques mais l’on se rendra au Freak Show cher à Tod Browning. Malgré les invités, l’on espérait un début de science, mais rien n’y est. Les interminables digressions des Bogdanov n’y font rien, on restera, comme toujours, à la surface des choses, qu’un article Wikipédia aurait tout aussi bien expliqué. Bref, Ruquier nous a menti en prétendant parler de science, le tout n’est qu’une opération marketing destinée à vendre des billets pour le remake français de Scary Movie, sur scène, avec deux acteurs parlant anglais comme Daffy Duck. Moins de panem mais plus de circensem.

Les questions suivantes des deux  chroniqueurs ne sont là que pour prolonger cet étalage d’éloges pour nos deux présentateurs (trop connus). Nous sommes ainsi ravis d’apprendre que les deux frères sont à l’origine de nombreuses vocations scientifiques, Newton, Darwin, Curie, Franklin ou plus récemment Dawkins et Hawking n’ont qu’à aller se rhabiller fissa. Le reste n’est rien de plus qu’une répétition de Wik… de l’historique de la découverte, déjà présentée dans leur livre « 3 minutes… »

 

 

Dieu et la science: travestissement d’Einstein

Vient enfin la question la plus dérangeante, la plus inepte et la plus dangereuse, selon ce qu’un petit scientifique sceptique peut juger. Ruquier, tel un juge, s’échauffe : « On sait que la science et la religion se sont toujours opposées, ma dernière question, ce sera celle, traditionnelle, que l’on a souvent attribuée à Jacques Chancel, à tort, parait-il : ‘Et Dieu, dans tout ça ?’ alors. »

Marotte habituelle des médias et de l’establishment, Dieu est-il soluble dans la science, ou comment tenter de réconcilier la religion avec la science, comme tente de la faire, si bien, l’UIP (Université Interdisciplinaire de Paris) résultant en une fausse scientificité mais un vrai message créationniste. Et là, s’enchaînent les inexactitudes les plus totales de la part des deux frères, mais aussi des chroniqueur-se-s, citant Albert Einstein à tout-va, sans vraiment comprendre, ni connaître, la pensée du physicien.

« Dieu ne joue pas aux dés, » aurait déclaré Einstein à Niels Bohr, n’aimant pas l’interprétation de Copenhague, considérant que les équations de mécanique quantique étaient déterministes même si elles semblaient être probabilistes. L’énonciation du mot dans la bouche du plus célèbre des physiciens semble ainsi, pour beaucoup, être la preuve de : 1) la croyance infaillible qu’Albert Einstein avait en Dieu et 2) la preuve, par extension, que Dieu existe, si une personne aussi intelligente que lui est croyante.

Tout d’abord, éliminons l’argument #2. La croyance d’une personne, renommée, compétente dans son domaine, ne valide en rien l’existence ou l’inexistence d’un phénomène. Comme le répète à l’envi l’excellent Richard Dawkins « look at the evidence ». Un contre-exemple parlant serait par exemple la découverte des quasi-cristaux. Linus Pauling, éminent chimiste, Prix Nobel de Chimie en 1954, ne croyait nullement à la découverte de Dan Schechtman (Prix Nobel de Chimie 2011), et aurait déclaré devant un parterre de scientifiques : « Danny Shechtman is talking nonsense, there are no quasi-crystals, just quasi-scientists. » (« Danny Schechtman dit des idioties, il n’y a pas de quasi-crystaux, seulement des quasi-scientifiques. »[1]) L’exemplarité et l’éminence de scientifiques n’empêche nullement l’erreur.

Revenons au premier point.

Les Bogdanov, dans cette émission, comme pour justifier la croyance de tonton Albert (permettons-nous cette familiarité), crurent bon d’employer l’exemple de la lettre envoyée à la jeune Phyllis en 1936.[2] Nous passerons les erreurs factuelles concernant l’anecdote (la lettre d’Einstein date du 24 janvier 1936, non pas du mois de mai ; Einstein reçut la lettre de l’écolière, et ne la rencontra pas dans la rue ; il s’agit d’une jeune fille, non d’une jeune enfant ; Einstein travaillait à Princeton depuis 1933 ; Einstein mit seulement 5 jours à répondre, et non 15) pour nous intéresser au fond de l’affaire. Phyllis Wright, le 19 janvier 1936, décida de prendre sa plume et d’écrire au physicien pour poser la question suivante : « Les scientifiques prient-ils, et pour quoi prient-ils ? »[i] La question est déjà absolument différente de celle que présentent les Bogdanov qui serait « Maître, est-ce que vous croyez en Dieu ? » La réponse donnée par Einstein est, là encore, beaucoup plus souple et ambigüe que celle présentée par les deux frères. En effet, il répond premièrement que « les scientifiques croient que toute occurrence, y compris dans les affaires humaines, sont régies par les lois de la Nature, » avant d’affirmer qu’un scientifique ne peut croire dans le pouvoir de la prière ou de quelque manifestation surnaturelle. La critique qu’il introduit ensuite est la preuve de l’humilité avec laquelle tout scientifique, depuis Francis Bacon, se doit d’être face à la découverte : la science n’explique pas tout. Einstein explique donc que les zones d’ombre, les causes que nous ignorons sont encore, pour les humains, soumises au contrôle du surnaturel, et ce malgré les avancées de la science. Enfin, le dernier paragraphe de la lettre du physicien mérite une attention toute particulière.

Ce dernier semble être celui sur lesquels les Bogdanov, ayant judicieusement omis de citer l’intégralité de la lettre, se reposent. « Tous ceux qui sont sérieusement impliqués par la science finiront par comprendre un jour qu’un esprit se manifeste dans les lois de l’univers, un esprit immensément supérieur à celui de l’Homme », nous disent-ils. En lisant la lettre du père de la relativité, l’on s’aperçoit que cette traduction est un tantinet erratique, car elle omet la seconde partie de la réponse : « De cette manière, la poursuite de la science mène à un sentiment religieux particulier, qui est en vérité différent de la religiosité de quelqu’un de plus naïf. » Tout en mettant de côté la religion (qu’il qualifie de naïve), Einstein présente le sens de l’émerveillement que ressent un-e scientifique face au monde. Présenter cette réponse comme une défense de la religiosité est au mieux une preuve d’incompréhension, au pire une volonté mensongère et trompeuse.

En effet, trois ans plus tard, une lettre d’Einstein à W. Plaut, rabbin de Chicago, détaillera cette idée plus en profondeur : « Le sentiment religieux engendré par l’expérience de la compréhension logique de profondes interrelations est quelque chose de différent du sentiment que l’on appelle généralement religieux. C’est plus un sentiment d’admiration pour l’ordre qui se manifeste dans l’univers matériel. »[3]

Ce qu’Einstein qualifiait de religieux correspondait à une vision inspirée de Spinoza, qui repose sur la croyance en la rationalité du monde. Dans une de ses lettres à Maurice Solovine, Einstein écrivit très justement : « Je peux comprendre votre aversion pour le mot “religieux” pour décrire l’attitude émotionnelle et psychologique qui se révèle le plus clairement chez Spinoza. Je n’ai pas trouvé de meilleur mot que “religieux” pour la foi dans la nature rationnelle de la réalité qui est, au moins partiellement accessible à la raison humaine. »[4] Cette vision de la religion « à la Spinoza » a d’ailleurs été présentée par le physicien lui-même en décrivant son panthéisme selon : « Ma compréhension de Dieu provient de la profonde conviction d’une intelligence supérieure qui se révèle elle-même dans le monde connaissable. En termes communs, on peut la décrire comme «panthéiste» (Spinoza). »[5] A noter, pour les deux invités de l’émission, que Spinoza rejetait l’existence d’une entité surnaturelle.[6]

Enfin, pour clore ce petit écart, je ne peux m’empêcher de citer, une fois encore, une lettre du grand savant lui-même, qui décrivait Dieu comme il suit : « Le mot Dieu n’est pour moi rien d’autre que l’expression et le produit des faiblesses humaines, la Bible un recueil de légendes honorables mais profondément primitives. Aucune interprétation (selon moi), aussi subtile soit-elle, ne peut changer cela. »[7]

Einstein, contrairement aux dires des frères aux mentons hypertrophiés, n’était donc nullement croyant. La religion n’a pas sa place en science.

 

Sophismes et principe anthropique

Quand enfin nous crûmes pouvoir arriver à la fin de cet odieux supplice, Léa Salamé crut bon de demander à ses invités s’ils étaient croyants. Poursuivant leur logique, ces deux phénomènes répondirent, évidemment, par l’affirmative, abusant de fausses évidences.

« On ne peut pas aujourd’hui, en observant l’univers, son histoire depuis le Big Bang jusqu’à aujourd’hui, on ne peut pas laisser la place au chaos et au hasard » repris en écho par l’autre frère « L’observation de l’univers primordial nous montre que l’univers n’est pas né par hasard. »

L’on a ici le raisonnement habituel des frères Bogdanov, reposant sur l’idée de finalité et d’ajustement fin (le fameux « fine-tuning »). Il s’agit en réalité d’un raisonnement panglossien dans toute son excellence. Quiconque se souvient de l’inénarrable Candide de Voltaire se remémorera le maître à penser du héros éponyme, Pangloss. Selon ce dernier, « les chosest ne pouvaient être autrement » Il s’agit d’un raisonnement à rebours, ne prenant en compte qu’une cause unique parmi toutes celles possibles, et remontant à un scénario que l’on souhaite prouver.[8] Pangloss annonce ainsi : « Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. »

A cela s’ajoute le principe d’ajustement fin de l’univers, principe selon lequel le chaos n’a pas sa place et que les constantes physiques sont trop précises pour n’être que le fruit du hasard. Cet ‘argument’ est familier aux Bogdanov qui l’emploient à tire-larigot, notamment dans leur livre Dieu, La Science et le Big Bang. Au même titre que le gagnant du Loto croit qu’il doit ses gains à la Chance, notre présence serait due à une volonté initiale. Là où l’on reprendrait et gronderait le gagnant du Loto en lui expliquant les probabilités, l’on se tait habituellement face à cet argument, très certainement dû à son ancestralité (la religion explique le ‘pourquoi’ du monde). Cette lecture téléologique est alors implantée, car elle rassure, elle donne une raison et un but : nous ne sommes pas le fruit du hasard. Il s’agit d’une légitimation du principe anthropique fort, qui stipule que l’univers est créé pour que nous, observateurs, y apparaissions.[9]

Chose amusante, cette lecture est applicable à tout autre univers, fût-il différent. Et l’on comprend ainsi mieux la confusion que l’on fait entre probabilité et déterminisme. De manière intéressante, tout être vivant peut ainsi se placer en finalité de ce dessein intelligent qui a créé l’univers. En appliquant cette réflexion, par itération, l’on s’aperçoit que l’on obtient un univers finalement dépourvu de dessein.

