L’Europe au coeur

Alors que la campagne présidentielle bat son plein, un flot d’informations fausses, trompeuses et fallacieuses est déversé à l’encontre de l’Europe – Union Européenne, mais permettons-nous cette familiarité. Si l’on ne s’attendait pas à quoi que ce soit de particulièrement glorieux de la droite souverainiste, voici que se profile, de plus en plus violente, de plus en plus virulente, la gauche souverainiste anti-européenne.

Le débat porte, de manière fausse, sur l’idée que « L’Europe, on la change ou la quitte« , merveilleux faux dilemme proposé par la gauche europhobe. Double faux dilemme, même, tant la possibilité de changement est escamotée par la brutalité du changement proposé, ainsi que par les mensonges scandant que l’on ne peut pas changer l’Europe en votant, même à Strasbourg. (je cite)

Erreur monumentale.

L’Europe est un instrument. Les institutions sont là pour permettre le bon fonctionnement de cet union. De facto, l’on peut en faire ce que l’on souhaite. Malheureusement pour les gauches européennes, l’UE est actuellement dirigée par les conservateurs, ce qui explique un certain nombre de règles et directives.

C’est là le premier point démontrant la fausseté de l’argument cité plus haut. La politique climatique, la protection des libertés numériques, sont autant d’exemples d’avancées permises par l’Union Européenne. En fait, allons même plus loin et regardons les avancées sociales.

La réglementation européenne a instauré, dans toute l’Union européenne :

  • L’obligation d’établir un contrat de travail écrit ;
  • La limitation de la durée de travail hebdomadaire ;
  • La protection sociale de la maternité ;
  • L’interdiction d’exposition aux radiations ;
  • L’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans et réglementation du travail des 15-18 ans (durée de travail, travail de nuit, repos obligatoires, etc.) ;
  • La protection contre les agents chimiques, physiques et biologiques ;
  • L’encadrement du travail sur écran d’ordinateur ;
  • L’encadrement des travaux exposant à l’amiante.

La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs, adoptée en 1989, engage les Etats membres à garantir une protection sociale, un revenu minimum et une retraite.
De très nombreux secteurs ont fait l’objet de directives, de règlements et de recommandations communautaires qui harmonisent et renforcent de manière très concrète les droits des travailleurs et leur protection sur leur lieu de travail.
(cf europa.eu, avec plus d’informations sur le site de Toute l’Europe)

L’Union et ses États membres s’emploient de plus à coordonner leurs régimes de sécurité sociale afin que les travailleurs puissent continuer à percevoir leur pension de retraite et leurs prestations sociales lorsqu’ils changent d’emploi et travaillent dans plusieurs pays de l’UE. (grace a EURES)
La législation européenne limite de plus le nombre d’heures de travail, combat la discrimination sur le lieu de travail, renforce la sécurité au travail et garantit le versement d’indemnités en cas d’accident du travail.

Alors si « l’on ne veut pas de cette Europe-là », laquelle peut-on bien vouloir ?

Le problème, nous dit-on alors, c’est ce qu’il s’est passé avec la Grèce. Le problème n’est plus l’Union Européenne, car c’était l’Eurogroupe qui était à la manœuvre, soit les gouvernements réunis à huis clos. Si la France a pu empêcher le Grexit (redouté par Tsipras et Varoufakis) ce n’a pas pour autant été une réussite comme elle aurait pu l’être. Si Hollande et Junker (avec l’aide non négligeable de Renzi) ont réussi à maintenir la Grèce dans l’Eurogroupe, les réformes imposées par Schäuble furent violentes – choquantes pour le Président de la Commission Européenne et le Président français.

Jean-Claude Juncker, the president of the European Commission, and his chief of staff, Martin Selmayr, were taken aback by Schäuble’s email, and they immediately summoned the two members of the European Commission responsible for the single currency, Valdis Dombrovskis of Latvia and Pierre Moscovici of France. Juncker also called President François Hollande in Paris: both men were determined to keep Greece in the euro, but they worried that if Merkel shared Schäuble’s resolve to eject the Greeks, they would be powerless to stop her. “Juncker and Hollande agreed this was dramatic and must not be carried,” said a Brussels source. “But no one was sure if this was just Schäuble or whether it had been agreed with Merkel.


Three days that saved the euro – Thursday 22 October 2015 – The Guardian

Le système actuel manque malheureusement de transparence et de démocratie. C’est une des raisons pour lesquels les citoyen-ne-s s’en désintéressent et se tournent vers les extrêmes, considérant que l’Eurogroupe est indissociable de l’UE.

C’est là où la magie de la négociation et de la démocratie revient. La première chose à faire sera la démocratisation de la zone euro avec des élus directs qui seront là pour encadrer les dirigeants de la zone Euro, comme proposé par Thomas Piketty et défendu par le candidat Benoît Hamon. Cela demandera évidemment un budget de la zone euro, afin de servir de filet de sécurité commun aux États membres. Benoît Hamon s’est engagé pour cette démocratisation qu’il faut mener pour que « traités européens » cesse d’être péjoratif et puisse enfin recouvrir une réalité démocratique.