Le danger de cette réflexion panglossienne est qu’il interdit toute discussion, toute critique d’un état actuel : les choses sont telles parce qu’elles devaient l’être, imposées par une main extérieure, une volonté transcendante. Qui s’opposera à la volonté divine ? Fin de la discussion, argument imparable.

A noter, rien, absolument, dans l’observation de l’univers ne permet de conclure quant à une volonté initiale. Pour reprendre les propos d’Einstein dans sa lettre à Phyllis, « we must concede that our actual knowledge of these forces is imperfect, so that in the end the belief in the existence of a final, ultimate spirit rests on a kind of faith. »

Naïfs, les Bogdanov ?

 

 

Si l’on peut apprécier les émissions de variété, l’on est en droit d’attendre du service public un minimum de sérieux quant à la présentation de la science. Que l’on invite les frères Bogdanov est certainement légitime, dans une logique commerciale. En revanche, la science mérite plus d’exactitude et de précision que ces personnages peuvent démontrer. Manque-t-on vraiment à ce point de physicien-ne-s pour inviter systématiquement des personnes non reconnues par leurs pairs ? France Télévision a du pain sur la planche.

 

 

 

[1] Dan Shechtman: ‘Linus Pauling said I was talking nonsense’, Alok Jha, 6 janvier 2013, The Guardian (https://www.theguardian.com/science/2013/jan/06/dan-shechtman-nobel-prize-chemistry-interview )

[2] Les lettres sont lisibles dans la compilation Letters of Note de Shaun Usher (différents éditeurs), ou bien dans Dear Professor Einstein: Albert Einstein’s Letters to and from Children, de Alice Calaprice, Prometheus Books; 1 edition (September 1, 2002)

[3] Albert Einstein, The Human Side: Glimpses from His Archives, Albert Einstein, édité par Helen Dukas et Banesh Hoffmann, Princeton University Press, 2013

[4] Letters to Solovine, 1906-1955, Albert Einstein, précédé d’une introduction de Maurice Solovine, Ed. Citadel, 1993

[5] Ideas and Opinions, Albert Einstein, Wings Books, New York, 1954

[6] Une excellente lecture est aussi : Einstein and religion, Max Jammer, Princeton University Press, 2002

[7] « Das Wort Gott ist für mich nichts als Ausdruck und Produkt menschlicher Schwächen, die Bibel eine Sammlung ehrwürdiger, aber doch reichlich primitiver Legenden. Keine noch so feinsinnige Auslegung kann (für mich) etwas daran ändern. » Lettre à Eric Gutkind, 1954

[8] Pour une didactique de l’esprit critique, Richard Monvoisin, 2007, p255, 4.3.5.10

[9] « The universe (and hence the fundamental parameters on which it depends) must be such as to admit the creation of observers within it at some stage. To paraphrase Descartes, cogito ergo mundus talis est. », Brandon Carter, Large number coincidences and the anthropic principle in cosmology, In: Confrontation of cosmological theories with observational data; Proceedings of the Symposium, Krakow, Poland, September 10-12, 1973. (A75-21826 08-90) Dordrecht, D. Reidel Publishing Co., 1974, p. 291-298.

[i] The Riverside Church

 

January 19, 1936

 

My dear Dr. Einstein,

 

We have brought up the question: Do scientists pray? in our Sunday school class. It began by asking whether we could believe in both science and religion. We are writing to scientists and other important men, to try and have our own question answered.

 

We will feel greatly honored if you will answer our question: Do scientists pray, and what do they pray for?

 

We are in the sixth grade, Miss Ellis’s class.

 

Respectfully yours,

 

Phyllis

 

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January 24, 1936

 

Dear Phyllis,

 

I will attempt to reply to your question as simply as I can. Here is my answer:

 

Scientists believe that every occurrence, including the affairs of human beings, is due to the laws of nature. Therefore a scientist cannot be inclined to believe that the course of events can be influenced by prayer, that is, by a supernaturally manifested wish.

 

However, we must concede that our actual knowledge of these forces is imperfect, so that in the end the belief in the existence of a final, ultimate spirit rests on a kind of faith. Such belief remains widespread even with the current achievements in science.

 

But also, everyone who is seriously involved in the pursuit of science becomes convinced that some spirit is manifest in the laws of the universe, one that is vastly superior to that of man. In this way the pursuit of science leads to a religious feeling of a special sort, which is surely quite different from the religiosity of someone more naive.

 

With cordial greetings,

 

your A. Einstein

Farewell, my friends

Il m’a fallu du temps pour retrouver ma plume. Torpillé par les résultats du référendum, abattu par une nuit de comptage au Guidhall de Cambridge, estomaqué, groggy, par la violence du résultat du référendum britannique, il aurait été impossible de ne pas mitrailler à tout-va.

Les propos qui suivent sont épars. Ils peuvent aussi être de mauvais ton. Peu me chaut.

On aurait pu garder tout cela...

On aurait pu garder tout cela…

 

Après quatre mois de campagne à arpenter le Cambridgeshire – région « facile » pour Remain – à aller à la rencontre de la population locale, des heures de discussion enflammées, d’argumentation, d’emportement, de chansons et de vélo (il ne faut pas oublier l’essentiel) le résultat est tombé. Le Royaume-Uni quitte donc l’Union Européenne sous les applaudissement des réactionnaires de tout bord.

Fatigué. Fatigué d’avoir eu à démonter les mensonges du Leave, à combattre l’ignorance et l’imbécillité de personnes haineuses et effrayées. Fatigué d’avoir eu à réexpliquer sans cesse le fonctionnement de nos institutions européennes, fatigué de se faire insulter, fatigué de se faire houspiller, prendre à parti, cracher dessus, fatigué de voir le visage bouffi d’orgueil de ces clowns racistes du Leave. Fatigué, enfin, d’entendre nos exégètes nationaux se regarder le nombril sans prendre la peine de comprendre le pays qui vient de s’amputer des deux jambes à coup de chevrotine.

Fatigué, enfin, par une nuit de comptage au guidhall de Cambridge, à avoir à souffrir l’attitude arrogante de Leavers agressifs. Fatigué d’avoir à entendre l’histoire de ma camarade du Labour me raconter qu’un Leaver lui a lancé, pendant le comptage : « Crickey, tell me when your cunt unfreezes » alors qu’elle lui avait signifié ne pas avoir besoin de leçons pour le comptage – leçons qu’il aurait certainement données, bouffi de condescendance et de machisme ordinaire. Fatigué de voir que les arguments racistes développés ici se propagent dans le monde entier. Fatigué de voir que la violence s’est banalisée, que le meurtre d’une MP, Jo Cox, n’a pas permis de faire réfléchir la population.

Accablé par la tristesse, de pleurer en groupe, de soutenir amis et collègues qui s’effondrent parce qu’ils se sentent avant tout européens, d’avoir à les réconforter lorsqu’ils annulent leurs vacances en Espagne par crainte d’être traité de connards, même de une directrice de publication, en charge d’une quarantaine de journaux académiques mondiaux, s’effondrer et sanglotter près de la machine à café. Fatigué de se sentir impuissant face à l’avenir qui a été volé à une frange entière de la population par de vieux conservateurs craintifs, aigris et mous du bulbe.

 

Exaspéré, de voir, au petit matin du 24, l’immonde Farage dire que l’une des plus grandes promesses faites par Leave, à savoir reverser à la NHS l’argent versé à l’UE, était une chose qui ne pourrait être faite. Enervé d’entendre l’odieux Hannan, Conservateur pour Leave, rétropédaler sur l’immigration, corroborant tous nos arguments. Irrité de voir l’idiotie de nombre de Leavers qui se sont aperçus de leur erreur, incapables de comprendre les conséquences de leur acte et de voir, lee même jour, Google UK se fare prendre d’assaut pour une simple requête : qu’est-ce que l’UE – après avoir voté pour en sortir.

Pendant ce temps, la livre dégringole, le marché s’affale. Boris Johnson ne sait plus quoi faire, le clown pensait que sa comédie prendrait fin vendredi, le voilà dans la même galère que son ancien ami Cameron (qui restera dans l’Histoire comme le pire premier ministre du Royaume-Uni). Pendant ce temps-là, nos politiciens font de la récupération. (Sauf le formidable Dany le Rouge) Pendant ce temps-là, nos exégètes se masturbent intellectuellement en croyant avoir compris le monde.

Peut-être Jean Quatremer a-t-il raison de dire que le Brexit est une chance pour renforcer l’Union Européenne et pouvoir mener, enfin, un véritable projet fédéral. Mais à quel prix ?

Ce que les personnes se réjouissant du Brexit feignent de pas voir est la rupture profonde que ce choix a marqué avec les idéaux fondateurs de l’UE, notamment avec le fait d’être « unis dans la diversité ». Oui, le Royaume-Uni s’est trop souvent comporté comme l’enfant gâté mal élevé qui en demande toujours plus et que l’on cajole. Fallait-il pour autant le sacrifier, en faire un exemple, voir sa chute prochaine pour la porter en étendard et montrer aux europhobes la conséquence logique de leurs idéaux putrides ? Je ne le crois guère. Cette posture montre une défaite due essentiellement à nous-mêmes. Nous n’avons pas su nous sentir Européen-ne-s. Regardons nos divisions, regardons nos mesquineries qui nous ravagent, nos enfermements sur nos petites nations pitoyables, à nous gargariser de « notre culture » dont nous ignorons tout, à nous diviser plutôt qu’à nous rassembler. Certes, le projet européen semble un peu flou à l’heure actuelle, notamment avec les crises successives qui demandent une réactivité ne permettant pas de prendre le temps pour l’élaboration d’un projet unificateur.

Nous, citoyen-ne-s n’avons pas su exprimer cet amour de l’Europe. La faute à nos politques locaux ? (ici, nationaux) Très certainement. La faute aux institutions européennes ? Vraisemblablement, la communication n’est pas le fort de Bruxelles. Mais c’est avant tout notre faute. Nous n’avons jamais réussi à transmettre notre attachement à un projet qui dépasse le concept éculé de nation. Où est le projet qui permet de se retrouver ensembles selon un choix que nous, peuple, aurions fait de nous retrouver dans un espace que nous aurions décidé, que nous fabriquerions à notre manière, de manière inclusive – et non plus exclusive comme nos pays fonctionnent – en travaillant unis plutôt que de s’opposer ? Où est cette envie qui devrait nous habiter de mettre la main à la pâte et de transformer l’UE actuelle en cet édifice ? Où est ce sentiment d’appartenance à quelque chose de nouveau, de plus grand, de plus unificateur ?

La seule chose que nous puissions faire, c’est de nous unir, pour de bon.

Modernisation et incompréhension

Tempête dans un transistor la semaine passée, une chronique peu inspirée diffusée sur France Inter fit bondir les plus ardents droitistes somnolents pour les amener à hurler, une fois de plus, dans un extraordinaire élan d’originalité : « dictature socialiste. »
La rubrique, signée Guillaume Meurice, habituellement plus au fait des sujets qu’il traite (mettons cela sur le « on ne peut pas toujours être au top »), parlait de la loi de modernisation de l’élection présidentielle, discutée à l’heure actuelle par nos parlementaires.

 

Comme beaucoup, j’ai été choqué de voir que le gouvernement que j’avais aidé à élire, et avec lequel je prends de plus en plus mes distances (notamment en ce qui concerne l’économie…) passait une loi qui semblait, a priori, fortement liberticide et contraire aux principes mêmes non seulement du socialisme, mais aussi aux fondements de notre démocratie. Alors, petit sceptique acharné que je suis, je me suis interrogé et suis allé consulté ladite loi, disponible, bien évidemment, sur l’internet du monde mondial.

Et là, d’un coup, l’on comprend un certain nombre de raccourcis et de mécompréhensions qui ont été présentées dans cette chronique. Notamment concernant le principe d’équité. Là où Razi Hammadi a eu quelques difficultés à l’expliquer, l’on pourrait présenter une explication simple, telle que décrite dans la loi :

– l’égalité du temps de parole : tout le monde a 15 min ;

– l’équité du temps de parole : tout le monde a des horaires d’audiences comparables.

Si l’on peut être moyennement emballé à l’idée d’avoir le CSA décider de la représentativité et de la contribution de tout un chacun au débat, il faut garder à l’esprit que cela se déroule déjà en ce qui concerne l’équité des temps d’antenne. Il n’y a donc aucune modification de ce point de vue-là. Cela préexiste à la proposition et ce sans que personne ne s’en offusque. De fait, d’ailleurs. Ainsi, l’on peut voir cela comme unavantage certain. Les petits candidats ne pourront plus être relégués en 2e parti de soirée, comme expliqué chapitre 2 de la loi susmentionnée.

A partir du début de la campagne, l’égalité est assurée pour tous les candidats, corroborant, et réaffirmant ainsi l’article 15 du décret du 8 mars 2001. Ce dispositif ainsi prévu assure de surcroît à chacun des candidats des programmations comparables.

Cette proposition de loi répond à des demandes et préconisations du Conseil constitutionnel, de la Commission nationale de contrôle de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle, du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou encore de la Commission de rénovation et de déontologie de la vie publique – on est loin d’une décision stalinienne. Il ne s’agit donc pas d’étouffer les petits partis. D’ailleurs, les règles en vigueur durant le temps de campagne resteront inchangées.

Maintenant, la question à mille euros est la suivante : cela va-t-il améliorer le principe démocratique ? Vu les organismes et institutions à l’origine des recommandations, l’on peut oses espérer que oui : l’on peut en effet espérer voir un Jacques Cheminade au 20h, par exemple, ce qui serait mieux que de le laisser dans une émission à 2h du mat, dans laquelle il aura moins d’impact, et moins de visibilité. Elisabeth Ponchon, rapporteuse de la loi, le résumait assez clairement.

Rebondissement dans l’affaire, nos amis « Les Républicains » et leurs petits camarades, suite aux discussions du jour, semblent une fois de plus prêts à se ridiculiser à tenter d’exister à chercher polémique là où il n’y en a aucune. D’aucuns me soufflent à l’oreille une volonté un peu populiste de jouer, une fois encore, sur la peur du grand socialiste, certainement bolchévique, avec un couteau entre les dents. Comme l’image de Sakharoz sur Facebook, parfaitement.

Ainsi donc, outre l’UDI qui n’a rien compris et aurait dû attendre l’explication ci-dessus, d’autres députés ont rué dans les brancards sur un thème nouveau.

Facilité de la formule, après le bâillonnement (et non les ballonnements) des petits partis, l’on tombe dans ce que les trotsko-zinoviévistes ont de plus infâme : leur sempiternelle volonté de créer une dictature à la gloire du grand Staline. Rions un peu, mais les éclats laissent pantois – surtout lorsque l’on a encore en tête les échos de « dictature socialiste » scandés par les troupes en Cyrillus, mécontentes de pouvoir ainsi s’exprimer. Ou pas. Ou si. Enfin bref.

 

Certes, avoir LR et consorts comme références, c’est un peu limité. On connaît la tolérance élastique qu’ils ont avec la réalité (un peu comme certains de nos dirigeants, du reste) mais ne nous privons pas de nous moquer un peu de personnes dont la vocation est, il semblerait, d’être les histrions de l’Assemblée.
Et en lisant un peu le texte cité précédemment, l’on s’aperçoit que le tout est un rien plus complexe – mais pas compliqué pour autant. Simplement, comme il est cité dans la proposition de loi : « L’article 8 met fin à la possibilité, pour les Français résidant à l’étranger, d’être inscrits à la fois sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France.« 
Cela se ferait selon le principe suivant : « D’ici au 31 décembre 2016, date de clôture des listes électorales, tout électeur inscrit sur une liste électorale consulaire et sur une liste électorale en France devrait choisir la liste sur laquelle il souhaite demeurer inscrit, ce choix entraînant sa radiation d’office de l’autre liste.« 
Cela entrainera certes la radiation des Français de l’étranger aux élections locales, ce qui est pour le moins logique. Il est tout de même aberrant de pouvoir voter dans une localité où l’on n’habite pas – petit militant expatrié que je suis, je salue cette décision, venant trop tard à mon goût. On ne pourra pas me traiter d’insensible, dans la mesure où je serais ainsi concerné…
Rien de violent, en définitive, car les ressortissants britanniques vivant à l’étranger ne peuvent voter, ainsi, qu’aux élections nationales ou supranationales. Loin d’être une justification, cela montre une démarche cohérente : pourquoi voter pour un lieu auquel l’on n’est plus rattaché ? L’on reste cependant toujours rattaché à son pays (passeport oblige) et de fait à l’UE. Rien de plus cohérent, donc.
De la même manière, choisir entre la liste locale et la liste consulaire est une conséquence logique de cette volonté de simplification. Il n’y a rien de choquant là-dedans. Cependant, il faut avouer que nos amis de LR ont le sens de la formule, ce qui, à l’heure actuelle, non seulement limite, mais aussi extrémise le débat un maximum.
Finalement, il est possible de reconnaître de bonnes initiatives du groupe socialiste, montrant que, même si les dérives récentes sur la déchéance de nationalité ont contribué à vider le parti socialiste de ses troupes, tout ce qui est proposé n’est pas à jeter, lon s’en faut.
Allons, camarades, hauts les coeurs, il y a encore du boulot…

Lecture, niveau maternelle

Un an après les attentats de Charlie Hebdo, lorsque toute la population clamait à la liberté de la presse, au droit à la caricature, et que tous ces autres tartuffes s’esclaffaient devant un journal qu’ils n’avaient jamais lu, qu’ils méprisaient, dont l’humour leur échappait mais qu’il achetèrent alors en masse, un an après, donc, Charlie Hebdo refait parler de lui, pour un dessin qui – on ne s’en étonne plus – ferait « polémique ».

CharlieHebdo

Il faut avouer que l’on aime bien la polémique, à notre époque, cela permet de mettre en avant les sentiments de tout un chacun et ainsi d’interdire un tant soit peu le débat. De plus, les sentiments aidant, l’on obtient ainsi un produit plus facilement diffusable qu’un débat entre, mettons, Richard Dawkins et feu Christopher Hitchens. Non seulement l’on aurait pu mettre fin à des propos assourdissants de part et d’autre de la part de religieux de toute espèce, mais l’on aurait permis à un minimum d’esprit critique de s’imposer. L’on préfère donc le sensationnalisme. Soit.