 

L’UE interdit elle – comme Mélenchon aime à le répéter à qui mieux mieux – la convergence fiscale et sociale ? Non, car certaines compétences ne sont pas du ressort de l’UE. De fait, exploiter les traités d’être au maximum de leur capacité, comme augmenter certaines harmonisations minimales en droit du travail et sécurité sociale (article 153 du TFUE que les Insoumis aiment citer, tronqué de la partie qui justement les contredit), réviser les traités ou créer des coopérations renforcées sur certains sujets sont autant de possibilités effectuées et encore effectuables (si l’on me permet ce néologisme). Mais bon, ce serait comprendre que le TFUE interdit l’harmonisation à la baisse sans préjudice de la mise en place de minima européens qui peuvent amener à rehausser les droits sociaux dans certains États… Soit exactement ce sur quoi travaillent aujourd’hui toutes les institutions européennes à travers le pilier européen des droits sociaux.

Le problème de l’unanimité our de majorité qualifiée fait que l’on stagne souvent. En revanche, s’en passer, y renoncer signifierait de facto la création d’une Europe fédérale. A Sakharoz, nous ne nous sommes jamais cachés de ce tropisme fédéraliste. Bien évidemment, cette démocratie plus directe signifie aussi, bien évidemment, risquer de se retrouver avec un résultat encore plus opposé à nos attentes. Telle est la vie démocratique.

Avec ses Plans A et B, Jean-Luc Mélenchon propose de forcer la main aux institutions européennes sous peine de quitter (Plan A). Cela induit un comportement assez odieux. Tout d’abord, une arrogance française, qui est de dire que la France pèse 18% dans l’UE et donc peut acter du rapport de force. Cela contrevient aux règles même de la démocratie européenne. Au final, peu importe si les pays membres sont d’accord avec les changements, s’ils refusent de nous suivre, si les peuples ne sont pas d’accord avec nos propositions, nous partons avec perte et fracas – ce qui est entendu par ce qui est dit du bout des lèvres « l’Union Européenne ne peut se faire sans la France » (BD de LAEC). Le Plan A est donc une violation de la démocratie européenne, allant à l’encontre des volontés des peuples, à la limite de l’impérialisme le plus retors.

Le plan B, en revanche, prône une désobéissance aux traités pure et simple, unilatérale. Là, inutile d’en parler plus longtemps, les retombées seraient violentes et dévastatrices pour le pays, qui se verrait coupé de ses subsides européens (parlons dons de la PAC !) Bref, le Plan B, c’est simplement de se faire seppuku. Peu engageant.

Cela n’empêche pas les intox de tout genre, prouvant que la véritable affaire ne se situe pas dans les possibles errements de l’Union Européenne, mais dans le renouveau d’un souverainisme de gauche – pour ne pas parler de néo-nationalisme. D’aucuns disent que le référendum proposé après renégociation sera victorieux si les changements sont actés. L’exemple du Brexit – malgré les réussites de Cameron devant les instances européennes – s’est soldé par un cuisant échec. Pourquoi ? Parce que la campagne n’a été que nationalisme, xénophobie et ignorance de l’Union Européenne.

L’Union Européenne est une chance, une chance de paix durable, d’opportunités, de vie commune, de protection des citoyen-ne-s, d’échanges, de vie. Le programme de Benoît Hamon est celui qui fait le plus grand pas vers la prochaine étape nécessaire de cette Union, plus d’Europe.

Le 23 avril votons pour l’Europe sociale et solidaire.

 

 

Un grand merci à NdAS pour son aide lors de la rédaction de cet article.

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Farewell, my friends

Il m’a fallu du temps pour retrouver ma plume. Torpillé par les résultats du référendum, abattu par une nuit de comptage au Guidhall de Cambridge, estomaqué, groggy, par la violence du résultat du référendum britannique, il aurait été impossible de ne pas mitrailler à tout-va.

Les propos qui suivent sont épars. Ils peuvent aussi être de mauvais ton. Peu me chaut.

On aurait pu garder tout cela...

On aurait pu garder tout cela…

 

Après quatre mois de campagne à arpenter le Cambridgeshire – région « facile » pour Remain – à aller à la rencontre de la population locale, des heures de discussion enflammées, d’argumentation, d’emportement, de chansons et de vélo (il ne faut pas oublier l’essentiel) le résultat est tombé. Le Royaume-Uni quitte donc l’Union Européenne sous les applaudissement des réactionnaires de tout bord.

Fatigué. Fatigué d’avoir eu à démonter les mensonges du Leave, à combattre l’ignorance et l’imbécillité de personnes haineuses et effrayées. Fatigué d’avoir eu à réexpliquer sans cesse le fonctionnement de nos institutions européennes, fatigué de se faire insulter, fatigué de se faire houspiller, prendre à parti, cracher dessus, fatigué de voir le visage bouffi d’orgueil de ces clowns racistes du Leave. Fatigué, enfin, d’entendre nos exégètes nationaux se regarder le nombril sans prendre la peine de comprendre le pays qui vient de s’amputer des deux jambes à coup de chevrotine.