Ainsi donc, de nombreux articles [1] ont été pondus, permettant déjà à leurs auteurs respectifs de justifier leur salaire ; ils ont donc un but somme toute honorable. Cependant, à grands renforts de tweets, nouvelle marotte du monde de l’écriture en quête d’improbables lecteurs, somme toute moins fatigante que le véritable micro-trottoir (car on peut effectuer le micro-tweetoir directement depuis son lit) les articles, l’on s’en doute, ont souvent manqué d’expliquer le fond du dessin. Comme toujours, les deux points de vue opposés étaient présentés [2] et non discutés ou analysés. Le journalisme se veut « objectif », c’est-à-dire, présentement, se désengager violemment de tout.

Finalement, Daniel Schneidermann l’explique très bien : il faut prendre en compte le locuteur, l’origine du dessin. Il faut comprendre cet humour que d’aucuns n’ont pas (non que ce soit un mal – il n’y a là aucun jugement de valeur) et donc ne peuvent comprendre ce que le dessin signifie.

 

Parce qu’au final, que dit-il, ce dessin ?

Ah, oui. « Après avoir été retournés par l’image d’un enfant mort et nous être pris de pitié pour les migrants, nous autres Européens jetons brutalement l’opprobre sur ces mêmes personnes, allant jusqu’à souhaiter le plus affreux. » Un second message est aussi une critique médiatique : « voyeurisme et amalgame d’une société de média, utilisant l’émotion pour retourner les foules« . Comme quoi, le plus choquant, c’est peut-être de n’avoir rien compris à un message pourtant simple.

Il suffisait de connecter deux neurones.
Encore une fois, tempête dans un verre d’eau…

 

[1] Le Washington Post, par exemple, mais aussi Al-Akhbar, CNN, tout comme Le Point chez nous. Je vous renvoie à Google pour chercher les autres, encore.

[2] Absolument, Ô délectable lectorat ! Cela est tout comme les débat sur le changement climatique ou même les vaccins, on présente les « pour » et les « contre » comme s’ils avaient la même valeur, et on demande à autrui de faire son choix, sans autre explication. Formidable, non ?

Aftermath

Je n’aime pas réagir à chaud. Notez, je n’aime pas, habituellement, utiliser « je », trop narcissique, dans les articles de ce blog. Aujourd’hui, je m’en fous, j’ose. Parce que nous le savons, les cons… Je ne vais pas revenir sur les attentats du 13 novembre dernier qui ont, à l’heure actuelle, massacré 132 personnes et en ont laissé une centaine blessés, dans un état plus mort que vivant. Le temps est au deuil, ce qui signifie que le temps est, évidemment, à la réflexion.

Ce qui me fait réagir, aujourd’hui, n’est pas l’horreur de cette attaque, du même niveau que le massacre perpétré à Beyrouth, que l’attentat à Ankara, que l’écrasement de l’A321 russe au-dessus du Sinaï. Ce qui est révulsant est une sorte de réaction qui commence, petit à petit, à monter. Nous sommes tous choqués, moi le premier, pourtant isolé dans ma profonde campagne britannique. L’incompréhension, la douleur face à un tel déchaînement de violence nous laisse pantois, hagards et accablés. Cela sont des réactions normales, naturelles, et saines. Ce qui ne l’est pas est la volonté de vengeance qui se dessine peu à peu.

Je passerai outre les réactions immédiates de certaines personnalités politiques, de France comme d’ailleurs, qui ont immédiatement réagi pour tirer à eux la couverture. Ces personnes n’ont eu qu’une envie, utiliser une boucherie pour faire valoir une idéologie aussi vomitive que celles de ceux qui ont commis ces actes inhumains.

Première atrocité, une manifestation de crânes rasés en Bretagne a passé à tabac (oui, tabassé) un homme sous prétexte qu’il était « d’origine maghrébine ». Comme si l’origine faisait de nous ce que nous sommes. « Il est, paraît-il, des terres brûlées donnant plus de blé qu’un meilleur avril. » (Jacques Brel) Nous revoilà partis dans une chasse aux sorcières en guise de représailles, le sang appelant le sang, nous voulons à tout prix trouver un coupable pour faire justice nous-mêmes. Ou la définition du lynchage. Dans l’après-guerre, on rasait bien les femmes. [1]

Tout à trac, notre réponse est de bombarder immédiatement un campement de Daesh en Syrie. Bien évidemment, il FAUT une réponse. Il faut montrer qu’un pays ne peut se laisser intimider par une poignée de fous furieux envieux de faire régner la terreur. Ce qui laisse interrogateur est en revanche les moyens, adaptés à une guerre conventionnelle. Que peut-il se passer ? Étonnamment, Dominique de Villepin, interrogé à ce sujet, a eu une réponse claire et argumentée sur le sujet. (voir vidéo ci-après) Une telle réponse ne fait, en réalité, qu’aider les terroristes dans leur volonté de se légitimer. Une violence telle ne risque en effet que de créer une impression de haine venant de nous à l’égard de populations qui sont DEJA les victimes de ces mêmes terroristes, et donc de gonfler leurs rangs. Il n’est ainsi pas surprenant que les attaques perpétrées par les Etats-Unis et alliés après le 11 septembre aient à ce point encouragé la création de cet organe terroriste, l’ayant violemment attisé.

« Il faut être capable d’employer les moyens de l’esprit, » dit-il. Ce genre de réaction est inefficace. L’Histoire récente nous l’a montré, et il devient donc inutile et contre-productif, si l’on souhaite éteindre ce terrorisme. Oublier à quel point la propagande, ou simplement les images, agissent là-bas est se méprendre de combat. Nous deviendrons indubitablement les mauvais, les « méchants », pour reprendre un terme foutrement manichéen qui a été utilisé à qui mieux mieux depuis vendredi soir.

Cette analyse a été très intelligemment reprise par Jean-Luc Mélenchon qui, interrogé chez Laurent Ruquier, a mis le doigt sur ce qui été dit plus haut : cette méthode est inefficace et ne fait qu’aider, au final, ce force invisible qu’est le terrorisme. A cela s’ajoute le fait que le but des terroristes est de diviser la société que nous avons. Si nous arrivons à trouver notre bouc émissaire, ce qui a commencé, nous les laissons gagner. Si nous arrivons à écraser une communauté, en raison de sa religion, en faisant passer cela un quelconque « principe de précaution » (nous allons certainement entendre des choses similaires de la part de nos crânes rasés et de ceux qui les soutiennent sans le dire dans les jours prochains, je suis prêt, hélas, à le parier), nous réussirons à isoler une minorité déjà défavorisée et la laisserons tomber aux mains des meurtriers qui y trouveront un terreau fertile. Hélas, l’on a trop tendance à oublier les causes sociales qui mènent à la violence.


Ce qui est effarant est que cette analyse avait été formulée, plus d’un an déjà, par Jean-Pierre Filiu, professeur en histoire du Moyen-Orient à Sicences Po, qui a été répété récemment. « Ce qu’ils veulent, ce sont des représailles. Ce qu’ils veulent c’est qu’aujourd’hui à Paris et en France on tue des musulmans en représailles. Ils veulent la guerre civile en France, » analyse-t-il. L’écrivain David Van Reybrouck a eu raison, ainsi, de critiquer la réaction du président François hollande qui a parlé de « guerre ». Nous sommes tombé dans le même piège de la volonté de représailles que pour laquelle nous avions critiqué le gouvernement américain il y a 14 ans.

Il faut, à présent, un discours de paix. Un discours de paix qui n’oublie évidemment pas l’attaque, et qui sache pour autant tout mettre en oeuvre pour se prémunir d’éventuelles futures attaques. Cela est une évidence.

Mais la réaction est la même : nos charognards commencent à hurler, que dis-je, gueuler contre l’ouverture de nos frontières, allant jusqu’à proposer un retour à l’avant Schengen, sous prétexte qu’un des suspects serait entré par la Grèce il y a quelques semaines de cela. N’y a-t-il donc aucune autre alternative ? Si, celle de l’unité. Celle qui nous fait défaut, celle qui va à l’encontre de notre réaction habituelle de nous recroqueviller en position fœtale, celle de travailler, plus fortement encore, avec nos alliés, avec nos partenaires, avec nos amis. Nous avons à présent l’insigne opportunité d’avoir une Europe plus unie, d’obtenir une Europe politique qui puisse être une véritable réponse à ce type d’attaque. L’union de la défense est un point, un seul parmi d’autres, sur lequel nous devrions jouer. Plus de collaboration entre nous-mêmes. Plutôt que de nous refermer, ouvrons-nous et travaillons ensemble. Va-t-on me taxer d’utopiste ? Bah, l’utopie n’est rien d’autre qu’un concept non encore réalisé.

Cette réalité qui devrait être avait pourtant été exprimée par François Hollande dans son annonce initiale, en refusant tout pathos et appelant à ne pas céder à la peur. Restons-en à cela. Continuons d’être ce que nous sommes, des peuples variés, vivant et aimant.

Cela signifie donc ne pas demander des représailles, mais la justice. Ne pas se féliciter du fait que des bombes américaines portent « From Paris with love », faisant, dans ma petite tête de scientifique inculte, une méchante référence à un ancien Necessary Evil qui fit partie du trio qui lâcha en 1945 une triste bombe. [2] Ne pas se laisser aller au lynchage, conséquence néfaste du populisme et la stupidité humaine.

Sur une note plus personnelle, « Pray for Paris » montre une empathie que l’on ne peut qu’apprécier. En revanche, vu les circonstances, je pense que la réflexion peut, une fois encore, se passer de tout commentaire religieux. « Und ich dank’ es dem lieben Gott tausendmal, dass er mich zum Atheisten hat werden lassen. » (Georg Christoph Lichtenberg)

 

En cette période, sachons faire le deuil, avec la pudeur et le respect qui sont de mise pour toute les victimes. Et cela passe par le respect de leur intelligence, de ce qu’ils représentent, en majorité des jeunes, « branchés » (ou non), ayant envie de vivre plutôt que de survivre. Cela seulement pourra nous aider à vivre en paix, et à respecter leurs mémoires.

 

toujours pas peur

Toujours pas peur. Vivons, sortons, buvons et forniquons. La paix arrivera seulement ainsi.

 

[1] Oui, je sais, la comparaison est exagérée, car, à cette époque, il s’agissait AUSSI de redorer son blason après un retournement de veste, ou lorsque le débarquement avait donné du courage aux plus audacieux. La démarche intellectuelle est la même.
[2] « Oh mon Dieu, il ose ! » Oui, je l’ai dit, déjà, on ose tout. Même logique que précédemment.

Lille: Vous ne devinerez jamais ce qu’a trouvé ce cambrioleur!

Bonjour à toi lecteur!

Désolée de te décevoir si vite, mais tu ne suivras point les aventures (certes passionnantes) de « Jojo le voleur au grand cœur » sur cette page. Non, point de tout cela. Tu fais parti malgré toi d’une petite expérience sur laquelle je m’interroge depuis un certain temps maintenant. Combien de personnes vont cliquer sur cette page de blog en voyant le titre de cet article ? Et surtout pourquoi ? Mais POURKOUWA cher lecteur as-tu cliqué sur cet article, au titre à la fois insignifiant, amusant, totalement aberrant et à la photo trouvée dans Google Images ?

Tu m’interroges, lecteur. D’où te vient cet attrait quasi irrésistible pour les faits divers, pour ces « chiens écrasés » qui ont envahi nos journaux écrits et télévisés ? Pourquoi décides-tu volontairement de remplir ton cerveau de ce genre d’informations insignifiantes ? Tu me donnes du fil à retordre, lecteur, en provoquant toutes ces interrogations malgré toi. Alors, interrogeons-nous sur ton comportement et essayons de comprendre ton attrait viscéral pour les faits divers et ses conséquences.

I- Tentative de définition du fait divers:

Il n’est pas aisé de définir le fait divers. Au sens premier, le plus simple, il qualifie un fait inclassable dans les rubriques « classiques » de nos journaux (économie, politique, sciences, culture, etc). Mais c’est surtout sa « non-portée » qui le qualifie comme « divers ». Dans « Structure du fait divers » (in Essais Critiques, 1964), Roland Barthes approfondit cette définition: « Voici un assassinat : s’il est politique, c’est une information, s’il ne l’est pas, c’est un fait divers. » Dès lors, l’assassinat politique renvoie à un contexte implicite, à une échelle qui dépasse l’événement en lui-même :
« (…) dans le premier (l’assassinat politique), l’événement (le meurtre) renvoie nécessairement à une situation extensive qui existe en dehors de lui, avant lui et autour de lui : la « politique »; l’information ne peut ici se comprendre immédiatement, elle ne peut être définie qu’à proportion d’une connaissance extérieure à l’événement, qui est la connaissance politique, si confuse soit-elle; en somme, l’assassinat échappe au fait divers chaque fois qu’il est exogène, venu d’un monde déjà connu; on peut dire alors qu’il n’a pas de structure propre, suffisante, car il n’est jamais que le terme manifeste d’une structure implicite qui lui préexiste (…); littérairement ce sont des fragments de romans, dans la mesure où tout roman est lui-même un long savoir dont l’événement qui s’y produit n’est jamais qu’une simple variable. L’assassinat politique est donc toujours, par définition, une information partielle (…)« 

Ceci n'est pas un fait divers.

Ceci n’est pas un fait divers. (C’est l’Assassinat de Marat… pour les profanes).


Le fait divers, quant à lui, ne renvoie pas à un tout mais constitue lui-même le tout : « (…) 
le fait divers, au contraire, est une information totale, ou plus exactement, immanente ; il contient en soi tout son savoir : point besoin de connaître rien du monde pour consommer un fait divers; il ne renvoie formellement à rien d’autre qu’à lui-même; bien sûr, son contenu n’est pas étranger au monde : désastres, meurtres, enlèvements, agressions, accidents, vols, bizarreries, tout cela renvoie à l’homme, à son histoire, à son aliénation, à ses fantasmes, à ses rêves, à ses peurs (…); au niveau de la lecture, tout est donné dans un fait divers ; ses circonstances, ses causes, son passé, son issue; sans durée et sans contexte, il constitue un être immédiat, total, qui ne renvoie, du moins formellement, à rien d’implicite ; c’est en cela qu’il s’apparente à la nouvelle et au conte, et non plus au roman. C’est son immanence qui définit le fait divers. » Le fait divers se consomme donc pour lui-même ou s’inscrit parfois dans une mémoire à court terme. Il n’est pas un épisode, mais un tout, un récit immédiat.

Le fait divers, comme nous le décrit Roland Barthes dans le même article, se définit aussi par le lien de causalité qui le compose « (…) un délit et son mobile, un accident et sa circonstance, et il y a bien entendu, de ce point de vue, des stéréotypes puissants : drame passionnel, crime d’argent, etc. » Cette causalité peut être « troublée » par :
-d’un côté les « prodiges » (où la cause est inconnue). Par exemple: le phénomène des OVNI ;
-d’un autre côté les « crimes » (où la cause est différée, connue après la tenue d’une enquête, par exemple).
Cette cause peut être surprenante (c’est le phénomène du « on-ne-s’attendait-pas-à-ça! »). Par exemple: « une femme blesse d’un coup de couteau son amant : crime passionnel? non, ils ne s’entendaient pas en politique ». A cela peut s’ajouter le théorème « petites causes, grands effets ». Vous savez, c’est le TGV qui se prend un cerf entre Lyon et Paris et qui retarde tout le trafic de 3h…. Un grand classique !
La disproportion attire, tout comme le phénomène de hasard (« il retrouve son vélo sur le Bon Coin »), de coïncidence, de répétition (« Une bijouterie cambriolait trois fois en une semaine »). Le curieux attire également (vous savez, l’histoire de Serge le lama qui a pris le métro…) tout comme le comble (« un policier tue sa femme »).

En bref, le fait divers nous dit tout de lui dès sa première lecture. Il est le résultat d’un lien de causalité connue ou mystérieux, surprenant, drôle ou inquiétant.

II-Le fait divers aujourd’hui :

« En juin 2013, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) révélait dans son « baromètre thématique des JT » qu’entre 2003 et 2013 le nombre de sujets consacrés chaque année aux faits divers dans les journaux télévisés des grandes chaînes généralistes avait connu une augmentation de 73 %. Alors qu’ils représentaient 3,6 % de l’offre globale d’information (1191 sujets) en 2003, les faits divers « pèsent » aujourd’hui 6,1 % de cette offre (2062 sujets). Ce qui signifie plus concrètement qu’en moyenne, le nombre de faits divers traités chaque jour dans les JT, toutes chaînes confondues, est passé de 3 à 5. » (« Flambée de faits divers dans les JT depuis dix ans », Blaise MAGNIN et Henri MALER pour Acrimed, 14/10/2013)
Impressionnant constat. Et celui-ci ne parle pas des dizaines d’émissions de télévision exclusivement consacré aux faits divers du genre « Faites entrer l’accusé », « Crimes », « Enquête Exclusive », etc. La presse écrite n’est pas épargnée, tout comme la radio. Les pages consacrées aux faits divers augmentent (je paye une bière à celui qui me trouve une « véritable » information dans le Nord Eclair!) et les JT radios souffrent du même symptôme que celui de la télé. Mais pourquoi regardons/lisons/écoutons – nous ce genre « d’informations » ? Explications.

III-Pourquoi sommes-nous attirés par les faits divers ?

Croyez-le ou non, mais Madmoizelle a consacré un très bon article à ce sujet. Le fait divers attire pour six raisons : la proximité géographique et temporelle, la rareté de l’événement, le fait communautaire, le côté affectif (choquant ou émouvant de l’événement) et le taux de notoriété. (voir graphique, juste là. Oui là, juste dessous).

fait divers

Ces six facteurs constituent la clé de l’attraction du quidam pour le fait divers. Et sont donc des éléments majeurs à connaitre pour tout journaliste en mal d’audimat.

IV La dérive du journalisme :

Et c’est là que surgit le mal. Toujours d’après Acrimed et l’article cité précédemment, « les faits divers demeurent très en retrait par rapport aux sujets de société, à l’information internationale, ou aux rubriques politique et économie. Ce qui est en cause, ce sont donc la place qui leur est donnée, l’importance qui leur est accordée et leur mode de traitement. » Ouvertement, le travail journalistique est (et doit) être remis en cause. Les six facteurs d’attraction ne servent en rien ici la diffusion de l’information mais bien un intérêt: celui de la chaîne télé/radio/presse et plus largement des ressources budgétaires. « Le fait divers est une aubaine pour les fabricants de consensus. Ils fédère les audiences, fait grimper l’audimat, garantit par conséquent l’ampleur des ressources publicitaires. » (Télévision : Exhiber cette émotion qui nous submerge (En direct de TF1) », Acrimed, août 2002).
La recherche du « buzz » est désormais au centre du travail de certains journalistes afin d’accroître leurs audiences.

Non, pas ce buzz là!

Non, pas ce buzz là!