Fatigué, enfin, par une nuit de comptage au guidhall de Cambridge, à avoir à souffrir l’attitude arrogante de Leavers agressifs. Fatigué d’avoir à entendre l’histoire de ma camarade du Labour me raconter qu’un Leaver lui a lancé, pendant le comptage : « Crickey, tell me when your cunt unfreezes » alors qu’elle lui avait signifié ne pas avoir besoin de leçons pour le comptage – leçons qu’il aurait certainement données, bouffi de condescendance et de machisme ordinaire. Fatigué de voir que les arguments racistes développés ici se propagent dans le monde entier. Fatigué de voir que la violence s’est banalisée, que le meurtre d’une MP, Jo Cox, n’a pas permis de faire réfléchir la population.

Accablé par la tristesse, de pleurer en groupe, de soutenir amis et collègues qui s’effondrent parce qu’ils se sentent avant tout européens, d’avoir à les réconforter lorsqu’ils annulent leurs vacances en Espagne par crainte d’être traité de connards, même de une directrice de publication, en charge d’une quarantaine de journaux académiques mondiaux, s’effondrer et sanglotter près de la machine à café. Fatigué de se sentir impuissant face à l’avenir qui a été volé à une frange entière de la population par de vieux conservateurs craintifs, aigris et mous du bulbe.

 

Exaspéré, de voir, au petit matin du 24, l’immonde Farage dire que l’une des plus grandes promesses faites par Leave, à savoir reverser à la NHS l’argent versé à l’UE, était une chose qui ne pourrait être faite. Enervé d’entendre l’odieux Hannan, Conservateur pour Leave, rétropédaler sur l’immigration, corroborant tous nos arguments. Irrité de voir l’idiotie de nombre de Leavers qui se sont aperçus de leur erreur, incapables de comprendre les conséquences de leur acte et de voir, lee même jour, Google UK se fare prendre d’assaut pour une simple requête : qu’est-ce que l’UE – après avoir voté pour en sortir.

Pendant ce temps, la livre dégringole, le marché s’affale. Boris Johnson ne sait plus quoi faire, le clown pensait que sa comédie prendrait fin vendredi, le voilà dans la même galère que son ancien ami Cameron (qui restera dans l’Histoire comme le pire premier ministre du Royaume-Uni). Pendant ce temps-là, nos politiciens font de la récupération. (Sauf le formidable Dany le Rouge) Pendant ce temps-là, nos exégètes se masturbent intellectuellement en croyant avoir compris le monde.

Peut-être Jean Quatremer a-t-il raison de dire que le Brexit est une chance pour renforcer l’Union Européenne et pouvoir mener, enfin, un véritable projet fédéral. Mais à quel prix ?

Ce que les personnes se réjouissant du Brexit feignent de pas voir est la rupture profonde que ce choix a marqué avec les idéaux fondateurs de l’UE, notamment avec le fait d’être « unis dans la diversité ». Oui, le Royaume-Uni s’est trop souvent comporté comme l’enfant gâté mal élevé qui en demande toujours plus et que l’on cajole. Fallait-il pour autant le sacrifier, en faire un exemple, voir sa chute prochaine pour la porter en étendard et montrer aux europhobes la conséquence logique de leurs idéaux putrides ? Je ne le crois guère. Cette posture montre une défaite due essentiellement à nous-mêmes. Nous n’avons pas su nous sentir Européen-ne-s. Regardons nos divisions, regardons nos mesquineries qui nous ravagent, nos enfermements sur nos petites nations pitoyables, à nous gargariser de « notre culture » dont nous ignorons tout, à nous diviser plutôt qu’à nous rassembler. Certes, le projet européen semble un peu flou à l’heure actuelle, notamment avec les crises successives qui demandent une réactivité ne permettant pas de prendre le temps pour l’élaboration d’un projet unificateur.

Nous, citoyen-ne-s n’avons pas su exprimer cet amour de l’Europe. La faute à nos politques locaux ? (ici, nationaux) Très certainement. La faute aux institutions européennes ? Vraisemblablement, la communication n’est pas le fort de Bruxelles. Mais c’est avant tout notre faute. Nous n’avons jamais réussi à transmettre notre attachement à un projet qui dépasse le concept éculé de nation. Où est le projet qui permet de se retrouver ensembles selon un choix que nous, peuple, aurions fait de nous retrouver dans un espace que nous aurions décidé, que nous fabriquerions à notre manière, de manière inclusive – et non plus exclusive comme nos pays fonctionnent – en travaillant unis plutôt que de s’opposer ? Où est cette envie qui devrait nous habiter de mettre la main à la pâte et de transformer l’UE actuelle en cet édifice ? Où est ce sentiment d’appartenance à quelque chose de nouveau, de plus grand, de plus unificateur ?

La seule chose que nous puissions faire, c’est de nous unir, pour de bon.