« La recherche du spectaculaire, l’hyper-rapidité du traitement de l’information, l’absence corollaire d’investigations, la concurrence et la compétition acharnées entre médias » abaisse le travail journalistique au niveau du caniveau. « Les journalistes n’ont pas le temps et se précipitent sur ce qui va vite » (Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS, directeur du Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales -CESDIP). Ils ne s’intéressent pas à la banalité mais seulement à ce qui sort de l’ordinaire, aux yeux de notre société à l’instant I. Ils s’accrochent notamment aux tabous dont le premier d’entre eux est la pédophilie.
Face à cela, on assiste à une course médiatique, notamment dans la presse et la télévision. Les chaînes et les JT se font une guerre sans merci pour l’audimat qui passent par une course aux faits divers, aux buzz, parfois au trash ou au morbide. « Ce quasi doublement depuis dix ans du nombre de faits divers traités dans les JT est un révélateur de la féroce concurrence que se livrent les chaînes pour l’audimat. La baisse des recettes publicitaires avec la crise économique, la multiplication des chaînes d’information en continu et des canaux d’information sur internet qui rendent les JT moins incontournables, la floraison des chaînes gratuites sur la TNT qui, tout en morcelant l’audience, en captent une part de moins en moins négligeable : tout concourt à accroître la pression concurrentielle sur les producteurs des journaux télévisés. ». (« Flambée de faits divers dans les JT depuis dix ans »). Nous assistons à une « fait-diversification » de l’information à visée purement économique. Les informations internationales, économiques sont vus comme rébarbatives, repoussantes pour le spectateur (oui, chiantes en un mot) contrairement au fait divers, addictif et captant l’attention. Pour rendre intéressant un fait divers, leur traitement est différent de celui d’une information classique : superficiel ou/et sensationnaliste pour parvenir à créer le buzz tant attendu.

Par quoi cela se manifeste-t-il ? Par des images choquantes (la plupart du temps inutiles) prenant le pas sur le texte ou le fond, par une sur-production de pathos bien dégoulinant et surtout par un remplissage de vide avec du rien (vous savez, c’est le fameux journaliste qui annonce toutes les dix minutes que « nous n’avons pas plus d’informations pour le moment »). Et c’est ici que le vice se révèle : les journalistes et médias, consciemment, remplissent nos cerveaux de rien, de vide, nous faisant perdre du temps et nous détournant d’informations bien plus capitales. C’est ce que Bourdieu expliquait: « (…) en mettant l’accent sur les faits divers, en remplissant ce temps rare avec du vide, du rien ou du presque rien, on écarte les informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques. » (Sur la télévision, 1996). Là en est fini l’éthique du journalisme. Que ce soit le pauvre pigiste qui galère dans la PQR ou le présentateur de BFM, les journalistes ont une responsabilité immense dans la société. Ils participent à la création d’un cercle vicieux: le spectateur aime le fait divers, on lui en sert à la pelle, il devient de plus en plus accro, alors on en diffuse encore plus, etc. De par le fait qu’ils choisissent de présenter ou de par la hiérarchisation des sujets, ils détournent sciemment l’esprit des pauvres gens que nous sommes vers le futile, l’inutile et le vide. Et l’impact sociétal et politique en est dramatique.

V-De la naissance de la peur

Combien de fois a-t-on entendu tonton dire que « tout par en vrille, c’est de pire en pire », mamie dire « mais regarde à la télévision, ces jeunes, c’est effrayant ! », papi dire que « C’est fou, il y a de plus en plus de pédophiles et de criminels » et j’en passe. Le fait divers, utilisait dans tous les sens par les journalistes, véhiculent un idée de notre époque, de l’homme, d’une société décadente et violente. « Les faits divers criminels expriment les peurs sociales. Ces dernières sont évidemment « les jeunes », victimes d’une sorte de racisme générationnel, et surtout ceux venus plus ou moins d’ailleurs » (Laurent Mucchielli). Le fait divers, s’ils révèlent des inquiétudes, peut aussi les déformer, voire les créer.
Les téléspectateurs/auditeurs/lecteurs, tenus loin des faits importants, se focalisent alors sur ce miroir déformant de notre société. De là, naît la peur. Et de là surgit la récupération politique. Et de là émerge l’extrémisme. L’insécurité, thème favoris des faits divers, est mise au premier plan. Le zapping de Canal + sur 2002 est particulièrement révélateur. A 4’05, nous suivons l’interview d’une femme, apparemment issue de milieu rural et ayant voté FN :

« Ici dans le village, il y a des problèmes ?
– Non, y’a pas de problèmes. Y’a jamais rien eu. Mais c’est pas à Enencourt [en Picardie, ndlr], c’est partout.
– Alors qu’est ce qu’il y a partout, c’est le sentiment de quoi ?
– Bin oui, bin, tout ce qu’on voit à la télé ! Les gens qui sont agressés !« 

Atrocité de cette dernière phrase. Atroce car elle révèle d’un seul coup tout le problème de la fait-diversification de l’information, de son omniprésence, de son traitement, de sa thématique récurrente sur l’insécurité et de la responsabilité du journaliste. En une phrase, tout nous pète au visage.
Et rassurez-vous, rien n’a changé depuis 2002 sur la question du traitement du fait divers lié à l’insécurité. « L’accumulation de faits divers à sens unique sur les actes de délinquance, rassemblés dans la catégorie journalistique d’« insécurité » est plus problématique encore. Les « atteintes aux personnes » d’une part, le « vandalisme » et les « bagarres collectives » (…) d’autre part, représentaient ainsi en 2012 plus de 60 % de l’ensemble des faits divers traités dans les JT ; soit en moyenne près de trois sujets par jour relatant agressions, meurtres, enlèvements, viols, etc. » (Flambée de faits divers dans les JT depuis 10 ans, Acrimed).

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Et la victime est toute trouvée: le jeune, l’étranger, l’inconnu. « La récurrence de ces sujets, leur cadrage a priori sur le sort des victimes et la désignation plus ou moins explicite et systématique de catégories de coupables (les bandes de jeunes des cités HLM) concourent à une construction médiatique du problème de l’insécurité dont les implications sont d’une autre importance que la seule question de la hiérarchie ou de la qualité de l’information… Ces faits divers, loin de « faire diversion », quittent ainsi régulièrement cette rubrique pour s’inviter au cœur de l’actualité et du débat public où ils sont l’objet des pires instrumentalisations politiques. » Le fait divers peut-il avoir alors un rôle sociétal ?

VI-Voyeurisme et futilité ou rôle sociétal ?

A mon sens, le rôle sociétal du fait divers n’existe pas. Si un fait détient ce rôle, par définition, ce n’est plus un fait divers mais une information. Une information d’intérêt sociétal. L’insécurité ne devrait pas être traitée qu’à l’aube du fait divers mais à travers des informations: sur la pauvreté, le chômage, l’intégration, l’émancipation, etc. Bref, sur les causes de l’insécurité et pas toujours sur ses conséquences. Replacée dans son contexte, cela mettrait en lumière des vrais problèmes sociaux et permettrait d’éviter toute instrumentalisation politique. Cela éviterait de croire en une quelconque décadence de notre société ou de notre jeunesse comme le dit très bien Laurent Mucchielli : « Certains sujets comme le crime occasionnent beaucoup plus que cela. Loin de passer pour un accident de la vie quotidienne, l’érection du fait divers criminel en priorité de l’information le transforme en un fait de société. Il est promu au rang de symptôme des dérèglements de la vie sociale. Et lorsqu’il rencontre une ambiance générale de morosité et d’inquiétude sur l’avenir, il devient le révélateur d’une décadence. Ainsi le fait divers criminel n’occasionne pas simplement un discours sur la violence qui est insupportable, mais aussi sur la violence qui augmente, qui rajeunit… Ce qui pourtant est tout aussi faux que l’idée selon laquelle les avions risqueraient de plus en plus de s’écraser. »
Par conséquent, le fait divers est forcément trompeur, déformant, secondaire. Il ne renvoie pas à une réalité globale, rationnelle, démontrée. Il n’est qu’un cas, une exception et ne révèle en rien les maux de notre société.

L’addiction grandissante pour le fait divers est, par ailleurs, inquiétante. La multiplication des émissions qui y sont consacrées, avec des sujets plus glauques les uns que les autres, alimentent la peur, le voyeurisme et l’addiction au trash. Car oui, plus c’est trash, plus les gens regardent. Vous savez, c’est ce bon vieux « Faites entrer l’accusé » du dimanche soir qui nous fait bien flipper avant de dormir !

"toudoum toudoum, toudoum toudoum..." (c'est le son du piano qui fait peur!)

« toudoum toudoum, toudoum toudoum… » (c’est le son du piano qui fait peur).

C’est cool, raconté comme un polar, ça fait peur, c’est mis en scène. Et c’est réel.  Mais ce n’est pas parce que ce genre d’émissions augmentent que les faits violents ou trashs augmentent eux aussi. Ces émissions marquent, rendent addicts car elles parlent de faits atroces, horribles et font sans cesse appel à l’émotion dans le domaine de la justice notamment (qui doit en être dépourvu pour rendre un jugement le plus juste possible). Prenons l’exemple de la pédophilie. Comme nous l’explique à nouveau Laurent Mucchielli, « le pédophile est devenu le monstre absolu parce que la violence sexuelle faite aux enfants est devenue le tabou suprême. Nous «sur-réagissons» aux crimes parce qu’ils nous sont de plus en plus odieux, et non pas parce qu’ils seraient plus nombreux. » Idem pour le viol : « (…) des dépêches d’agence signalent des procès pour viols collectifs depuis de nombreuses années. Mais, avant 2001, ces dépêches ne suscitent pas l’intérêt de la presse. Elles ne produisent pas de sens : ce sont des faits divers.« Inversement, à partir de là, les journalistes vont se précipiter dans les cours d’assises pour « couvrir » les procès pour viols collectifs. Désormais, ce sont des faits de société, c’est-à-dire qu’ils deviennent des symboles de quelque chose de plus général : le « mal des banlieues », la « crise de l’intégration », la jeunesse « de plus en plus violente », « qui n’a plus aucune valeur » » (Le viol dans les médias : un fait divers,  par Audrey GUILLER et Nolwenn WEILER, Acrimed, 21/11/2011). Les journalistes transforment en fait de société ce qui n’en est pas. Encore une fois, c’est bien le traitement de l’information qui est coupable: coupable de rendre le spectateur voyeur, coupable de donner de l’importance à ce qui n’en a pas, coupable de faire penser à la population que notre époque est pourrie.