Brexit – vue militante

Habitant les contrées d’Albion, et actuellement engagé auprès de Britain Stronger in Europe, je me permets de vous polluer un peu pour donner une idée de la campagne de terrain. Après tout, sortons un peu de nos frontières pour voir nos voisins et amis, c’est pour cela que nous construisons, aussi, l’Europe.

Britain Stronger in Europe

Britain Stronger in Europe

L’Europe, justement, dont il est à présent enfin question après une longue (trop longue) campagne pour les élections municipales/locales du pays. Le 23 juin prochain, nos comparses britanniques vont avoir à donner leur avis à la question suivante « Should the United Kingdom remain a member of the European Union or leave the European Union? » Cameron, trop apeuré de perdre les élections de 2015, avait en effet cédé aux gémissements des plus conservateurs de son parti (c’est dire !) et de l’UKIP (no comment) et avait promis un référendum, considérant qu’il fallait que le peuple britannique décide, une fois encore après 1975, de son engagement européen.

Je ne commenterais pas le populisme, l’inanité et l’exemplaire stupidité d’une telle proposition (stupide, car dangereuse) car d’autres l’ont fait bien plus brillamment que moi. Je me permets juste de vous donner le point de vue d’un militant, issus des longues séances de démarchage, de tractage et de rencontres dans les rues.

 

Tout d’abord, l’expérience de terrain corrobore, comme on s’en douterait, les sondages d’opinion. Selon ces derniers « remain » et « leave » sont au coude-à-coude, avec un très léger avantage pour « remain ». Les rencontres effectuées lors des marchés et dans les rues du Cambridgeshire font ressortir cette indécision générale. Bien entendu, des différences géographiques sont assez flagrantes, le centre de Cambridge, plutôt cosmopolite, est fortement en faveur de l’UE, là où des villes plus éloignées (ex.: Huntington) penchent violemment de l’autre bord.

On en est donc à 50/50, selon les sondages, et mon expérience de la rue m’effraie quant au vote en lui-même.

 

Je serais incapable de faire une sociologie du vote a priori. YouGov a réalisé un sondage récemment afin d’étudier le profil type de l’électorat, le sondage vaut ce qu’il vaut. Ce qui est flagrant, en revanche, sont les arguments prônés par les anti-européens. En premier lieu, ce qui ressort le plus est l’immigration. Le discours est le même qu’en France (droite décomplexée et extrême droite) à tendance « trop d’étrangers/on n’est plus chez nous » (je cite). Viennent les arguments selon lesquels « on pourrait dépenser plus pour nous/la NHS/etc. si l’on n’avait pas à contribuer à l’UE ». Enfin, la question de la souveraineté apparaît encore fréquemment (l’argumentaire a peu évolué depuis septembre dernier).

 

Ces « arguments » sont très souvent liés à une méconnaissance crasse de l’UE. Aucune des personnes à qui j’ai parlé n’a su quoi répondre lorsque l’on rétorquait qu’en ce qui concernait l’immigration, le RU avait le contrôle de ses frontières et n’était pas dans Schengen. (Nick Clegg l’avait fait remarquer à un Tory lors d’un débat organisé par le Guardian, du reste)

L’excuse de l’argent à redistribuer a bien évidemment été moult fois balayé, mais reste peu entendu : les sommes versées à l’UE par le RU sont ridicules comparées au coût de la NHS. C’est aussi ignorer les contributions de l’UE (infrastructures, éducation, recherche, santé…) qui sont invisibles mais présentes. Un exemple flagrant est l’absence totale de panneau indiquant « cette route a été payée par des fonds européens » comme il y en a en France, en Allemagne, en Irlande (et nombreux !). Il y a de plus un amalgame entre la politique destructrice du gouvernement Cameron (ayant mené à la grève des jeunes médecins) et du rôle de l’UE, notamment concernant « l’excuse » de la NHS. Boris et Nigel se frottent les mains.

L’appel à la souveraineté montre aussi, comme dans tout autre pays d’Europe, une méconnaissance (incompréhension) de ce qu’est l’UE. Un couple, pas plus tard que la semaine dernière, a été surpris quand je leur ai annoncé que le Parlement européen était élu par nous, les citoyens. L’homme, se retournant vers sa femme, lui a demandé : « Ah bon, nous votons ? » Oui, monsieur. Le RU est d’ailleurs la 2e force au parlement européen en nombre d’élus.

 

Ces critiques effectuées par les « outers » sont intéressantes, car elles font échos à celles de nos eurosceptiques nationaux. Des arguments sans fond, mais faciles, jouant énormément des peurs et haines de tout un chacun.

L’on voit ainsi mieux les défauts dont nous-mêmes sommes perclus en observasse ces réactions ici. Les mémés discours populistes percent en Europe, il est urgent de les combattre.

 

Cependant, les soutiens sont nombreux. Il y a, à mon sens, une incompréhension du continent vis-à-vis du RU. L’Ecosse, le Pays de Galle et l’Irlande du Nord sont majoritairement pro-européens. L’Angleterre certes moins, mais les supporters de l’Europe sont – je ne parle que de mon expérience personnelle – profondément entichés de l’idée européenne. Oui, le RU aime aussi l’Europe, peut-être plus que nous ne pouvons l’observer sous nos contrées. Peut-être, au final, plus polarisé ? C’est ce qui ressort de nos porte-à-porte et tractages : les personnes ayant déjà une opinion ont une forte opinion. Il reste, malheureusement, une population fortement apathique et désintéressée de la chose publique.

 

Pour finir sur une note amusante (qui, du moins, m’a fait rire), les meilleurs arguments « contre » auxquels j’ai eu droit :

3/ « On ne peut pas faire l’Europe avec les Français, on ne peut pas leur faire confiance : en 1940, ils ont déserté la ligne Maginot. »

2/ « L’Europe est voué à sa perte, c’est Nostradamus qui l’a prédit, on ne peut rien faire ! »

1/ « Faire l’Europe avec les Français (décidément !) c’est impossible : en 1066, ils sont venus pour piller et violer. » (oui, Guillaume le Conquérant 🙂 )

 

Cela n’est rien, en revanche, contre ce couple qui vient vous serrer la main pour vous remercier de faire campagne pour « remain » et demande des posters pour (je cite !) « faire chier le voisin qui a un panneau Leave ».

Ca, ça fait chaud au cœur. Il en faut peu.

 

 

En croisant les doigts (et battant le pavé) jusqu’au 23 juin.

Yes we Khan – étude de médias français

Le jeudi 5 mai 2016 ont eu lieu en l’île d’Albion une élection locale, marquante pour nous petits européens continentaux. Ces élections comptaient deux votes, un vote pour (ré)élire un-e des conseiller-e-s municipaux-ales, et un pour l’élection du police commissioner. De manière intéressante, les exégèses furent nombreuses et très souvent à côté de la plaque.

 

Polling station

 

L’élection du conseil municipal, en Angleterre et au Pays de Galle, ne se fait pas comme en France où l’on élit notre aristocratie citadine une seule fois, mais s’effectue par tiers. Mettons pour l’instant Londres à part. Les villes sont divisées en circonscriptions (wards) dans lesquels un, deux ou trois conseiller-es (councillor) sont élus, selon la taille de la circonscription. Les élections ont lieu tous les quatre ans, les conseillers sont renouvelés tous d’un coup, par moitié ou par tiers, selon les villes. Exemple concret : dans la petite mais néanmoins charmante ville de Cambridge où votre dévoué habite, les circonscriptions comptent chacune trois conseiller-e-s, avec des élections tous les ans pour renouveler les conseillers par tiers – la quatrième année d’élection est l’élection locale au niveau du « départment » (county). Le ou la maire est ensuite nommé par le conseil et n’a, contrairement à la France, que peu de pouvoir.

Londres diffère cependant.

Eût état à son caractère très particulier (on n’entrera pas dans les détails), les élections se divisent en deux votes : un vote (rose) pour le maire, sur lequel les citoyen-ne-s inscrivent leurs deux premiers choix, et deux bulletins pour l’assemblée de Londres. Le bulletin jaune sur lequel un seul choix peut être inscrit servira à choisir la personne qui représentera le quartier de la ville ; le second, orange, sert à choisir un-e des onze membres de l’assemblée qui représenteront la ville entière. Dans ce cas, l’on choisit un parti ou le nom de candidats indépendants.

 

Suite à ces élections, le parti travailliste a gagné 1326 conseillers, contre 842 pour les Conservateurs et 378 pour les LibDem. Comme nous le montre très judicieusement the Telegraph, le Labour perd 18 conseillers, les Tories 48 (et un conseil), alors que les LibDem gagnent 45 conseillers et un conseil) et que l’UKIP gagne 58 conseillers. L’Ecosse a été la plus grande tache au tableau du Labour, avec une victoire nette du SNP, qui a pourtant perdu sa majorité.

Malgré cela, la presse s’est enflammée en France, surtout, pour dire que le Labour avait subi une défaite mémorable, version répétée bien évidemment par les médias de droite (Les Echos, Atlantico…) mais aussi par « la référence« . Premier point à prendre en compte.

 

Second point, l’élection de Sadiq Khan à la mairie de Londres, après une odieuse campagne (raciste) menée par son opposant Zac Goldsmith. L’on peut suspecter sa campagne de l’être quand des membres du parti conservateur eux-mêmes ont fini par critiquer leur candidat, l’affublant de ces qualificatifs. L’une des premières choses mises en avant sont la religion du nouveau maire de Londres (ici et , même Libé s’y met…) – rien, en revanche, ou peu, sur ses qualifications. Soyons honnêtes, que Sadiq Khan soit musulman, juif, bouddhiste ou même pastafariste, cela ne change rien à ce qu’il a promit de faire pour la ville. La vieille garde réactionnaire décomplexée se réveille – volonté d’effrayer par « l’autre » (on se souvient de l’excellent poème We and They de Kipling), et tout le monde suit, même pour. Oui, il est bien de voir que Londres, l’une des plus grandes villes d’Europe, ait élu une personne issue de la minorité, qui vient d’un milieu ouvrier. Mais ne vaudrait-il mieux pas mettre son parcours exceptionnel en avant ? Quoique l’on pense de Dieu et de ses facilités à multiplier les pains et les poissons, il est à parier que la réussite de M. Khan est plus due à lui-même qu’à une intervention divine. L’on n’a donc nullement à se soucier de sa religion ; le nouveau maire est londonien, ce qui lui donne une connaissance de la ville dont on peut espérer qu’elle sera positive. Le reste ne sert qu’à séparer et diviser – surtout des choses privées. Surtout, ne pas dire qu’un travailliste puisse être compétent.