VII-Faits divers et lutte des classes :

YOLO

YOLO

Si remettre en cause l’importance du fait divers dans nos médias remet en cause le journaliste, est-ce que cela ne remet pas aussi en cause le spectateur lui-même ? Loin de penser que tout ceux qui regardent « Faites Entrer l’Accusé » sont des pervers, n’y-t-il pas tout de même une inégalité de classe face au fait divers ?
Pour faire simple, divisons le monde en deux: les élites riches et cultivées et la populace pauvre. Les journalistes, proches des élites politiques et économiques, traitent un fait divers qui se passe chez les pauvres et qui touchent les pauvres (pour et par les pauvres en quelque sorte). « Considérés comme s’appuyant exclusivement sur un registre émotionnel et suspectés de répondre aux pulsions morbides d’une « populace incivilisée », les faits divers sont très souvent dénoncés comme un genre inférieur, illégitime. L’accent mis sur le sang et le sexe, le drame et le crime détournerait en outre l’attention des récepteurs des « informations pertinentes que devrait posséder le citoyen pour exercer ses droits démocratiques » (P. Bourdieu, Sur la télévision, 1996). » Les riches ne se mouillent pas dans l’affaire. Ils tentent de s’en tenir éloignés… Sauf que… sauf que parfois c’est eux qui sont en première page des faits divers. En parlant de l’affaire DSK, par exemple, nombres de sociologues dénoncent le comportement des journalistes : « Cette incrédulité affichée par bon nombre d’éditorialistes ne choque pas les sociologues, qui expliquent comment les journalistes n’ont jamais intégré que des viols se produisaient aussi dans les milieux sociaux favorisés. Habitués à traiter d’affaires d’assises, où sont condamnés, (…) , une majorité de pauvres. « Le monde politique et médiatique parisien est composé de classes supérieures qui n’entendent que ce qui ne vient pas les déranger,énonce Laurent Mucchielli. Souvent, quand ils s’expriment sur le viol, c’est l’élite dirigeante qui s’inquiète de l’état dépravé des mœurs des pauvres. Tout cela pour ne pas voir ce qui se passe dans leur rue. » En plus d’être futile, abrutissant, déformant, le fait divers est, en plus, élitiste. Ils protègent les hautes sphères de toute prise de conscience de par un détournement des cerveaux de la masse. Pierre Bourdieu décrit « des « faits omnibus », c’est-à-dire « des faits pour tout le monde ». Ce sont, du moins pour nombre d’entre eux, des faits « qui ne divisent pas, qui font le consensus ». Comment, en effet, les publics pourraient-ils se partager entre les « pour » et les « contre », face à un grave accident ferroviaire (comme celui de Brétigny en cet été 2013), un braquage de banque (surtout s’il est filmé en vidéo…) ou le meurtre d’une enfant (comme la petite Fiona) ? À ce titre au moins, « les faits divers sont aussi des faits qui font diversion « , ils évitent de les « normaliser » et accentuent la pensée que leur classe est impénétrable.

Mais d’un autre côté, n’est-ce pas un peu bobo de critiquer les faits divers en permanence, ces faits  qui font justement consensus ? N’existerait-il pas un peu de mépris social dans cette critique ? Comme l’écrit très bien Acrimed, « Encore faudrait-il qu’au mépris social latent des fournisseurs en gros de faits divers qui font diversion, ne réponde pas le mépris social dont une prétendue avant-garde cultivée et politisée accable les publics populaires de la télévision. De la part de ces téléspectateurs, les faits divers font l’objet d’interprétations qui excèdent largement le voyeurisme et le divertissement morbide que des commentaires pétris d’ethnocentrisme et d’arrogance de classe dénoncent sans comprendre.« 

Après tout, mes critiques ne sont-elles pas celle d’une gamine qui a une tête qui ne passe plus les portes ? Peut-être. Mais je persiste et signe: les faits divers sont nocifs pour ceux qui en parlent et pour ceux qui les regardent. Ils sont un des enjeux de la lutte des classes entre les élites qui produisent l’information et les pauvres qui la regardent, entre les élites et leurs lobbies qui abrutissent ceux d’en bas (un conseil : voir le documentaire les « Nouveaux Chiens de Garde » si vous avez des doutes sur cette affirmation).
Quoi faire alors ? Redresser vers le haut la formation de journaliste, leur rappeler leurs responsabilités et toujours se battre pour l’émancipation des esprits. C’est bobo, c’est gaucho, et je m’en fous.

Au temps de la Recherche perdue

En période de crise, il faut, nous serine-t-on de manière un poil trop prononcée, faire des économies. Cela, bien évidemment, se traduit par des dépenses publiques moindres, puisqu’il est bien connu qu’en dépensant moins, l’on aura un système plus efficace. De manière similaire, il suffit d’arrêter de manger pour perdre du poids. Quiconque vous dira que votre corps risque de ne plus fonctionner correctement aura cependant raison de le faire.

Présent à la Rochelle en 2011, j’avais pu, petit militant motivé que j’étais alors, la tête emplie de rêves, d’idéaux et d’erlenmeyers colorés, participer à une classe consacrée à la Recherche, présentée par notre actuelle ministre Geneviève Fioraso elle-même. Emu, emporté par autant de volontarisme, surtout après la loi inapte et inepte de Valérie Pécresse (dite loi LRU, loi relative aux libertés et responsabilités des universités) l’on ne pouvait qu’espérer un renouveau de la Recherche en France, avec de véritables réformes de fond. Bien mal m’en prit.

 

En observant le nouveau logo du CNRS dans un miroir, on voit un "culs" qui se prend un bâton. Prémonitoire de la politique à venir ?

En observant le nouveau logo du CNRS dans un miroir, on voit des « culs » qui se prennent un bâton. Prémonitoire de la politique à venir ?

 

Petit récapitulatif, si vous le voulez bien ! En effet, si le CNRS se doit d’être remodelé intégralement, ou bien véritablement dissout en répartissant les chercheurs dans les universités (une possibilité comme une autre), le modèle actuel accusant une certaine vétusté, la ministre sarkozyste nommée plus haut s’arrangea, en 2008, pour laisser pourrir un peu plus la situation, en étouffant le CNRS de la plus belle manière qui soit, afin d’éviter d’avoir à résoudre un problème pourtant majeur. L’ANR, l’Agence Nationale de la Recherche, fut créée pour favoriser ainsi des projets courts, de 2 à 4 ans en moyenne, sur des thématiques bien identifiables. Ainsi, politique de l’époque oblige, cela a pour risque, comme il fut grandement critiqué, de ne mettre l’accent que sur des thématiques fashionables, à la mode, bien en vue et dont on peut facilement parler pour se faire mousser.

En clair, en mettre plein les mirettes aux yeux d’un public ignorant la réalité de la Recherche dans notre beau monde. Pour anecdote, un projet présenté à l’ANR se doit d’être finalisé, ce qui signifie simplement que les résultats attendus doivent être expliqués et donnés a priori. Oui, vous avez bien lu, attentives lectrices et pointilleux lecteurs. Ce modèle, calqué sur celui des programmes-cadres de la commission européenne, renforce ainsi, par son formatage en « jalons » et autres « délivrables » (« Mais ouate ze feuque ? » peut-on entendre mugir dans les bureaux des chercheurs de plus en plus désabusés à ce propos, d’ailleurs) les projets de R&D, beaucoup plus appliqués. Non que cela soit néfaste, il en faut, mais une recherche plus fondamentale se voit rongée, car présentant peu d’intérêt immédiat et de retombées économiques rapides. Cela, de plus, favorise, comme l’a très bien souligné Sauvons la Recherche, une recherche uniquement basée sur les CDD, d’où précarisation d’une grande partie du personnel. De surcroît, seuls des projets – dont seulement 8,5% sont retenus – ayant un potentiel que nous pouvons allègrement qualifier de bankables ont une possible chance de voir le jour.

Bien entendu, ce système, malheureusement, favorise ainsi violemment les sciences expérimentales (physique, chimie, biologie et dérivées) au détriment des sciences humaines ou exactes. (oui, par souci de simplification, je range les sciences économiques, sociales, historiques… dans les sciences humaines, que d’aucuns qualifient à tort de « molles » – terme condescendant et stupide, car sans fondement aucun)

 

La loi LRU, comme la loi ESR, pique un peu

La loi ESR, comme la loi LRU, pique un peu

 

En définitive, une gabegie sans nom, visant à détruire ce qui, pourtant, permet de penser demain. Oui, la Recherche Scientifique est la conditio sine qua non du progrès, car permettant un élargissement des connaissances et de la compréhension du Monde. Et pourtant, elle fut mise sur le chevalet par la droite, et la gauche se réjouit encore du spectacle, continuant de souffler sur les braises. si les motivations de l’ancien gouvernement peuvent être claires comme de l’eau de roche – incapacité à comprendre une dynamique intellectuelle et non lucrative (oui, j’ose) – celles de l’actuel sont obscures, surtout après force discours volontaristes.

Misons sur l’incompétence.

Ce système mis en place par Valérie Pécresse a aussi eu pour conséquence de repousser l’embauche (repoussé à 33 ans en moyenne pour les maîtres de conférences et chargés de recherche), ainsi que de diminuer, grâce à l’excellentissime RGPP (ironie), le nombre de chercheurs recrutés au CNRS de 400 par an en 2010 à 300 en 2014, avec seulement 1430 postes de maîtres de conférence contre… 2000 il y a trois ans ! (source) Cela, sans compter le fait que l’on ne donne plus aux chercheurs les moyens de travailler. En effet, 80% de la subvention d’état au CNRS en 2013 finançait la masse salariale, uniquement. Quid du reste ? L’on peut y ajouter le temps perdu lié aux projets soumis à l’ANR. Le mouvement Sciences en Marche estime le coût, en terme de travail, à 200 ans (cumulés). Soit une perte de temps sans nom.

Puis il y eut la loi ESR, loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche, en 2013, espérée par les chercheurs de la France entière et qui accoucha d’une souris. Contre l’avis de tous, l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) fut maintenue, sous un sigle différent. L’ANR itou, sans pour autant ajouter un quelconque financement de base des laboratoires, Sciences en Marche estimait devoir tripler, ce qui restait peu coûteux et donc abordable, notamment via le Crédit-Impôt-Recherche, qui aurait pu, via une évaluation plus minutieuse des projets des entreprises en vue de son attribution, favoriser le travail des jeunes chercheurs. Malgré un discours prônant l’excellence, les actes pris par la Ministre n’ont su que témoigner d’une médiocrité effarante, sonnant ainsi le glas de la Recherche publique.

Si l’on ajoute à cela les problèmes internationaux, notamment liés aux journaux scientifiques (Elsevier, dites-vous ?) qui extorquent des sommes incommensurables aux universités, et le CNRS lui-même qui pille ses propres chercheurs, l’on peut peut être sûr de ne pas s’en sortir.

Mais on va ouvrir plus souvent le dimanche, car c’est là qu’est l’avenir

Loi Macron : piège à cons

Suite aux déblatérations de nos ministres, notamment de notre cher Premier Manu et de notre aimé Economiste Manu (notons la répétition… quitte à vite virer manuphobe !) il semblerait que la « Loi Macron » fortement présentée récemment soit issue de ce qu’il convient d’appeler un fait divers, monté en épingle et affiché comme vérité absolue. Maintenant, l’on saisit l’arme – l’ultimatum – de l’article 49-3 pour engager la responsabilité du gouvernement et court-circuiter le vote.

Il est très intéressant de voir cette idée de liberté colportée à toutes les sauces. « Liberté d’expression » pour pouvoir tenir des propos à la limite de la légalité, « Liberté de travailler » pour justifier l’exploitation des personnes.

On peut effectivement tout légitimer par « liberté », et on arrive dans un système comme aux Etats-Unis où, pendant longtemps, il n’y avait pas de protection sociale parce que « il était de la liberté de tout un chacun de choisir d’avoir une assurance santé ». (oui, oui, ce sont les propos que tiennent ceux qui sot opposés à l’Obamacare)

Un point très intéressant, qui a d’ailleurs montré ses limites durant les années Sarkozy, pour ne pas dire son incapacité à faire des employés (cadres ou non) les grands gagnants, le fameux « travailler plus pour gagner plus » dont on nous ressort à présent les remous. La population en pâtit. (source ici, et parfaitement développé dans Les Echos, pourtant peu réputé pour être de gauche)

Bref, « travailler plus pour gagner plus » est un leurre, une aberration, et il est pour le moins honteux de prétendre améliorer quoi que ce soit par ce biais. A guise de comparaison, on peut voir que, par exemple, les pays qui s’en sortent le mieux au sein de l’OCDE – ou même de l’UE (puisque ceux-ci sont dans l’UE) sont les pays nordiques (encore !) et que… le travail le dimanche est assez limité. Viennent ensuite les problèmes sociétaux. Travailler le dimanche signifie devenir marginal (stricto sensu) et donc se priver d’un repos possiblement familial, brisant ainsi le développement et bien-être de tout un chacun. Même s’il existe un autre jour de congé, il n’en restera pas moins que les interactions sociales hors travail seront beaucoup plus limitées. Qui dit moins d’interactions sociales dit augmentation du mal-être (ça, c’est la psychologie sociale qui nous l’enseigne) pouvant finir sur dépression et autres joyeusetés. Sans pour autant être économiquement viable.

Ce mal-être se répercute inévitablement sur le travail, et les travailleurs sont d’ailleurs moins productifs. On peut prouver cela de deux façons. Tout d’abord, la diminution du temps de travail a permis une hausse de la productivité (il y eut, il est vrai, des baisses avec Aubry I – application trop rapide, nous sommes d’accord – corrigées par les Aubry II, dont les résultats sont restés supérieurs aux 39h). Plus de temps pour soi (moins de temps au travail) égale non seulement productivité en hausse mais aussi création d’emplois (je renvoie à l’étude de l’INSEE susnommée). Donc travailler moins égale gagner plus. Travailler plus, en revanche, n’entraîne pas une hausse de la productivité, comme le montre l’exemple japonais. D’ailleurs, de manière intéressante, on y voit que la France et l’Allemagne – où l’on travaille de manière effective MOINS qu’en France, sont plus productives que les E-U. A cela s’ajoute les énormes problèmes sociaux : vous avez dit karoshi ?

Au contraire, cette loi, c’est une régression humaine, sociale ET économique. En gros, l’on retournerait au XIXe siècle.
Parler de « liberté » est en fait exact si l’on considère la liberté des employeurs qui peuvent ainsi avoir à leur disposition une main-d’œuvre exploitable ET docile (pour cause de pauvreté). Et ce sans être l’éperon qui relancera l’économie, comme l’on semble nous le bavasser sans cesse.

Je suis outré que l’on propose encore, à l’heure actuelle, de telle propositions. C’est d’un dogmatisme idéologique !

L’on peut prétexter, à raison, que la position du « il faut pouvoir aller au musée » et autres propositions sont assez « parisiennes », ou du moins urbaines. Mais la France EST un pays majoritairement urbain ! (on peut même s’en convaincre derechef) Plutôt que d’avancer des arguments fallacieux, étudions au cas par cas les spécificités minoritaires ! Mais non. L’on s’entête dans une idéologie que l’on sait stérile. « Si le Soviétisme ne fonctionne pas, c’est qu’il faut aller plus loin, encore » entendions-nous il y a encore 40 ans. Le même écho se fait entendre vis-à-vis de la déréglementation, de la libéralisation outrancière. Et l’on va nous traiter de stalinien pour tenter d’être plus précis… Quelle ironie…

Le dimanche est, historiquement (Eglise oblige) et de fait culturellement, le jour de congé « par excellence », celui où tout un pays cesse de travailler. Quelles qu’en soient les raisons (on s’en fout un peu), cela permet à toute la population de cesser son activité laborieuse (stricto sensu) en même temps, pour se retrouver. Bref, il s’agit véritablement d’une journée renforçant le lien social, au cours de laquelle les individus de la société, les citoyen-ne-s – nous !! – peut interagir et se reposer. Ce repos est nécessaire, mais ces interactions sociales aussi. (eh oui, tout cela peut très facilement mener à des dépressions)

Bref, si l’on veut que le jour de congé pour tout un chacun soit le mercredi, pourquoi pas. Il est juste plus simple de garder le dimanche. Mais un jour commun est nécessaire.
J’habite au Japon, les gens roulent à gauche. Je voudrais aussi pouvoir rouler à gauche, en France. Pourquoi m’oblige-t-on à rouler à droite alors que je n’en ai pas envie ? Pour des raisons de cohérence sociale et sociétale. Il en est de même avec le jour de congé. L’excuse du « j’en ai envie donc on ne peut me l’interdire » est très hypocrite. D’une, ce ne sont jamais les personnes qui se retrouveraient dans ce cas de figure qui auraient à faire ce choix. Pour le travail du dimanche (je passe outre les « urgences » comme santé, sécurité… et les dérogations culturelles et gastronomiques, on pourra y revenir) les personnes qui vont s’y ruer sont celles et ceux qui veulent gagner plus, par nécessité. Bref, les plus démunis qui n’ont d’autre moyen que celui-ci. En réalité, l’on institutionnalise l’exploitation de la misère. Il ne s’agit pas d’un choix, mais d’un besoin « primaire ». En effet, quand on est dans la mouise, avoir 200 ou 300€ de plus par mois aide… beaucoup moins quand on touche déjà le décuple. Cet argument est donc un argument de riche (oui, oui, j’ose !). De même que celui, repris par Colette Capdevielle (qui a changé de point de vue depuis 2012…), du « j’en ai assez de me dire quand je dois consommer ». Traduction : j’ai envie de consommer à tout instant, je veux donc d’autres personnes pour subvenir à mes envies. Caprice de nanti.
La même logique convient au travail de nuit. Pardon, « de soirée » puisque l’on va, à présent, « faciliter » ce dernier… avec, comme pour le dimanche,  la compensation salariale fixée par accord d’établissement, de branche, d’entreprise ou territorial…donc ne répondant à aucune règle stricte, laissée au bon vouloir de l’employeur. Si ce dernier peut être juste, il peut tout autant être injuste. Là est le problème. C’est à nous, socialistes, gens de gauche, de fixer des règles d’équité entre tous.
Pour le reste, la loi est assez claire, nous faisons ce dont l’UMP rêvait. Du bel ouvrage, vraiment.
Le reste de la loi est similaire. Sous prétexte que 34% de personnes votent aux prud’hommales, pensons à les supprimer ? Autant ne plus voter pour le Parlement Européen… (ce qui serait une erreur !) Quid de la suppression du droit pénal du travail ? De la réforme des licenciements collectifs qui met en berne les droits des salariés ? On aura quoi, après ? La suppression du salaire minimum ou le droit de travail des enfants ?
Le meilleur qui en parle encore est Gérard Filoche, dont je vous laisse déguster les propos.

 

 

Tout cela, hélas, n’est qu’un apport de plus au moulin du FN qui va se régaler de voir un gouvernement DE GAUCHE faire une politique DE DROITE. (schématisons) Et donc nous allons nous faire exploser aux départementales. Là n’est pas le pire. Ce faisant, nous légitimons le discours habituel de l’extrême droite qui est dire « UMP, PS, même combat ». Et ce sera la fin. Et vous savez le pire ? Nous l’aurons mérité, par notre abandon du peuple. Ou plutôt par la trahison flagrante de ces élus que nous, militants, mais aussi citoyens, avons mis au pouvoir.
Navrant, vraiment navrant. La présidence Hollande avait cette opportunité historique de retourner la situation, de faire un vraie réforme fiscale, et nous l’avons balayée, submergés que nous sommes par l’idéologie néo-libérale.

L’avenir s’annonce malsain…