Vous trouvez peut-être que j’exagère ? Ces deux points sont donc très révélateurs de nos médias. Présentation du paradigme.

Quoiqu’il arrive, un parti socialiste (travailliste) européen ne peut légitimement gagner une élection, car la gauche ancrée dans ses valeurs (et non sociale-libérale) a forcément tout faux et ne peut que perdre. D’où le traitement systématiquement négatif de la victoire du Labour.

De surcroît, un élu, issu ou non d’une minorité, ne sera ramené qu’à un trait de sa personne (on ne parle même pas de personnalité !) qui ne témoigne en rien de ses compétences. Oublions la personne qui a réussi à se hisser le haut de l’échelle sociale, mettons l’accent sur quelque chose de plus visible, et moins à même de remettre en cause l’establishment. (tout en jouant sur l’intolérance profonde de nos concitoyens…)

Difficile d’être progressite dans un monde médiatique profondément conservateur.

Jez they could

Labour - Time for change

Ca y est !

Il a fallu attendre une double décennie que les affres du blairisme s’effacent et que le parti travailliste sache reconnaître ses erreurs pour qu’un bon vent ne balaye les derniers survivants du virage libéral de ce parti. Soyons honnêtes, la victoire, écrasante, avec près de 60% des voix, de Jeremy Corbyn à la tête du Labour n’est pas, malheureusement, une remise en question qu’ont faite les élites du parti lui-même. Serait-ce donc un sursaut militant ? Une reconnaissance de la part de ces derniers que, après des crises répétées de ces vingt dernières années, mais surtout après cet été odieux, bringuebalé entre la menace d’amputation européenne de son membre grec et de la réaction quasi-allergique qu’ont eu nos populations face à l’arrivée de migrants venu des Moyen et Proche-Orient, en partie à cause de nos politiques, une réflexion critique d’un parti droitisé était-elle enfin apparue ?

On pourrait le penser. Mieux encore, l’on pourrait croire à un plébiscite. Pourquoi donc ?

The Guardian proposait une lecture intéressante, faisant écho aux suppliques énervées des militants de gauche dans notre pays. (oui, des militants de gauche, pas des militants en carton allant voter en masse un texte fortifiant un certain premier ministre dans ses retranchements d’apparatchik)

Il faut savoir que la possibilité de ne voter que 3£ pour avoir voix à ce dernier vote avait fait, outre-Manche (mais ci-Manche, pour votre dévoué serviteur) couler beaucoup d’encre. De manière intéressante, le Guardian résumait, à l’époque, que cela pourrait ouvrir la voie à près de 550 000 voteurs de plus, triplant le nombre de celles et ceux qui pouvaient initialement voter. Si l’on a pu craindre que des membres Tories (ou pire, de UKIP, pour ce qu’il en reste) n’aillent voter afin de choisir un candidat qui leur soit favorable – moins charismatique, plus apparemment dangereux, moins ceci, plus cela… – comme cela avait été dit pour les Primaires du PS et du PRG en 2011, l’on peut aussi, plus simplement, constater que cela avait, comme pour les primaires de 2006, attirer une population qui, refusant d’être militante, voulait pouvoir avoir voix au chapitre concernant un parti qui représentait leurs espoirs et attentes. L’on peut facilement refuser la première hypothèse, car elle signifierait un mouvement ordonné des forces opposées qui, par ce truchement, se seraient vues financer directement un parti adverse, en lui conférant ainsi une assise plus importante. La seconde hypothèse, celle du rassemblement plus large des sympathisants, est plus acceptable. Ce serait donc, ainsi, la décision d’un « peuple de gauche », expression un rien surannée, pour choisir une personne que ce même peuple penserait plus en phase avec les circonstances de l’époque. En définitive, il s’agit du meilleur choix plébiscité par ces mêmes personnes ayant déjà souffert de trop nombreuses années de Cameron (Mister Potato) et déçues des dernières élections des Communes voulant effectuer un virage plus radical, plus ancré à gauche. La logique est simple,car elle est efficace et puissante : puisque tout a été tenté (sinon l’extrémisme, mais toute personne bien dans sa tête ne peut prêter oreille à ces inepties) autant opter pour une nouvelle voie, audacieuse, courageuse, qui rompt enfin avec des années de New Labour, socialisme corrompu, et de conservatisme un rien puant. Le résultat des élections est d’ailleurs révélateur, puisqu’il les scores obtenus par les candidat-e-s suivant-e-s les ont alignés de la gauche du Labour jusqu’à sa droite.

Un plébiscite à gauche, donc.

Ce qui fut en revanche intéressant d’observer furent les réactions qui ont fusé non seulement avant les élections mais aussi après. Les Blairites, suite à la défaite de mai dernier, avaient justifié la déviation à droite du parti en arguant du fait que, compte tenu des résultats, les électeurs voulaient un programme plus libéral. Ce même son de cloche sonne encore très fort chez nous, au point de nous assourdir. A cela se sont ajoutées les accusations répétées contre Corbyn lui-même, allant jusqu’à fleureter avec l’invective ad hominem, tentant de le faire passer pour un dangereux sectaire, ce dont l’homme s’est défendu. Ces accusations n’ont, finalement, fait que trahir l’absence totale de débat intelligent, la nullité des propositions adverses et, paradoxalement, le sectarisme idéologique de néo-conservateurs (l’on peut y mettre les Blairites) incapables de s’avancer sur le terrain des propositions. Ces invectives se sont répercutées jusque dans notre petit pays sous la voix, pourtant habituellement plus réfléchie, de certains journalistes. Là encore, il s’agissait d’agiter un chiffon rouge afin de faire peur à un électorat qui, chez nous, aurait pu se sentir grisé par cette montée d’une gauche socialiste, tant les accusations ne savaient tenir vraisemblablement la route.

Pourquoi ces attaques ? La réponse peut être simple : la peur de la gauche. La peur qu’ont certains anciens plébiscités à 5,6% d’imaginer un monde – commençons par un pays, étendons à l’Europe et finissons avec le monde, cela prendra du temps – plus égalitaire. La peur du refus du statu quo. La peur, simplement, de l’audace.

Si l’on peut en effet regretter le manque d’européisme affiché de Corbyn, qui n’est pas eurosceptique pour autant, comme en témoigne sa toute récente déclaration concernant un refus clair et net du Brexit, l’on ne peut qu’espérer qu’une telle victoire saura non seulement porter ses fruits au Royaume-Uni et permettre d’être confirmée à des prochaines élections, mais aussi de montrer à d’autres européens progressistes qu’une politique sociale solide et fière de ses valeurs de partage et d’entraide est tout à fait possible, pour peu que l’on s’en donne les moyens. Il a fallu 20 ans aux britanniques pour se rendre compte des errements libéraux du Labour. En France, l’on commence à peine à commettre les mêmes erreurs ancestrales que nos camarades travaillistes et du SPD (outre-Rhin, suivez, un peu) ont commises des années déjà. Mais l’espoir demeure.

Wait and see.

Boule de Grèce

Depuis l’annonce d’un référendum par Tsipras la semaine dernière, les nouveaux chiens de garde se sont jetés sur l’annonce pour, chacun, y aller de son coup de poignard dans l’un des seuls personnages politiques européens encore de gauche.
Parmi eux, des camarades.
Socialistes.
Donc, a priori, de gauche.
Greece is Europe

La Grèce est l’Europe

On a la chance d’être confrontés à un nombre de faussetés incommensurables sur le système de retraites grec, notamment comme quoi l’âge serait de 50 ans. En cherchant un peu, l’on voit qu’il n’en est rien, et que cet âge est d’ailleurs même plus élevé qu’en France… (on peut le voir ici pour les hommes et là pour les femmes)
Ce n’est qu’un exemple.
De même, il est surprenant de constater que Tsipras est responsable de toutes les calamités qui touchent la Grèce. C’est oublier 40 ans de partis conservateurs qui ont su truquer leurs comptes en suivant les conseils de Goldman-Sachs et ce avec la bénédiction du FMI.
Tsipras – cet inconscient ! – avait requis trois petits points auprès de ses créanciers :
  • préserver les retraites et les salaires des plus démunis,
  • effectuer une réforme de la fiscalité permettant de concentrer l’effort sur les plus riches – Eglises et multinationales qui n’avaient jamais été inquiétés,
  • enfin revoir le poids de la dette à la baisse, histoire de pouvoir repartir.
Tout cela a été refusé par nos néo-conservateurs qui nous gouvernent. (ils viennent de le prouver – le document de Tsipras est trouvalbe sur le site de l’UE, il date du 22 juin 2015) Bref, cette « imposture » qu’est Tsipras – pour citer un texte imbécile signé Jean-Marie Colombani que, par respect pour nos quelques lecteurs, nous ne lieront pas ici – voulait renforcer les mesures contre l’évasion fiscale et la corruption… et nos élites ont refusé.
Il est sidérant de voir Juncker pleurer de chaudes larmes de crocodile, lui qui fut Premier Ministre d’un paradis fiscal, à l’annonce d’un référendum. Pour mémoire, un référendum sur le remboursement de la dette à ses créanciers a au moins un antécédent : l’Islande (oui, oui, les conditions étaient légèrement différentes, notamment en terme de « dissimulation de comptes publics » qui est le gros du problème grec, mais la conséquence est identique – on peut en discuter plus longuement, c’est un parallèle).
Le problème, là-dedans, est que non seulement la population grecque va perdre, quelle que soit l’issue du scrutin (dans un cas moins qu’un autre) mais toute la population européenne va souffrir de la stupidité avide des conservateurs. L’on pouvait s’en faire une idée il y a quelques années déjà lorsque l’on apprenait que les politiques menées dans des pays voisins étaient une forme d’inanité profonde.
A l’international, que se passe-t-il ?

Il est amusant de voir comment StiglitzKrugman et aussi Piketty ont des conclusions qui diffèrent de la doxa tonitruante que l’on entend et lit à chaque détour de page ou commentaire médiatique. Il est effarant de voir que notre gouvernement, pourtant « inspiré », l’on s’en souvient, en 2012, par ces mêmes maîtres à penser, n’a su, par l’intermédiaire de notre cher (très cher) ministre Michel Sapin reconnaître la position historique qu’il aurait pu prendre. Blague à part, notre cher Michel a même menti, incapable de prendre ses responsabilités, en arguant que « c’est pas not’faute, c’est celle de ces salopiauds d’Argentins, ohlàlà » (la citation a été quelque peu adaptée). Manque de chance, il s’agissait d’enfantillages mensongers.

Serait-ce le signe que, petit à petit, nous acceptons notre propre défaite et acceptons que la construction Européenne puisse être détruite par les néo-conservateurs ?

Refuser de voir que nous ne cessons de nous tirer des balles dans les pieds en suivant bêtement une ligne néo-libérale n’est pas uniquement destructeur pour nous – cela serait une juste punition – mais aussi pour nos voisins.
C’est effarant d’être à ce point aveugle.

 

Interview mit Hit Radio FFH

Le soir même de l’attaque contre Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier (2015, pour celles et ceux qui liraient cet article en 2354, si tant est que ce blog existe encore), je me vis proposer l’insigne honneur de me faire interroger par une chaîne de radio allemande, FFH (« Funk und Fernsehen Hessen » – soit « Funk et Télévision Hesse ») le lendemain matin.

 

Je vous mets, dans un élan de narcissisme profond, le passage que les journalistes m’ont gentiment envoyé. Passons sur la voix endormie et malade, ainsi que sur les fautes de grammaire bien existantes, il était 6h30 à mon compteur… (la qualité des réponse va de pair, ce n’est pas du Chateaubriand, et l’on s’en tape un peu le coquillard)

C’est donc 2 minutes en compagnie de Julia et Daniel que j’ai passées à bavasser.[1]

 

 

Transcription

Daniel : Il est 7 heures 37, bonjour. Il peut sembler incroyable, comme idée, que de se trouver à son poste de travail travail et, d’un coup, des hommes viennent soudain nous tirer dessus. C’est pourtant ce qui est arrivé hier à Paris au siège du journal satirique Charlie Hebdo. La France est en état de choc. Douze personnes sont mortes mitraillées.

Julia : Un des premiers suspects s’est rendu le soir même, mais les deux autres sont toujours en fuite. Paris a déclaré l’état d’alerte terroriste maximal pour les grands magasins, les églises, la protection du métro a été renforcée et les voyages scolaires sont interdits jusqu’à nouvel ordre.

Daniel : Néanmoins, hier, ce ne sont quelques dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées à Paris en souriant. LM, doctorant à Paris, tu étais au regroupement le plus important, Place de la République. Comment as-tu vécu cela, ainsi que tes amis ? Quelle expérience cela a-t-il été ?

Lau : C’était incroyable parce que, généralement, ces rassemblements sont très agités, mais hier, tout était très calme. On pouvait voir des pancartes avec écrit « je suis charlie » – « Ich bin charlie » – un peu partout. Il y avait même des petites bougies qui avaient été placées au pied de la statue. Oui, c’était… respectueux.

Julia : Laurent, comment ça se passe pour toi et les autres gens là-dessus ?  Je peux imaginer qu’il y a énormément d’émotions… est-ce la peur, peut-être majoritairement, ou la tristesse, la colère… Peut-être un choc. Qu’en est-il ?

Lau : Alors, je ne dirais pas de la peur. J’ai l’impression que, bien sûr, il a de la tristesse que l’on garde le deuil. Mais ce j’ai vu, ce sont des gens déterminées, des gens qui veulent montrer aux terroristes qu’ils n’ont pas gagné. En fait, la raison pour laquelle on était au rassemblement hier était de montrer que nous n’avions pas peur. Et que nous étions unis.

Julia : Y a-t-il encore ce sentiment était encore là, ce matin à Paris ? … Quelle est la situation actuelle dans la ville?

Lau : Ce matin … Je n’ai lu les nouvelles que sur Le Monde… et quelques autres journaux. Je dirais que la plupart des gens ressentent encore cela.

Julia : OK.

Daniel : Wow. Paris se tient donc unie en cette heure difficile et nous pouvons dire aussi, de l’Allemagne, de Hesse, que ce matin, nous pensons à vous et nos cœurs vous rejoignent chez vous, à Paris.

Lau : Merci beaucoup.

 

Palpitant, donc.

 

 

[1]  A noter qu’ils se sont plantés, je ne suis quand même plus doctorant… (merde quoi !)